Eliane Assanelli et Lucien Sanchez (conseillers régionnaux) et Stéphane Borras (assistant du groupe régional de la LCR).
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100%
• GAUCHE par élu(e) — nous ont permis de prendre des temps partiels, étant entendu que notre salaire antérieur est maintenu, mais que le reliquat (plus de 10 000 francs) est reversé entièrement à la LCR.
Nous sommes investis chacun dans trois commissions (lycées, formation professionnelle, aménagement du territoire pour
Lucien ; transports collectifs, environnement, culture pour moi-même). Lucien est aussi membre de la Commission permanente, de la commission des finances, et participe aux conférences des présidents de groupes. Nous avons fait le choix d'être présents dans toutes ces instances, car c'est le seul moyen de ne pas être marginalisé. Par ailleurs nous sommes dans d'autres structures, comme l'ARPE (environnement), la CRIPI (intégration des populations immigrées), le CTP (personnels de la région).
Quels sont vos rapports avec la Gauche plurielle ?
Lucien : Depuis le début, nous avons la même attitude : nous ne sommes pas mariés avec la Gauche plurielle, et donc il n'y a a priori aucune solidarité de gestion.
Mais nous ne pratiquons pas pour autant une attitude qui consisterait à attendre que la gauche fasse une bourde pour la dénoncer. Une telle attitude serait au fond stérile et ne permettrait pas de faire avan-
cer certains dossiers. Quand nous décidons d'agir sur un dossier, nous avons pour habitude d'adresser un courrier au président et à tous les groupes de Gauche, que nous rendons public (en particulier auprès des associations concernées), et nous menons la bagarre à partir de là, y compris avec des rencontres avec les autres groupes ou même avec le président. C'est ainsi que nous avons procédé pour la gratuité des transports pour les précaires, pour Myrys (3) ou pour la RN. 20 (4). Cette orientation correspond tout à fait à ce qu'attendent les syndicats et associations. On peut même qu'elle permet d'instaurer des rapports de confiance particulièrement solides avec les associations dans la mesure où, n'étant pas liés par un pacte de gestion commune avec le PS (c'est bien là la contradiction majeure du PCF et des Verts), nous pouvons avancer en toute clarté, faire un bout de chemin quand c'est possible avec la gauche plurielle, et aller au vote si c'est nécessaire sur nos propres positions. C'est ce que nous avons fait sur deux dossiers particulièrement importants : les transports pour les chômeurs et la RN-20. Pouvez-vous préciser le bilan sur la question des chômeurs ? Eliane : Dès le 15 mars 1998, nous avions fait de la question de la gratuité des transports pour les chômeurs et précaires le premier signe que la nouvelle majorité devait donner de sa volonté de rompre avec la gestion de la droite. Un premier voeu, présenté par Lucien au nom de toute la gauche a été adopté en mai, et a permis la mise en place d'une inter-comà laquelle j'ai participé Parallèlement, les associations, et en premier lieu AC !, ont continué à maintenir la pression (manif à Auch en juin). Le montage a été assez complexe dans la mesure où il y a trois acteurs : la région, les huit conseils généraux et la direction régionale de la SNCF. Tout ce travail a abouti à une délibération à la plénière du 17 décembre instaurant cette gratuité, à laquelle la droite et le FN n'ont pu s'opposer (abstentions). Répondant aux voeux des associations nous avons déposé plusieurs amendements qui ont été repoussés (contre la mise sous conditions de revenus, et contre la limitation du nombre de déplacements), mais ils seront réexaminés par la commission à partir d'un premier bilan. La mesure entre effectivement en application pour les chômeurs et précaires à la mi-mars, et Midi-Pyrénées est la première région à mettre en oeuvre ce type de dispositif.
