Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

Début d'espoir pour la gauche

· Inprecor n° 441, novembre 1999 · p. 16-22 · 4 106 mots

Portugal Ex-Yougoslavie

Par João Carlos Louçã* a droite a subi une double défaite lors des législatives du 10 octobre 1999. D'un côté les partis de la droite traditionnelle (Parti social-démocrate et Parti populaire) n'ont pas été au delà des 40 % des voix exprimés, de l'autre coté le Parti socialiste (PS) n'a pas atteint le but recherché : obtenir la majorité absolue (1). La nouveauté de cette campagne fut sans aucun doute l'entrée au parlement de deux députés du Bloco de Esquerda (BE, Bloc de gauche), un mouvement nouveau de la gauche alternative, qui avait déjà été présent a l'élection européenne de juin. Après quatre ans de gouvernement du PS

Après quatre années de gouvernement le PS semblait réunir toutes les conditions pour obtenir la majorité absolue au parlement. Il bénéficiait d'une conjoncture économique favorable après avoir réussi la réalisation des critères de convergence et assuré l'entrée du Portugal dans l'Union monétaire. Il pouvait aussi tirer profit d'un sentiment diffus d'orgueil national suite à la réalisation à Lisbonne de l'Expo 98 et de l'octroi du prix Nobel de littérature à José Saramago la même année. Le gouvernement a pu également profiter de l'extraordinaire mobilisation de solidarité de la société portugaise avec le Timor-Oriental et de l'exigence d'une * João Carlos Louçã est membre de la direction du Parti socialiste révolutionnairte (section portugaise de la IVe Internationale). Le PSR (auparavent Ligue communiste internationaliste) fut fondé dans la clandestinité en 1973. Dans le mouvement révolutionnaire qui a suivi le 25 avril 1974 ses militants ont joué un rôle essentiel dans la naissance et la direction du mouvement des soldats SUV (Soldats unis vaincront), qui s'opposa aux tentatives putschistes de la hiérarchie militaire. 1. Grâce aux (quelques) votes de l'émigration le PS obtient tout juste la moitié des députés dans le Parlement, manquant d'un siège la majorité absolue.

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d'espoir pour la gauche intervention militaire rapide de l'ONU au mois de septembre.

Du côté de la droite, en crise de direction, pas d'alternative crédible après que la coalition des deux principaux partis ait éclaté deux mois après avoir été annoncée. Le PSD s'est doté d'un nouveau président à trois mois des élections législatives, dans une tentative désespérée de retenir l'électorat qui lui échappait vers le centre politique du système représenté par le PS.

En effet, si le PS a gouverné quatre ans sans majorité absolue au parlement, dans les questions décisives il disposait d'une majorité écrasante composée des voix des députés du PSD et fréquemment du PP, notamment pour : - son projet de flexibilité des lois du travail, — l'imposition de la globalisation au détriment des droits des travailleurs, - la privatisation des secteurs-clés de l'économie, - les questions de politique extérieure et en particulier les rapports avec la commission européennes et les traités de l'Union européenne, - la politique sociale, — l'encouragement des affaires privées dans l'enseignement, la santé et la sécurité socia-

Francisco Louçã, PSR, élu député du Bloc de gauche au meeting de campagne à Lisbonne le 2 octobre

Présenté comme le bon élève de l'Union européenne, le pays a le taux de chômage le plus bas de l'Union, simultanément mais presque la moitié de sa population active a un statut précaire ou en voie de précarisation. Les salaires moyens sont les plus bas de l'Europe communautaire et les salaires minima au-dessous du seuil de survie.

Au pouvoir depuis 1995 le PS a gouverné sans différence substantielle avec la droite qui l'avait précédé durant 10 ans : les mêmes privilèges aux mêmes groupes économiques qui aujourd'hui contrôlent la plus grande partie de l'économie et du marché national, l'utilisation de l'appareil d'état au service du parti afin de renforcer son pouvoir d'influence à divers niveaux. Un système de justice corrompu et bureaucratisé où les rares voix qui parfois à l'intérieur même du PS tentèrent des réformes, ont été rapidement neutralisées.

Un divorce avec l'espoir

Pour qui aurait encore des doutes sur la nature du gouvernement PS, les doutes ont été définitivement effacés avec le prompt soutien du gouvernement aux bombardements de la Serbie et du Kosovo par l'OTAN.

