Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RFA

Six semaines de grève dans la sidérurgie : premier bilan

· Inprecor n° 44, 1er février 1979 · p. 13-19 · 5 552 mots

Syndicalisme Allemagne Stalinisme

La lutte la plus longue de l'histoire de la classe ouvrière en RFA, (après celle des métallos du Schleswig Holstein qui avait duré jours, d'octobre à février 1957) aura duré six semaines (1). Durant les demiers jours de la grève, 100000 travailleurs, sur 150000 organisés que compte la sidérurgie du Rhin, de la Ruhr et de la Weser, se sont mis en grève pour la réduction du temps de travail hebdomadaire à 35 heures.

La grève des sidérurgistes allemands a été la première lutte syndicale officielle depuis environ 50 ans dans cette branche de l'industrie, mais ce n'est qu'un élément de la réalité de ce secteur de la classe ouvrière. Certes, la sidérurgie est la seule branche industrielle soumise à la « cogestion », ce qui ne veut pas dire que par le passé, les ouvriers n'y jouèrent pas un rôle décisif dans le développement de la lutte des classes en RFA. Dès 1969 en effet, ce sont les sidérurgistes qui, au cours d'une grève spontanée victorieuse, donnèrent le signal de départ de la remontée des luttes ouvrières, après que le « miracle économique» allemand ait volé en éclats et jusqu'à la généralisation de la crise de 197475. «Nous récoltons ce que

RFA grève dans

L'écrasante majorité de la bureaucratie syndicale ouest-allemande se défend bec et ongles contre l'idée que l'action syndicale doit s'en prendre fondamentalement au système disaient-ils. Et en effet, en 1973, par leur gre ve spontanée sur les salaires, qui fut brisée par la bureaucratie syndicale, les sidérurgistes de Hoesch et de Mannesmann ont déclenché la vague de luttes qui a suivi, l'été de cette

La grève de la sidérurgie a été, au cours de l'année 1978, cinquième lutte syndicale officielle et la deuxième que les syndicats IG Metall ont dû

Men charge en un an. Ce qui est déjà tout un programme ! Par ses axes de lutte, le mouvement des sidérurgistes s'apparente à ceux des dockers, des ouvriers du livre, des métallos du Bade-Würtemberg et des travailleurs du bâtiment berliles mobilisations n'étaient plus centrées sur la question des salaires, mais sur la résistance à la crise du système capitaliste.

Cependant, le combat des sidérurgistes s'est trouvé confronté à des obstacles beaucoup plus nombreux que ceux des luttes précédentes. Premièrement : les travailleurs de l'acier se sont battus le dos au mur; si l'on ne prend que les trois dernières années, ce sont en effet plus de 30000 emplois qui ont

Six semaines de

la sidérurgie:

premier bilan

été supprimés dans la sidérurgie du Rhin et de la Ruhr. Deuxièmement : la revendication des 35 heures, saut qualitatif important, se heurtait d'une part à un front uni de toute la bourgeoisie ouest-allemande, et d'autre part n'était portée et mise en avant que par une fraction du mouvement syndical, pour ne pas dire par un seul syndicat.

Malgré tous ces obstacles, les grévistes firent preuve d'une grande détermination et leur participation au mouvement dépassa de loin tous les critères habituels des luttes ouvrières en RFA. Toutefois, c'est rapport de forces désavantageux face à la bourgeoisie que se sont appuyées les directions syndicales pour faire passer et imposer leur compromis après de multiples tentatives. L'accord par les bureaucrates ne prévoit une réduction du temps de travail d'une heure que pour une partie des sidérurgistes (60%) : ceux qui travaillent en trois-huit, et ceux qui ont dépassé la cinquantaine. Et ce, jusqu'en 1983.

Malgré ce résultat insatisfaisant, la lutte des sidérurgistes allemands mérite cependant une analyse plus détaillée car elle éclaire d'une lumière particuliè-

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re la lutte de classes dans cet

«ilôt de stabilité» qu'est la

RFA, et constitue un exemple pour tous les travailleurs des autres pays qui se trouvent dans la même situation. LES 35 HEURES, UN OBJECTIF DE LUTTE SYNDICALE

L'écrasante majorité de la bureaucratie syndicale ouest-allemande se défend encore aujourd'hui bec et ongles contre l'idée que la crise économique de 1974-75 représente une faille dans le système capitaliste, qu'il n'y aura plus de retour au «miracle économique» et que l'action syndicale doit donc s'en prendre fondamentalement au système.

