Inprecor 1974–2004

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UNION EUROPÉENNE

Euroélections : Désaveu massif des partis dévoués au grand capital

· Inprecor n° 436, juin 1999, n° 436 · p. 36 · 1 298 mots

France Italie Allemagne

es élections européennes ont été un excellent révélateur de tous les processus qui traversent et bousculent nos sociétés et les partis politiques. Une fois de plus - et plus librement que lors d'une l'élection parlementaire nationale — les populations, et singulièrement les travailleurs, ont saisi l'occasion de sanctionner leurs gouvernements.

Par une abstention massive d'abord. La vague est générale (sauf dans pays où le vote est légalement obligatoire), et dans certains pays sans précédent. L'Angleterre atteint même des chiffres d'outre-Atlantique (78 %). Ce n'est pas un désintérêt par rapport à l'Europe qui en est la cause. Toutes les enquêtes et études prouvent au contraire une nette prise de conscience de l'impact des institutions de l'UE sur la vie quotidienne. Mais voilà, il ne faut pas de pesantes analyses pour comprendre que le parlement européen a encore moins de pouvoir de décision que l'Assemblée nationale. Cela, ainsi que la défiance, voire la démoralisation du monde du travail vis-à-vis de "leur" propres partis, expliquent cette abstention.

C'est la social-démocratie européenne, portée au pouvoir dans 13 pays membres (avec un premier ministre dans 1.1), qui est la plus durement frappée. A peine portée au pouvoir en septembre 1998 par un spectaculaire raz-de-marée, le SPD (allemand), avec 30,7 %, perd 10 % en 9 mois ! Du coup, la démocratie-chrétienne, pourtant en crise, atteint, avec 48 %, le score le plus élevé de son histoire ! La débandade de Blair est pire : il tombe à 28 % offrant la victoire (38 %) à un parti conservateur toujours en lambeaux ! Les deux avaient misé l'impact de la guerre des Balkans (Blair comme "chef guerrier" Schröder comme "artisan de la Pour u paix"') pour écraser leur misérable ne tolérons bilan social. Raté !

Punition bien méritée, dont le sens est éclairé par la publication, à la veille du scrutin, d'un Manifeste pour qui relance l'offensive néolibérale après le désastreux Sommet de Cologne. Paradoxe : Jospin a la partie facile pour marquer sa différence et prétendre réussir par une politique à gauche. Double mystification : car il recule à 21,96 % de sa liste unitaire (en 1994, PS+MDC+Radicaux de gauche obtinrent 28 % !) et même Le Monde reconnaît que sa politique diffère à peine de celle de Blair et Schröder. Lutte ouvrière

Cette punition infligée par le monde du travail à ses propres dirigeants et partis traduit incontestablement la résistance sociale et un rejet de leur politique. Même si cela ne se reflète que très imparfaitement dans un choix actif et alternatif à gauche.

Il n'est pas vrai que l'Europe bascule politiquement à droite à travers ces élections, comme un journalisme superficiel veut nous le faire croire. D'abord, parce que si les partis de la bourgeoisie progressent en pourcentage des votants, ils reculent (comme pratiquement tous les partis) en nombre absolu. Ensuite, il n'est pas vrai que la droite devient majoritaire au sein du "Parlement européen", parce qu'elle l'a toujours été ! Encore une mystification, savamment entretenue par les sociaux-démocrates, qui provient du fait que la droite a jusqu'à présent constitué plusieurs groupes parlementaires, faisant de la social-démocratie le groupe le plus nombreux, mais minoritaire.

Finalement, la crise des droites européennes reste profonde. Elle est directement liée au passage historique de l'État national à l'UE comme proto-État (bourgeois) supranational. La première étape est réussie dans plusieurs pays, là où la social-démocratie et la démocratie chrétienne dominent. Mais ce n'est pas le cas en

France et en Grande-Bretagne. Là, les partis bourgeois dominants sont consubtantiellement lié à la longue histoire - "républicaine" ou

"impériale", selon le cas — de leur État national. Et ils y ont gagné leur enracinement populaire. La transition y est douloureuse et loin d'être terminée.

dévoués au

Ainsi, la résistance sociale que reflète le désaveu massif des principaux partis, dévoués au grand capital, s'est en partie, positivement, traduit dans un vote en faveur des Partis verts, des Partis communistes, et de la gauche radicale. La droite fasciste ou fascisante marque le pas sur le plan électoral (notamment en France et en Autriche) sauf dans la partie flamande de la Belgique, où le Vlaams Blok continue sa progression dépassant désormais la social-démocratie !)