De la même manière que les Américains ne se sont pas sentis obligés d'avoir un mandat de l'ONU, le gouvernement portugais d'Antonio Guterres a préféré ne pas attendre le parlement pour mettre en avant son soutien politique et militaire.

Non qu'il ait quelques doutes sur sa large majorité parlementaire pour appuyer sa politique mais plutôt pour faciliter les aspects pratiques de l'opération. Avec l'évolution de la situation, lorsque les sondages ont montré une opinion publique majoritairement contre l'intervention militaire, le gouvernement a essayé de rectifier le tir en minimisant dans le discours la participation militaire nationale.

Mais le moment du divorce irréparable

Portugai Lisbonne le 2 octobre du PS avec l'espoir créé à gauche par son arrivée au gouvernement a été la question de l'IVG.

La loi portant sur la dépénalisation de l'avortement fut votée au printemps 98 sur l'initiative du groupe des députés de la jeunesse socialiste et du PCP et approuvée par le parlement à une courte majorité Le lendemain de ce vote victorieux, la direction socialiste annonçait un accord avec la droite afin de réaliser un référendum sur cette question. Le référendum a eu lieu le 28 juin 1998 et la proposition sur la dépénalisation a été battue (par moins de 2 %), avec une abstention d'environ 70 %.

Le grand responsable de ce désastre fut le PS, qui malgré le fait d'avoir une majorité de militants, de dirigeants, et probablement d'électeurs favorables à la dépénalisation de l'IVG s'est trouvé divisé sur la position publique de son secrétaire général et Premier ministre. Antonio Guterres, contrairement à la tradition laque et républicaine du PS, est un catholique pratiquant qui a su entourer son gouvernement d'éminences grises de l'Église. La question de l'IVG fut utilisée à l'extrême comme une affaire de conscience individuelle par les dirigeants du PS. Un Premier ministre, qui exprimait clairement son intention de vote aux côtés de l'Eglise, a paralysé les militants et les dirigeants

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du PS.

La victoire de la démagogie et des méthodes les plus obscures de la droite incarnée par l'Église catholique a aussi été la victoire du Premier ministre sur les traditions de gauche de son propre parti. Ce fut la clarification définitive de la politique qu'il avait choisie pour son gouvernement.

Sans se réclamer très clairement des thèses de la troisième voie de Giddens, de Blair et Schröder, la direction d'Antonio Guterres est alignée sur la même longueur d'onde. Ce n'est pas un hasard si ce dernier a été choisi l'Internationale socialiste.

On pourrait partaitement paraphraser les propos d'Ignacio Ramonet sur la socialdémocratie dans le Monde Diplomatique d'avril dernier, en disant du PS portugais que la place du conformisme et du conservatisme lui revient maintenant. Ses particularités locales et la survie des quelques thèmes de gauche et de leur expression ne font pas du PS portugais l'exception de la social-démocomme président de peuple du Timor cratie européenne : comme tous les autres il a accepté la mission historique de banalisation du néolibéralisme. Il gouverne avec la droite, car il représente la droite moderne . Mobilisation exemplaire pour le

Le contenu des accords signés en mai à New York entre le Portugal, l'Indonésie et l'ONU sur la réalisation du référendum d'autonomie au Timor oriental était évidemment

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une porte ouverte à l'arbitraire et à la violence. Au mois de mai, à des fins de politique interne, le gouvernement présenta l'accord comme une grande victoire diplomatique et la fin d'un cycle. Il prétendait que l'Indonésie reconnaissait enfin le droit du peuple timorais à l'autodétermination et présentait le Portugal, avec sa diplomatie victorieuse, comme le champion de la lutte pour les droits de l'homme dans son ancienne colonie. Le Bloc de Gauche fut la seule force politique qui a exprimé des critiques ainsi que le respect des résultats.

quer la situation.

sur l'accord dans la mesure où celui-ci ne prévoyait pas la libération des prisonniers politiques et confiait à l'armée indonésienne la réalisation et la sécurité du référendum,

Ce fut évidemment un mauvais accord mais le Bloc a manifesté sa solidarité avec le CNRT (Conseil national de la résistance timoraise) qui espérait que l'accord allait déblo-

Dès la première semaine de septembre et après la divulgation des résultats du référendum donnant une victoire écrasante au désir d'indépendance des Timorais, la violence des milices qui avait été une constante pendant le processus électoral augmentait d'intensité et se transformait en barbarie, déportation de masse, persécution des militants indépendantistes et des soutiens populaires à la résistance, dans une guerre de destruction totale sans quartier.