Une expression aussi simple que : « la crise du système capitaliste» écorche les lèvres des bureaucrates.

De 1974 à 1977, la conscience tranquille et inébranlable, ils ont cru pouvoir inté. grer la grosse majorité de la classe ouvrière au capitalisme. La crise, selon eux, devait être analogue à celle des années 1966-67, un incident de parcours, la confiance totale en la social-démocratie pour régler les difficultés économiques demeurant. Pour les larges masses, cela signifiait «mettre un bémol aux revendications» et «attendre la reprise». En clair, il s'agissait de la reprise des profits et d'une accélération des cadences, toutes choses qui ne sont pas faites pour combattre le chômage. Cependant, reprise eut bien lieu, mais pas comme les bureaucrates l'entendaient... Une reprise qui se manifesta aussi bien dans la remontée des mobilisations que dans la prise en charge de la lutte par les syndicats ou encore dans la recrudescence des discussions interes aux syndicats, que dans l'ardeur à trouver de nouveaux mots d'ordre, de nouvelles solutions.

Depuis des années, les marxistes-révolutionnaires par exemple, se sont battus pour le partage du travail entre toutes les mains ouvrières, prêchant dans le désert... Il s'est même trouvé des mouvements centristes influents pour se dresser pendant longtemps contre cette revendication, la combattant avec les mêmes arguments que la bureaucratie syndicale (2). Cette revendication devint populaire après l'introduction du mot d'ordre de la semaine de 35 heures, voté en assemblée générale du personnel par plus de 10000 ouvriers de l'usine Opel de Rüsselsheim en avril 1977. L'assemblée vota à l'unanimité la reprise en compte des 35 heures par le Congrès de P'IG Metall. En septembre 1977 donc, au congrès de l'IG Metall, les 35 heures sont passées à une très faible majorité, mais contre la volonté de la direction. Cette victoire électorale a été possible non seulement grâce à la présence nombreuse de délégués représentant les ouvriers (des comités d'entreprises et du personnel), mais aussi grace a une partie de la bureaucratie syndicale intermédiaire, qui reflétait ainsi les changements survenus dans le comportement de leur base et tinrent compte du vote.

Ce «succès» remporté au congrès de lIG Metall fut suivi par un autre en mai 1978 : au congrès confédéral, le même mot d'ordre était voté, avec la même alliance et le même rapport de forces.

Ce qui n'a pas empêché la revendication des 35 de tomber dans l'oubli. Mis à part lIG Metall, il n'y a guère que le svndicat du Livre (IG Druck und Papier), qui l'ait officiellement défendue et inscrite dans son programme d'action. Dans les autres grands syndicats (notamment la Fonction publique et la chimie), la bureaucratie pouvait d'une grande fermeté jusqu'à une période encore récente. Mais sa préoccupation principale n'est pas tant la diminution de la semaine de travail que l'obtention des six semaines de congé.

La revendication des 35 heures a réellement été imposée à la direction bureaucratique de lIG Metall malgré sa volonté. Ce qui a eu une double conséquence : d'une part les bureaucrates ne firent pas le moindre effort pour mobiliser l'ensemble des syndiqués mais au contraire continuèrent de défendre publiquement les six semaines de congé; d'autre part, lIG Metall fut abondamment suivie dans suivie dans cette attitude par la majorité des autres directions syndicales.

Cette tactique, aux fins on ne peut plus claires, et dirigée contre la base syndicale, a jusqu'à présent atteint son but. Des sondages montrent en effet que, malgré l'introduction de la revendication des 35 heures par les grévistes, la majorité des ouvriers syndiqués place les six semaines de congé avant la réduction hebdomadaire du temps de travail LA SITUATION DANS LE SYNDICAT DE LA METALLURGIE

Avec 2,7 millions de membres, lIG Metall est le plus important des syndicats ouest-allemands. Il traite aussi bien des conventions dans la métallurgie (mécanique, électro-technique, automobile) que dans la sidérurgie ou le fer. Dans ces dernières branches, il existe des conventions à part. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'IG Metall participe patrons sur la base de la «représentation paritaire» ou de la cogestion. La cogestion a été mise en place après la guerre pour parer les projets de nationalisasignifie donc la «représentation paritaire» ? Que le conseil d'administration se compose à part égale de repré sentants des syndicats et de représentants des patrons auxs'ajoute un dant», et que, dans le directoire ainsi formé, c'est le représentant syndical qui est chargé des conditions de travail.

