Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ALGERIE

Pour une Assemblée constituante. Déclaration du Groupe communiste révolutionnaire

· Inprecor n° 44, 1er février 1979 · p. 10-12 · 1 904 mots

Syndicalisme Maghreb

• Boumédiène est mort. Le mécontentement ouvrier, suscité par les fortes hausses de prix du mois de Ramadhan, comme la fronde des milieux réactionnaires (petits commerçants, frères musulmans), toute cette effervescence du mois de septembre s'est tue depuis que la maladie de Boumédiène, puis sa mort, ont posé la question de l'après-Boumédiène et des perspectives politiques.

Les manifestations à la mort de Boumédiène et pour ses funérailles nous rappellent la position particulière que celui-ci occupait depuis 1967 : celle d'un bonaparte bourgeois; celle d'un dirigeant qui semblait au-dessus des conflits de classe, qui imposait à la bourgeoisie la «révolution agraire» et ses tentatives de monopole sur le commerce extérieur, tout en brisant les luttes des travailinte leurs. Comme il était arrivé dans le cas de Nasser ou Peron, les affrontements limités mais réels avec l'impérialisme (nationalisation des hydrocarbures...), les efforts pour résoudre les problèmes du développement (industrialisation, «révolution agraire », enseignement...) avaient fait de lui, malgré les échecs, un homme prestigieux parmi les masses populaires.

Pourtant, à l'ombre des sociétés nationales et des monopoles étatiques, la bourgeoisie connaissait un essor fulgurant. Aussi bien les prêts de l'Etat et les détournements de fonds que la stratégie de Boumédiène dans son ensemble favorisaient les milliers d'entreprises privées du bâtiment et les centaines textiles, des secteurs parasitaires. En effet, le projet de Boumédiène était : construire l'Etat bourgeois, renforcer le capitalisme algérien et développer la bourgeoisie algérienne.

En 1972, les affrontements inter-bourgeois autour de la « révolution agraire» inauguraient la crise du capitalisme d'Etat algérien. Dès lors, les pressions pour la « sadatisation », pour l'ouverture à l'impérialisme et la remise en cause des monopoles étatiques se faisaient de plus en plus fortes.

Depuis 1976-1977, avec les débats autour de la charte nationale et les luttes ouvrières de l'été 1977, la crise connaissait une nouvelle dimension : l'entrée en scène de la classe ouvrière. La situation critique de septembre dernier en témoigne : le mécontentement populaire obligeait le pouvoir faire campagne contre les petits commerçants.

Par l'impasse de l'industrialisation, par l'échec de l'agriculture, par le niveau de la dette extérieure (40% du PNB), etc., la faillite du projet se confirmait d'année en année.

Boumédiène est mort avant les révisions déchirantes, avant qu'une remise en cause ouverte de son projet initial ne révèle l'ampleur de l'échec, avant que développement ne fassent clairement comprendre aux travailleurs qu'il n'était que le représentant des classes dominantes. ET MAINTENANT?

Le régime bonapartiste ne peut continuer à fonctionner

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comme auparavant. Sa constitution bâtie pour le pouvoir d'un homme, son armée sans état-major reconnu, son parti sans congrès ni direction, tout cela n'avait de sens qu'avec Boumédiène. Aucun dirigeant bourgeois de l'équipe actuelle n'a la stature politique pour jouer, dans l'immédiat, le rôle qui était celui de Boumédiène. Le régime bonapartiste donc defait. Mais puisqu'il n'y a pas d'alterative à l'extérieur du régime, c'est du sein du régime lui-même que viendra la relève.

La classe ouvrière (les manifestations à l'occasion des funérailles le prouvent) candidate au pouvoir d'hui. Parler de crise révolutionnaire au moment où les grèves cessent et où les travailleurs applaudissent le cercueil Boumédiène, ce serait ne pas comprendre l'ampleur de tâche des révolutionnaires. Néanmoins, les manifestations constituent des pressions qui empêcheront le nouveau régime de s'ouvrir trop vite à l'impérialisme et de trop affirmer le pouvoir des bourgeois et des arrivistes.

Les groupuscules de l'opposition bourgeoise (frères musulmans ou « libéraux » de l'UNLD) ne veulent peser que dans le sens de la liquidation de la politique de Boumédiène.

Ainsi donc, les barons du régime, les Boutéflika, Chadli, Yahyaoui et autres Benchérif se partageront le pouvoir. Aucun d'entre eux n'a l'envergure nécessaire pour s'imposer aux autres. Ce sera la collégialité forcée.