La présence de journalistes a transformé les images des massacres en nouvelles qui

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ont fait le tour du monde et transformé la période préélectorale au Portugal en une période d'intense mobilisation et de solidarité de la population, touchant toutes les couches de la société portugaise.

Manifestation à Lisbonne

A Lisbonne et Porto, les premières manifestations furent appelées par le Bloc de Gauche, aussitôt rejoint par d'autres collectifs plus larges. Spontanément les gens occupaient la rue quotidiennement. A Lisbonne les mobilisations et la contestation rassemblaient, jour et nuit, des milliers de personnes devant le siège de l'ONU et de l'ambassade américaine, avec une chaîne humaine reliant les ambassades de tous les pays du Conseil de sécurité.

Dans cette ambiance de mobilisation le Bloc et ses dirigeants sont apparus comme la première organisation à être présente dans les mobilisations, proposant des actions pour les jours suivants sans aucune sorte de manipulation des sentiments de solidarité. Le Bloc a su être présent et contribuer concrètement pour la mobilisation et l'occupation des rues dans les villes portugaises. Ce furent des semaines d'intense activité politique jusqu'à la décision de l'ONU d'intervenir militairement.

Le PS a été le principal bénéficiaire de cette mobilisation. Premièrement parce qu'il a réussi à présenter une stratégie diplomatique victorieuse, et ensuite parce que l'aide humanitaire mise en œuvre par le gouvernement était au centre des préoccupations de la mobilisation nationale pour Timor. Le PCP et son pseudopode Vert

Il n'est pas possible ici de faire une analyse très détaillée du rôle et de la nature du PCP dans la société portugaise du XXème siècle. Partageant l'histoire commune avec d'autres PC européens le PCP fut une exception pour avoir été dans la clandestinité jusqu'en avril 1974, et s'être consolidé comme une grande force de l'opposition pendant la dictature.

Avec ses contradictions, ses purges et le bâillonnement de l'opposition interne, aggravées par la clandestinité et la persécution politique du régime, le PCP est resté cohérent avec une ligne orthodoxe que même la chute du mur de Berlin n'a apparemment pas affecté dans l'immédiat.

Le PCP fut, à partir de 1974, un parti essentiel pour la consolidation du nouveau pouvoir législatif constitutionnel. Même quand ce pouvoir s'est exercé contrairement aux aspirations des masses et aux exigences de la démocratie populaire naissante

On vivait en pleine période de la guerre froide, la division politique internationale ne pouvait se permettre une révolution socialiste victorieuse au Portugal. Le PCP va partager cette vision "réaliste" et vite abdiquer d'un projet révolutionnaire pour le pays, malgré son hégémonie et sa remarquable capacité d'organisation parmi les travailleurs, notamment dans les zones rurales de la réforme agraire au sud (Alentejo) et dans les ceintures industrielles de Lisbonne et Setubal

En 1991 le PCP fut un des rares partis communistes à soutenir le putsch de Moscou et la tentative de destitution de Gorbatchev afin d'en finir avec la perestroïka. Il est resté insensible au vent du change-

A ONU, É UMA MERDA Lisbonne, manifestation des motards pour Timor devant la délégation de l'ONU :

L'ONU est une merde » ment profond qui touche le mouvement communiste international au début des années 1990. En même temps que le PC italien et le PC français se social-démocratisent et que le PC espagnol expérimente une alliance à gauche, le PCP expulsait des opposants sans état d'âme. Alvaro Cunhal continuait à la direction du parti imperturbable

Après la chute du mur, sans aucune autocritique apparente, sans chercher à comprendre les erreurs, ni le monde qui changeait autour de lui, il réprimait toute tentative de discussion réformatrice qui timidement apparaissait à sa base. Le PCP a vu, année après année, sa force électorale diminuer (il a perdu environ 500 000 voix), son influence institutionnelle se réduire de façon importante, surtout il a vu s'évanouir l'opportunité de rénovation du parti et ainsi la possibilité de donner un bol d'air à la gauche

