Inprecor 1974–2004

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ESPAGNE

L'Espagne entre le référendum et les élections

· Inprecor n° 44, 1er février 1979 · p. 20-24 · 3 864 mots

État espagnol Syndicalisme Euskadi France

Angel MUNOZ

Le référendum sur la Constitution du 6 décembre dernier donnait une faible majorité de oui au niveau de l'Etat espagnol : 59,4%. En Euskadi, il y eut une majorité de votes contre la Constitution (seulement 27,34% de oui en Guipuzcoa, et 31,14% en Biscaye). Deux événements importants s'étaient produits auparavant. La nuit du 16 au 17 novembre, une partie de l'état-major militaire avait tenté de faire ce que l'on a appelé I'« opération Galaxie » : le tentative de prendre le Palais de la Moncloa, résidence du Président du gouvernement Adolfo Suarez, pour exiger du roi la formation d'un gouverement fort et de droite et l'ajournement de la Constitution. Trois jours après, lors de l'anniversaire de la mort de Franco, quelque 100000 fascistes se sont réunis à Madrid pour exiger le retour de la dictature. Il existait probablement un lien entre ces deux faits.

Le 27 décembre, le gouvernement renonça au renouvellement du Pacte de la Moncloa,

Les aspects les plus négatifs pour le mouvement ouvrier ne proviennent pas des échéances du calendrier électoral ni du fait que les communes sont toujours contrôlées par la droite. Ses faiblesses viennent de l'attitude que le PSOE et le PCE semblent adopter pour les élections.

entre les centrales syndicales, le patronat et le gouvernement.

Il dicta un décret-loi qui limitait l'augmentation des salaires à 13%. Deux jours après, le

Président Suarez rendait public le calendrier électoral : dissolu- mais vue. C'est également tion des Cortès, élections générales le 9 mars 1979, municipales le 3 avril. Le statut d'autonomie des nationalités restait en suspens jusqu'à la fin de la période électorale.

L'année 1979 a commencé par un changement qualitatif dans la stratégie terroriste de par l'attaque directe contre les officiers de l'armée.

Ainsi ont été tués le Commandant Herrera à San Sebastian et, immédiatement après, le général Ortin, gouverneur militaire de Madrid. La crise de l'armée éclata de nouveau. L'enterrement du général Ortin a été l'occasion pour une partie de l'état-major, représentant le secteur le plus réactionnaire de l'armée, d'élever la voix contre le

Vice-président lieutenant-général Gutierrez Mellado, auteur de la réforme militaire que le gouvernement est en train d'appliquer, et contre le roi lui-même.

Quelques jours après, le général Bartret, chef de la police armée, et plusieurs officiers supérieurs de ce corps, présentèrent leur démission. La vague de démissions était sur le point de s'étendre à tous les officiers supérieurs des corps de sécurité de l'Etat les plus importants.

Enfin, il faut signaler que la période électorale s'ouvre dans une situation marquée par de nombreux conflits du travail, dans laquelle les indices des grèves rappellent ceux des six premiers mois de 1976, tant par le grand nombre d'ouvriers qui y participent 600000 grévistes pour le seul 11 janvier), que par leur ampleur à l'échelle de l'Etat (téléphones, banques, enseignement, branches d'industrie comme la métallurgie).

Ce sont là les effets immé diats du refus des propositions gouvernementales par les directions syndicales (Commissions ouvrières et UGT) pour la première fois après trois ans et demi de pacte social.

En cette veille d'élections, l'Espagne connaît la plus grande crise de l'armée qu'elle ait japlus grande crise à laquelle ait été confronté le gouvernement de l'UCD (Union du centre démocratique) qui, de plus, ne peut compter aujourd'hui l'appui du Parlement.

Mais le grand problème pour le mouvement ouvrier, c'est que ces crises ne sont pas le produit de sa mobilisation. Pire encore, le mouvement ouvrier n'a répondu à aucune des tentatives de coup d'Etat ni à aucune des provocations fascistes. Ses directions majoritaires l'ont conduit à se mobiliser exclusivement contre le terrorisme de TETA, en solidarité avec l'armée.

