Ceux phénomènes récents résument la transition vers le capitalisme au Viêt-nam.
Le premier est la prolifération des « marchés du travail en plein air » à travers le pays, où des centaines de milliers de travailleurs à la journée se rassemblent dans les principales villes et cités dans l'espoir d'un travail. Ceux qui ont la chance de trouver un job pour 24 heures gagnent moins de 20 000 dôngs (1,80 dollars US ou 1,66 euro), juste assez pour survivre un autre jour. C'est la dernière expression de la « flexibilité du travail » et de « l'adaptation aux forces du marché » que la direction du Parti a recherchée dans le processus de réformes. Déjà avant la première « mini-thérapie de choc » néolibérale de 1989 qui vit le licenciement de millions de travailleurs du secteur d'état et l'effondrement des coopératives rurales, les managers des entreprises d'état se mirent à embaucher une main-d'œuvre temporaire et des travailleurs à la journée dans le but d'accroître la productivité et le rendement, ce qui devait mener à une destruction graduelle de la sécurité de l'emploi et du revenu. Combinée à la privatisation des entreprises et des biens de l'état par la couche bureaucratique dirigeante, la mise en place d'un marché capitaliste du travail a généré un chômage de masse totalisant plus de 10 millions de travailleurs à qui les marchés du trarésistance au nazisme. Or le nom d'Oppenheimer ne figure même pas dans l'index des noms cités de la version française... Plus loin, dans la même version, Sergo estime que « nous avons laissé choir les communistes grecs » que les Anglais combattaient militairement en 1944-1945 alors que dans le texte russe plusieurs paragraphes sont consacrés à pourfendre les historiens qui osent prétendre que l'URSS avait lâché les partisans grecs après que Staline et Churchill se soient partagé leurs sphères d'influence dans les Balkans.
les mineurs et le marché vail en plein air sont une des rares « occaaussi la possibilité de travailler dans une des pour attirer le capital transnational vers une force de travail passive et « bon marché ». Ici l'on préfère les jeunes travailleuses et les brutales conditions de travail ont conduit à de multiples grèves et protestations l'année vail en plein air et de ces Zones, le tourisme sexuel représente l'alternative qui s'est développée le plus rapidement face au gouffre
Il est vrai que ce passage vient après l'affirmation que jamais l'Union soviétique n'a livré d'antifascistes allemands à Hitler...
Un jugement assez perspicace sur
Béria a été émis par la veuve de
Boukharine, Anna Larina. Elle raconte dans
"Boukharine, ma passion" (7), paru en 1990, qu'elle avait rencontré Béria à deux reprises en
Géorgie en 1928 et en 1932. Il avait souhaité à la belle jeune fille qu'elle était alors « une vie longue et heureuse ». Elle en avait gardé le souvenir de
« quelqu'un d'intelligent et d'effica-
Les cadres, du chômage sions » qui leur sont laissées. Bien sûr, ils ont
41 Zones d'Exportation et d'Industrie créées dernière (1). A rapprocher du marché du tra-
Mine de Quang Ninh exploitée à la main en 1994 ce » et « il était impossible de déceler en lui un quelconque caractère dépravé ». Arrêtée fin 1937, elle va se retrouver en face de lui à Moscou en décembre 1938 alors que son mari a été fusillé au mois de mars. Elle ne savait pas que Yéjov avait été accusé des excès de la répression, démis de ses fonctions et remplacé par Béria en face duquel elle se trouve assise.
