Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRÉSIL

Ve Conférence nationale de Démocratie socialiste

· Inprecor n° 439-440, septembre-octobre 1999, n° 439/440 · p. 33-35 · 2 082 mots

Brésil

DOCUMENT Em Tempo *

Plus de e2c marones ont ala te dan ce

Démocratie socialiste (DS) du Parti des travailleurs (PT), qui a eu lieu début juin à Cajamar. 80 camarades étaient présents en tant que délégués élus dans leurs États respectifs en représentant environ 800 militant(e)s socialistes actifs dans le PT et la DS et payant des cotisations régulières. C'est un nombre très significatif auquel il faut ajouter un ensemble assez large d'activistes du parti et d'organisations sociales avec lesquels la DS a des activités communes et que nous devons nous efforcer d'intégrer organiquement à la tendance. Bref, la conférence de Cajamar a été la plus importante réalisée au long de deux décennies.

L'ordre du jour incluait une analyse sur la conjoncture et une discussion sur les tâches politiques du parti, la construction du PT et les tâches de la DS. Il y a eu également un débat spécifique sur le bilan de l'activité du PT au niveau des gouvernements des États et des communes avec un accent particulier sur le Rio Grande Do Sul et l'expérience de Porto Alegre. La conférence a voté une motion condamnant l'emprisonnement de militants du Mouvement des travailleurs sans terre (MST) et les violences dont ils ont été victimes. Le contexte de la conférence

La conjoncture où la contérence s'est déroulée a des traits très spécifiques. Nous vivons à l'heure de l'hégémonie néolibérale à l'échelle mondiale, dont, toutefois, la faillite historique est de plus en plus évidente et provoque des réactions croissantes. A la suite de la crise du mois de janvier dernier, le gouvernement fédéral a accentué la subordination du Brésil à l'impérialisme. Une telle attitude a eu comme conséquence une opposition plus large à sa politique écono-

A la tribune, parole à Raul Pont, maire de Porto Alegre PISTE TOR UMA ESTRE

PT

mique et au président Cardoso. Mais, pour l'instant, il n'y a pas eu un mouvement politique d'opposition correspondant à la gravité de ce que le gouvernement est en train de faire.

Dans une telle situation un courant comme la DS, participant à la construction du PT, a de très grandes responsabilités. Il doit s'engager à fond dans l'élaboration d'une politique visant à mettre en échec le projet néolibéral et à le remplacer par un autre projet, démocratique-populaire. Une telle tâche doit être accomplie dans le contexte particulier où la gauche se trouve à l'étape actuelle. Depuis plusieurs années l'idée a été avancée de la formation d'un "сатр du centre-gauche" conçu comme stratégie pour arriver à participer au gouvernement central. Ce "phénomène" a touché de larges secteurs de la gauche en Amérique latine et dans le monde alors qu'au Brésil il s'est manifesté avec un certain retard

Pour atteindre un tel but on réécrit le programme à la baisse, on éloigne la perspective socialiste, on cache le drapeau et on s'efforce de faire accepter par le parti et par les mouvements sociaux les exigences du "centre". Le résultat d'une telle approche a été un processus de désarmement programmatique et de confusion politique. Dans le cas brésilien, une telle conception s'est avérée non viable : non seulement à cause de la résistance de secteurs très importants du PT, mais aussi du fait que le soi-disant centre appartient en réalité au camp néolibéral. L'expérience est en train de démontrer que la gauche devient plus forte, y compris au niveau institutionnei, lorsqu'elle réussit à regrouper un ensemble de forces sociales et politiques alternatif et opposé au camp constitué par la droite et le centre Voilà l'une des principales leçons qu'il faut tirer de l'expérience que la gauche du PT, dont la DS, a développé avec succès au Rio Grande do Sul et à Porto Alegre. Le PT face aux échéances

La conférence a largement débattu sur ces thèmes sans adopter pour l'instant une résolution spécifique. C'est en fait l'un des nœuds stratégiques pour le parti qui doit faire face à un double défi : exploiter les possibilités de progresser vers la construction d'un projet alternatif au néolibéralisme et, en même temps, contrecarrer les grandes * La rédaction de Em Tempo, périodique de la tendance Démocratie socialiste du PT brésilien, a consacré un article à la V° conférence nationale de la tendance (n° 307 de juillet 1999), que nous reproduisons ci-contre.