Il existe une relative autonomie entre la crise politique et les luttes revendicatives. Un an et demi de politique de pacte économique entre les directions

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syndicales et le gouverement bourgeois a pour conséquence le maintien d'une profonde désorientation politique de la classe ouvrière.

Les directions du PSOE et du PCE, en cette période pré électorale, défendent la poursuite de cette même politique, allant jusqu'à affirmer la nécessité d'un gouvernement de coalition.

Il est clair par ailleurs que la bourgeoisie ne peut espérer une victoire significative sur les partis ouvriers et qu'elle va devoir continuer à compter sur une collaboration étroite et active de ces partis pour continuer à gouvemer. La situation d'équllbre instable dans laquelle se trouve l'Espagne depuis des mois va donc se prolonger au-delà de ces élections. UN AN ET DEMI DE PACTE

Le Pacte de la Moncloa a été signé à l'automne 1977 par tous les partis politiques représentés au Parlement. Ceux-ci se sont engagés sur un programme politique et économique de gouverprogramme qui était de A à Z le programme de l'UCD. Le PSOE et le PCE obligèrent les syndicats à accepter ce pacte, y compris dans les limites qu'il donnait aux augmentations de salaires. ments avancés alors prétendaient que c'était la meilleure façon de résorber le chômage et qu'il y avait des « contreparties sociales sur le plan de la santé, du logement, etc.». Sur le plan politique, le Pacte de la Moncloa impliquait l'acceptation de la réforme de la police et de l'armée proposée par le gouvernement Suarez. Il retardait la solution aux problèmes des nationalités en acceptant la formation d'organes de « pré-autonomie » (qui étaient censés préparer l'autonomie de la Catalogne, de l'Euzkadi, etc.).

Ensuite, on est passé à la rédaction du texte de la Constitution en suivant ce que l'on a appelé «la politique du consensus». Cela a consisté à établir un accord préalable des partis sur le document avant sa discussion au Parlement. De fait, les seules notes de désaccord avec un texte sur la Constitution rédigé par des forces qui vont de l'Alliance populaire (Fraga, ministre de l'Intérieur à l'époque de la tuerie de Vitoria) au PCE, sont venues de l'opposition minoritaire du Parti nationaliste basque, qui proposait le rétablissement du système des fueros existant en Euzkadi depuis le Moyen-Age, et qui s'est abstenu dans le vote, parce qu'il ne l'avait pas obtenu, et de quelques parlementaires isolés qui votèrent contre le texte.

A LIRE EGALEMENT 1. Premières leçons des élections syndicales, par Michel

Rovere, Inprecor, numéro

24, du 17 mars 1978. 2. Après le IXe Congrès du

PCE : les vents nouveaux du

Parti communiste espagnol, par Michel Rovere, Inprecor, numéro 28, du 12 mai 1978. 3. Montée et différenciation du syndicalisme en Espagne, par José Montero, Inprecor, numéro 32, du 6juillet 1978. 4. La grève générale en Euzkadi, par I. Uribarri, Inprecor, numéro 34, du 21 septembre 1978.

Les effets de cette politique apparaissent dans les chiffres. Au niveau des salaires, le Pacte de la Moncloa a été respecté plus que scrupuleusement. La limite d'augmentation des salaiqui avait été fixée à 22%, n'a été dépassée nulle part et dans la grande majorité des entreprises, les augmentations de salaires ont oscillé entre 16 et 18%. Ce qui a signifié une baisse réelle du pouvoir d'achat des travailleurs.

Au même moment, on désupplémentaires, en particulier des jeunes. Au plan social, le début d'application de la réforme du système médical hospitalier a signifié une réduction du budget de la sécurité sociale et fait peser le risque d'une privatisation des services de santé.

Dans l'enseignement, le Pacte prévoyait la création de 700000 nouvelles places dans les écoles;

le coût de ce projet (40000 millions de pesetas) devait être payé à partir d'un accroissement de la dette publique.

Bien qu'officiellement une partie de cette somme ait été mise à la disposition du ministère de l'Education, rien d'important ne s'est concrétisé.

Une autre soi-disant «contrepartie sociale» du Pacte de la Moncloa concernait la politique agraire. Seules ont été réalisées les élections aux « chambres agricoles » qui, par leur caractère antidémocratique, ont rencontré une forte opposition des organisations paysannes.