Celui-ci va se montrer prévenant et en même temps il l'oblige à promettre de ne plus en parler si elle voulait rester en vie. « Le mensonge, l'hypocrisie
— voilà ce qui se cachait derrière ce
Le deuxième phénomène est l'introduction des dispositions sur le travail obligatoire de juillet 1997. D'après cette politique de mobilisation du travail, tous les travailleurs mâles de 18 à 45 ans sont tenus « d'offrir leur travail » pour construire des routes, des autoroutes, des ponts et des zones industrielles dans l'intérêt du développement économique national. Ils sont tenus d'assumer un labeur physique plusieurs jours chaque année — sans être payés — dans le cadre de quelques-uns des plus vastes projets d'infrastructure établis avec des prêts de la
Banque mondiale et du gouvernement japonais. Presque tous ces projets sont établis avant tout pour servir les intérêts du capital domestique et international avec des autoroutes et des routes menant vers les zones industrielles d'investissements étrangers. De plus, avec ces dispositions,
(lire la suite p. 14)
* Gerard Greenfeld est membre de la direction de l'UITAA
(Union
Internationale des Travailleurs de l'Alimentation et de l'Agriculture).
L'article que nous reproduisons ici a été d'abord publié dans la revue New
Politics, n° 25, 1998.
1. Gerard Greenfield, Vietnam - Labour
Protests in the Export Processing Zones,
International Vieupoint n° 296, 1998
Voir également
: Strikes in Vietnam:
Between discipline and dignity, Asian
Labour Update n° 19, 1995 masque d'amabilité » conclue-t-elle après avoir longuement relaté la
«conversation-interrogatoire » qui se déroula. Elle précise ensuite que
Béria était bien un « carriériste sans principe » mais qu'il était également un « monstre », ce dont elle s'est apercue par la suite « grâce aux nombreux récits et souvenirs des gens qui avaient directement eu affaire à lui au cours d'une enquête ».
Le plaidoyer du fils ne fait que rendre plus crédible le jugement d'une de ses célèbres victimes.
Jean-Michel Krivine
es riches ne sont pas obligés d'offrir leur travail puisqu'ils peuvent le remplacer par une donation en espèces à l'état. Cela ne reflète pas seulement l'abandon de toute prétention à l'égalitarisme (le pouvoir et les privilèges bureaucratiques avaient montré qu'il ne s'était jamais agi d'un système égalitaire) mais cela démontre comment le régime se réclamant du communisme continue à utiliser les « mobilisations » de la stratégie stalinienne de l'industrialisation en combinaison avec un marché du travail capitaliste, « libre » et flexible (2). Les « bonnes traditions révolutionnaires »
Le mouvement d'industrialisation, au début des années 60, comptait fortement sur la mobilisation politique du travail à travers à la fois la coercition et le consentement, imposant un nouveau et un ancien système de contrôle du travail en poursuivant les buts productivistes du capitalisme. En suivant le modèle d'industrialisation stalinien, un système de direction techniciste (taylorisme) qui privilégiait les connaissances et l'autorité des directeurs et des ingénieurs
Mine de Hongay au cours des années 60 sur les travailleurs, se combinait avec les discours officiels sur « l'ouvrier modèle », les « héros du travail » et, bien sûr, « la classe ouvrière révolutionnaire ». Toutefois une grande partie de la rhétorique officielle sur la classe ouvrière était en porte-à-faux avec l'incapacité proclamée des travailleurs à remplir leur « mission historique ». En 1988, par 2. Comme lors des stratégies de mobilisation utilisées dans les années 80, les élites dirigeantes ont également mis en œuvre une "tradition" inventée de travail corvéable où les paysans offraient leur travail non rémunéré à l'état. Voir Alexander Woodside, The Asia-Pacific idea as a mobilization myth, dans Arif Dirlik (ed.) What is a Rim? Critical Perspectives on the Pacific Region Idea. Boulder: Westview, 1993. 3. Rapport sur la situation et les tâches des syndicats, présenté par Duong Xuan An, secrétaire général de la Confédération Générale du Travail du Vietnam au be congrès national des syndicats vietnamiens, octobre 1988. 4. Discours de Le Dai, secrétaire du bureau du exemple, les dirigeants syndicaux vietnamiens attribuèrent la crise de la production et de la distribution à « la paresse, l'indiscipline, la violation de la propriété socialiste, le gaspillage, le travail-bidon et les vices sociaux » ; c'étaient des manifestations du « négativisme » des travailleurs et de leur échec à atteindre la maturité d'une classe ouvrière moderne (3). Cet échec justifia alors un contrôle accru des managers sur le processus de production et la formalisation des principes capitalistes de contrôle du travail et de discipline. En ce sens « l'autonomie directoriale » ainsi que d'autres réformes des entreprises d'état visaient avant tout à court-circuiter le pouvoir de négociations collectives des ouvriers et à briser leurs actes quotidiens de résistance.