Cependant, comme la bourgeoisie n'envisage pas d'ouverture démocratique car elle n'est pas capable de débattre publiquement de ses options politiques sans se déchirer, il est clair que cette collégialité des premiers temps ne phase transitoire et que, d'éliminations en limogeages, il est très possible qu'on aboutisse à une reconcentration du pouvoir.

sera aux leurs conflits, sa disparition le bonaparte qui sera venir forces politique, sation » au sein des classes dominantes.

n'est pas aujour-

- ATU: Assemblée des tradonné à une usine).

- GSE : Gestion socialiste des de entreprises.

- PAGS : Parti d'avant-garde la socialiste.

- UGTA : Union générale des travailleurs algériens.

- UNEA : Union soute en 1971).

- UNLD : Union nationale des libéraux démocrates.

- Un dinar vaut approximativement 1,20 Ff.

pression.

d'ouverture à l'impérialisme, s'est sera qu'une

Mais ce régime transitoire plus faible que le régime précédent. Si Boumédiène usait de son poids parmi les masses matiques travailleuses pour s'imposer face future.

pressions des différentes fractions bourgeoises et arbitrer a

CEN miné la cohérence de la coalition des classes dominantes et va libérer leurs affrontements. Sans l'Infitah, faisait interdes férocité travailleurs dans le rapport de d'Etat.

la «libérali-

(Infitah) s'accélérera et la politique du pouvoir sera me le la résultante des affrontements médiène, reil du Parti donc vailleurs de l'Unité (nom nationale des étudiants algériens (dis-

Ceci stimulera davantage les autres.

travailleurs qui viennent de découvrir leurs forces nouvelles à se soustraire à l'emprise politique du pouvoir. La classe oution », vrière, qui fera les frais des échecs de la bourgeoisie, s'imposera de plus en plus comme une force sociale active et autonome. L'UGTA subit déjà cette tique

L'Infitah est le vrai programaucunement me de la bourgeoisie. Commencé du vivant de Boumédiène, faite.

le procès de «sadatisation», de relativisation du secteur étatisé, développé ces derniers répandent mois avec la remise en cause des

CAPCS et le retour des mandataires privés dans la commercialisation des fruits et légumes. Ce processus va s'accélérer dorénavant. La perspective du dévelopinvestissements situation étrangers par le biais des sociétés mixtes, celle du relâchement de la planification et la modération des rapports diploavec l'impérialisme indiquent le sens de l'évolution

Dans une résolution de la de PUGTA (novembre 1978), la bureaucratie syndicale a mis en garde contre alors que l'opposition bourgeoise a redoublé de contre le secteur Si Yahyaoui, présenté comcontinuateur de Bouest soutenu par la bureaucratie syndicale, l'appa-

Get même par les staliniens du PAGS, et peut être considéré comme l'homme des « boumédiènistes », Bouteflika et Chadli, hommes d'affaires d'envergure, suscitent beaucoup d'espoirs dans les rangs de la bourgeoisie: ils pourraient pousser à une « sadatisation » rapide. Cependant, ce seront les rapports de forces au sein de l'armée et de l'appareil bonapartiste qui décideront en réalité du nom du président et du partage du pouvoir entre les hommes forts. Cela se fera en même temps en termes de clans régionaux et de clientèles personnelles. Il serait faux de penser qu'il y a de profondes divergences entre les uns et les

Certes, le rythme de l'Infitah, du processus de « sadatisadépend aussi du choix du président. Et Yahyaoui serait incontestablement celui qui irait le moins vite dans le sens de la remise en cause de la polide Boumédiène. Toutefois, Yahyaoui, musulman strict et nationaliste borné, ne mérite la réputation d'homme de gauche qui lui est

Les staliniens du PAGS à ce propos des illusions qu'il faut combattre.

Malgré ce soutien officieux à Yahyaoui, la direction du PAGS manifeste un certain attentisme, car l'incertitude de la actuelle compromet les perspectives d'auto-dissolu-

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tion dans le FNL, vers lesquelles elle s'acheminait du vivant de Boumédiène. En tout cas, il est très possible que arrive à arrive à capitaliser, dans la période à venir, une partie du courant boumédièniste, en animant un mouvement de résistance à l'Infitah. Cette situation pourrait donc modifier attitude à l'égard du pouvoir, et sa politique aller dans le sens d'une participation aux luttes ouvrières et étudiantes qui ne manqueront pas de se développer.