Au plan politique le bilan est également négatif. La Constitution «de consensus» ne prend pas en considération les droits démocratiques des fonctionnaires de l'Etat, stipule qu'une grève peut être déclarée « inexistante» si elle «gêne la vie des citoyens», consacre l'économie de marché, légalise le «lockout », exclut le droit à l'autodétermination et à la souverainete pour les nationalités, ne reconnaît pas le droit à l'avortement pour les femmes, protège l'enseignement privé qui va bénéficier de nombreuses aides de l'Etat, etc.

Dans le cadre du «consensus », les fascistes qui ont connu la défaite lors des élections du 15 juin 1977 ont pu reconstituer leurs forces, consolider leurs liens avec des secteurs des Forces armées et de la police et apparaître comme une force dangereuse pour les travailleurs.

Il convient de s'attarder un peu plus sur un aspect de la situation actuelle : le terrorisme de l'ETA. Depuis un an et demi l'activité de l'ETA s'est sensiblement intensifiée. L'armée est devenue la cible principale de ses actions. En Euzkadi, ces acbénéficient d'un appui social relativement important. La capacité de mobilisation, lors du référendum, de la coalition de partis de l'Eritbatasuna (Unité du peuple) en est un indice significa-

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L'activisme militaire de l'ETA est aujourd'hui totalement négatif pour les travailleurs. Ses actions désorientent et divisent la classe ouvrière. Elles offrent un prétexte à l'institution des « lois antiterroristes» qui sont, en réalité, une menace contre le peuple et permettent que d'importants secteurs de travailleurs basques s'éloignent de la lutte pour la souveraineté et l'autodétermination des nationalités, tandis que des sentiments anti-Basques se développent dans le reste du pays.

Toutefois, l'impact et les racines de cette politique terroriste ne peuvent se comprendre qu'à la lumière de la politique de «consensus» des directions ouvrières traditionnelles qui laissent de côté la lutte pour les revendications politiques fondamentales d'Euzkadi. Le terrorisme trouve aussi son auto-justification dans la sainte alliance entre les partis ouvriers réformistes et le gouvernement. En même temps qu'ils appellent à des grèves et des actions contre le terrorisme, ils appuient les mesures répressives du gouvernement contre l'Euzkadi. En fait, le gouvernement a utilisé la marge de manœuvre que lui donnait la politique de « consensus» pour mettre en pratique une politique répressive particulièrement en Euzkadi où existe une situation dite «d'Etat spécial».

En conclusion, après un an et demi de politique de «consensus», l'activité militante au sein des partis ouvriers a chuté radicalement.

Les estimations quant à la diminution du nombre d'affiliés réels au PSOE vont de 75000 à 250 000.

Au niveau syndical, on assiste au même phénomène. Les travailleurs ne voient pas une alternative dans la politique d'appui au gouvernement que pratiquent leurs directions Nicolas Redondo résume cyniquement l'état d'esprit des militants du mouvement ouvrier espagnol lorsqu'il dit: "Ce 'consensus' mène à la confusion et à la désillusion de grandes masses de travailleurs qui ont vote pour les partis de gauche.» REFERENDUM ET CALENDRIER ELECTORAL

La période du référendum constitutionnel a été marquée par trois facteurs: 1) L'aggravation des contradictions au sein de la bourgeoisie, particulièrement d'institutions comme l'armée et la police. «L'opération Galaxie» dont on a parlé plus haut et l'insubordination de la police contre le général Timon de Lara au cours de l'enterrement des policiers tués en Euzkadi, en sont des exemples éloquents. La crise de direction de la bourgeoisie et l'affaiblissement de s'accentuent.

DANS LE NUMERO

ECONOMIQUE (NUMERO 41-42)

Economie capitaliste internationale : 1979-1980 : récession seulement aux Etats-Unis ou nouvelle récession généralisée

(Ernest Mandel)

Economie capitaliste européenne : le projet de système moné taire européen (Winfried Wolf)

Etats-Unis : freiner l'effondrement du dollar (Jon Britton)

Brésil : vers la récession en 1980

(Martin Fernandez)

Espagne : un an après le pacte d'austérité (Jesus Albarracin et

Pedro Montes)

Yougoslavie : le système yougoslave impasses

(Catherine Verla)

URSS: qu'est-ce rir Brejnev ? (E. Laurent)

Chine : la réinsertion dans le marché mondial (P.G.)

