De notre envoyé spécial Ernesto Herrera* in de la transition conservatrice, rupture démocratique ? Ces interrogations surgissent après les événements qui ont bouleversé le Paraguay du 23 au 28 mars et la formidable mobilisation populaire de milliers de jeunes, de paysans et de travailleurs qui a mis fin au gouvernement de Cubas Grau et a obligé l'ancien général Lino Oviedo à fuir. Le bilan provisoire de la bataille de mars est tragique : sept morts, deux cents blessés par balles et dix disparus, dont les cadavres auraient été jetés au fleuve Paraguay. Par ailleurs, un gouvernement inédit « d'unité nationale », intégrant l'opposition parlementaire (bourgeoisie libérale et socialdémocrate), commence à faire ses premiers pas. Cependant, le dénouement de la « crise paraguayenne » n'est intelligible que si on prend en compte le rôle actif des gouvernements des États-Unis, du Brésil et d'Argentine, et celui des mesures de prophylaxie imposées par le long « ajustement latino-américain ».
Sans les bombardements de l'OTAN, mais avec la même précision. Par ici, la technologie militaire chirurgicale n'a pas sévi. Ce que la « communauté internationale » considère comme une « bonne conduite » est imposé, en général, dans le cadre des règles de courtoisie diplomatique ou à travers des chantages politiques et économiques. Si le destinataire est un rebelle acharné, la recette est un blocus de presque quarante ans. Quand rien de tout cela n'a d'effet, le terrorisme d'État entre en jeu avec ses différentes variantes.
Le long ajustement économique et les effets brutaux de l'entrée de nos pays dans la « mondialisation » ont entraîné une augmentation des tensions sociales, de la misère, de la corruption, de l'instabilité politique et l'apparition de dirigeants populistes et autoritaires. La « délinquance » s'est répandue comme une traînée de poudre et la « tolérance zéro » en serait le seul remède.
Le Venezuela vient d'élire à la présidence un ancien militaire putschiste ; au Pérou,
Fujimori se moque ouvertement du Congrès et du pouvoir judiciaire ; Menem persiste dans son idée délirante de seconde réélection ; la « concertation démocratique » est déstabilisée au Chili par l'affaire Pinochet ; au Mexique, la consultation populaire lancée par les zapatistes défie « l'ordre institutionnel » ; et en Colombie, les négociations entre le gouvernement et la guérilla sont dans une impasse (avec leur lot de massacres).
L'empire et ses fonctionnaires commencent à se préoccuper et à faire avancer leurs pions. Surtout quand ils voient que l'ajustement néolibéral cause de véritables émeutes
CUBAS RENUNCIA
OVIEDO ALA CARCEL populaires comme en Équateur, où 63 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et où le paiement des intérêts de la dette engloutit 41 % du budget national
Évidemment, la crise économique capitaliste joue un rôle décisif. La chute des prix des matières premières et un nouveau cycle d'endettement extérieur ont entraîné une récession ouverte. Le chômage va atteindre 12 % en moyenne et le PIB latino-américain chutera de 2,3 % en 1999. Le paysage est sombre car la « fragilité démocratique » de l'Amérique revient à l'ordre du jour. Et, en fin de compte, la question de la stabilité politique régionale.
Dans ce cadre, comme le dit l'historien Joseph Tulchin, « Les nations qui voient leurs
Entre
et la lutte populaire
intérêts affectés par la corruption, le chaos et les crimes politiques (...) doivent placer la protection de leurs intérêts nationaux dans le contexte plus large de leurs engagements auprès de la communauté internationale » (1). C'est justement ce qui s'est passé avec la crise paraguayenne.
L'analyste Carlos Marini a résumé ainsi le choix de l'ingérence étrangère directe (déguisée en aspiration démocratique) au Paraguay : « Sa démocratie est tellement faible institutionnellement que sa continuité dépend complètement des pressions exté rieures ». (2) Cependant l'explication de l'accélération de cette ingérence réside dans la
LA résistance des masses et dans le massacre que les bandes fascistes d'Oviedo (avec la complicité de la police) ont perpétré vendre. di 26 mars. Jusqu'à cette date, les gouvernements du Mercosur et des États-Unis se contentaient d'exercer une diplomatie de négociation qui respectait les intérêts des différentes fractions et mafias du parti Colorado qui en étaient arrivées au règlement de comptes final. L'irruption radicale et démocratique du mouvement populaire a * Ernesto Herrera est membre du Secrétariat unifié de la IV• Internationale 1. Clarin, Buenos Aires, 4 avril 1999 2. El Observador Economico, Montevideo. 3 avril 1999.