Dans les années 50 et 60, la direction de l'IG Metall pouvait se permettre de présenter la cogestion comme un succès et de dire qu'elle garantissait les intérêts de ses membres. Les statistiques pour cette période ont démontré assez clairement que le revenu et l'emploi étaient

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peu dépendants de la conjoncture dans la sidérurgie - contrairement à ce qui se passait dans les industries de transformation des métaux. C'est pourquoi le niveau des salaires de la sidérurgie a bientôt dépassé celui de la métallurgie.

Puis, vers le milieu des années 70, lorsque les trusts de l'acier ne se contentèrent plus des suppressions d'emplois «inhérentes au marché», mais prirent au contraire prétexte des fluctuations de celui-ci pour licencier massivement les travailleurs, et lorsque le salaire des sidérurgistes retomba en-deçà de celui des métallos, le miracle de la participation perdit force d'attraction auprès des travailleurs de l'acier. Dans la lutte pour la défense de l'emploi et le maintien du pouvoir d'achat, la «participation» n'était d'aucun effet. La bureaucratie perdait ainsi sa baguette magique, qui lui tenait lieu depuis des années de substitut à une politique syndicale offensive.

Cette évolution s'est poursuivie au cours de la grève du printemps 1978 dans le Bade-Würtemberg (qui s'est faite contre la volonté des dirigeants syndicaux locaux) et au cours des élections de délégués de l'été 1978, qui ont vu se former dans un grand nombre d'usines des listes oppositionnelles au succès impressionnant.

Depuis la grève du printemps 1978 dans le Bade-Würtemberg, l'atmosphère est à l'orage dans toute l'organisation. Aux élections professionnelles de 1978, des listes oppositionnelles ont été constituées dans breux complexes sidérurgiques parmi les plus importants. listes contestataires ouvertement maoïstes ont même parfois recueilli jusqu'à 40% des voix, et ce dans des entreprises où le personnel est syndiqué à 100%. Et le manque d'expérience de

Nordrhein-Westfalen peu à peu également un problème pour la cratie. C'est ainsi que le dirigeant du syndicat régional en personne se plaignit auprès des délégués que lors de précédentes négociations salariales, un maîtres de forge lui avait jeté en pleine figure que s'il pas prêt à faire une concession, c'était parce que était proprement incapable de faire une grève !

Il n'y avait donc pas 36 SOpour la bureaucratie syndicale régionale s'en sortir. Elle devait donner de nouvelles perspectives qui remplaceraient cogestion plus en plus désavouée, et faire preuve par une ouverture - limitée certes - qu'elle était capable de mener une grève. C'était le seul moyen de renouer le contact avec la base. LES CALCULS DE LA DIRECTION SYNDICALE

Ceci explique pourquoi la fraction bureaucratique qui s'est emparée des 35 heures a été précisément celle qui avait le plus combattu le mot d'ordre. Mais, de toutes les revendications syndicales actuelles, elle est la seule qui, premièrement, grâce au mot «Einstieg» (4), pouvait ouvrir à moyen terme une nouvelle perspective pratique syndicale réformiste, et qui, deuxièmement, s'inscrivait dans le sens d'une lutte les licenciements. Mais une idée neuve n'entraîne pas automatiquement une nouvelle pratique. En RFA, la réduction du temps de travail et les conditions de travail sont régies par des conventions «sous le man-

.35-Std.

Jung+ALt gemeinsam teau», différentes de celles qui fixent les salaires. La bureaucratie syndicale prit prétexte de ces accords sous le manteau pour avancer la proposition «vers les 35 heures» sans discussion avec les militants. Dans beaucoup d'usines et chez les délégués la surprise fut de taille. Au début, cette revendication a été perçue comme une «astuce» pour hausser la barre dans l'ensemble des négociations avec le patronat.

Lorsqu'à la mi-juin de l'année dernière, la revendication publique, la direction syndicale ne fit rien pour la diffuser et encore moins pour mobiliser. Les 35 heures ont été de plus en plus étiquetées

June revendication de sidérurgie. La direction de l'IG Metall a refusé consciemment d'avancer le même mot d'ordre dans la métallurgie et s'en est tenue dans cette branche à la revendication des six semaines de congé.