De même, l'UGTA, sous la pression de la base et devant le flou des perspectives politiques, s'affirme d'une manière qui laisse prévoir un processus d'autonomisation à l'égard du pouvoir, mesure que projets de l'équipe dirigeante se clarifieront et que les conflits de classes s'aiguiseront. LES PROPOSITIONS DES COMMUNISTES REVOLUTIONNAIRES

Devant le bilan d'échec du régime Boumédiène, les communistes révolutionnaires réaffirment que seule la révolution socialiste, seule la prise du pouvoir par la classe ouvrière, appuyée par la pauvre, est en mesure de résoudre les tâches d'édification économique et les tâches nationales démocratiques, en entamant en même temps la construction du socialisme.

Mais les travailleurs ne se posent pas aujourd'hui la question en ces termes. Ils n'en ont ni la force, ni la conscience. C'est notre combat de communistes révolutionnaires de participer à la construction du parti prolétarien qui mènera les travailleurs à la victoire.

Néanmoins, les travailleurs ne sont pas des indifférents devant la situation actuelle. Ils veulent avoir leur mot à dire dans la résoudre la question du pouvoir. Ils rejettent les luttes de cliques qui mascarade d'élections présidentielles de février.

C'est dans ce cadre que nous disons :

- Non au régime Yahyaoui-

Bouteflika;

tion de Boumédiène;

PAGS son ganisations;

décidera de leurs;

les

1. Vers l'autodissolution bre 1978.

vembre 1977.

3. La crise lia

7F).

paysannerie combative;

et anti-capitaliste;

- Pour une organisation autocipation;

- Pour les droits élémentaires des femmes;

spectateurs tes cultures locales;

bère.

façon de préparent la communistes contre les congrès-bidon et les mascarades électorales.

tent pas pour autant de côté

Abrogation de la constitu-

Pour les libertés démocratiques et syndicales, libertés d'association, d'expression, collectifs de réunion, qui permettront aux travailleurs d'exprimer leurs revendications et de C'est construire leurs propres or-

Pour l'élection libre d'une assemblée constituante qui la gouvernement et des lois du pays conformément aux revendications des travail-

A LIRE EGALEMENT des staliniens dans le parti unique, par S. Akli, Inprecor, numéro 38, du 16 novem2. La classe ouvrière face au régime par S. Akli, Inprecor, numéro 16, du 10 nodu capitalisme d'Etat et du bonapartisme en Algérie, Cahiers d'Et-Ta-

(Librairie La Brèche, fitah. jours exigé : - Pour une UGTA de classe, autonome, démocratique et - Pour un syndicat étudiant autonome, anti-impérialiste

Pour la levée de la mesure de dissolution de l'UNEA;

nome des femmes qui lutte contre les lois rétrogrades faisant obstacle à leur émanl'arabisation générale dans le respect des différen- des - Pour l'enseignement du ber-

Voilà ce que proposent les révolutionnaires

Mais les travailleurs ne metleurs autres revendications. Ils n'oublient pas que les problèmes quotidiens demeurent, que le pouvoir d'achat s'est dégradé, que les luttes sont réprimées, que la menace des licenciements

Best inscrite dans le statut du travailleur.

pourquoi nous continuons d'exiger :

SMIG à 1500 DA; - Relèvement général et mas-

Asif des salaires;

Echelle mobile des salaires indexée sur le coût de la vie; - Retour immédiat aux 40 heures;

Abrogation du statut du travailleur; Non à la GSE qui associe les travailleurs à leur propre exploitation et aboutit à la disparition toute vie syndicale autonome;

Séparation entre ATU et conseil syndical;

Droit de grève dans le secteur d'Etat.

Notre opposition radicale à Boumédiène et à ses continuateurs n'empêche pas que nous sommes des adversaires résolus de toute politique d'In-

Parce que nous avons tou-

Une réforme agraire radicale; - L'expropriation immédiate et à 100%, sans indemnité ni rachat, des intérêts impénalistes, nous combattrons : - Contre toute restitution des

•terres de la «révolution agraire » ou du secteur « autogéré »;

Contre tout retour des intérêts impérialistes par le biais des sociétés mixtes.

Tels sont les trois volets indispensables de la politique communistes révolutionnaires aujourd'hui.

Le 8 janvier 1979

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