Par Angela Klein* près les élections au Bundestag, la gauche ouest-allemande considérait que le PDS se trouvait dans une position confortable : à quelques exceptions près, il avait récolté tant à l'Est qu'à l'Ouest des résultats jamais atteints. Au Parlement de Bonn, il avait désormais son groupe parlementaire, et donc plus de permanents, plus de moyens administratifs, une vice-présidente et plus de 8 millions de marks des fonds publics pour créer sa propre fondation. Dans le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, les élections qui avaient lieu en même temps l'avaient placé au deuxième rang.
Ce résultat avait autorisé un grand écart qui certes ne correspondait pas à ce qu'un parti socialiste d'opposition aurait dû faire, mais qui ménageait les deux pôles entre lesquels le cœur du PDS balance : dans le Mecklembourg un gouvernement de coalition avec le SPD (selon le souhait des électeurs du PDS), au Bundestag une opposition bruyante et virulente à ce même SPD, pour aider à développer la protestation sociale de gauche contre une politique néolibérale maintenue.
Considérant le degré d'ignorance à l'Ouest à l'égard de ce qui se passe dans l'Est de l'Allemagne, un tel grand écart n'aurait pas fait perdre de plumes au PDS à l'Est, et ce rôle de point de cristallisation de l'opposition progressiste lui aurait fait gagner des adhérents à l'Ouest. Une telle ligne * Angela Klein est rédactrice de SoZ, Sozialistische Zeitung. 1. Werner Rupp, l'agent "Topaze" infiltré au QG de l'OTAN, a été "donné" après la chute du mur par son officier traitant. Il vient de sortir de prison. 2. André Brie est le principal théoricien du PDS.
aurait même rendu les choses difficiles à une extrême-gauche en opposition radicale au système. Mais toutes ces considérations étaient vaines.
Jusqu'alors, le PDS s'est surtout fait remarquer par son nombrilisme et les affrontements destructeurs dont il est coutumier à la veille de ses congrès : scandale autour de l'embauche de l'ancien maître espion de la RDA, Werner Rupp, (1) comme collaborateur du groupe parlementaire interviews d'André Brie (2) dans lesquelles ill revient sans cesse à la charge : « le PDS manifeste trop peu d'intérêt pour le travail de confrontation avec l'histoire et avec le passé de la RDA ». En revanche, pas trace d'une analyse approfondie des résultats de cette élection de la part du comité directeur du parti ou du groupe parlementaire. Pas de large discussion sur des questions comme : quelles conclusions tirer du fait que les résultats obtenus à l'ouest ont été vécus comme "décevants" malgré les gains ? Comment le parti et les députés vont-ils se positionner à l'égard du gouvernement ? Le seul document qui prenne position sur ce dernier point servait d'introduction aux journées d'étude du groupe parlementaire de la mi-janvier ; d'après ce que l'on entend, il a été l'objet de nombreuses critiques, tandis que les déclarations publiques sur la nécessité de gagner « une crédibilité comme parti de gouvernement » donnent l'impression qu'on
Le PDS sur la voie
en est déjà à la traduction pratique de ses recommandations. Il n'est pas possible de donner le nom de discussion interne à ce qu se pratique actuellement publiquement ou à huis clos. Les "bombes" à effet médiatique qui éclatent régulièrement indiquent plutôt que celle-ci est de plus en plus délaissée pour faire place à une politique de déclarations publiques. Wolfram Adolphi, dans la dernière livraison de Utopie konkret, déplore cette situation qu'il caractérise comme « le trouble multiple de la communication », cite des tiers, qui expriment leur « malaise devant une conception de la politique et de la démocratie devant laquelle beaucoup cèdent à la résignation », puis il ajoute « moi aussi je connais beaucoup de gens de ma génération qui depuis maintenant 9 ans gagent leur vie en dehors des circuits professionnels du parti et qui restent cependant liés par tous leurs idéaux et leurs espérances au PDS, ne trouvent plus leur place dans les débats et se sentent rejetés par les critiques tous azimuths comme celles de Brie ». Il s'agit d'autre chose que d'un simple « trouble de la communication ». C'est le symptôme qui accompagne inévitablement un processus de dépolitisation dans lequel les préoccupations électorales prennent la place de la construction d'une opposition sociale ; conflits de personnes, où l'on avance masqué, en lieu et place d'une opposition d'idées franche et ouverte ; marchandage et intrigues pour les postes et pour sa "carrière" personnelle plutôt qu'engagement motivé par des idées pour les objectifs du parti. Trop de gens veulent vivre du parti. La toute récente manne financière et l'orientation vers la présence institutionnelle renforcent la tendance.