Au cours des premières négocations, les patrons ne voulurent rien entendre. Dans la commission syndicale sur les salaires, il fut suggéré de dire officiellement adieu aux 35 heures. Mais cette fois, les bureaucrates ne voulaient pas perdre la face. Au contraire, ils se toumèrent vers les quelques hauts-fourneaux à tradition de lutte et vers les délégués de gauche du syndicat en expliquant qu'ils devaient désormais «faire démarrer la mobilisation».

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Cependant les négociations s'espacèrent et brèves, au profit des négociations salariales habituelles qui tombaient précisément à la fin de l'année. Les propositions de revendication salariale veentreprises laient entre 8 et 10% d'augmentation. Pour contenter les patrons aussi bien que pour pouassocier la revendication salariale à celle des 35 heures, les bureaucrates différaient de leur côté les négociations, et réduisirent lors d'un référendum leur revendication salariale à 5% d'augmentation. Mais cette autocensure elle-même n'a pas satisfait les patrons. Ils proposérent au cours des premières discussions 2,1% d'augmentation et deux jours de congé supplémentaires pour tous.

Les positions en présence se durcirent, il devint de plus en plus difficile trouver une solution autour de la table de négociations. Les bureaucrates redécouvrirent une gauche syndicale jusque-là oubliée. Il leur restait tout juste deux semaines pour populariser la revendication et pour dissiper les craintes qu'ils avaient jadis semées. LE REFERENDUM ET LE DEBUT DE LA GREVE

Pour garantir le succès du référendum du 18 au 21 novembre 1978, IIG Metall avait appelé la veille, selon les régions, à une grève d'avertissement ou à des meetings pris sur le temps de travail. L'appel fut suivi par 120000 ouvriers et il y eut manifestations. C'était la plus importante mobilisation de masse dans la sidérurgie depuis des dizaines d'années. Si Ton prend on compte la longue pratique de négociations sans participation de la base, sans grève d'avertissement, il est évident qu'un mouvement d'une telle ampleur cachait des points d'ombre. Ceux-ci se sont hélas très vite révélés. Une mobilisation lancée du sommet ne permettait pas de faire le plein des capacités de lutte.

Les mobilisations ont cependant reflété l'état de la préparation dans les différentes entreprises. A Dortmund (20000 participants) et à (25000 en trois manifestations), la participation a été supérieure à la moyenne. Les travailleurs n'ont pas attendu les banderoles toutes faites, ils en ont fabriqué eux-mêmes. Les interventions des directions syndicales ont été purement défensives et démobilisatrices : ils se moquaient des initiatives des travailleurs et ne leur donnaient aucune perspec-

Malgré cela, le référendum a remporté un énorme succès. Sur 95,1% d'ouvriers prenant part au vote, il y eut 86,96% de oui : dans l'histoire de l'IG Metall, il n'y avait eu qu'un seul résultat supérieur à celui-

Trois jours plus tard, les patrons se remuèrent et donnèrent leur position. Pour empêcher la grève qui s'annonçait, ils offrirent la possibilité au des syndicats de réaliser et proposèrent immédiatement les six semaines de congé pour tous. A la veille du référendum, cette «proposition de rêve» aurait signifié la fin du conflit. Mais entre temps, la propagande et l'agitation sur les 35 heures avaient fait leur chemin dans la tête des sidérurgistes. Le simple mot d'ordre de «partage du travail entre toutes les mains ouvrières» avait pénétré dans la conscience des sidérurgistes, après que la bureaucratie et les directions syndicales d'usines l'aient largement en arrière n'aurait été possible qu'au prix d'une accentuation conflits internes profond désaccord.

Le refus de la proposition patronale ment l'ambiance dans les usines. Aucun doute ne subsistait : on se préparait activement à la lutte. Les craintes et les réticences furent balayées d'un seul coup par la grève. On aurait presque pu parler d'«euphorie» L'INTRANSIGEANCE PATRONALE

La direction de l'IG Metall, fidèle a sa longue politique de collaboration de classe, avait le projet, en intégrant les 35 heures à sa plate-forme, de poursuivre cette même politique avec d'autres moyens, en donnant des perspectives à moyen terme. Cela lui aurait entre autres permis de se refaire une virginité auprès de la base. Le rêve éclata comme une bulle de savon lorsque les maîtres de forge forcèrent les travailleurs à faire grève. La fermeté patronale face toute forme de réduction hebdomadaire du temps de travail constituait un obstacle de taille. La corde s'appellait «35 heures» et, au lieu de permettre aux bureaucrates s'en tirer, elle s'enroulait autour de leur cou.

