Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

UNION EUROPÉENNE

Marches européennes : Cologne et après

Inprecor n° 436, juin 1999, n° 436 · p. 6-8 · 1 300 mots

Europe France

Les Marches européennes ont réussi à mobiliser plus de 30 000 manifestants dans les rues de Cologne : quel bilan faites-vous de cette manifestation ? Michel Rousseau : La manifestation fut une réussite, notamment du fait de la participation des organisations de chômeurs venues des quatre coins de l'Europe. Ces organisations très diverses ont trouvé là un moyen d'exprimer leur colère après deux décennies de chômage de masse et de longue durée. Si le réseau des Marches européennes a permis cela, nous pensons que cela est très positif et prometteur pour l'avenir. Mais nous savons aussi que ceux qui nous gouvernent ne connaissent que les rapports de force et

Friesenplatz

Au retour de Cologne, nous avons interviewé Michel Rousseau, membre du Secrétariat des Marches européennes.

l'on est bien obligé de constater que sur une question aussi centrale que celle de l'emploi, la CES (Confédération des syndicats européens) n'a absolument rien fait et a même tout fait pour décourager ceux qui dans le monde syndical ne voulaient pas baisser les bras devant l'offensive néolibérale.

Les chômeurs et leurs organisations ne pouvaient à eux seuls faire le poids. Ils ont montré dans la rue qu'ils pouvaient mobiliser à l'échelle européenne et que des syndicalistes pouvaient rejoindre leur combat contre le chômage: l'Appel des syndicalistes à la manifestation de Cologne a réuni près de mille signatures de responsables syndicaux de toute l'Europe, dans les organisations de la CES ou hors de celle-ci. Plusieurs

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milliers ont participé à la manifestation. Les Marches européennes ont ainsi confirmé leur capacité à coordonner les luttes contre le chômage et ses conséquences à l'échelle européenne. Tout ceci est loin d'être négligeable, mais cela n'a pas suffi pour inverser la situation que nous vivons depuis 20 ans. Il est urgent que le monde syndical dans son ensemble relaye cette lutte au plus vite. Les concentrations industrielles et bancaires de ces derniers mois annoncent de nouvelles charrettes de licenciements en Europe et les patrons ne créent plus que des emplois précaires. La bataille pour une réelle diminution du temps de travail, pour des emplois et non de la flexibilité est vraiment la tâche la plus urgente à réaliser dans l'unité la plus large. Quelle est votre évaluation du sommet de l'Union européenne qui vient de s'achever à Cologne ? M.R. : Nous ne nous faisions guère d'illusions, mais force est de constater que le pire est arrivé. Les néolibéraux, Tony Blair, Schröder, les théoriciens de la "troisième voie" triomphent. Ils ont même scellé leur union dans une déclaration commune après

OLUEL

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CAPE

le sommet. Le sommet lui-même a adopté le même texte que celui de l'ECOFIN (Conseil des ministres des finances) du 25 mai à Bruxelles, reprenant les "recommandations", en fait les injonctions, de la Commission sur les Grandes Orientations des Politiques Economiques (les GOPE). Pour "lutter" contre le chômage, les gouvernements sociaux-démocrates vont précariser encore plus les emplois par la flexibilité et soumettre l'accès aux indemnités de chômage et aux aides sociales à l'acceptation de n'importe quel emploi à n'importe quel prix. Le gouvernement français a tenté de faire passer la pilule et de marquer sa différence en proposant d'inscrire dans le pacte de l'emploi pour l'Europe non pas des objectifs en matière de chômage mais une croissance annuelle minimale de 3 % : « la salle s'est esclaffée » a rapporté la presse. Ces rires et cette morgue en disent plus long que tous les discours sur ceux qui gouvernent. Les Marches européennes rencontrent une réelle sympathie dans toute l'Europe : que représentent-elles exactement ?

KCHESEURÖPE E

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M.R. : Les Marches européennes sont nées d'un manque. Face à la montée du chômage en Europe, à l'absence de riposte contre ce fléau et ses conséquences, la précarité, les exclusions, la misère, une poignée de responsables syndicaux et associatifs se réunirent à Florence en 1996 pour trouver une issue, sans idée préconçue. L'idée vint de réunir tous ceux et celles qui luttaient contre le chômage d'une manière ou d'une autre à l'occasion d'une initiative commune à l'échelle de l'Europe. C'est ainsi que s'organisèrent les fameuses marches de 1997 qui convergèrent à Amsterdam.