Cette lutte fut plus intense dans les mines de charbon appartenant à l'état de la province du Nord de Quang Ninh, que l'on appelle dans le peuple vung mo (le pays des mines). Le 12 novembre 1969, les leaders du Parti célébraient les « bonnes traditions révolutionnaires » des mineurs de charbon, en même temps qu'ils les accusaient de n'avoir su « prendre conscience qu'ils étaient les maîtres de la communauté ». A nouveau cet
« échec » fut utilisé pour justifier des mesures temporaires comme le salaire aux pièces et le droit pour les directeurs d'engager et de renvoyer à leur gré (4). En fait, la référence aux « bonnes traditions révolutionnaires des mineurs » est faite chaque année par l'élite du Parti le 12 novembre, Jour des mineurs du charbon, qui rappelle la grève générale des 30 000 mineurs de Hong Gai et Cam Pha contre les compagnies minières françaises en 1936. Mais plutôt que de rappeler l'auto-organisation et l'action collective socio-politique des mineurs, l'histoire de « la section la plus militante de la classe ouvrière » (5) est représentée comme un assemblage étroit d'aspirations nationalistes et productivistes comité du Parti de la province de Quang Ninh. Hanoi Home Service 4h30 GMT 12 novembre 1969, traduit dans le BBC Summary of Wordl Broadcasts, Far East, FE/W546/A/14-15. 5. Nguyen Khac Vien, Historical background, dans Nguyen Khac Vien et Huu Ngoc (eds), Vietnamese Literature : Historical Background and Texts. Hanoi : Red River Foreign Languages Publishing House, 1984. 6. Nhan Dan (Le Peuple), 8 septembre 1997. 7. Gerard Greenfeld, Capitalism in Vietnam, dans Ralph Miliband and Leo Panitch (eds), Between Globalism and Nationalism : Socialist Register 1994. Londres : Merlin Press, 1994.
inspirées par le Parti communiste et le mouvement syndical qui les avaient « organisés » d'en-haut. De façon ironique, les notions de discipline industrielle et d'obéissance sont présentées comme l'essence de ces « bonnes traditions révolutionnaires » alors que la résistance et les protestations contre l'exploitation et la domination (qui sont les vraies traditions des grèves de 1936) sont décrites comme une violation de ces traditions. En ce sens le parti-État utilise le passé radical des mineurs pour contenir le radicalisme et la résistance présente des travailleurs.
Cela ne s'applique pas seulement aux mineurs de charbon. Au cours des mois de juillet et d'août 1997, plusieurs milliers de paysans dans les provinces du Nord de Thai Binh et Hoa Binh s'engagèrent dans des manifestations de masse contre l'appropriation illégale de leurs terres et de leur production par les représentants officiels locaux du Parti et de l'état, de même que contre les taxes et impôts excessifs imposés par l'état. Les bureaux et les voitures des cadres du Parti et des officiels des Comités du peuple furent attaqués et brûlés par les protestataires rendus furieux par leurs abus de pouvoir et la richesse personnelle qu'ils avaient accumulée dans les récentes années. Au début septembre, l'organe du Parti, Nhan Dan (le Peuple), annonça que l'armée était intervenue pour restaurer l'ordre, en arrêtant les meneurs qui avaient retourné la « tradition révolutionnaire » de la province (6). Bien évidemment, étant donné l'ampleur des manifestations et l'imbrication très claire de revendications politiques et économiques, il semblerait plutôt qu'ils revenaient en fait à cette tradition ! La crise et les réformes au « Pays des mines »
Depuis le début des années 60, le sentiment d'aliénation des mineurs et leur résistance au contrôle bureaucratique de la production s'est exprimé par la grève perlée (lan cong) et la désertion des mines pour retourner dans leurs villages (bo ve lang). Les désertions posaient tout particulièrement problème au contrôle bureaucratique du Parti-État sur les travailleurs en dehors des mines. En réponse à cette « crise », la direction du Parti-État octroya aux directeurs un plus grand pouvoir pour limiter le libre déplacement des travailleurs et instaurer de nouvelles stratégie en matière de discipline et de contrôle. Finalement, l'introduction du salaire aux pièces avec un plus large éventail, l'octroi de plus grandes possibilités pour répartir et rationaliser le travail au niveau de
la production, renforcèrent la discipline capitaliste du temps de travail (7).