Comment expliquer cela ? Les patrons ouest-allemands sont-ils plus bêtes que leurs comparses étrangers ? Sont-ils trop bêtes pour prendre la perche que leur tendait la bureaucratie syndicale en matière de collaboration «new look» ?

Une chose est claire : les patrons allemands sont certainement les plus puissants économiquement en Europe, mais ce ne sont sans doute pas les plus futés et lucides représentants de leur classe. Helmut Schmidt est bien meilleur qu'eux dans le rôle. Simplement, depuis des années, ils se sont habitués à la pratique des directions syndicales. «Chien qui aboie ne Cette «expérience» les a cependant conduit ces demiers temps à exagérer, voire à jeter de l'huile sur le feu, en menaçant par exemple les travailleurs de lock-

Mais cela n'est sans doute que l'aspect visible de la bourgeoisie. Son attitude par bien d'autres motifs encore. Il en va de leur part du gâteau, que pour rien monde ils n'acceptaient jusqu'à aujourd'hui de ger avec la classe ouvrière. ont retenu une chose : toute diminution du temps de travail entraîne directement une baisse

La combativité ouvrière augmente, les grèves et les conflits plus en plus nombreux, mais leur extension et la radicalisation des travail-

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leurs ne sont pas telles qu'elles forcent la bourgeoisie à la défensive. Ce qu'elle craint le plus, c'est que chaque nouvelle lutte, même partielle, ne déclenche une avalanche de coûts en stimulant les réactions des syndicats.

Les patrons allemands se sentent encore aujourd'hui assez forts pour contraindre un syndicat «récalcitrant» à reculer, sans que cela débouche sur une quelconque radicalisation. Jusqu'à présent, l'histoire leur a, hélas, toujours donné raison. Il faut dire qu'ils ont un puissant argument... d'ordre financier. Chaque lutte ouvrière bénéficie d'un fonds spécial (celui qui paie sa cotisation - 1% du salaire - conformément au réglement, reçoit l'entièreté de son salaire pendant la grève) mais il peut arriver que l'argent, utilisé buts, manque dans les caisses. Même la puissante fédération de

Les patrons en ont tiré les leçons et deux organismes patronaux de choc (BDA et BDI) ont publié un «guide du patron», dans lequel ils conseillent à leurs collègues, en cas de résistance ouvrière aux mesures préconisées dans ce «guide», d'employer la tactique du lock-out, et de tenir eux-mêmes grâce à leur propre fond de «lutte» en cas de conflit grave !

Dans ce «guide», sont énumérées les mesures à ne pas prendre : - pas d'horaire en-dessous de

40 heures; - pas de congé de plus de six semaines; - pas de droits supplémentaires accordés aux délégués pour les contrats salariaux. LE DEROULEMENT DE LA GREVE

La forte combativité qui est apparue des les premiers jours de la grève a dépassé toutes les espérances. L'IG Metall a concentré tous ses efforts sur huit usines, comptant 40000 travailleurs. Dans toutes les usines en grève, il n'y eut aucun problème pour former des piquets, pour développer la mobilisation.

Personne n'avait peur d'un conflit durable. Certes, poirs quant au résultat de la grève étaient minimisés par les bureaucrates syndicaux, mais avait aucun doute pour personne que l'on devait s'acheminer vers un plan par étapes de réduction du temps de travail. Avant tout, on affirmait l'objectif mobilisation, la logique inhérente à la réduction du temps de travail, et la nécessité de prendre de nouvelles mesures pour empêcher toute accélération des cadences.

Dans les premiers jours, grande gagnante fut assurément la bureaucratie syndicale. Elle avait atteint son but : la grève. Elle avait rendu possible ce qui était supposé ne pas l'être et les sidérurgistes dans la lutte. Son attitude lui avait donné un tel crédit auprès des travailleurs que dans les pretoute critique faite à la direction syndicale était perçue comme un affront fait à «Sa Majesté». Ceci n'a cependant pas entraîné le rejet des organisations de gauche. Chacune pouvait discuter de la à condition d'en être solidaire et de ne pas se contenter de critiquer.