Ce furent des années incompréhensibles pour beaucoup de militants, pendant lesquelles le PC a recherché de nouvelles alliances internationales, notamment avec la Chine (pendant et après le massacre de Tien Anmen), avec la Corée du Nord ou encore avec le régime serbe de Milosevic. Sur le plan interne, le départ d'Alvaro Cunhal de la direction du parti en 1992 a marqué le début d'une période où on a pu voir apparaître des divergences, des tensions et des sensibilités diverses. Rien n'est encore clair, mais il se peut qu'on puisse voir naître des expressions qui donneraient l'espoir d'une rénovation du PC

En 1995 avec la victoire électorale du PS, le discours officiel du PC subit une évolution très nette qui consiste à revendiquer une alternative au pouvoir assez abstraite de manière a ne pas être accusé de vouloir gouverner avec le PS, mais suffisamment explicite de main tendue au gouvernement. L'influence du modèle français de la gauche plurielle fait là ses effets mais cette orientation avait et a toujours ses inconvénients : d'un côté sa base est très sectarisée par des années de confrontation avec le PS, de l'autre, le PS préfère toujours l'alliance avec la droite au Parlement ce que lui permet de poursuivre sa politique. L'anticommunisme d'Antonio Guterres n'est pas étranger à ce choix.

Quant aux Verts (PEV, Parti écologiste les Verts) c'est une création purement artificielle de l'appareil du PCP au début des années 1980 pour servir à justifier l'existence de la Coalition démocratique unitaire (CDU), sigle avec lequel le PCP participe aux élections. Sans expression politique autonome, les Verts sont la branche écologiste du PCP.

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Dans le travail unitaire les Verts sont le dédoublement du PCP afin d'essayer d'avoir plus d'influence. Les deux députés des Verts au parlement sont assujettis à la discipline du PCP. Une expérience : la gauche à la mairie de Lisbonne

Durant plus de 10 ans la ville fut gouvernée par une coalition des partis de droite. A cette époque le PS vivait l'un de ses pires moments. L'élection de Mario Soares à la Présidence de la République avait laissé le parti orphelin de son leader charismatique et incontesté. Les résultats électoraux du PS étaient assez faibles, la droite avait la majorité absolue au parlement. Au delà de l'espoir que Mario Soares a pu représenter pour la gauche institutionnelle, son élection a occasionné surtout l'humiliation symbolique de la droite. Symbolique parce que dans le système politique portugais le Président est à peine un peu plus qu'une figure de représentation officielle de l'état, sans réel pouvoir politique, et avec peu de moyens de contrôle législatif. Malgré cela, Mario Soares a exercé son mandat avec habilité et n'a pas raté une occasion de combattre le gouvernement de Cavaco Silva et surtout de se donner les moyens d'assurer sa réélection.

C'est dans ce contexte national que les municipales de 1989 surgissent comme une première opportunité de gagner de l'espace politique contre la droite de droite Jorge Sampaio alors premier secrétaire du PS (actuel président de la république) prend la décision risquée et inédite au PS de proposer une liste d'unité de la gauche à Lisbonne afin de gagner la mairie.

A la coalition PS-PC s'ajoutent d'autres organisations de gauche même si c'est dans des positions secondaires. Il était important que le programme soit suffisamment clair et représentatif des aspirations de la gauche pour la ville, capable d'unifier les diverses composantes et garantissant la pluralité. Avec Jorge Sampaio tête de liste, la coalition obtint une écrasante victoire dans tous les bureaux de vote. La gestion de la ville fut un exemple alternatif à la fatalité de voir la droite gouverner le pays.