Il est important de noter qu'il y avait une importante raison à la « crise » de la production charbonnière du début des années 80 : près de 3 000 mineurs d'ethnie chinoise (Hoa) furent chassés des mines pendant le conflit sino-vietnamien de 1978-1979. Etiquetés saboteurs et espions, selon la rhétorique nationaliste du Parti-Etat, les mineurs les plus hautement qualifiés furent contraints de traverser la trontière avec la Chine. Ironiquement, ce furent ces mineurs d'ethnie chinoise qui avaient organisé la première grève dans les années 30. Il se révéla impossible de les remplacer. Le Ministère de l'Énergie et les compagnies minières d'état organisèrent des campagnes de recrutement dans la province voisine de Hai Hung et dans celles de Nghe Anh, Thanh Hoa et Thai Binh. Des drapeaux et des slogans poussèrent les paysans et les ouvriers à aller dans les mines de charbon de Quang Ninh en leur promettant l'exemption du service militaire. Les gens étaient encouragés à y aller avec leurs enfants, à construire leur maison et à rester. Mais en fin de compte, selon Huynh Thai, seulement une dizaine de milliers de personnes furent amenées aux mines et ceux qui étaient venus désertèrent après seulement dix jours (8). L'Union Nationale des Travailleurs de l'Énergie estima que plus de 20 000 désertèrent la mine dans les années
La lutte dans les mines de charbon devait connaître un changement significatif avec les réformes « expérimentales » dans es mines de Deo Nai et Mao Khe en 19801981, qui furent généralisées à toutes les mines d'état au milieu des années 80 (9). Cela débuta avec le directeur de la Compagnie Houillère Uong Bi qui imposa un système de « management contractuel » à la mine de Mao Khe, avec un salaire aux pièces à la place du salaire mensuel établi. Et juste alors que les mineurs augmentaient leur rendement pour rattraper leur ancien niveau de salaire, on réduisit de 15 % la rémunération pour une tonne de charbon. De ce fait les mineurs et leurs familles furent obligés de se livrer à l'agriculture et à d'autres jobs pour augmenter leurs revenus décroissants (10). En même temps, les revenus des directeurs et vice-directeurs augmentaient rapidement au sein des compagnies houillères d'État, atteignant de 4 à 6 fois le revenu total des travailleurs (11). Bien sûr cela ne fait référence qu'à leurs salaires officiels et ne comprend pas les « extra » accumulés à travers les opérations illégales des mines privées au sein des mines d'état.
Dans une autre mine d'État, la Compagnie Houillère Thong Nhat, le directeur introduisit des contrats individuels qui comprenaient chacun des quotas fixés avec amendes et sanctions s'ils n'étaient pas atteints. Avec ces nouveaux contrats chaque porteur ou trieur de charbon était payé au poids et les mineurs à la taille avaient une distance minimum à parcourir chaque mois. Par la suite, ces contrats furent renforcés, la direction annonça que « les abus pendant le temps de travail avaient été éliminés » en faisant référence non seulement à la grève perlée mais aux discussions et aux meetings — autrefois essentiels pour les stratégies mobilisatrices du Parti-Etat — qui ne devaient plus se tenir pendant les heures de travail (12).