Dès le premier jour de la patrons utilisèrent le lock-out contre les ouvriers déjà en grève et contre 30000 travaillant dans sept usines différentes. L'atmosphère se tendit un peu plus et un délégué résuma ainsi la situation : «C'est le début de la fin de la concertation et de la cogestion dans la sidérurgie».

Le meeting de protestation convoqué en toute hâte un jour avant le lock-out à Bochum devait dépasser toutes les espérances et réunir plus de 10000 ouvriers.

L'ambiance était à la lutte, réunion de masse, les premières exigences face aux directions syndicales se sont fait jour : «Kurt (c'est le prénom du dirigeant local), tu sais à quoi t'en tenir, nous voulons travailler cinq heures de moins.», revenait comme un leitmotiv dans l'assemblée.

Les grévistes et les délégués des usines dans le mouvement sortirent de ce meeting avec la ferme conviction que l'extention de la grève était le seul moyen de répondre au lock-out. C'est ce qui a été demandé dans les motions de quelques usines.

Après la première semaine de grève et un jour après le lock-out, le dirigeant de l'IG Metall du Bade-Würtemberg proposa une grève d'avertissement dans toute la métallurgie pour lutter contre le lock-out. Les patrons hurlerent. Effrayé, le président de l'IG Metall Loderer s'opposa à la proposition du dirigeant würtembourgeois et prit des mesures disciplinaires contre lui.

Cependant, cette proposition avait été chaudement accueillie par les grévistes et les victimes du lock-out, qui démentirent publiquement le dirigeant du

Au cours de la réunion des dirigeant syndicaux qui suivit, Loderer fut contraint de retirer sa condamnation et d'annoncer lui-même que le syndicat préconisait de telles actions en Nord-rhein-Westfalen et appelait tous les travailleurs de la métallurgie et les autres syndicats à y participer. Pour la première limage de marque de Loderer était entamée.

Mais l'IG Metall renonça à l'extention de la grève et se déclara prête à répondre aux souhaits des patrons et à nommer un médiateur. C'est ainsi que les actions contre le lockout furent repoussées de trois jours. A Duisbourg cependant, la direction syndicale locale s'opposa, sous la pression des travailleurs, à la direction fédérale. 35000 manifestants défilèrent dans les rues de la ville - c'était lune des plus grandes manifestations - en scandant: «A bas le médiateur, seule la grève générale permettra de gagner!».

Les manifestations contre le lock-out, soi-disant repoussées de trois jours, eurent lieu dans plus de 30 villes. Plus de 145000 ouvriers manifestèrent. Dans de nombreuses villes de la Ruhr,

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ils ont bloqué la circulation et distribué des tracts dans les grands magasins. A Dortmund, il y eut une véritable manifestation internationale. Une soixantaine de sidérurgistes hollandais étaient venus et scandaient : « Vive la solidarité internationale, votre grève est la nôtre !». Mais la mobilisation n'a pas marché partout. La bureaucratie s'était trop facilement acquittée de sa tâche. En Nord-rhein-Westfalen, par exemple, un appel aussi léger ne suffisait pas pour mobiliser, vu le peu de traditions de lutte.

Mais il était clair lors de ces meetings qu'il y avait un changement dans la grève. L'élan et la combativité faisaient défaut à ceux qui n'étaient pas encore dans le mouvement, tandis que les grévistes et les victimes du lock-out, vu la non-extension de la grève et l'arbitrage d'un médiateur, adoptèrent une attitude attentiste. Les discours des dirigeants syndicaux dans les meetings demandaient à chacun de baisser un peu la pression et de ne plus s'échauffer. LES EFFETS DE LA CONCILIATION

L'acceptation du ministre du Travail de Nordrhein-Westfalen, Farthmann (SPD), comme conciliateur ne laissait rien présager de bon. Il avait déjà obtenu l'an dernier pour les sidérurgistes un compromis pourri. De plus, il s'était ouvertement prononcé en faveur d'une solution qui devait d'abord apporter des avantages à certains groupes, c'est-à-dire qui avait les mêmes bases que celle proposée par les patrons. D'autre part, il était clair que la bureaucratie syndicale réfléchirait à deux fois avant de désavouer, par l'échec de la conciliation, un politicien important du SPD et un ancien bureaucrate syndical.