Cela fit l'effet d'un coup de poing sur la table de la réunion du sommet de l'Union européenne. Surtout, on vit se mobiliser autour d'un même projet les forces les plus diverses tant du point de vue idéologique qu'organisationnel. Des organisations qui dans leur propre pays n'arrivaient à travailler en commun se sont retrouvées ensemble dans la même manifestation à Amsterdam. Une autre Europe commençait à naître par delà les frontières, mais aussi au-delà des clivages et blocages traditionnels, et cela, la même année que la lutte de Vilvorde. Le

NNESCONTREL

XCLUSIONETL

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Union Européenne réseau des Marches s'est développé ensuite plus rapidement dans les pays qui ont connu des mouvements de chômeurs significatifs. Les exemples de la France, de l'Allemagne et de la Belgique sont typiques de cet effet, notamment par les échanges continuels entre ces mouvements se nourrissant réciproquement des acquis des uns et des autres (occupations en France, journées mensuelles en Allemagne...). Le réseau s'est aussi ancré dans tous les autres pays de l'Union européenne, avec une force particulière en Italie, en Espagne, en Grèce. Des Assises annuelles ont permis de préparer les initiatives communes et d'entreprendre l'élaboration d'une plate-forme revendicative à l'échelle européenne. La réflexion sur les minimas sociaux, la réduction du temps de travail, les droits sociaux s'enrichit à chaque étape. Bien qu'avec des limites, nous venons d'expérimenter à Cologne, la tenue d'un « Parlement des chômeuses et des chômeurs » : tout à fait dans la ligne de l'esprit des Marches, ce parlement va devenir un lieu de rencontre et d'élaboration pour toutes les organisations qui le souhaitent.

Un lieu d'élaboration, d'action et d'ini-

Pour les droits

AC NANTES

tiatives, des équipes d'animation nationales qui se coordonnent à l'échelle européenne autour d'une mobilisation commune, des formes organisationnelles très souples, un fonctionnement au consensus, le réseau des marches est tout cela à la fois. Il avance en "marchant", avec une forte dose d'empirisme. Cela rencontre un écho très favorable auprès des anciennes et nouvelles générations militantes qui pensent que le chômage n'est pas une fatalité et le néolibéralisme l'avenir incontournable de l'Europe. Après Cologne, que comptez-vous faire ? M.R. : D'abord une courte "pause" pour réfléchir à un meilleur fonctionnement du réseau. Nous tiendrons en octobre une réunion des "secrétariats européens" pour faire le bilan de deux années de mobilisation et voir comment nous pouvons améliorer notre système d'échange d'informations, mettre en place une équipe d'animation réellement européenne. Jusqu'à présent le "secrétariat français" jouait le rôle de coordinateur européen. Pour Cologne, les réseaux des pays d'accueil, la Belgique et l'Allemagne ont joué un rôle déterminant. Il

RENALI RENAULT USO SABENA nous faut maintenant associer à l'animation régulière du réseau toutes les forces vives qui se reconnaissent dans le réseau des Marches. Tout cela pose évidemment le problème des moyens. Nos budgets jusqu'à présent restent nationaux et correspondent aux initiatives. Nous devons trouver les moyens de fonctionner à l'échelle européenne.

Mais la rencontre d'octobre sera surtout consacrée aux prochaines initiatives. D'abord, à l'occasion du sommet en Finlande à la fin de l'année, la proposition a été faite par le Parlement des chômeurs d'organiser une journée européenne d'interventions multiples et massives en direction de tous les organismes censés gérer la situation des chômeuses et des chômeurs. A la fin de l'an 2000, le sommet de l'Union européenne se tiendra en France. Au vu des mobilisations contre le chômage qu'a connu ce pays, tous nos amis comptent sur nous pour organiser une mobilisation sans précédent. Nous la préparerons ensemble lors de nos prochaines Assises au début de l'an 2000. Union ndicale

Grouldes Dix

Union Nationale des Senvices Pubios

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