Inprecor 1974–2004

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ESPAGNE

Accord PSOE-IU : la fin d'un cycle politique ?

· Inprecor n° 445, mars 2000 · p. 11-14 · 4 233 mots

État espagnol Euskadi

Par Jaime Pastor* a victoire du principal parti de droite, le

, Partido Popular (Parti Populaire, PP), aux élections de mars 1996, a ouvert un nouveau cycle politique après douze ans de gouvernement dirigé par le leader du Partido Socialista Obrero de España (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, PSOE), Felipe González. Cette nouvelle ère pourrait s'achever le 12 mars prochain (1), si l'alliance conclue entre les deux forces politiques nationales de gauche conquiert la majorité parlementaire.

Pour comprendre le contexte dans lequel se déroulent ces élections, il faut se rappeler que durant ces quatre années, le panorama politique et social a été l'objet d'une série de changements qu'il convient de mettre en relief. On peut mentionner, comme résumé de l'action du gouvernement de droite, le bilan que tirait la direction fédérale de Izquierda Unida (Gauche Unie, IU) en juillet 1999 : « Premièrement, l'arrivée au pouvoir du PP avec une majorité relative (qui l'a obligé à passer des accords avec les partis nationalistes de droite Convergencia i Unió, le Partido Nacionalista Vasco et la Coalición Canaria) ne l'a pas empêché de continuer à jouir d'un important soutien social et électoral. La stabilité politique de son gouvernement n'a pas été seulement due au maintien de ses appuis parlementaires. Il a aussi tiré profit d'une conjoncture favorable à la croissance économique, dans le cadre de la flexibilisation des critères de convergence monétaire et d'une faible mobilisation sociale.

La politique de privatisations intensives, comme celles du secteur électrique, des télécommunications, du secteur énergétique, etc., a contribué à un saut qualitatif dans l'intégration de l'économie espagnole à l'économie européenne et à son internationalisation. De même, les subventions et les exonérations fiscales aux entreprises et le nouvel élan donné à la flexibilisation du marché du travail ont concouru, dans ce contexte, à améliorer les grands équilibres économiques et à dynamiser le marché du travail : diminution des chiffres du chômage, aug-

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mentation importante des contrats à durée déterminée (la plupart à travers les entreprises de travail intérimaire), et mobilité accrue dans les postes créés. Ces facteurs ont accentué le processus de concentration économique et communicationnel et renforcé l'aggravation des inégalités sociales et territoriales.

En outre, il faut signaler l'évidente dégradation des services publics (notamment la santé, l'enseignement et les transports publics) au profit du secteur privé, sans compter la privatisation de la gestion de nombre de ces services. Ceci explique le malaise et l'inquiétude qui existent chez leurs travailleurs, spécialement dans l'enseignement et la santé. Beaucoup d'entre eux vivent la politique sanitaire et scolaire du PP comme un retour en arrière ou une contre-réforme par rapport à la situation de la décennie précédente. Cette politique éducative a pour objectif de produire un changement substantiel à l'Université, en proposant un modèle fondé sur l'inégalité d'accès et de conditions d'enseignement en fonction des revenus. La bataille de la hiérarchie catholique, de connivence avec le PP, pour imposer la religion comme matière scolaire, est un élément en plus de l'offensive conservatrice pour le contrôle de l'éducation et pour maintenir une position de domination culturelle et sociale. La droite politique, au cours de cette période, s'est distinguée par la promotion d'une culture plus individualiste, compétitive et dévalorisante du "public".

De nombreux éléments peuvent être évalués comme des preuves manifestes d'un exercice autoritaire du pouvoir : une politique pénitentiaire et d'immigration dénoncée constamment par plusieurs organismes de défense des droits de l'homme, la criminalisation des propositions de sortie dialoguée du conflit basque, la participation à la guerre des Balkans en se jouant du Parlement, l'obstruction faite à la création de commissions d'investigation pour ces faits, les charges policières brutales contre les étudiants et les squatters, les attitudes sectaires et partiales du ministère public et des membres du Conseil général du Pouvoir judiciaire et des organes constitutionnels liés au gouvernement...

