Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GUERRE DES BALKANS

Non au diktat des grandes puissances

· Inprecor n° 436, juin 1999, n° 436 · p. 3 · 1 021 mots

Ex-Yougoslavie Paix et armements

NORTH

ATLANTIC

SION TERRORIST

ORGANIZATIO

par Livio Maitan* lors que nous écrivons, la guerre au

• Kosovo est arrivée a un tournant : l'arrêt des bombardements apparaît désormais possible mais une nouvelle vague d'attaques contre la Serbie pourrait également se produire. Essayons, toutefois, de donner un aperçu des conséquences gravissimes d'une guerre dont personne ne sortira réellement

Milosevic s'efforcera de sauver la face et, surtout, de maintenir son pouvoir. Mais il ne pourra pas masquer l'échec catastrophique du projet qu'il a nourri depuis la fin des années 1980. Il a été le principal responsable de cette relance du nationalisme qui a tant à l'éclatement final Fédération yougoslave et aux conflits atroces qui ont ensanglanté la région pendant de ongues années. Tout le monde peut constater quel est l'aboutissement de l'aventure de la "Grande Serbie" . En fait, la Serbie est plus que jamais repliée sur elle-même et a dû accepter la mise sous tutelle de l'entité serbe de Bosnie. Elle ne pourra plus dominer le Kosovo, le Monténégro lui-même pourrait quitter ce qui reste de la Fédération et des centaines de milliers de Serbes d'autres républiques ont été chassés de chez eux. Qui plus est, l'aventure militaire a débouché sur la destruction d'une large partie de l'infrastructure la plus élémentaire et de l'appareil économique du pays et le peuple serbe, après avoir payé un tribut de sang très élevé sera condamné a mener une vie misérable pour toute une période dont il est encore impossible de prévoir la durée .

C'est devenu un lieu commun que l'OTAN ne pouvait pas se permettre de perdre la guerre qu'elle a déchaînée. Donc, si ses conditions sont finalement imposées, ses coryphées vont chanter victoire : les chefs des partis sociaux-démocrates au pouvoir ont déjà commencé à le faire. Toujours est-il que l'OTAN n'a pas de quoi pavoiser. Ses chefs politiques et militaires comptaient remporter une victoire rapide sous le masque idéologique de "l'intervention humanitaire". Ils ont employé des moyens

A Washington, contre

« l'Organisation Terroriste de l'Atlantique Nord » puissants pendant plus de deux mois en multipliant destructions et tueries. Ils prétendaient protéger les Albanais du Kosovo, victimes de la purification ethnique : le résultat est que, alors qu'avant le conflit on chiffrait par dizaines de milliers les Albanais du Kosovo chassés de leurs maisons, depuis le début de la guerre c'est près d'un million de personnes, qui ont été forcés d'entreprendre un exode biblique. Personne ne saurait aujourd'hui les convaincre qu'une "victoire" de l'OTAN pourra par elle-même leur permettre de retourner au pays à une échéance rapprochée. Personne ne saurait les convaincre non plus que ce sont eux qui sortent gagnants de l'épreuve.

Que va-t-il se passer maintenant ? Les commentateurs les moins aveuglés par leurs propres mystifications le disent sans détour. Ainsi, un article du Financial Times (7 juin) explique qu'il « faudra des mois avant que les exilés retournent chez eux (ce qui semble d'un optimisme excessif) et des années avant que le Kosovo, la Serbie et le reste des Balkans retrouvent leur stabilité politique et leur prospérité économique ». D'autres rappellent que les contingents armés internationaux restent installés en Bosnie depuis quatre ans et ne sont guère à la veille de s'en aller. En vertu de quel miracle les choses pourraient-elles se passer différemment au Kosovo ? Le médiateur de l'ONU, Carl Bildt, déclare pour sa part : « Après cette guerre il doit être clair qu'il n'y a aucune stratégie militaire de sortie de cette région. Pour l'OTAN les Balkans seront désormais le nouveau front central et une présence militaire internationale pour garantir la paix devra être considérée dans les décennies à venir comme quelque chose de naturel, de même qu'il fut naturel pour l'OTAN d'avoir des troupes en Allemagne divisée tout au long de la guerre froide ». Ajoutons que, justement dans une telle optique et pour ne pas être obligés de jouer les seconds violons aussi dans l'avenir, les pays de l'Union européenne se lanceront désormais dans une nouvelle campagne de réarmement. Que les peuples se disposent à bourse délier : il faudra bien se préparer aux "lendemains qui chantent" !

Non au diktat

des grandes

puissances !

D'autre part, sur le juteux marché de la "reconstruction", les multinationales américaines et européennes s'apprêtent déjà à se L'élargissement de l'Union européenne à l'Est fait partie de ce jeu.

Quelles que soient les péripéties des prochains jours et des prochaines semaines, une constatation élémentaire s'impose. Ce sont les grandes puissances qui feront valoir leur volonté. Que les troupes "internationales" au Kosovo soient sous le drapeau de l'ONU ou non est, dans le contexte donné, secondaire. Au Conseil de sécurité on pourra finalement trouver un compromis auquel la Russie pourrait être intéressée — ou obligée — de même que la Chine. Le sens de l'opération sera de toute façon d'avaliser ce que l'OTAN a fait de son propre chef, sous l'hégémonie de la puissance impérialiste numéro un. Les peuples des Balkans — dont le sort a été subordonné aux intérêts économiques et géopolitiques des grandes puissances depuis le congrès de Berlin en 1878, ors de la paix de Versailles en 1919 et à Yalta en 1945 — seront encore une fois traités comme des vassaux. Après le protectorat de Bosnie, un protectorat surgira au Kosovo.

Pour notre part, nous disons non de toutes nos forces. Les Kosovars ont le droit de décider eux-mêmes de leur sort. Ils pourraient éventuellement accepter la présence dans leur pays d'une force d'interposition internationale qui rende possible une consultation vraiment démocratique, mais à condition qu'aucun contingent de l'OTAN n'y participe. Quant au peuple serbe, qui n'est pas responsable des crimes de ses dirigeants, il doit lui aussi être mis en état de choisir librement. C'est lui qui doit mettre à la porte Milosevic et ses complices, reconstruire sa société civile et se donner des institutions démocratiques. C'est un devoir internationaliste de le soutenir dans cette bataille de même que de soutenir la bataille démocratique des Kosovars.

Rome, le 7 juin 1999 * Livio Maitan, dirigeant de la IV* Internationale, est membre de la direction du PRC italien.

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