Les grévistes étaient enclins à repousser la conciliation politi-

Beaucoup sentaient qu'elle était un signe de ce que la direction s'orientait maintenant vers la résolution du conflit. D'autre part, pour beaucoup une solution satisfaisante n'était guère imaginable alors que tous les moyens de combat syndicaux étaient encore loin d'être épuisés à ce moment l'industrie automobile, qui aurait dû être une des premières touchées par la grève, criait sur tous les toits qu'elle pouvait encore produire jusqu'à la moitié ou la fin du mois de janvier).

conciliation d'abord sur l'esprit combatif. Ce sentiment était largement partagé : la lutte des travailleurs passerait en coulisses lorsque les négociations seraient en cours avec le conciliateur. Tout d'un coup, ce n'étaient plus les grévistes qui déterminaient ce qui allait arriver, mais la conciliation. De partie prenante active du combat, ils sont devenus des spectateurs passifs. Pour savoir où était, il ne s'agissait plus de discuter avec les camarades, mais d'appuyer ponctuellement sur le bouton lors des informations à la radio et à la télévision. L'horizon de leurs aspirations était clairement rétréci, mais en même la méfiance envers la direction s'élargissait. Elle perdait très rapidement son crédit de confiance récemment acquis. CE QU'A FAI HELMUT SCHMIDT

Beaucoup d'observateurs ont été étonnés qu'Helmut Schmidt ne soit pas intervenu personnellement dans la grève en tant que médiateur, et qu'il ait préféré se dorer au soleil de la Guadeloupe. Au lieu de cela, le Chancelier fédéral a déclaré à la population, dans ses vœux de Noël télévisés, que « les grèves n'étaient pas une malchance nationale », et dans des inter- syndicale.

views, « que la semaine de 35 heures est possible et viendra un jour». En disant cela, il était non seulement d'accord avec la ligne de la bureaucratie syndicale, mais aussi avec celle de son parti, le SPD, ce qui arrive souvent. Le SPD a avancé, dans son Congrès du parti pour le programme européen, peu de temps avant le début de la grève, les mots d'ordre d'«introduction progressive des 35 heures» et d'«interdiction du lock-out», pour sa campagne électorale européenne. Helmut Schmidt sait qu'il a actuellement des problèmes avec la base électorale du SPD et qu'il doit faire quelquechose pour les résoudre.

Néanmoins le Chancelier fédéral ne s'est pas touré les pouces. Il a préféré essayer d'agir dans les coulisses. Les du cabinet obligés de ne rien dire en public et de s'abstenir d'exprimer un avis sur le combat des travailleurs. Il est certain que Schmidt n'a pas manqué de se servir du téléphone pour demander sans éclat à la direction de l'IG Metall de hâter la fin de la lutte des travailleurs.

La direction de l'IG Metall a certainement reçu aussi de Schmidt le conseil efficace de battre en retraite afin de faire fléchir une partie de la commission tarifaire et de voter sur la base d'un compromis. Ces «opérations en coulisse» n'ont cependant nulle part été ouvertement connues, mais beaucoup de grévistes ont très vite remarle changement soudain d'opinion de leurs permanents entre Noël et le jour de l'An. LE FOSSE ENTRE LA BASE ET LA BUREAUCRATIE

La raison de ce développement a été le fossé croissant entre d'un côté la direction et l'appareil, et de l'autre la base des grévistes. La première divergence a eu lieu sur le problème d'étendre la grève ou de s'en remettre à la conciliation. Les dirigeants de la grève et les corps de délégués ont pris ouvertement position contre le comportement de la direction

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Le 17 décembre, le concilianégociations, ment dans la presse, qui ne s'appuyait que sur des discussions avec le premier Président PIG Metall, Loderer, son accord.

Les conditions pour l'acceptation du compromis semblaient pourtant défavorables. De façon prévoyante, des assemblées de grévistes - appelées par les dirigeants de la grève au niveau des entreprises - ont beaucoup d'usines. Elles s'occupaient de la possibilité d'un tel compromis et on y faisait de Tagitation pour le refuser.

Le 3 janvier 1979 a été présentée qui ne différait guere de la première et qui ne prenait pas en compte la diminution temps de vail. On a appris avec étonnement que la bureaucratie avait proposition structure». Mais ces informations ont encore une fois promécontentement. Beaucoup de corps de délégués ont envoyé des lettres de protestation détaillées à la Commission tarifaire; plus de 800 grévistes (dont, pour certaines usines de Duisbourg et de Dortmund, tous les dirigeants de la grève au niveau de l'entreprise) ont occupé le siège de la Commission tarifaire et ont demandé de prendre part à la session, ce qui bien sûr a été refusé.

