• En décembre 1978, à l'occa- Nascimento. Simultanément, un re du Comité central du MPLA tériel s'effectue : des têtes tom-
Angola
La crise du régime, ph
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Claude GABRIEL
- Parti du travail - a été prise la de Premier ministre en desti- sabilités du Parti et de l'Etat.
tuant son titulaire, Lopo de I ase Il audience de masse et de redonner vigueur aux institutions bonapartistes, le régime angolais cherche un second souffle. Mais il serait faux d'y voir une radicalisation.
bent. Carlos Rocha Dilolwa dédécision de supprimer le poste missionne de toutes ses respon-
Nascimento lui-même est exclu du pouvoir politique, mais garde sa place, pour le moment, au Comité central.
Pour le public, le régime annonce cette importante décision au nom du renforcement du Parti. Mais, derrière ces soi-disant réajustements, se cache un sérieux coup de semonce pour le régime.
Rappelons pour mémoire que Luanda est aux prises avec les exactions de l'UNITA soutenue par l'Afrique du Sud, ce qui implique qu'au moins une partie du territoire connaît une économie de guerre. La guerre civile qui avait détruit la majeure partie des ressources du pays a été suivie par une politique économique dite de «recons truction », où cohabitaient d'une part un secteur d'Etat bati sur les nationalisations des unités appartenant anciennement à des Portugais, et d'autre part des projets de développement
industriel où se retrouvaient capitaux impérialistes et aides des Pays de l'Est. Une telle économie, malgré ses spécificités, reste une économie de marché. La balance des paiements est dépendante de branches telles que celles du pétrole, des diamants, du chemin de fer de Benguela pour lesquelles les capitaux étrangers ou les marchés impérialistes jouent un rôle fondamental. conséquence, l'économie angolaise est marquée par une terrible inflation que vient renforcer la spéculation locale de la petite-bourgeoisie et des bureaucrates.
En mai 1977, la fraction de Nito Alves était brutalement éliminée après qu'elle ait tenté, en désespoir de cause, un putsch. Cette fraction du pouvoir était connue pour une politique de «défense » des organes de « pouvoir populaire ». En réalité, Nito Alves monta en première ligne en 1976, lorsqu'il s'est agi de briser l'indépendance de classe des comités de quartier, et de réprimer l'extrême-gauche naissante. Mais sa politique consistait à stabiliser l'Etat et à légitimer le MPLA sur un réseau d'organes de base vidés de tout contenu subversif. C'est en partie pour cela qu'il bénéficia pour un temps de l'appui des Soviétiques.
Mais la défaite de la coalition réactionnaire FNLA-UNITAZaïre-Afrique du Sud, ouvrait une période nouvelle pour la di
De gauche à droite, At Jonas Savimbi (UNITA)
rection petite-bourgeoise MPLA. Les projets populistes d'un Nito Alves perdaient de leur intérêt et risquaient, à la limite, de créer des obstacles a certains projets de la majorité. La défaite de cette fraction « gauche » n'était en réalité que le résultat de la réduction des comités de quartier à de simples enveloppes sans contenu.
Déjà en juin 1976, les « niavaient fait le forcing pour que se déroulent les « élecdes représentants du «Poder popular». Mais seulement 10% de votants vinrent satisfaire cette opération de pure démagogie alors que le MPLA proclamait « l'institutionalisation » du « Poder Popular» c'est-à-dire sa liquidation. Alves, en s'appuyant sur ce qu'il avait contribué à réduire à peu de choses, alors qu'il figurait dans les personnalités en vue du régime, s'est lui-même condamné à être défait par la majorité du MPLA. Ce fut la première phase de la crise du régime - régime né de quinze années de lutte armée, sous une direction petite-bourgeoise nationaliste.
La politique du nouvel Etat étant celle d'un maintien de l'économie de marché, le régime du MPLA a dû maintenir sa légitimité en prenant un caractère bonapartiste prononcé. l'économie angolaise n'est pas l'économie algérienne. Un tel objectif pétri de contradictions peut à chaque instant provo-
Holden Roberto (FNLA quer l'éclatement d'une direction faible, divisée, sclérosée.
La phase actuelle de la crise du MPLA se déroule sur un fond de crise économique et sociale. Visiblement, il a fallu rectifier, dans le domaine de la politique des salaires, pour couper court à un fort mécontentement populaire et tenter de re-
June base sociale. Mais il fallait aussi trouver un bouc émissaire. Ce fut Nascimento afin, d'une part, de taire porter le chapeau par le gouver nement et non par le Parti, et d'autre part, de renforcer le rôle de Neto. Si le bonapartisgénéralement bicéphalisme, le bonapartisme angolais pour sa part, ne survivrait pas à une remise en question du personnage de Neto.
L'appareil bureaucratique du MPLA, après avoir frappé un gauche, fait mine aujourd'hui de frapper à droite. Mais Nascimento, même s'il a pu faire quelques propositions l'Ouest, ne peut être présenté comme un «droitier pro-occidental» opposé à la « ligne progressiste». Nascimento paie essentiellement la brusque nécessité pour le régime de redorer son blason et notamment de recréer autour du personnage de Neto un sentiment charismatique. Mais la présente opération n'y suffira pas, tellement est grave et chronique la crise économique du pays. La prochaine phase sera celle d'une ouverture plus grande aux capitaux occidentaux. A ce moment précis, Agostino Neto jouera son avenir.