----- photo credits and running heads -----

P

Page 34

pressions à l'adaptation du parti à l'ordre établi.

Soulignons certains points qui ont été abordés au cours du débat. • Nous nous trouvons face à un processus qui pourrait déboucher sur des expériences significatives de construction de pouvoir populaire et de démocratie directe. Une telle possibilité se concrétise surtout dans l'expérience de Porto Alegre, renforcée désormais, à une échelle plus large, par la conquête du gouvernement de l'Etat de Rio Grande do Sul. En même temps, il faut relever les énormes défis provenant de la résistance des élites, des restrictions légales et financières existant à tous les niveaux, des dangers d'une séparation entre avancées institutionnelles et avancées sociales de la gauche. • Des secteurs de la gauche, non seulement au Brésil, ont une autre approche face aux gouvernements locaux ou régionaux. lis considèrent une participation à de tels gouvernements comme une légitimation à participer au gouvernement national sans de grandes ruptures, en d'autres termes, comme une occasion de donner des gages à la bourgeoisie en lui prouvant qu'il est possible de gouverner avec la gauche. • Quelle capacité avons nous pour renverser, à partir des gouvernements conquis, les processus destructeurs déjà réalisés par les néolibéraux à divers niveaux ? De quelle façon cela influe-t-il sur notre capacité d'élaborer un programme alternatif au néolibéralisme? • Il n'y a pas de "modèle pétiste de gestion". Les expériences réalisées depuis 1988 à Porto Alegre sont très différentes de celles, par exemple, de certaines municipalités de Sao Paulo et il n'est pas possible d'en faire un bilan unique. • Dans de nombreuses situations, il est difficile de réaliser les projets dans la mesure où les gouvernements locaux ne reçoivent pas l'oxygène suffisant en provenance du parti, des luttes et des débats dans la société et on aboutit donc à des changements qui se limitent à la bureaucratie étatique. • En partant de l'expérience de Rio Grande do Sul on peut expliquer quel doit être l'élément qui différencie le PT dans sa participation à des gouvernements régionaux : c'est sa capacité de faire valoir sa propre approche des questions démocratiques et de stimuler des transformations transitoires dans la société, c'est-à-dire d'aller au delà des limites de l'ordre bourgeois existant. • Dans de nombreux gouvernements et dans des campagnes électorales pétistes on tente de faire passer l'idée que notre différence serait celle de "l'éthique" combinée avec "l'efficacité". Cela n'est absolument pas suffisant. Un gouvernement du PT se doit de prendre les initiatives pour devenir le point d'appui en vue de changer les rapports de forces sociaux (à l'échelle municipale, étatique) en faveur d'un programme antagoniste au programme néolibéral. C'est le sens de la participation populaire promue par le budget participatif et les autres instances à Porto Alegre. • La conception d'une démocratie de participation populaire doit stimuler l'action directe des citoyens, une critique et une métiance à l'égard de la démocratie représentative, nourrir une culture qui amène les personnes à ne pas déléguer le pouvoir, et, lorsqu'une délégation est inévitable, à ne pas renoncer à leur souveraineté (par exemple, en ayant recours à la révocation des mandats si les élus ne respectent pas les principes). Cela implique qu'il faut changer la conception actuelle de la direction du PT qui est trop complaisante envers la démocratie représentative. Notre but ce n'est pas tellement d'augmenter le nombre des députés, sénateurs, préfets, gouverneurs etc., mais de changer les normes de comportement politique du peuple. • S'il est au gouvernement, le PT se trouve sous le bombardement de la bourgeoisie (de ses lobbies et de ses médias) pour qu'il n'aille pas du delà des limites acceptables de la part du capital. Tout gouvernement tremble de peur lorsqu'il doit discuter des subsides aux entreprises (qui promettent en échange des investissements et des emplois). La seul façon de sortir gagnant de telles épreuves est d'encourager la participation des masses sur la scène politique.

Nous considérons que le pays est en train de changer de période politique.