En 1989, le pouvoir de facto des directeurs d'entreprises d'état dans toutes les industries fut reconnu par le Parti-État et avec la « mini-thérapie de choc » de ces années ils eurent le droit de réduire la force de travail au nombre nécessaire pour devenir profitable. Dans l'industrie minière les travailleurs résistèrent collectivement au licenciement de masse aboutissant à un compromis boiteux où ils conservaient leur travail mais n'étaient pas payés. Après 3 mois de travail gratuit les mineurs d'une des mines d'état de Ha Tu vendirent tout ce qui se trouvait sur le site (13). Dans l'une des mines les plus anciennes, gérée par la Compagnie Houillère Hong Gai, le directeur affirma que la rationalisation économique exigeait une réduction de la force de travail de 13 000 à 7 000, mais cela était impossible en raison du risque de protestation collective (14). La réponse des directeurs des compagnies houillères d'état fut de se retirer complètement de la production et de se concentrer sur les activités financières alors qu'ils achetaient le charbon aux « mines bandit » (tan to phi) illégales. Le « Capitalisme Bandit » et le Marché
Le « rush de l'or noir », fin 1989, vit l'afflux de 20 000 paysans et travailleurs agricoles des provinces voisines vers les « mines bandit » de Quang Ninh. Beaucoup cherchaient à échapper à la pauvreté et aux privations entraînées par l'écroulement des coopératives et des fermes d'état ainsi que par l'appropriation privée de leurs terres par les officiels locaux du Parti et de l'état. Le coût du travail dans les « mines bandit » ne correspondait qu'à une petite fraction du salaire du secteur minier étatique et les travailleurs devaient faire des journées de 12 à 16 heures sans aucune condition. Des centaines de mineurs y ont été tués dans des accidents chaque année. Selon Huynh Thai, les propriétaires de mine tentent d'éviter de payer pour recouvrir les corps et « dans certains cas, l'employeur fait creuser une fosse Mine de Quang Ninh exploitée à la main en 1994 sur place pour supprimer toute trace » (15).
La plupart des « mines bandit » que j'ai visitées étaient dirigées par des officiels locaux, des officiers de l'armée et des entrepreneurs capitalistes de Ha Long City et de Hong Gai. Il y avait de petits puits souterrains de seulement 5 ou 6 mètres de profondeur sans poutres de support. Les travailleurs étaient essentiellement des jeunes gens et des garçons des zones rurales qui vivaient dans des abris de fortune à côté de la fosse. Plus au nord se trouvent de plus grandes « mines bandit », employant des douzaines de mineurs qui travaillent avec des pics et des pioches dans des puits de 30 à 170 mètres de profondeur. Dans des conditions telles que pour Huynh Thai, le cinéaste Nguyen Khac Loi - qui avait réali8. Huynh Thai, Than lau (le charbon illégal), Van Nghe (littérature et arts), 19 septembre 1992. 9. Quang Ninh, 18 septembre 1984; 10 novembre 1984; Nhan Dan, 6 mars 1981. 10. Nguyen Hong, Mo than Mao Khe (la mine de charbon de Mao Khe), Quang Ninh, 18 septembre 1984. 11. Hong Quang, Thay gi qua mot cuoc kiem tra (que pouvons-nous apprendre d'une mesure ?), Lao Dong va Cong Doan (Travail et syndicat), juillet 1994. 12. Quang Ninh, 14 mars 1985; Nhan Dan, 10 avril 1987. 13. Minh Tam, Than phan nguoi tho mo (le destin des mineurs), Lao Dong va Ha Hoi (travail et société), 5-11 août 1994. 14. Minh Tam, Than phan nguoi tho mo (le destin des mineurs). 15. Huynh Thai, Than lau (le charbon illégal).
