Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

UNION EUROPÉENNE

Euroélections : une grille radicalement de gauche de lecture des résultats

Inprecor n° 436, juin 1999, n° 436 · p. 6-7, 7-8 · 1 173 mots

Europe Italie France Grande-Bretagne

Euroélections : Une grille radicalement de gauche de lecture des résultats 295 Européen (Ub) sont appelés aux millions d'habitants de l'Union urnes entre le 11 et le 13 juin 1999. Le degré d'abstention (là où le vote n'est pas obligatoire) sera élevé, nettement plus élevé que pour les élections nationales. Par astuce ou par obligation légale, des élections municipales, régionales ou nationales auront lieu au même moment en Italie, au Luxembourg, en Belgique et en Espagne.

Le déficit démocratique reste énorme dans TUE : le poids de la Banque Centrale, de la Commission et du Conseil des ministres s'affirme ; celui du Parlement reste dérisoire, nonobstant la publicité.

Reste que cette consultation sera un réel sondage d'opinion qui ne manquera pas, paradoxalement, d'influencer les politiques nationales et de signaler quelques évolutions significatives.

Bien entendu, cette masse d'électeurs et électrices jugeront, avant tout sur le plan social les 15 gouvernements, avec des sociaux-démocrates présents en leur sein dans 13 pays, et 11 premiersministres sociaux-démocrates à leur tête. Pour la social-démocratie européenne il y a en plus un enjeu au sein du Parlement européen : formellement elle était le groupe politique le plus fort. Depuis 20 ans, elle a assuré, dans une position de force, "la stabilité" du processus d'unification en collaboration avec la démocratie-chrétienne. Dès à présent, et indépendamment du vote, on peut dire que cela changera. Car les efforts de Kohl vont aboutir : la démocratie chrétienne accueille-

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Union Européenne

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ra deux nouvelles formations politiques en son sein (Forza Italia de Berlusconi, et le RPR de Sarkozy).

Deuxième vérification, celle de la prestation des Verts. Eux c'est moins leur bilan social qui est disputé que leur attitude face à la guerre des Balkans, et plus profondémenent, le jugement porté par leur base sociale "historique" sur leur évolution d'un parti d'opposition parfois turbulente en un parti d'Etat, respectable et "responsable". Le résultat risque de ne pas être univoque si on met face à face les récentes élections dans le Land allemand de Brême (perte d'un tiers de leurs électeurs) et le vote promis par les sondages pour Cohn-Bendit et les Verts français (8 à 9%, une hausse significative).

Plus en marge de la vie politique institutionnelle, la gauche radicale essayera d'utiliser ces élections, dont le déroulement est dans plusieurs pays nettement plus démocratique que d'habitude grâce à (une dose de) proportionnelle (France, Grande Bretagne) et où l'expression de son opinion se fait plus "librement".

C'est de la France que pourrait venir une heureuse surprise, avec la liste LO-LCR qui devra dépasser la barrière légale des 5% pour obtenir

Parmi les partis communistes, on suivra avec beaucoup d'attention l'Italie : les résultats de Rifondazione Communista (PRC), dont le cours politique à gauche s'est affirmé et renforcé au cours de la dernière année, y compris face à la guerre. Bertinotti (le dirigeant principal) et Vinci (le chef de groupe au Parlement européen) seront certainement réélus. La direction nationale du PRC a sélectionné 8 candidats (avec à la 7e place, Gigi Malabarba, du courant gauche qui publie le mensuel Bandiera Rossa) , misant sur un score de 8%. En Espagne, la popularité d'Izquierda Unida (IU), en crise politique, avait semblé pendant des mois en chute libre, avec même le risque d'être éliminée du Parlement européen. Récemment, il y a une remontée. Inversement, en Suède, le Parti de gauche (ex-PC) avait fait un spectaculaire bond en avant (triplant son score à 12,3% lors des parlementaires nationales). Le confirmera-t-il après son soutien à un gouvernement social-démocrate pro-UE et néolibéral ? En Allemagne, le PDS compte sur une petite percée à l'Ouest (où il est un groupuscule), dès lors que la base des Grünen est fortement sonnée par le cours guerrier de Joschka Fischer, ministre des affaires étrangères. En Grèce, très près de la guerre, on mesurera le résultat du PC (KKE) opposé à l'OTAN et radicalement pro-serbe.