Lors de son second mandat, c'est une coalition PS-PC-PSR-UDP-Verts (2) qui fut constituée. L'unité à gauche s'était renforcée et ses objectifs étaient plus clairs à Lisbonne. Partout dans le pays l'opposition au gouvernement de droite gagnait des secteurs plus larges

Avec la victoire du PS lors des législatives de 1995, et l'élection de Jorge Sampaio à la Présidence della République, le cadre politique s'est substantiellement moditié à la mairie. João Soares, représentant de l'aile la plus opportuniste et réactionnaire du PS, fils de Mario Soares, fut désigné maire par l'exécutif municipal. Très vite beaucoup des projets fondateurs de la coalition furent oubliés ou altérés, l'arrogance du nouveau maire et de son exécutif furent déterminants pour que le PSR rompe publiquement avec la coalition en 1997. Le PSR avait alors 3 élus à l'assemMeeting du Bloc de gauche à Lisbonne Te 2 octobre

• LIBERDADE ESTA A PASSAR POR AQUI

blée municipale.

En décembre 97 ont lieu de nouvelles élections municipales. La coalition PS-PCVerts-UDP fut reconduite. PSR et Politica XXI (3) lancèrent alors la coalition "Gauches unies" à Lisbonne et Porto. Malgré 2. L'UDP (union pour la démocratie populaire) organisation historique de la gauche portugaise est le résultat de la fusion de divers groupes d'inspiration maoïste après le 25 avril 74. Un temps pro-albanaise l'UDP fut l'organisation de l'extrême-gauche avec le plus d'influence dans le mouvement ouvrier, avec un député jusqu'en 1979. Elle revient au parlement en 1991 avec un député dans le cadre d'un accord avec le PCP, accord rompu en 1995. Dans la dernière décennie l'UDP a vu diminuer son poids électoral légèrement en-dessous de celui du PSR, notamment dans la capitale où le PSR avait manqué de moins de 200 voix l'élection d'un député en 1991. Ces deux dernières années l'UDP a connu un profond débat interne. Depuis un certain temps l'UDP intervient dans le mouvement antiraciste, dans le mouvement féministe ainsi que dans d'autres secteurs sociaux en commun avec

NOVA ESQUERDA

NO PARLA

ENTO -

Conférence de presse du Bloc de gauche après l'annonce des résultats à Lisbonne les difficultés cette coalition obtient 3 % dans la capitale et un élu, renforçant l'idée qu'une alternative unitaire est possible dans le camp de la gauche non institutionnelle.

Pour le PCP, qui était prêt à être le parti majoritaire dans la capitale, la gestion avec le PS s'est soldée par un désastre électoral et la perte progressive de son électorat. En même temps, sa place minoritaire dans l'exécutif et sa compromission dans une politique impopulaire sème la confusion dans sa base, car le parti troque les principes fondamentaux de la gauche contre des places et privilèges dans l'appareil de gestion de la ville. Le courant social-démocrate du parti met en avant l'exemple de la gestion de la ville afin de tenter de gagner de l'espace permettant de prétendre à une participation au gouvernement du PS. Le PCP sait qu'il se trouve dans une position difficile où il n'est pas clair du tout que la gestion de la ville soit une gestion de gauche, surtout dans un contexte où la gauche à sa gauche lui dispute l'hégémonie (37 000 voix pour le PC et les Verts à Lisbonne, 21 000 pour le Bloc de gauche...). le PSR, travail qui existait bien avant la création du bloc de gauche. 3. Héritière du sigle et de l'appareil du MDP/CDE (Mouvement démocratique portugais-Coalition démocratique électorale) Politica XXI voit le jour en 1993 après que ses principaux dirigeants aient quitté le PCP en 1991. C'est un petit groupe avec des intellectuels connus intervenant et animant des rétlexions notamment dans le domaine de l'urbanisme et de la citoyenneté. Participant aux élections législatives de 1994, Politica XXI concurrençait le PSR avec des propositions et un style de campagne très proches. Leurs résultats électoraux furent modestes. En 1997 Politica XXI et le PSR créèrent la coalition "Gauches unies" à Lisbonne et Porto dans ce qui fut la première manifestation positive de la possibilité d'unité à gauche et de mobilisation des forces militantes à gauche du PCP.

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SR CLINTON

BASTA DE

CINISMOL

Solidarité Timor, Lisbonne, septembre 1999. Bloc de gauche, une force montante

C'est en l'été 1998 que les discussions, qui devaient conduire à la création du Bloc en janvier 1999, ont commencé. Discrètement, les directions du PSR, de l'UDP et de Politica XXI faisaient les premiers pas vers un accord politique fondamental afin de poser les premières pierres d'un nouveau mouvement. Sans que ce soit une fusion précipitée, sans que cela signifie la fin des organisations respectives, ni de leurs actions communes dans les divers fronts d'intervention.