Pays sous-développés: la situation économique des pays sousdéveloppés (Charles-André

Udry) 2)Les directions ouvrières tranement et défendu à outrance la Constitution sans proposer aucune alternative, sans appeler à répondre aux initiatives de la réaction. Au contraire, ils ont appelé, le 4 décembre, à une journée contre le terrorisme et en défense de la Constitution, aux côtés du principal bourgeois, désorientation de secteurs importants du mouvement ouvrier qui se trouvent maintenant impuissants, à la merci des événements, sans que leurs directions majoritaires leur offrent une altemative, est patente. Ils n'ont pas non plus un impact suffisant parmi les travailleurs leur permettant de mener à bien une politique, même de façon partielle et limitée, qui apporte une réponse de à la situation. Le oui a obtenu une petite minorité, très éloignée des objectifs du oui massif dont rêvaient le PSOE, le PCE et les syndicats. Cependant, le oui a été majoritaire dans le mouvement ouvrier. Comme l'a déclaré carrément un politicien bourgeois catalan: «Le oui massif des travailleurs a sauvé la Constitution.»

Cette approbation est à la fois le résultat du contrôle que les directions traditionnelles continuent exercer sur le mouvement ouvrier, malgré une année et demie de pacte social, de la volonté des travailleurs d'abroger la législation franquiste et de leurs illusions sur l'utilité future du texte constitutionnel.

Mais comme on a pu le voir dans les meetings et les manifestations antérieures aux élections, il y avait aussi une certaine défiance vis-à-vis de la Constitution qui était vue comme un moindre mal par beaucoup de travailleurs qui ont oui. L'abstention a été très importante : 32,3%. Mais en décomptant le chiffre admis de 20% d'indifférents, on peut considérer que cette abstention révélait deux positions distinctes : d'un côté, elle exprimait des positions politiques allant du refus pur et simple jusqu'aux positions du Parti national basque; de l'autre, elle exprimait la déception et l'apolitisme désabusé de couches fondamentalement petites-bourgeoises de la population. Le non n'a été important qu'en Euzkadi où il propositions de la gauche ouvrière et socialiste. Hors d'Euzkadi, il a obtenu 5%, répartis inégalement selon les

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zones, venant de la gauche ouvrière et indépendante qui considérait que la Constitution niait les libertés et les droits démocratiques fondamentaux, et qu'elle créait une législation anti-ouvrière. Une partie des non est venue de l'extrême-droite exprimant la volonté d'un retour à la dictature.

En tout cas, les non ont révélé la faiblesse des secteurs les plus réactionnaires de la société espagnole, manifestant par là que leur force ne réside pas dans les urnes, mais dans les appuis qu'ils ont dans l'appareil d'Etat. La Constitution est née chétive, mais sa faiblesse ne vient pas, comme le disent le PSOE et le PCE, de l'influence du terrorisme ou du manque de fermeté du gouvernement. social des directions ouvrières traditionnelles qui est au contraire responsable du fait que la Constitution élude les garanties et les droits fondamentaux du peuple espagnol, et entre autres le droit à l'auto-détermination et à la souveraineté des nationalités; c'est cette politique conciliatrice qui a provoqué l'apathie de larges secteurs des masses. D'un la disproportion entre les 90% de votes pour la Constitution aux Cortès et les résultats du référendum reflète la faiblesse du Parlement, démontrant que celui-ci n'exprime pas le rapport de forces politique réel du pays. Il faut insister sur le fait que ceci n'est pas dû à un antagonisme des travailleurs vis-à-vis du Parlement, mais que c'est un produit de la crise sociale existante.

La bourgeoisie espérait capitaliser le oui massif en faveur de son parti majoritaire, l'UCD, et faire ainsi apparaître ce dernier comme l'acteur principal de la transition vers la démocratie. Son objectif était de modifier à son profit le rapport de force avec le PSOE, de proposer à partir de là une nouvelle édition du Pacte de la Moncloa sur le terrain économique, d'accepter l'appui des socialistes et des communistes à l'exté rieur, et d'obtenir ainsi une stabilisation de la situation.

