Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TIMOR-ORIENTAL

Pour l'indépendance du Timor-Oriental

· Inprecor n° 439-440, septembre-octobre 1999, n° 439/440 · p. 52, 51 · 1 202 mots

Portugal Philippines et Asie du Sud-Est

« Ils sont venus trop tard, bien trop tard, après tous ces morts. Notre pays est détruit. » Cité par l'envoyé spécial du Monde (1), le Timorais anonyme résume le bilan encore provisoire de l'hypocrisie des puissances occidentales dont la population du Timor-Oriental continue de faire les frais.

par

25 ans d'hypocrisie impérialiste

Jan Malewski

Car la tragédie timoraise symbolise la politique impérialiste au cours des dernières décennies. Rappelons les faits. Lorsqu'en avril 1974 la dictature portugaise s'effondre, la lutte pour l'indépendance menée au Timor-

Oriental fait partie des causes qui l'ont affaiblie et qui ont préparé le terrain à la poussée révolutionnaire dans la métropole. Tout en tentant de se dégager du bourbier colonial, le pouvoir portugais manœuvre et tente de mettre en selle l'Union Démocratique du Timor (UDT) pour faire

Pour l'indépendance du Timor-Oriental !

contrepoids au radicalisme du FRETILIN (2). En 1975 l'UDT se tourne vers la dictature indonésienne et rompt l'alliance avec le FRETILIN. Premiers affrontements et 3000 morts. En novembre 1975 le FRETILIN vainqueur proclame l'indépendance. En décembre l'armée indonésienne envahit le territoire et massacre 60 000 personnes. A l'ONU des larmes de crocodile sont versées, dans les coulisses l'armée indonésienne peut se prévaloir du soutien à peine voilé des États-Unis et des puissances européennes.

Seul prix de l'hypocrisie occidentale : l'annexion du Timor-Oriental par

Suharto en

1976 ne sera pas reconnue (à l'exception notable l'Australie en 1979, qui en profite pour signer un accord de partage des exploitations pétrolières est-timoraises avec l'Indonésie). Mais alors que l'armée indonésienne se livre à des massacres en cascade et liquide un quart au moins de la population du Timor-Oriental (3), les États-Unis, la

Grande Bretagne et la France poursuivent les livraisons d'armes à la dictature. En même temps le président américain Jimmy Carter se drape

1. Le Monde du 22 septembre 1999.

dans le manteau de défenseur des droits de l'homme, proclamés « l'âme

2.

Front

Révolutionnaire pour de notre politique étrangère ». La chape de plomb s'abat sur l'île, les l'Indépendance du Timor Est est issu de l'Association social-démocrate timoraise, généraux indonésiens s'emparent de ses richesses, les manifestations formée au printemps 1974 (une semaine populaires font l'objet de mitraillages, comme en 1991 lorsque plusieurs après l'apparition du premier parti timocentaines de personnes rassemblées au cimetière Santa Cruz à Dili sont rais, l'Union démocratique timoraise, qui assassinées.

misait sur le statu quo social et l'autonomie dans le cadre du colonialisme portu-

Massacre annoncé gais) par des jeunes intellectuels catholiques radicalisés et marxistes. C'est en

La chute de Suharto en 1998 et le ramollissement de la dictature indos'implantant dans les campagnes et en y nésienne (4) remettent à l'ordre du jour la question du Timor-Oriental. En pratiquant l'alphabétisation que le FREmai 1999 sous les auspices de l'ONU, un accord est signé par le Portugal

TILIN deviendra l'organisation dominanet l'Indonésie prévoyant l'organisation d'un référendum pour permettre te dans la colonie portugaise.

à la population de choisir entre l'autonomie octroyée par le pouvoir

3. En 1975 la population du Timor avoisiindonésien et l'indépendance. C'est à l'armée indonésienne - responnait 700 000 personnes; en 1981 les autosable de centaines de milliers de morts - qu'est confiée la tâche d'assurités indonésiennes prétendaient en avoir rer la sécurité du vote, alors que les observateurs internationaux vérirecensé 567 000 alors que le recensement fient sa régularité. Le 30 août 1999 78,5 % des 800 000 Timorais orientaux effectué parallèlement par l'Église cathose prononcent en faveur de l'indépendance. L'annonce du résultat, le lique n'en mentionnait que 425000.