Le Danemark se caractérise par la présence au parlement national (5 députés) d'une formation recomposée, l'Alliance Rouge Verte (ARV, comprenant communistes, trotskystes, socialistes de gauche, écologistes) qui joue un rôle politique très visible dans le pays. Mais pour les élections européennes, ce sont les deux mouvements nonpartidaires qui ont mené depuis des années les campagnes contre l'UE, qui déposent les listes où figurent notamment des membres de... l'ARV.

En Grande Bretagne, l'image est fort contras-

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tée. En Écosse, une expérience de recomposition très importante a démarré par le biais du Parti Socialiste Écossais qui vient de gagner un député au Parlement régional lors des premières élections régionales (plus de 20% dans sa circonscription, et 7% dans Glasgow). Ce parti issu de l'ex-tendance Militant du Labour Party, présente aux européennes Kerr, l'ex-eurodéputé du Labour, que Blair a mis à la porte. Ailleurs, Ken Coates, l'autre "défenestré", se présentera comme indépendant de gauche. Là, comme ailleurs en Angleterre, la gauche radicale a peiné en général à tirer profit de ce premier scrutin relativement proportionnel. Scargill, l'ex-dirigeant des mineurs, sera tête de liste dans la région de Londres, pour son SLP (Socialist labour party), qui refuse toute unité tout en n'hésitant pas à se présenter en concurrence avec d'autres listes de la gauche radicale (appelée Socialist Alliance). En Irlande, le député au parlement de Dublin, Higgings (membre du Parti Socialiste, l'autre composante issue de l'éclatement de l'ex tendance-Militant) se présentera .

Aux Pays-Bas, le Parti Socialiste (ex-maoiste) a progressé spectaculairement dans son implantation municipale et parlementaire. Saura-t-il prolonger ce bond en avant le 11 juin ? Dans l'espace à la gauche de la social-démocratie, une autre formation nettement plus modérée, a pris son envol au point de postuler ouvertement à entrer dans le gouvernement : le parti gauche-verte (fusion des communistes, pacifistes et écologistes). Les électeurs seront là pour juger la crédibilité de ce parti, dont les deux fractions parlementaires (Chambre et Sénat) se sont publiquement combattues à propos de la guerre des Balkans.

En Belgique, à gauche, on regarde la liste d'Orazio, d'après le nom d'un délégué syndical, licencié après la fermeture de son entreprise et qui a mené une violente bataille. Expression protestataire sans programme ou perspective, cette liste, soutenue par le PTB (maostalinienne) et le POS (section belge de la IVe Internationale), pourrait capter une partie de l'électorat socialiste, désenchanté par les "affaires" et la politique anti-sociale et anti-immigrés de la social-démocratie.

Au Luxembourg et au Portugal, deux expé riences semblables à celle qui a réussi au Danemark, sont à suivre. Dans le pays méditerranéen, nos camarades du Parti socialiste révolutionnaire (PSR, section portugaise de la IVe Internationale) ont constitué un Bloc de gauche avec l'Union démocratique populaire (UDP, ex-maoiste) et des intellectuels issus du PC portugais. Et au Luxembourg, "La Gauche" se présente aux élections européenne et nationale. Ni cartel ni nouveau Parti, ce rassemblement qui s'est constitué à la faveur de "congrès ouverts" regroupe les militant(e)s du PC, de la Nouvelle gauche (une scission "droitière" du PC), du PSR (IVe Internationale), des syndicalistes de gauche, des féministes, etc. Il a déposé des listes dans tout le pays. Une bonne surprise n'est pas exclue avec une entrée dans le Parlement national.

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