Inprecor 1974–2004

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ITALIE

Une passe difficile pour le PRC

· Inprecor n° 437-438, juillet-août 1999, n° 437/438 · p. 17-18 · 1 426 mots

Italie

Les élections européennes du 13 juin ont

, marqué un échec grave du Parti de la refondation communiste (PRC), qui n'a obtenu que 4,3 % des voix, soit moitié moins que lors des législatives de 1996. Personne dans le parti ni en dehors de ses rangs n'avait prévu une telle baisse, ce qui explique mieux le désarroi des militants, de même que le vif débat qui s'est déroulé au Comité politique national (CPN) des 3 et 4 juillet. Ajoutons que le Parti des communistes italiens (PdCI), issu de la scission de l'aile Cossutta (4), s'il ne peut pas pavoiser avec 2 %, a toutefois obtenu plus de voix que les militants du PRC ne le prévoyaient en se basant sur le nombre restreint de ceux qui étaient sortis au mois d'octobre dernier et sur l'exiguïté des forces mobilisées dans les manifestations auxquelles le PdCI avait pris

Ni Fausto Bertinotti (le principal dirigeant du parti) dans son rapport, ni aucun parmi plus de cinquante membres du CPN qui ont pris la parole, n'ont attribué sous quelle forme que ce soit la défaite à la décision de censurer le gouvernement Prodi. Personne non plus n'a exprimé l'avis que la ligne aurait été mal appli-

Selon des études diffusées au lendemain des élections, si 30 % des voix perdues par le PRC se seraient transférés au PdCI, 56 % des anciens électeurs se seraient abstenus (ou auraient introduit un bulletin blanc dans l'urne). Le PRC serait donc l'une des principales victimes de l'abstentionnisme. Il semble donc que même des électeurs des couches populaires qui auparavant avaient voté pour le PRC, ont voulu exprimer leur rejet à la fois d'un système politico-institutionnel qui apparaît de plus en plus comme un repoussoir et de la couche dirigeante politique qui a intérêt à maintenir ce système. Aux yeux de nombreux pour le PRC électeurs le PRC a continué d'apparaître comme un parti plus radicalisé et plus propre que les autres, mais lui aussi partie prenante du

Un assez large consensus s'est dessiné sur l'explication suivante : alors qu'il soutenait le gouvernement, le rôle du parti comme force de pression, qu'on l'approuve ou non, apparaissait plus concret, même si les résultats n'ont été le plus souvent que dérisoires. Dès qu'il est passé à l'opposition, à cause aussi bien des limites des mouvements de masse que de l'insuffisance de son enracinement social, le PRC n'a joué, en fait, qu'un rôle de propagande, ce qui ne pouvait être suffisant pour un parti représentant quand même plusieurs centaines

Deux autres facteurs ont lourdement pesé. Le premier : la guerre aux Balkans. Le PRC a eu une attitude correcte et a été le principal animateur des manifestations qui ont eu lieu fin mars et début avril (les plus importantes, avec celles de la Grèce, en Europe !). Mais tout de même, ce sont des dizaines de milliers et non des centaines de milliers de personnes qui se sont mobilisées et ce n'était pas du tout donné d'avance que cette participation se traduise par un vote pour le PRC. Nous sommes enclins à penser que, face à la tragédie de la guerre, c'est un sentiment d'impuissance qui a prévalu : nous pouvons protester, mais la guerre se déroule quand même ! Le sentiment d'impuissance a été nourri également par la mise sur pied de l'Europe de Maastricht, c'est-à-dire d'un cadre socio-économique et dans une certaine mesure institutionnel dans lequel le rapport de forces ne pouvait que continuer d'évoluer au détriment de la classe ouvrière et des autres couches populaires. A notre avis, cela a aussi contribué à nourrir les tendances absten-

Bertinotti lui-même n'est pas allé par quatre chemins. Il a explicitement déclaré, aussi bien lors de la réunion de la Direction que lors du CPN, qu'une erreur avait été commise : on avait estimé qu'il était possible de mettre entre parenthèses ou de remettre à plus tard le processus de refondation fondamentale. Il fallait désormais opérer un tournant, inaugurer un nouveau cycle dans l'histoire du parti en remettant à l'ordre du jour comme une nécessité politique immédiate la redéfinition du socialisme, l'élaboration d'un modèle de société alternative en tenant compte - tout à fait pertinemment à notre avis — d'une vérité première : l'idée du socialisme avait eu par elle-même une valeur évocatrice pour les générations de militants qui se sont succédées depuis le début du siècle, mais n'a absolument plus la même valeur pour les générations nouvelles. C'est effectivement un point de départ pour notre réflexion.