4 septembre, déclenche la terreur. Sous la protection de l'armée indoné-

Gabriel Defert écrit à ce sujet : « A trop parler de « génocide », le terme s'est prosienne, des milices anti-indépendantistes (constituées par les troupes galvaudé, mais s'il n'y gressivement spéciales Kopassus) se livrent au massacre. On annonce 20000 morts en avait pas dans le cas présent de volonté quelques jours, entre 120000 et 200000 Timorais sont déportés hors de d'exterminer les

Timorais, délibérée leur pays par l'armée et la police, des dizaines de milliers d'autres fuient force est de constater que la politique dans les montagnes. Un mouvement de solidarité internationale, repremenée par Jakarta a eu des conséquences nant la demande de la résistance timoraise d'une intervention de l'ONU, analogues. » (G. Defert, Timor Est, le se développe de par le monde, particulièrement fort en Australie et au génocide oublié, l'Harmattan, Paris 1992)

Portugal. Si prompt d'habitude à envoyer ses bombardiers, le gouverne-

4. cf. G. Buster, Indonésie : vers une dicment américain joue la montre. (suite p. 51)

tature ramollie, Inprecor n° 425 de juin 1998.

Page 51

(suite de la page 52)

maître.

Respect du choix populaire nir dans leur pays.

massacres et solidaire du peuple timorais.

Timor-Oriental.

Oriental par l'Indonésie...

hisseur indonésien.

action » (mentionné par G. Defert, op. cit.).

Pourtant la présence de l'armée indonésienne au Timor-Oriental est toujours, selon les lois internationales, illégale. Il faudra attendre deux semaines pour que, avec l'accord du gouvernement indonésien, les premiers détachements d'une force de paix internationale menée par l'Australie débarquent à Dili. Pour constater que la ville a été vidée de sa population et largement dévastée. Et que les milices pro-indonésiennes et l'armée indonésienne y règnent toujours en Le droit à l'autodétermination du peuple timorais a été foulé aux pieds avec la complicité des principales puissances impérialistes. Maintenant la décision des Timorais doit être respectée sans le moindre délai. L'armée et la police indonésiennes doivent quitter Timor-Oriental. Les milices doivent être dissoutes et désarmées. Les populations timoraises déportées doivent être rapatriées chez elles. Les dirigeants indépendantistes timorais - et en premier lieu Xanana Gusmão - doivent être libérés et pourvoir reveSi la présence d'une force internationale est nécessaire pour atteindre ces buts et si tel est l'avis de la résistance indépendantiste timoraise (qui l'a réclamé) on ne saurait s'y opposer. Mais il ne faut pas se leurrer : la présence de la Force internationale pour le Timor-Oriental (Interfet) conduite par les militaires australiens (5) ne constitue en rien une garantie de la libération du Timor-Oriental. Et cela même si l'envoi de cette force doit beaucoup à la pression de l'opinion publique internationale, bouleversée par les S'il est question de respecter la volonté populaire, l'Interfet doit se soumettre au Conseil national de la résistance timoraise (CNRT) et reconnaître que la guérilla du FALINTIL (6) est la seule force armée légitime pour assurer la sécurité sur le territoire du Timor-Oriental. De même l'accord passé entre l'Australie et la dictature indonésienne en ce qui concerne l'exploitation des ressources pétrolières timoraises doit être considéré comme nul et non avenu et les richesses minérales confisquées doivent être restituées au 5. Interfet (8 000 soldats dont 4 500 australiens) est dirigé par le général australien Peter Cosgrove, 52 ans, qui s'est illustré, en 1974, en tant que chef d'une patrouille militaire australienne engagée au Viêt-nam. Rappelons encore que l'Australie fut le seul pays a reconnaître de jure l'annexion du Timor6. Forces de Libération Nationale du Timor Est, créées en 1975 en tant que branche armée du FRETILIN, elles mènent la résistance armée contre l'enva-

Dès 1983, selon un rapport de l'Administrateur Apostolique de Dili, Mgr da Costa Lopes, ces forces « se confondaient totalement avec la population qui était devenue parfaitement solidaire de son

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