La présence dès le début de personnalités indépendantes, qui se sont associées au projet, a donné une crédibilité fondamentale au Bloc et a fait que son expression et sa réalité sociale dépassent de loin le champ d'influence des trois organisations qui ont conclu un accord politique et organisationnel. Chacun s'engageait à faire du Bloc non pas un champ de disputes et de confrontations politiques, mais un espace pour la convergence d'expériences et pour l'action. Cela a permis d'avancer la mise en place rapide de structures pour les campagnes électorales qui se sont succédées depuis (européenne et législative).

Les résultats des élections européennes de juin ont permis de consolider la confiance et l'expression publique du nouveau mouvement, qui s'est affirmé comme la cinquième force politique nationale avec une réelle possibilité d'obtenir des élus lors des législatives d'octobre.

Des propositions et revendications depuis longtemps défendues par le PSR, notamment la dépénalisation de l'usage des drogues et une politique de prise en charge des soins et de désintoxication, de suivi médical sous contrôle de l'état, la reconnaissance des droits civiques des homosexuels, la dénonciation de la politique suivie actuellement et des propositions concernant le traitement des déchets industriels, furent promptement intégrées par le Bloc et défendues lors des européennes de juin.

D'un autre côté, l'implantation de l'UDP dans le tissu social et syndical ont renforcé la capacité du Bloc à intervenir sur toutes ces questions. C'est ainsi que lors de l'intervention militaire de l'OTAN au Kosovo, le Bloc a pu riposter rapidement avec un discours clairement anti-impérialiste, contrastant nettement avec la position du PCP qui passait sous silence la responsabilité du régime de Milosevic. Cette attitude du Bloc fut fondamentale pour rassembler les militants des organisations composant le Bloc dans la mobilisation sociale anti-guerre.

L'élaboration des listes dans les 22 circonscriptions électorales du pays et le développement des divers thèmes de campagne ont permis de rassembler autour du Bloc beaucoup plus de forces militantes que celles des trois organisations.

L'espoir d'une nouvelle gauche ayant la possibilité d'élire des députés au parlement a fait que beaucoup d'ex-militants ont repris une activité politique permettant ainsi la jonction intéressante de diverses générations de militants. La Convention du Bloc de gauche, prévue pour le début de l'an 2000,

Bloco

de Esquerda E TEMPO DE SER EXIGENTE Le slogan « il est temps d'être exigeants » fut au centre de la campagne du Bloc. Ce fut aussi le titre de son manifeste, cf. Inprecor n°439/440 de septembre-octobre 1999.

Luís Fazenda, dirigeant de l'UDP, est le second député du Bloc de gauche élu à Lisbonne. sera sans doute l'occasion d'affirmer clairement une organisation de gauche dans le paysage politique national avec un programme d'opposition clair.

Contrairement à beaucoup d'expériences de recomposition de la gauche européenne dans les années 1990, le Bloc de gauche apparaît nettement comme disputant l'espace politique au PC à un moment crucial de son débat interne. N'ayant jamais cédé à la tentation du discours sectaire (malgré les provocations constantes de la direction du PCP depuis le début de la création du Bloc) nous pensons que c'est la meilleure méthode pour pouvoir discuter et intervenir dans les débats internes de ce parti jusqu'alors hégémonique dans la gauche portugaise.

« Une gauche à gauche du gouvernement », sans ambiguïté, qui lors de ces élections s'est proposée de contribuer à la rénovation de l'opposition et non pas de chercher des places de pouvoir pour tenter d'influencer le PS. Cette politique a dejà gagné et peut encore gagner d'autres secteurs communistes. C'est pour les organisations du Bloc le véritable projet stratégique. Ce qui signifie, en dernière analyse, une rupture à l'intérieur du PCP de façon à mettre une partie significative du parti en phase avec les propositions et les stratégies du Bloc.

Lors de ces élections la visibilité des propositions et l'intérêt autour du Bloc pour la prochaine législature sont déjà l'un des thèmes centraux de la politique nationale. D'autant plus que c'est l'élection des deux députés du Bloc qui a empêché le PS d'avoir la majorité absolue au parlement.

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