sé un film en 1985 sur les grèves de mineurs de 1936 contre les compagnies houillères françaises — n'aurait eu qu'à attendre quelques années de plus et il aurait eu un ensemble tout prêt pour son film. Il n'y aurait pas eu besoin de faire des extra et de recréer les conditions préindustrielles, ce qui était nécessaire à la veille du doi moi en
1985 (16). La violence extrême et l'exploitation qui régnaient dans les « mines bandit » sont décrites par To Ngoc Hien, un écrivain ocal qui se rendit sur une « colline avec des fosses à ciel ouvert où les mineurs se battent et tuent pour chaque pouce de ce qu'on
Mine de Hongay en 1964 appelle "la colline Him
Lam" ». Il y fut le témoin du raid d'une unité de police : « Je demeurai abasourdi par la dévastation du bassin de Dong Huy, avec la fumée remontant des tentes et des campements brûlés qui représentaient en fait la sueur et les efforts de milliers d'individus.
Dans l'un des camps l'escouade d'attaque confisqué 40 avait pains de dynamite, 10 kilos d'explosif,
15 lampes à huile, 5 bidons d'huile,
3 bocaux d'alcool, en même temps que 100 grammes de riz noir
(opium) et ... une prostituée ! Une fois que vous avez additionné et multiplié ces chiffres par le nombre de camps, avec 300 mines, 130 dirigeants,
16. ibid.
17. Lap lai trat tu trong khai thac va kinh doanh than (pour rétablir l'ordre dans l'exploitation du charbon et les affaires), Quang Ninh, 14 juillet
1994.
18. To Ngoc Hien, Lai noi ve than tho phi (à propos des «mines de charbon bandit•), Quang
Ninh, 17 et 19 mai 1994.
19. Huynh Thai, Than lau (le charbon illégal).
20. Do Hoang, Quang Ninh sap xer lai lao dong
(réorganisation de la force de travail à Quang
Ninh), Lao Dong Xa Hoi (travail et société), 27 octobre-2 novembre 1994 ; Lap lai trat tu trong khai thac va kinh doanh rthan (pour restaurer l'ordre dans les exploitations de charbon et les affaires), Quang Ninh, 14 juillet 1994
21. Hoang Tuan Duong, 50 nam-mot chang duong xay dung va chien dau cua tu ve vung than (50 années de construction et de luttes des milices des mines de charbon), Nang Luong
(revue de l'Energie), novembre 1994.
environ 100 négociants de charbon et 4 500 travailleurs exploités, imaginez-vous comment et combien de cartouches, d'explosif, d'huile et d'alcool, de riz noir et de prostituées sont entraînés dans ce gouffre chaque jour, chaque mois ? »
Naturellement, le raid n'est qu'une partie de la bataille pour le territoire depuis que la police économique est également impliquée dans les mines de charbon illégales (17). Comme To Ngoc Hien le remarque, le droit de propriété et le contrôle sont réglés par des luttes violentes entre bandits capitalistes : « Un puits de mine — à ciel ouvert — est passé entre les mains de cinq propriétaires qui n'avaient aucun papier ou certificat. Cela signifie que tous les propriétaires et possesseurs de puits sont cachés et que tout un chacun peut faire une transaction sur ce qui ne lui appartient pas. Ainsi pendant que du sang et des larmes sont versés dans les puits par ceux qui sont occupés à extraire le charbon, pendant que leurs corps sont traumatisés, leurs épaules et leur abdomen frappés par les pics et les leviers, des gangs de surveillants et de chefs arrivent pour proclamer leur contrôle des puits et s'emparer de cette affaire faite de sueur et de sang » (18).