En plus de la dépolitisation et du rétrécissement du champ de l'activité politique au travail parlementaire et dans les administrations, il faudrait aussi mentionner le déplacement du centre de gravité vers les
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fractions parlementaires, au Bundestag et dans les régions, au détriment du comité directeur. Depuis déjà un certain temps, ce sont les groupes parlementaires qui donnent les grandes orientations de fond, et non plus la direction du parti. En ce qui concerne les députés, il se dit que le groupe a été réorganisé selon des principes hiérarchiques et qu'a été instaurée une division des tâches qui rend fort difficile une collaboration spontanée par-dessus les limites des domaines de compétence de chacun.
Le PDS est en train de devenir un parti tout ce qu'il y a de plus "normal", c'est à dire fonctionnant selon les normes d'efficacité bourgeoises. Il se conforme ainsi à l'image qu'il veut donner de lui-même, trouvant bientôt sa place comme pair parmi les pairs dans le système institutionnel des partis, il répond naturellement aussi à son environnement bourgeois qui exige une telle adaptation. Sur cette voie, il perd sa substance émancipatrice et sa capacité de mettre en branle une recomposition de la gauche socialiste.
Le document de travail sur le SPD illustre très bien tout cela. Il définit la position, les tâches et le profil politique du PDS en fonction de sa capacité à exercer une influence sur la formation de coalitions, et non en fonction des exigences sociales et politiques qu'impose l'évolution actuelle du capitalisme et sa crise, des conséquences pour les plus faibles et des tâches de construction du mouvement social qui en découlent. La « question du système » a disparu de la problématique de ce document.
Par ailleurs, les voies qu'il indique pour que le parti gagne une influence stratégique reposent sur des présupposés relativement irréalistes. Il est irréaliste de faire l'hypothèse que le SPD pourrait rester 12 ans au gouvernement et en tout cas on ne peut pas construire une statégie là-dessus. Si le SPD continue comme cela, il ne passera même pas le cap de la prochaine législature : des sondages récents établissent que pour la première fois depuis longtemps l'union conservatrice l'a rattrapé. Avec le départ de Lafontaine, les liens du SPD avec les gens de gauche, simples électeurs et militants attachés à l'idée de transformation sociale, vont continuer de se distendre. Il n'est pas garanti que le PDS soit capable d'attirer ces couches.
A l'Ouest au moins, la tentative de rechercher un accroissement de l'électorat 3. Cf. l'article de Winfried Wolf et la réaction violente à sa lettre, que nous reproduisons ci-après. 4. Imprecor n° 434 d'avril 1999 a présenté le contexte et les conséquences de cette démission.
potentiel vers la droite parmi les "gagnants") fera long feu. Tous les partis se pressent au centre, tandis que la situation sociale se polarise. La question est de savoir si seule la droite extrême saura en profiter.
Il est irréaliste de faire l'hypothèse que le SPD miserait sur une alliance gouvernementale avec un PDS plus présentable, et qu'il faudrait donc bannir toute opposition frontale. Les conditions pour cela ne sont en rien réunies à l'intérieur du SPD
Le choix d'un "partage du travail" avec le SPD est suicidaire, tout comme l'auto-limitation pour ne pas nuire à son maintien au pouvoir. Le PDS, même lorsqu'il soutient d'une façon ou d'une autre un gouvernement social-démocrate, doit toujours mettre le cap sur un point où il est en situation d'aller à la confrontation avec le SPD, sinon il perdra sa raison d'exister. Pourtant, là où à l'Est il partage la responsabilité du gouvernement, il lui est déjà arrivé d'approuver des décisions anti-sociales.
Et puis ses bastions de l'Est ne sont pas non plus intacts. Le PDS y a gagné 250 000 voix sur la CDU, mais ils peuvent être reperdus très vite. C'est ce que montrent les derniers sondages au Mecklembourg
Finalement, ce document trace les contours d'une orientation politique qui relativise fortement l'implantation à l'ouest et cherche à établir la position du PDS dans le paysage politique par l'intermédiaire de sa présence au Bundesrat, c'est à dire grâce à son poids à l'Est. Une telle orientation implique en premier lieu de faire la paix avec le système politique et économique de la RFA ; elle a en second lieu l'avantage discutable de permettre de renoncer facilement à la gauche ouest-allemande, car pour le type d'influence qui est recherché ici, elle n'est en rien utile.
On ne peut pas dire que l'orientation de ce document soit la ligne du parti, mais, malgré tout, il est manifeste qu'elle donne un cadre à l'action des cercles dirigeants du parti, et que la nature de la discussion engagée sur le nouveau programme (3) s'éclaire si on la met en perspective avec ce document.
La réaction à la démission de Lafontaine (4) n'est pas non plus rassurante : le parti veut renforcer la « pression de gauche » sur le gouvernement, mais en aucun cas s'engager dans « une stratégie de déstabilisation ». « Notre décision politique de rechercher des possibilités de collaboration avec le SPD reste inchangée, même si les conditions n'en sont pas devenues plus simples », expliquait Gregor Gysi le 12 mars 1999