Les Les résultats du référendum ont aussi constitué un obstacle grave pour la politique de Suarez et lui ont imposé un choix très difficile quant au calendrier politique à choisir.

Du 6 au 29 décembre, le gouvernement a gardé un silence absolu. Ceci reflétait le désarroi dans lequel il se trouvait et l'inexistence d'une réelle alternative favorable à ses intérêts: appelait à des élections générales, il se trouvait dans une situation où le gouverement devenait provisoire, en période de grands conflits sociaux, et au moment où la crise des institutions et de l'armée s'aggravait. En même temps, il lui était impossible d'obtenir préalablement un pacte social, inacceptable pour la gauche d'un point de vue électoral.

Manifestation ceci l'obligeait à mettre de côté les statuts d'autonomie, ce qui aurait entraîné conséquences préjudiciables pour l'UCD. Le calendrier pour 1979 a donc inclus les élections générales, municipales, et des nationalités, ce qui crée une instabilité plus grande, avec la possibilité de participation des tout, Suarez a brule toute possibilité d'obtenir une majorité parlementaire absolue qui lui permis avec une grande marge de manœuvre. Pire même, il a pris le risque de perdre les élections.

Mais la réaction contraire aurait également été dangereuse. S'il n'avait pas appelé à des élections générales, Suarez aurait dû se soumettre à un vote d'investiture présidentiel aux Cortès, négocier un calendrier électoral avec le PSOE et le PCE, et renouveler le gouverement pour lui donner efficacité et légitimité. Pour que le vote d'investiture ne soit pas un échec lamentable, Suarez avait besoin que le PSOE et le PCE ne votent pas contre, mais au moins qu'ils s'abstiennent. Une fois ceci obtenu, il avait encore besoin de la majorité des groupes parlementaires bourgeois. Et à droite, l'ancien ministre de l'Intérieur Fraga Irribarne avait lancé une campagne exigeant que Suarez fasse les concessions nécessaires s'il voulait le vote de ses députés (dont certains étaient membres de l'UCD).

L'objectif d'Irribarne était un gouvernement centre-droite, et Suarez devait compter avec les en Euzkadi forces de ce dernier. D'un autre côté, les groupes nationalistes parlementaires basque et catalan allaient exiger des contreparties sur la question des statuts d'autonomie que le gouvernement Suarez, soumis à la pression de l'armée et du grand capital, favorables au centralisme, ne pouvait pas non plus garantir.

Suarez a donc opté pour les élections générales. L'histoire dira s'il s'est trompé ou s'il a vu juste tactiquement. Mais ce qui doit préoccuper les travailleurs, c'est quels sont les objectifs du calendrier présenté par la bourgeoisie et comment y faire face. Ces objectifs sont les suivants:

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1) Essayer de restreindre l'importance politique du triomphe quasi-certain de la gauche aux municipales, en évitant qu'il ne se répercute sur les élections générales dont Suarez pense sortir victorieux.

2) Nettoyer le calendrier politique théoriquement pour quatre ans, bien que la situation politique du pays rende peu probable que la législature puisse durer jusqu'au bout; essayer ainsi d'éliminer tout type de spéculation politique. 3) Obtenir une trêve électorale qui, sur le plan social, permettra de signer les principales conventions qui restent pendantes et de stabiliser la situation sociale. 4) Eviter que les partis politiques à la droite de l'UCD et avant tout la CDE (Confédération démocratique espagnole), ne se consolident et affirment leur hégémonie politique sur la bourgeoisie. 5) Restituer aux Cortès une autorité des plus nécessaire en vue de l'approbation des statuts des nationalités.