Des images semblables sont rapportées par Huynh Thai, qui a écrit sur la littérature et les arts en pays minier. Ses commentaires sur la politique économique locale de transition relie les « mines de charbon bandit » aux officiels et managers d'état, aux élites locales et à de puissants intérêts à Hanoi. L'issue de cette transformation est inscrite dans la conclusion de Huynh Thai : « La vie et le travail du peuple sont écrasés par la nouvelle classe exploiteuse » (19). L'embourgeoisement des bureaucrates
Très clairement, cette nouvelle classe exploiteuse a émergé des rangs de l'appareil du Parti-Etat. Lorsque 18 méga-corporations étatiques ont été créées dans le secteur d'état en 1994, un nouveau conglomérat appartenant à l'état, Vinacoal, a été formé grâce à la fusion de la direction des 4 compagnies houillères étatiques, de la société d'exportation Coalimex et d'entreprises houillères locales. Bien qu'il ait été proclamé que Vinacoal rétablirait le contrôle de l'État sur l'industrie minière et mettrait fin aux «mines bandit » ce qui en fait arriva fut que Vinacoal se contenta de centraliser les achats de charbon aux « mines bandit » et encouragea leur expansion. La raison en était que presque tous les directeurs des compagnies minières d'état travaillaient avec les « mines bandit ».
Deux des plus grandes sociétés étatiques de Vinacoal, la Hong Gai Coal Company et la Quang Ninh Coal Company travaillaient avec 300 « mines bandit ». Cela permettait aux directeurs et à leurs alliés politiques locaux d'accumuler d'énormes richesses privées tout en continuant à abaisser le pouvoir collectif du secteur minier étatique dont la production dégringolait.
Alors que Vinacoal était prié par la direction centrale du Parti-État de doubler les exportations de charbon il n'employait que 10 000 des 70-90 000 travailleurs de cette industrie (20).
Profitant de ces réformes de marché, des officiers de haut rang à Quang Ninh étendirent leur activité aux « mines bandit ». Environ 7 000 soldats-travailleurs sont employés dans 20 mines dirigées par des unités de l'Armée du Peuple. Même les mines qui fonctionnaient avec le « Corps d'armée de la milice du charbon », constitué en 1968 pendant les bombardements américains massifs sur le Nord Viêt-nam, furent récupérées par des officiers de haut rang (21). En 1995 j'ai interrogé un général à Hong Gai sur l'exploitation des soldats de la milice comme main d'œuvre à bon marché et sur le taux élevé d'accidents et de sinistres provoqués par les pauvres conditions de travail des cinq mines sous son contrôle. Comme on pouvait le prévoir il pointa du doigt ses médailles puis une photo jaunie sur le mur qui représentait une batte-
rie antiaérienne et il répliqua : « Vous voyez ? Vous voyez ça ? Ce sont mes mines. Et je peux faire ce que je veux avec elles ». (Depuis lors, son activité d'affaires s'est étendue aux hôtels de luxe, aux restaurants, au commerce d'export-import et à la banque). Sa réponse résume la manière dont le pouvoir symbolique de la lutte anti-impérialiste dans le passé est utilisé par l'élite bureaucratique régnante pour accumuler des richesses privées dans le présent. Tandis que pour les travailleurs les « bonnes traditions révolutionnaires » signifient discipline industrielle et acceptation des ravages du marché.
To Ngoc Hien relie de façon explicite la violence et l'exploitation dans les « mines bandit » à l'imposition des forces du marché pendant la « rénovation » et il les considère comme étant la conséquence de la véritable logique du marché plutôt que comme une aberration :
« Les morceaux de charbon ne représentent plus seulement des larmes, de la sueur et un peu de pain mais de l'alcool et du riz noir, de la drogue et des prostituées. D'ailleurs, beaucoup de gens protestent contre l'appellation "mines de charbon bandit" arguant qu'elles résolvent les problèmes économiques de quelques organisations et unités (....) et que cela crée de l'emploi pour un grand nombre de chômeurs dans une société en train de passer d'un système centralisé de subventions à une économie de marché ».