Alors que les Verts allemands passent par ne autre europe leur crise "d'août 1914"

plus les licenciements,

(6,5 %, contre 10,1 % mage et la misère en 1994), ailleurs la provotell gression continue, parfois très spectaculaires: en France (9,71 %), en Belgique (12,1 %), aux Pays-Bas (11,9 % pour la Gauche verte, qui a fusionné le PC, les socialistes pacifistes, des chréLAGUTLLER KRIVINE ALAIN tiens de gauche ARLETTE et... des écoloLigue communiste révolution aire gistes), en Autriche France : les révolutionnaires (9,2 %), et entrent au Parlement européen ! quelques per-

905 032 voix, 5,23%, 5 élu(e)s. cées ailleurs

comme en Grande Bretagne (deux élus). Au-delà, de facteurs occasionnels forts (la dioxine !) ou spécifiquement nationaux, il y a la consolidation à l'échelle de l'Europe d'un courant politique, devenu incontournable dans le jeu institutionnel et prêt à y aller. La multiplicité des contradictions qu'il réussit à embrasser jusqu'à présent tant sur la plan de sa base sociale multiple que de ses éléments idéologiques, a créé des formations politiques hétérogènes. S'ils font bien partie de "l'air du temps", c'est qu'ils sont aussi porteurs d'une problématique forte. Et donc incontournable pour la construction d'une nouvelle formation anticapitaliste.

Le score des PC, dans la mesure où ils ne sont pas réduits à l'état groupusculaire, donne des indications précieuses quant à leur positionnement politique. Par ailleurs ce résultat aura sans doute un impact direct sur leur évolution immédiate. Tous (sauf le Parti de gauche suédois qui poursuite une croissance fulgurante, aujourd'hui à 16%) passent en-dessous de la barre des 10 % : France (6,8 %), Espagne (5,8 %), Italie (4,3 %), Portugal (10,32 % en coalition avec un Parti Vert), Grèce (8,6 % pour le KKE et 5,1 % pour Synapsismos), Allemagne (5,8 %). Tiraillés depuis dix ans, entre la collaboration avec la social-démocratie (au pouvoir) et le maintien d'une identité propre, une clarification tend à se préciser. Le PCF se socialdémocratise à vive allure, le PRC (italien) se radiÉLECTIONS EUROPÉENNES

Désaveu massif des partis

grand capital

calise vers une formation anticapitaliste "recomposée", le KKE s'accrochant à son identité historique empreinte de stalinisme

Dans ce contexte, la réussite en France de la liste LO-LCR (passant la barre des 5%), crée une situation nouvelle. D'autant plus qu'elle a lieu d'emblée face à l'Europe. Et elle n'est pas seule. Dans d'autres pays, des listes radicales ont réussi à passer l'épreuve du suffrage universel, cette fois-ci, ou déjà antérieurement : au Danemark l'Alliance rouge verte (5 députés au parlement national), au Pays Basque le succès remarquable de Herri Batasuna (qui rentre au Parlement européen, et se renforce dans les élections municipales), au Pays Bas le Parti Socialiste (ex-maoiste, un député européen), au Luxembourg le mouvement "La gauche" (rassemblant communistes, ex-PC, trotskistes, féministes, écologistes..., un élu au parlement national), le Parti Socialiste Écossais (1 élu au parlement régional), un 1 élu du Parti Socialiste (ex-Militant) en Irlande (au parlement national)...

Ce progrès électoral et institutionnel est important, car il crée une légitimité parmi la masse des salarié(e)s et la jeunesse. Mais l'enjeu est bien entendu de mettre cet outil à la disposition des milliers de militants du mouvement social, syndical et associatif. Ce processus implique une approche politique en direction des courants de gauche dans la social-démo cratie et les partis verts et singulièrement par rapport aux réalignements en cours dans la mouvance "communiste". Il ne s'agit pas de se lancer dans un jeu de mécano en circuit fermé entre courants politiques. Mais au contraire, de partir des problèmes quotidiens de millions d'hommes et de femmes et de créer une formation politique militante à la hauteur de leurs aspirations et de leurs combats

François Vercammen*

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