Décris-nous la situation péruvienne pendant et après la grève, et dis-nous ce que tu penses des résultats de la grève ?
La grève a été faible dès le début. Le premier jour, seuls 30 à 40% des travailleurs ont arrêté leurs activités. Le deuxième jour, beaucoup ont cessé de faire grève, et la CGTP a ensuite décidé la fin de la grève. A quoi a été dû cet échec ?
Les raisons conjoncturelles qui expliquent ce développement insuffisant de la grève sont variés. Le gouvernement était bien préparé à l'affronter, tant au niveau politique que répressif. La grève avait pour objectif de rejeter un ensemble de mesures économiques du gouvernement. Celui-ci est revenu partiellement sur certaines de ces mesures. Il a décrété une augmentation de salaires, qui, bien qu'elle ne satisfasse pas les lesoins des travailleurs, les démobilise, en faisant croire que les objectifs de la grève sont atteints. Ce n'est pas la même chose de préparer et de réaliser une grève dans ces conditions que dans les conditions antérieures.
De plus, en raison des fêtes de fin d'année qui ont eu lieu récemment, la préparation poli-
Pérou
La grève
générale
Interview de Hugo Blanco Nous publions ci-dessous une interview de Hugo Blanco qui rend compte de la situation péruvienne au lendemain de la grève générale qui était appelée pour les 9-10 et 11 janvier.
tique des actions a beaucoup laissé à désirer. Janvier est un mauvais mois de ce point de
Il est nécessaire de mentionner un facteur interne qui a beaucoup influencé le développement de l'organisation des le début : le sectarisme des staliniens, qui contrôlent la direction de la CGTP. En effet, contrairement à ce qui s'était passé lors de la dernière grève, en juillet 1978, il n'y a pas eu construction d'une direction unitaire de tous ceux qui préparaient la grève. Cette fois, le PCP a refusé de coordonner ses actions, avec tous ceux qui n'étaient pas d'accord avec ses positions. De cette façon, il s'est écarté des le début des syndicats « classistes» de Lima et des tendances liées aux forces qui sont à gauche du PCP. Les assemblées d'usines et, en général, toutes les actions de préparation de la grève, ne se sont pas réalisées.
Quel a été le rôle de la répression ?
En revanche, le gouvernement s'est très bien préparé. Bien avant la date annoncée, il a entrepris une grossiere campagne d'intimidation à tous les niveaux, sans précedent dans les grèves antérieures. Des tanks et des soldats ont fait leur apparition, dans une situation de militarisation totale à Lima et dans d'autres villes, en même temps que la radio, la télévision et la presse menaient une offensive de propagande annonçant que les forces répressives comptaient de fait avoir «permission de tuer ».
Ces gens n'ont pas envie de mourir, et ils ont pris peur. De petites mobilisations (par exem ple à Comos, au Nord de Lima) ont eu lieu le premier jour. Cela s'est passé ainsi dans d'autres secteurs. Mais le deuxième jour, l'activité en faveur de la grève était réduite.
A LIRE AUSSI DANS «INPRECOR» Une Interview exclusive de Hugo Blanco, parue dans le numéro 32, du 6 juillet 1978. Les constituants face aux mobilisations ouvrières, de Jean-Pierre Riel, paru dans le numéro 34, du 21 septembre 1978. A la veille de la grève des mineurs, interview de Hugo Blanco, parue dans le numéro 34, du 21 septembre 1978. Nous appelons les travailleurs à prendre le pouvoir, discours de Hugo Blanco à Tacna, paru dans le numéro 35, du 5 octobre 1978.
De plus, avant la grève, des centaines de personnes ont été arrêtées, dont la majorité ont été relâchées (il reste 44 détenus accusés de menacer la « Sécurité de l'Etat»). Comment cette répression a-telle affecté le mouvement ?
De fait, à cette occasion, nous avons eu affaire à la pression énorme qu'exerce sur la classe ouvrière la situation de récession économique avec son cortège de conséquences. Le licenciement de dizaines, de centaines de dirigeants des usines et du mouvement ouvrier ont beaucoup atteint le mouvement. Les ouvriers ont peur du chômage et ils ont considéré que les stocks conservés par les patrons leur permettraient de surmonter facilement les effets de la grève. C'est pour cela que beaucoup d'entre eux n'ont pas fait grève. Quelle a été la position de l'Assemblée constituante pendant la grève ?
Evidemment, les députés de gauche l'ont soutenue. Ils ont refusé les mesures répressives mises en œuvre par le gouvernement militaire. L'APRA a été pire que jamais et a soutenu d'un bout à l'autre les mesures du gouvernement. Elle a repoussé la proposition de soutien à la grève générale, qui demandait la suppression de l'état de
Manifestation à Lima le 8 novembre 1978
La gauche (LUDP, le FOCEP, le PC, les deux fractions du PSR et la Démocratie chrétienne) s'est retirée de cette de l'Assemblée constituante. L'APRA a organisé des «sessions secrètes» dans lesquelles il n'a été en fait discuté que des mesures connues de tous, que le gouvernement préparait contre la grève et le « danger de guerre entre le Pérou et le Chili», par une tactique typique de diversion. Comment la situation apparaît-elle aujourd'hui?
L'APRA a annoncé que les élections pour le nouveau gouvernement auraient lieu en octobre. La dictature procède de cette façon parce qu'elle cherche à réaliser le transfert de gouvernement de la façon dont 'LA-CE
8 novembre 1978 : tank dans les rues de Lima il a été décidé avec la bourgeoisie. Elle cherchera à garder son « image de marque» pour les élections, mais continuera à harceler toutes les activités de la gauche. Ils ont décidé «l'état d'urgence» et s'en servent pour faire des arrestations et attaquer les travailleurs. 44 camarades sont en prison pour raison de «sécurité de l'Etat», entre autres Alfonso Barrantes, président de l'UDP. De même, Mike Kelly, journaliste américain, est en prison, accusé d'intervention dans les «affaires intérieures du Pérou», pour avoir diffusé des informations sur ce qui se passe ici. Quelle est la situation du PRT ? Notre parti a été actif dans la grève. Sa présence y a été visible et sensible. Là où nous l'avons pu, nous avons agi ensemble avec le POMR, une autre organisation trotskyste, pour la préparation et le soutien de la grève générale. Nous avons lutté pour que le FOCEP se donne un fonctionnement organique défini. Cela a déjà été fait à l'intérieur de son Comité exécutif. Il a commencé à discuter et à définir quelques initiatives, mais il n'y a pas encore eu de discussion ni de position définie sur la campagne électorale. Ceci sera une occasion importante s'affronter aux manœuvres de la bourgeoisie qui cherche à démobiliser le mouvement ouvrier.
15 janvier 1979