En attendant, à Luanda, on parle de «démocratisation de l'Etat» en faisant réapparaître les comités de pouvoir populaire. On dénonce le bureaucratisme de l'Etat (pas du Parti ?) et le manque de dynamisme du gouverement sortant. Neto part en croisade pour résoudre «les problèmes que connaît le peuple ». Il annonce la révision du plan économique. Il stigmatise les violations des droits des citoyens et annonce la modification de l'éventail des salaires. Le régime déshabille Pierre pour habiller Paul. On supprime
"Angola, le tournant africain"
la prime des fonctionnaires afin de rehausser certains salaires de la production. On assouplit les conditions faites au petit commerce et on tente de relancer les marchés ruraux, ce qui impliquera sans doute une redéfinition des coopératives agricoles.
En tentant ainsi de reconstruire une audience de masse, et de redonner vigueur aux institutions bonapartistes, le régime angolais cherche un second souffle. Mais il serait faux d'y voir une radicalisation. Au
Il n'était pas aisé au plus fort de la lutte de libération nationaliste angolaise de prôner une solidarité inconditionnelle avec le peuple angolais et, en même temps, de faire porter la critique sur les orientations du MPLA (Mouvement populaire de libération d'Angola). Les apologistes impénitents sont nombreux. Ils découvrirent quelques années plus tard, avec naïveté sinon stupeur, la realpolitik du pouvoir d'Agostino Neto.
Face à d'autres, en apparence plus circonspects, qui défendaient une attitude équidistante entre le MPLA d'un côté, le FNLA et l'UNITA de l'autre, il fallait alors argumenter et mettre à nu les vices d'une appréhension européo-centriste qui, un peu hâtivement, légitimait une «neutralité positive» à l'égard de ces groupes, vecteurs de la contre-révolution. Le livre de Claude Gabriel, rédacteur de la revue Afrique en lutte, qui anima ces débats, présente la somme de cet ardu travail de décryptage de la formation sociale angolaise et du tissu géo-politique de l'Afrique australe.
L'épine dorsale de cet ouvrage est constituée par une délimitation de la place el du rôle de la petite-bourgeoisie angolaise dans le processus de libération natiocontraire, la nature de classe de l'Etat angolais pousse l'équipe dirigeante dans le sens naturel d'une ouverture économique à lOuest, afin de répondre au plus pressé. Même si Neto réaffirme ses amitiés soviéto-cubaines à l'occasion des derniers événements, les projets d'investissements impérialistes se multiplient, que le MPLA lorgne vers la Convention de Lomé, etc.
Face au mécontentement populaire, le MPLA ne peut que chercher des solutions dans les
Livres un livre de Claude Gabriel Aux Editions La Brèche nale. Sa trajectoire répond-elle aux lois sociales générales qui ont présidé à celles de ses homologues au plan continental ? A l'issue d'une guerre de libération nabien des observateurs n'hésitaient pas à répondre par la négative. Or, sur ce plan, le subjectivisme résiste mal à l'érosion du temps. La suite prouva le contraire. Claude Gabriel, ments nombreux et rares à -des, les justifications programmatiques, les alliances, cette petite-bourgeoisie (symbolisée par la direction du MPLA) pour stabiliser un système de domination somme toute fragile.
Pas de déterminisme implacable - à chaque moment des alternatives étaient possibles - mais la logique d'une orientation. Celle qui fut scellée par l'institutionnalisation, en novembre 1977, du «parti-Etat», cadre juridique indispensable à la mise en place efficace d'un capitalisme, organisé, suscité, suscité, autour de l'appareil autour de l'appareil d'Etat.
Un propos qui dépasse à l'évidence le cas angolais, mais qui, à travers celui-ci, reçoit sa plus limpide illustration. Aussi, l'auteur consacre-t-il une place importan-
A LIRE AUSSI DANS INPRECOR Un article de José Maia : « Une politique autoritaire au service d'intérêts bourgeois», dans le no 30, du 8 juin 1978. formes les plus rapides de pénétration des capitaux. Ensuite, si cela ne suffit pas, viendra le temps de la répression directe contre les travailleurs. te à la question plus générale du nationalisme africain. Les développements recencés dans cet ouvrage permettent avancée sur cette voie. Pour le reste, quelle que soit sa vigueur, parfois une abondance déconcertante de rappels historiques et ethnologiques, ce livre ne saurait être confondu avec une recherche universitaire. Livre qui prend position, fait écho aux attitudes adoptées par les marxistes-révolutionnaires (par exem-
Alors de la répression du MPLA à l'encontre de l'extrême-gauche), c'est un ouvrage de prospective L'actualité vient de le prouver avec le limogeage, le 13 décembre dernier, de Lopo de Nascimento, ex-Premier ministre, et de ses partisans.
Ecrit depuis plusieurs mois, les éditeurs avant sa sortie lui ont judicieusement rajouté une postface. Dans celle-ci, Fernando Cazals s'attache plus particulièrement à dresser une vérification pratique des théories qu'il avance, à travers la tentative de coup d'Etat fomentée et échouée de Nito Alvez en mai 1977.
Le livre est en vente à la librairie La Brèche 10, Impasse Guéménée, 75 004