Nous sommes fiers d'en avoir été, au sein du conseil régional, l'élément moteur. Y a-t-il d'autres dossiers que vous contriLucien : J'ai parlé tout à l'heure de celui de la RN-20. Sans rentrer dans les détails, disons que nous nous heurtons là (avec les associations, le PCF et les Verts) au lobby autoroutier, à propos de la construction de l'A-66. Nous suivons de très près deux autres dossiers : celui de la mise en œuvre des 35 h au Conseil régional, en poussant avec les syndicats pour un accord du type de celui du Conseil général de la Haute-Garonne (compensation intégrale de la réduction du temps de travail avec 11,43% de création d'emplois sans flexibilité ni réduction de salaire), et aussi sur la situation de personnels payés par la région dans des structures, les Espaces formation, mis en place par la droite dans des conditions scandaleuses. Il faut reconnaître que sur ces deux points, la gauche plurielle va pour l'instant plutôt dans le bon sens, avec un cadre de négociation assez correct sur les 35 h, l'inscription au budget d'une provision de 5 millions de francs pour financer les emplois créés, et l'intention affichée d'intégrer les personnels des Espaces formation au personnel de la région, même si nous restons vigilants sur les conditions de cette intégration. Bien sûr, nous jugerons sur pièces ces deux dossiers. Est-ce pour ces raisons que vous vous êtes abstenus sur le budget ? Eliane : Si l'on ajoute aux trois dossiers précédents, une rallonge de cent millions de francs pour les lycées publics, le doublement du budget culture (quoique surtout consacré à la culture institutionnelle), une baisse de 3% du budget fonctionnement (sur le chapitre des frais généraux, réceptions etc), un meilleur contrôle des frais des élus, l'arrêt de certaines subventions douteuses, il y a incontestablement des éléments de rupture avec la droite, qui soit-dit en passant , a été assez minable dans ce débat, étalant ses divisions internes, et ne menant réellement bataille que sur la fiscalité. Les éléments de continuité concernent essentiellement l'action économique dans toutes ses dimensions : industrie, commerce, artisanat, agriculture, tourisme. Nous nous sommes clairement exprimés là-dessus, et avons aussi marqué nos désaccords avec l'aide à l'enseignement privé, avec la participation à certains syndicats mixtes et le financement d'associations (dont les audits n'ont toujours pas été produits ou portés à notre connaissance). Il ne nous a pas paru raisonnable de voter contre, alors que plusieurs actions, et non des moindres, sont inscrites dans le budget dans le sens que nous demandions. Est-ce un désaccord avec l'approche des camarades de Lutte Ouvrière ? Stéphane : Il faudrait d'abord connaître les budgets des régions dirigées par la gauche auxquels ils ont été confrontés. Nous avons pris contact avec leur groupe d'élus de la région Nord-Pas de Calais. Avec sept élus, il est clair qu'ils disposent d'une "force de frappe" importante, et cela se traduit par le remarquable travail de compte rendu de leurs interventions sous forme de bulletins réguliers (ils en sont à sept, alors que nous allons sortir le second). Ce qui nous frappe dans ces bulletins, c'est la place donnée à la dénonciation des subventions aux patrons, sur lesquelles ils font un travail efficace. Nous travaillons d'ailleurs dans le même sens, et traquer les chasseurs de primes est une oeuvre de salubrité publique (à la dernière Commission permanente, Lucien a provoqué un débat de plus d'une demi-heure sur une subvention qui allait passer comme une lettre à la poste, et qui s'est avérée assez douteuse). Mais à lire leurs bulletins, on a l'impression que des sommes énormes passent dans ces actions : en réalité c'est très relatif, puisque cela ne recouvre qu'environ 10% du budget (pour rappel les lycées et la formation professionnelle en couvrent à eux seuls près de 50%). Le deuxième aspect c'est que les élus de LO n'apparaissent jamais porteurs de propositions concrètes, de dossiers à faire avancer avec le mouvement social, comme nous l'avons fait pour les chômeurs ou pour les 35 h. C'est sans doute la différence essentielle dans nos pratiques, et qui peut conduire à des votes différents sur les budgets en fonction de l'appréciation qui peut être portée sur la prise en compte d'un certain nombre de revendications. 3. Myrys est un lieu alternatif culturel à Toulouse. 4. Le débat porte sur le désengorgement d'un tronçon de la route nationale nº20 (RN-20), régulièrement embouteillé. Son élargissement à 4 voies, qui coûterait autour de 800 millions de francs, a la préférence des associations locales et de la LCR. Il se voit opposer le projet de la construction d'un tronçon de l'autoroute A-66, pour un coût de 2,5 milliards de francs, qui permettrait le délestage de la RN-20. La circulation sur les routes nationales est gratuite, alors que l'autoroute serait à péage et gérée par une entreprise de droit privé.