En vérité, en dépit du chaos, du désordre et de la violence systémique impliquée, la nécessité du marché est devenue l'idéologle dominante au
Viêt-nam. Nguyen
Khac Hien, l'un des conseillers économiques de pointe de l'élite dirigeante, va plus loin en affirmant son caractère inévitable. « Le marché et l'économie de marché sont l'achèvement commun de la civilisation humaine
Le marché est apparu avant le capitalisme et continue à exister pendant et après le capitalisme » (22). Ceci, selon un autre leader économiste, Tran
Phuong, rend sans objet tout débat sur l'économie de marché. Toute tentative de discuter si le marché est « bon » ou « mauvais » est pur subjectivisme : « Le genre humain n'a pas le droit de choisir ce qui est préférable pour lui — l'économie de marché ou l'économie planifiée comme on choisit une chemise verte ou une chemise rose
Seules les conditions objectives économiques peuvent déterminer quel système leur est convenable. Cette nécessité objective explique pourquoi l'esclavage fut une fois une force motrice pour la société humaine en dépit de son inhumanité » (23).
Bien entendu, Tran Phuong n'hésite pas à envisager la possibilité que c'est précisément à cause de son inhumanité que l'esclavage a été renversé. En fait la nouvelle orthodoxie du marché libre en a entièrement terminé avec la notion d'exploitation. En légitimant le concept de « l'économie de marché à orientation socialiste », Le Huu Tang, vice-directeur du Centre vietnamien des sciences sociales et humaines, pose la question :
« Est-il possible d'arriver à la conclusion que la justice sociale a été sérieusement violentée, que le socialisme a été altéré ou que la société présente peut être divisée en deux classes opposées, une classe exploiteuse et une classe exploitée ? ». Sa réponse est que le socialisme n'a pas été altéré et que ses buts égalitaires ont été conservés.
Cette conclusion est basée sur la notion que « la polari-
Citroën 15 CV couleur or, télé. phone portable, le /51L-66-65 cadre vietnamien des années 90... Il n'y a • aucun signe de stratificafion de classe » ? sation entre les riches et les pauvres n'est pas un indice d'inéquité mais bien d'équité : ceux qui travaillent dur et bien gagnent le plus ; ceux qui travaillent de façon inefficace et sans résultats gagneront le. moins ». En outre, puisque la nouvelle richesse « n'est pas » le résultat de la propriété privée des moyens de production ou de l'exploitation du travail salarié, il n'y a « aucun signe de stratification de classe » (24).
Après une décennie de réformes, les grèves perlées et les désertions ont été annihilées par les impératifs du marché. Plutôt que déserter, des milliers de chômeurs et de travailleurs non payés dans les mines d'état retournent maintenant dans leur village Sous le nouveau régime coercitif du marché du travail capitaliste, le travail « meilleur marché » se dirige vers les mines à partir des villages et des villes affrontés au chômage massif. Comme Huynh Thai le remarque, il n'y a plus aucune campagne pour recruter des travailleurs pour la mine et, en l'absence de drapeaux et de slogans, des dizaines de milliers d'entre eux s'y rendent pour des salaires de famine. Le fait que les travailleurs migrants quémandent un travail à la mine signifie que les salaires sont très peu négociés (s'ils le sont). Et Huynh Thai de conclure : « C'est simple. Le travail est traité plus rapidement que toute autre marchandi22. Nguyen Khac Hien, On the market economy with socialist orientation, Vietnam Social Sciences, n° 3 (53), 1996, 23. Tran Phuong, Nhung van de kinh te cua thoi dai : Kinh te thi truong vi sao thang te ? (perspectives économiques de l'époque : pourquoi l'économie de marché a-t-elle pris de l'ascendance ?), Thoi Bao Kinh Te Viet Nam (les heures économiques du Vietnam) n° 13, 31 mars- 6 avril 24. Le Huu Tang, Polarization between rich and the poor and social equality, Vietnam Social Science, 4 (42), 1994. 25. Huynh Thai, Than lau (le charbon illégal).