Inprecor 1974–2004

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PAKISTAN

La gauche pakistanaise et la dictature militaire

· Inprecor n° 441, novembre 1999 · p. 35 · 883 mots

Inde et Asie du Sud

La majorité des partis politiques pakista-

. nais ont acclamé le coup d'État militaire général Pervaiz Musharraf. Malencontreusement il se trouve des partis de gauche parmi eux. La corruption du gouvernement de la Ligue musulmane était telle au cours des 30 derniers mois, que le changement de gouvernement a été en général bien accueilli par les masses. Mais il s'agit là plus de la faillite du Premier ministre renversé, Nawaz Sharif, que d'un soutien apporté aux militaires. La majorité des partis politiques ont reflété ce sentiment populaire.

Le 18 octobre à Lahore le comité central du Congrès national pakistanais (PNC, une alliance de sept partis de gauche et bourgeois radicaux) a salué la dictature militaire et exigé que la direction de la Ligue musulmane rende des comptes.

Parmi les partis de gauche qui soutiennent la dictature militaires on peut citer le Parti ouvrier national (NWP) et le Parti communiste Mazdoor Kissan (CMKP). Ces partis : staliniens sont constamment à la recherche d'alternatives aux partis bourgeois corrompus, dans le cadre du système capitaliste. Ils sont parvenus à la conclusion que les militaires pourront s'occuper de la corruption avant que les masses ne soient prêtes pour la démocratie.

Le NWP et le CMKP ont pris pour argent comptant les discours du nouveau dictateur militaire Musharraf, qui prétend avoir pris le contrôle du pays pour développer l'économie et rendre les politiciens civils responsables des actifs publics qu'ils ont pillés. Selon Musharraf le pillage des biens publics date de 1985. Il ne dit mot sur la dictature militaire du général Zia entre 1977 et 1985, pourtant elle aussi corrompue.

La dictature de Musharraf a annoncé qu'elle donnait quatre semaines aux politiciens pour qu'ils remettent dans les banques l'argent pillé, sans quoi ils seront traités avec une « main de ter ». Il s'agit d'un geste susceptible de gagner la sympathie des masses.

Mais le réel programme de l'armée, c'est de réaliser les exigences du FMI et de la

Banque mondiale : privatiser rapidement, introduire une TVA, dévaluer la monnaie, accroître les prix de l'énergie et finir de supprimer les subventions.

Le Parti populaire pakistanais de la dirigeante de l'opposition Benazir Bhutto a aussi approuvé le coup. Bhutto a expliqué dans une interview qu'elle était prête à donner six mois à la dictature pour que celle-ci force les politiciens et les partis corrompus à rendre gorge.

La nouvelle dictature, à la différence de celle de Zia, n'utilise pas l'Islam comme principal moyen de légitimation. Elle tente de présenter un visage libéral. C'est une des raison du soutien reçu de certains partis de la gauche. De même elle n'utilise pas le terme « loi martiale » pour décrire son régime Musharraf se présente comme le « chef de l'exécutif » pakistanais. Tout cela pour masquer son visage réel et pour satisfaire les impérialistes occidentaux.

Tentative d'intimidation contre la gauche

Le jeudi 21 octobre les militaires ont investi les locaux de l'hebdomadaire Mazdoor Jeddojuhd. Ils ont pris des exemplaires du journal, demandant aux imprimeurs si le journal du LPP était imprimé sur place et qui en était le propriétaire. Les soldats ont également saisi des exemplaires du livre Prepare for fight, écrit par l'organisateur du LPP dans l'émigration, Amjad Ayub. Ils ont demandé à Shoaib Bhatti, l'éditeur responsable de l'hebdomadaire, pourquoi il « écrit contre les militaires ? », avant de quitter les locaux.

Il s'agit d'une tentative d'intimidation qui augure mal des promesses du respect de la liberté de la presse faites par le général Pervaiz Musharraf, deux jours après la sortie du numéro de Mazdoor Jeddojuhd exigeant la fin de la loi martiale et appelant les travailleurs à lutter contre la dictature. Le LPP est le seul parti politique à n'avoir pas approuvé le coup d'Etat militaire.

Au contraire de la gauche stalinienne, le Parti travailliste du Pakistan (LPP) a pris une position ferme contre la dictature militaire et s'est prononcé pour que l'enquête sur la corruption des politiciens et des bureaucrates soit confiée à une commission ouvrière et paysanne. Il a réclamé un gouvernement ouvrier et paysan intérimaire en vue de préparer des élections générales impartiales pour une assemblée constituante. Le 17 octobre, un meeting, organisé à la mémoire d'un poète révolutionnaire a eu lieu dans le prestigieux Club de la presse de Karachi. Le LPP était parmi les organisateurs du meeting. Farooq Tariq, le secrétaire général du LPP, qui prit la parole parmi de nombreux intellectuels et poètes réputés, fut le seul à critiquer ouvertement la dictature militaire. Il expliqua que ce n'était pas la démocratie qui avait failli au Pakistan, mais sa version capitaliste. L'alternative à cela n'est pas, poursuivait-il, la dictature militaire mais un mouve ment ouvrier fort, capable de lutter et de réaliser la démocratie socialiste. Il a annoncé clairement que le LPP combattrait la dictature militaire et construira une large mobilisation pour restaurer la démocratie. Les 300 militants présents ont chaudement applaudi cette intervention, qui a donné le ton à la gauche dans la plus grande ville du Pakistan et a contrarié les soutiens de gauche de la dictature. A Lahore, Mazdoor Jeddojuhd (Lutte ouvrière, hebdomadaire du LPP) est paru avec en manchette « Non à la dictature militaire!», appelant les ouvriers et les paysans à préparer la lutte pour la démocratie.

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