L'élection de Fernando Henrique Cardoso (FHC) à la présidence en 1994 survenait à la suite de reculs des travailleurs et de la gauche, réduite à la défensive. Avec un appui unanime des classes dominantes, FHC pouvait procéder à la dilapidation des biens de l'État et à la mise en cause des conquêtes sociales et des services publics. Qui plus est, il le faisait avec un relatif appui populaire, que lui conférait la stabilisation (provisoire) obtenue par le plan réal et l'absence d'alternative de gauche.

Nous sommes aujourd'hui dans une situation différente. Il n'y a plus de consensus au sein du camp dominant; l'économie est en récession et à la merci des crises internationales; il y a un renforcement de la gauche et une reprise des mobilisations sociales. La conjoncture politique actuelle est marquée par la combinaison de la faillite du modèle économique imposé par le plan réal et par la perte de légitimité de FHC. S'ouvre

Page 35

ainsi une période de crise latente, dont le rythme dépendra de la lutte politique. la question clé dans cette nouvelle situation est la construction d'une issue qui exprime les intérêts des travailleurs face au désespoir représenté par le néolibéralisme.

Comme tâche politique immédiate la conférence a indiqué la nécessité que le PT, la CUT (Confédération unique des travailleurs), la CMP (Centrale du mouvement populaire) et tout le camp démocratique-populaire s'engagent dans une campagne politique pour mettre fin au gouvernement de Cardoso et le remplacer par un gouvernement démocratique-populaire.

Dans des situations de crise nationale le projet hégémonique s'effrite. C'est une occasion favorable pour avancer une alternative de gauche. Un aspect essentiel de notre activité à l'heure actuelle est donc de développer une alternative programmatique face à la crise brésilienne. L'histoire même du PT nous fournit des éléments de cette alternative que nous pouvons revendiquer : • les grandes réformes distributives qui furent présentes dans nos programmes de 1989 et de 1994; • la démocratisation radicale et le participation populaire directe, à partir de l'expérience de Rio Grande do Sul ; • la défense de la souveraineté nationale et de la solidarité internationale ; • la redéfinition des choix économiques du pays à partir de ces grandes orientations ; • la construction de l'hégémonie des travailleurs et de la majorité populaire comme fondement pour un nouveau gouvernement, de gauche, à l'échelle nationale. La crise brésilienne

En tant que dépositaire de la grande majorité des voix d'opposition et que parti avec la plus grande influence dans les mouvements sociaux incluant dans ses rangs les secteurs les plus avancés de la gauche brésilienne, le PT a une grande responsabilité pour jeter les bases d'une alternative de gauche à la crise. En dehors du PT, il n'y a aucune possibilité de développement d'une telle alternative . Mais pour être en condition d'accomplir cette tâche stratégique le PT doit surmonter de sérieux problèmes de direction et de construction : • l'électoralisme qui amène à penser que le "calendrier" de la crise coïncide avec le calendrier électoral, ce qui comporte une sous-estimation politique de la crise ; • la régression programmatique, qui

Assemblee populaire à Santo Cristo empêche de construire une alternative plus claire face au néolibéralisme et réduit la confiance de notre base sociale dans un projet indépendant face à la bourgeoisie; • l'absence d'un fonctionnement organique du parti, une verticalisation poussée à l'extrême et des pratiques souvent dégénérées visant à contrôler les instances de décision. L'idée d'un parti "ouvert" à la société que la majorité actuelle s'efforce d'imposer, débouche sur une perte du potentiel de militantisme, qui est pourtant essentiel dans une phase de crise, et sur un modèle partidaire dilué et démobilisateur.

Il est important de comprendre que la crise est un processus politique, concentré dans le temps, de changement du rapport de forces dans la société. Cela exerce une pression sur le PT lui-même, sur son mode de construction, assez perméable aux mouvements sociaux. Ainsi, la crise du pays est l'un des éléments qui pèsent sur la dynamique actuelle du PT. Nous n'estimons pas qu'elle puisse résoudre par elle-même le problème de la construction et de la direction du parti. C'est une tâche dont l'accomplissement dépend d'une lutte consciente et organisée dans le cadre du parti. Il n'y a là aucun automatisme.

Une erreur sur cette page ?