Ce n'est pas nous qui allons regretter le constat d'échec en matière de refondation. Qu'il nous soit permis de rappeler en toute modestie que nous avions tiré à plusieurs reprises la sonnette d'alarme, le cas échéant en arrachant des applaudissements aux congrès. Hélas, sans aucun résultat tangible ! Voilà donc un chapitre qui s'ouvre à nouveau. Tout le monde semble d'accord que le chapitre de la conception et du fonctionnement doit être aussi rouvert : mieux vaut tard que jamais ! Ajoutons que le commencement du débat sur ce thème n'a pas été trop encourageant. En fait deux positions se sont dessinées dans la majorité elle-même, qu'on peut présenter (en simplifiant et schématisant à l'extrême) comme 3. Le nouveau maire de Bologne, Giorgio Guazzaloca, tout en étant soutenu par le centre-droit, a souligné qu'il se considérait indépendant et il n'a pas voulu que Berlusconi aille dans sa ville pour faire un meeting en sa faveur. 4. Cf. Inprecor n° 429 de novembre 1998 5. Il va de soi que les militants qui s'étaient opposés au soutien au gouvernement Prodi pendant deux ans et demi estiment que déjà à l'époque le parti avait commencé à connaître des difficultés, comme l'avaient indiqué, entre autres, des élections partielles.

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Italie - Union Européenne - Espagne celle des "mouvementistes" et celle des "partidaires". Il était simple pour Bertinotti d'affirmer face aux uns et aux autres qu'il faut à la fois "plus de parti" et "plus de mouvement" mais c'est de toute évidence une généralité qui n'aidera pas beaucoup dans la poursuite du débat.

Des échéances, dans le parti et en dehors de lui, indiqueront quels pourraient être les futurs clivages éventuels (6). Pour l'instant, on s'est tiré d'affaire en fixant quatre lignes d'orientation :

• la préparation d'une plate-forme revendicative et programmatique, qui aide à préparer aussi bien les prochaines luttes, les campagnes du parti et sa participation aux mouvements de masse, que la réflexion sur le socialisme et un nouveau modèle de société ;

• une réflexion d'ensemble sur la structure et le fonctionnement du parti ;

I la nécessité d'un rapport constant avec les forces dites de la gauche "critique et alternative", quelles que soient les limites de l'influence de ces forces et les divergences que le PRC peut avoir avec elles ;

• une confrontation sur les problèmes actuels de société et sur la crise du mouvement ouvrier avec la gauche modérée ou de gouvernement, dont la composante principale, les Démocrates de gauche (DS), connaît une très grave crise, surtout après la défaite de Bologne (cela ne comporte aucune hypothèse d'un retour en arrière de la part du PRC, d'autant plus que la guerre a rendu les clivages encore plus dramatiques)

Il va de soi qu'il s'agit là de têtes de chapitre plutôt que d'options bien définies. Les discussions vont reprendre à l'automne en même temps que la préparation d'une manifestation qui sera lancée à l'initiative du parti.

le 5 juillet 1999 L. M. 6. Le texte proposé par le Secrétariat du parti a été voté à une large majorité, après l'intégration d'amendements, dont un assez important sur les initiatives de mobilisation. Une notable différenciation s'est produite sur un texte critiquant l'attitude réticente du parti devant l'accord mettant fin à la très importante lutte des ouvriers de la métallurgie. Malgré l'opposition du secrétariat, ce texte a remporté 85 voix sur un total d'environ 250 participants au vote. Un autre clivage s'était produit auparavant à la Direction nationale, concernant le choix d'un élu au Parlement européen. Alors que la direction avait projeté au départ 8 candidats éligibles, il n'y a eu que 4 élus. Le choix de ces élus dépendait de l'option que ferait Bertinotti élu en même temps dans toutes les circonscriptions. Sur deux élus — en plus de Bertinotti — il n'y avait pas de désaccord. Sur le quatrième il y a eu un affrontement assez dur et la proposition du secrétariat en faveur du juge sicilien Di Lello au détriment du coordinateur du département international, Sorini, n'a été acceptée qu'avec 31 voix, contre 11 et 13 abstentions.

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