Enfin, son objectif général est d'améliorer le rapport de forces vis-à-vis des partis ouvriers, de gagner les élections générales et d'avoir la capacité d'imposer de futurs pactes sociaux. VAINCRE L'UCD EN FINIR AVEC LA REACTION

La convocation des élections a créé une réactivation politique modérée des masses et également une bipolarisation politique modérée, ce qui implique que des possibilités s'ouvrent de commencer à surmonter la confusion présente. Mais si les partis réformistes ne modifient pas leur position, ces possibilités peuvent se perdre. Les aspects les plus négatifs pour le mouvement ouvrier ne proviennent pas des échéances du calendrier électoral ni du fait que les communes sont toujours contrôlées par la droite. Ses faiblesses viennent de l'attitude que le PSOE et le PCE les élections.

Le PSOE a même abandonné la démagogie sur la possibilité d'une «alternative socialiste au pouvoir». Il insiste sur la nécessité d'un gouvernement fort avec une large majorité, anticipation claire de sa volonté d'un gouvernement de coalition avec l'UCD, s'il gagne les élections, ou d'une participation comme parti minoritaire si c'est Suarez qui gagne et, bien entendu, si on le lui permet.

Le PCE, quant à lui, est encore plus clair, toute sa politique électorale est centrée de façon agitatoire sur la nécessité d'un gouvernement de coalition UCD-PSOE ou PSOE-UCD, avec l'appui des communistes un programme d'«union nationale», version, pour quatre ans, du Pacte de la Moncloa. Au sein de l'UCD les opinions sur la coalition avec le PSOE diffèrent. L'aile démocrate-chrétienne considère que l'alliance avec le PSOE est la meilleure variante pour conserver son hégémonie étant donné les résultats électoraux prévisibles, y compris s'ils obtiennent plus de voix.

A la droite de l'UCD, la CDE (Confédération démocrate espagnole) de Fraga est guidée par l'idée que l'UCD ne peut gouverner seule et que, par consé quent, elle doit gouverner avec la CDE. C'est pourquoi la CDE a refusé de se coaliser avec des forces qui étaient contre la Constitution.

au coute corta de du

avec une marge de manœuvre à droite et à gauche, en évitant au maximum la polarisation des forces. Curieusement, les seules forces désireuses de participer à un gouvernement de PUCD, comme forces minoritaires, sont le PSOE et le PCE.

La campagne de notre parti, la LCR, est centrée sur une tâche et une idée : qu'il est possible et nécessaire de battre lUCD, que c'est là l'objectif, la condition pour assurer, ensuite, d'autres victoires. Les semblent adopter pour marges d'action de la LCR sont relativement incertaines. Elles dépendent en grande partie des possibilités pour la gauche syndicale de rompre le blocage que lui a imposé le Pacte de la Moncloa, pour s'exprimer sur le plan politique et électoral. Pendant les demiers mois, la LCR a subi un certain affaiblissement au niveau politique central. Cependant, son poids dans les structures de base s'est accru ainsi que dans la direction des principaux syndicats du pays, où il existe une large sympathie pour ses propositions et initiatives.

La LCR va s'efforcer de faire peser son poids syndical sur le terrain électoral. Il sera aussi très important que ses candidats expriment les intérêts les plus pressants des travailleurs par la voix de ses représentants dans PUGT et les CO qui seront présentés dans 34 provinces.

Cela ne veut pas dire que la LCR va entreprendre une campagne syndicaliste de gauche. Le rôle des Jeunesses marxistes révolutionnaires sera très important dans la campagne. Très importante également sera l'attention spécifique portée aux questions nationales et à la question des femmes.

Mais surtout, elle fera que la campagne électorale (y compris le temps d'antenne à la radio et à la télévision qu'elle s'est assurée d'avance) serve pour populariser la tâche de vaincre TUCD et la réaction et pour remobiliser la gauche ouvrière à l'intérieur des syndicats et dans toutes les organisations de masse.

Le 17 janvier 1979 DANS NOTRE

PRECEDENT NUMERO no 43: Iran : réformer ou liquider la monarchie; pourquoi

Khomeini ?; Mexique : en 1979 s'ouvre une nouvelle période;

Bolivie : la situation bolivienne, les élections et les fronts politiques; Avec la classe ouvrière et pour le socialisme : déclaration du POR-Combate, section bolivienne de la IVe Internationale;

Chine: les masses font entendre leur voix; Pologne: le combat de l'opposition; Femmes : la législation néo-zélandaise sur l'avortement.

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