Lorsque, le 6 janvier, le résultat final a été donné, 1000 grévistes se rassemblés siège de la Commission tarifaire. On avait cette fois pris la précaution d'en verrouiller les

Get les membres de Commission glissés par l'entrée de derrière. Le compromis a été accepté par contre 37. Mais la bureaucratie a dû payer le prix pour cela. Les représentants d'entreprises des trois plus importantesusines sidérurgistes ont écrit une résolution où ils expliquaient leur refus et nommaient les responsables : la bureaucratie régionale et la direction au sommet; ils ont de plus expliqué qu'ils étaient prêts à se coordonner et à travailler ensemble pour « changer quelquechose dans le syndicat» et ils appelaient ouvertement membres du syndicat à voter «non » lors du vote final - ce qui équivaut à un refus d'obéissance d'après les normes strictes de discipline des syndicats ouest-allemands.

Néanmoins, il était évident dès le premier coup d'œil que la bureaucratie se tirait convenablement du vote. Il y a eu 90,8% de votants; 49,5% de ceux qui avaient le droit de voter se sont prononcés en faveur du compromis, et 40,9% contre. Un résultatvraiment «normal». Mais si l'on décompose les résultats par entreprises, le tableau est - dans les usines concernées dès le début par la grève, il y a eu 55 à 95% de non; - dans les usines qui s'étaient mises en grève dans les trois derniers jours, core 40 à 50% de non; - C'est seulement dans les usines qui n'ont pas fait grève

La eu en gros que

25% de non. LES LIMITES DE LA LUTTE

L'échec de IIG Metall, dans sa tentative d'obtenir un véritable accès à la semaine de 35 heures pour tous, signifie sans aucun doute un pas en arrière dans le combat pour la réduction hebdomadaire du temps de travail. Les autres syndicats - qui vont s'orienter d'après ce qui s'est passé et abandonner ce

Pour la bureaucratie, le dilemme consiste en ceci : d'un côté la pression de la base se renforce et elle doit y réagir; de l'autre côté toute ouverture à la combativité, si modeste soit-elle, la mettrait en position de conflit avec la bourgeoisie. Chaque ouverture de la bureaucratie à la combativité, d'autre part, provoque l'euphorie de la base, et augmente ses espérances. C'est ce qui s'est passé cette fois-ci, où pour la première fois, la bureaucratie a donné, par la grève, la possibilité à ceux qui ont une orientation de lutte de classe de se coordonner, et où le fossé que l'on voulait combler s'est encore creusé.

Mais ces forces se trouvent aussi en difficulté en raison de leur faible importance quantitative et du bas niveau de conscience de la classe ouvrière. Elles peuvent entraîner les maslongtemps qu'elles marchent du même pas que la officielle. Elle peuvent aller jusqu'à expliquer et critiquer les mauvais procédés de la direction officielle. Mais elles ne peuvent encore passer de cette critique à des actions

Beaucoup de gens ont ouvert les yeux sur ce problème pendant la lutte. Ils sont retournés au travail avec amertume; ils se considèrent dupés par leur direction, mais ils ne sont pas démoralisés. Au cours de la grève, ils ont pris conscience de leur force. Ils sont maintenant décidés à exploiter cette force dans les affrontements à l'intérieur des syndicats, tout d'abord au niveau des entreprises. Il est plus important de saisir ce fait que de donner une réponse à la question de savoir si la bataille s'est achevée par une victoire ou par une défaite. 1) Les métallos du Schleswig-Holstein ont fait grève pour obtenir le paiement de leur salaire en cas d'arrêtmaladie. Ils ont obtenu un compromis leur garantissant 76,2% de leur salaire. 2) Le «Sozialistische Buro» par exemple, qui jusqu'à la mi-77 expliquait revendication ne pouvait être satisfaite sur le plan économique et que les réductions du temps de travail entrainaient automatiquement une accélération des cadences et une diminution des salaires. 3) Un sondage du journal «Die Zeit» révèle que pendant la grève même, 44% des syndiqués étaient pour une réduction du temps de travail hebdomadaire, 50% pour les 6 semaines et 6% sans opinion. 4) «Einstieg», littéralement «entrée dans» (les 35 heures), se rapporte à un plan syndical précis d'accession progressive aux 35 heures, plan d'une durée de 5 ans

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