Il est intéressant de noter, dans ce contexte, que l'appui social et électoral dû à la relative stabilisation économique et fortifié par la mise en avant de valeurs conservatrices ne s'est traduit que par une consolidation relative du pouvoir du PP en termes politiques. Cela peut être constaté non seulement à travers le résultat des élections (européennes, municipales et régionales du 13 juin 1999), mais aussi par la récente constitution dans des villes de conseils municipaux de gauche. »

Cette évaluation critique du gouvernement du PP vise à reconnaître les changements survenus à partir du nouveau cycle ouvert en mars 1996, en distinguant les éléments de continuité, d'approfondissement et de rupture entre la période de Felipe González et celle de José María Aznar. Cela permet de dépasser les visions simplistes entretenues par la direction de IU soulignant les traits communs (importants, sans aucun doute) entre les périodes de gouvernement du PSOE et du PP, afin de justifier une "théo* Jaime Pastor est membre du courant Espacio Alternativo et de la présidence fédérale de Izquierda Unida. 1. Le 12 mars auront lieu les élections législatives au niveau national et les élections régionales en Andalousie.

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rie des deux rives", selon laquelle les deux grands partis campaient sur l'une et IU seule défendait l'autre, "théorie" qui rendait impossible quelque forme d'unité que ce soit avec le parti socialiste.

De juillet à aujourd'hui, la politique du PP a continué à favoriser un processus de concentration du capital et de fusions entre les principaux groupes économiques, tout en poursuivant les processus de privatisation de grandes entreprises publiques comme Telefónica (téléphone), Iberia (aviation), Repsol (pétrole), Tabacalera (tabac) et autres. Parallèlement, et en s'abritant sous une conjoncture économique favorable qui se prolonge (le taux de croissance est plus haut que la moyenne de l'Union Européenne : 3,7 % contre 2 %), le taux de chômage officiel a continué à baisser jusqu'à une date récente (en janvier il a cessé de diminuer, se situant désormais à 10 % selon l'Institut national pour l'emploi, alors qu'une "Étude sur la population active" donne le chiffre de 15,5 %), sur la base de l'encouragement au temps partiel et à l'emploi précaire. Par ailleurs, le gouvernement a développé une véritable contre-réforme fiscale, à travers la réforme régressive de l'impôt sur le revenu. Il a annoncé pour cette année une réduction des dépenses sociales, touchant notamment aux allocations chômage, qui se situent très en deçà de la moyenne de l'Union Européenne.

Si dans le domaine macro-économique le PP semble avoir contenté certains secteurs, il n'en est pas de même sur d'autres plans, spécialement en ce qui concerne le conflit basque. Du bilan de 14 mois de trêve de ETA, il résulte que le gouvernement a de nouveau misé sur un règlement policier du conflit, en renforçant un discours nationaliste espagnol excluant, duquel s'est démarquée la direction d'un PSOE de plus en plus sujet à une pression fédéraliste dans ses propres rangs. Aujourd'hui, la perspective d'un retour à la violence préoccupe le patronat basque et même la haute finance, qui craignent que l'instabilité politique éloigne les velléités d'investissement dans une région qui semble s'être remise du processus 2. Les directions des deux principaux syndicats, les CCOO (Commissions ouvrières) et l'UGT (Union Générale des Travailleurs) peuvent être tenus largement pour responsables de cette démobilisation sociale. 3. Cf. J. Pastor, Y a-t-il une issue à la crise de la Gauche Unie ?, Inprecor n°437/438 de juilletaoût 1999. 4. Izquierda Unida a perdu aux élections européennes 51 % de voix par rapport à 1994, aux régionales 51 % par rapport à 1995, et aux municipales 46 % en comparaison à 1995.

de désindustrialisation récent. Cela revêt une importance particulière dans un contexte où le Partido Nacionalista Vasco (Parti Nationaliste Basque, PNV), qui soutenait le PP, lui a retiré son appui face à l'intransigeance belliqueuse de Aznar à l'encontre de l'exigence de la majorité de la société basque de se voir reconnaître le droit à décider de son avenir. Cette rupture a aussi affecté indirectement le parti majoritaire en Catalogne, Convergencia i Unió (Convergence et Union, CiU), allié du PNV, avec qui (en compagnie du Bloque Nacionalista Galego) il a réaffirmé la nécessaire reconnaissance de la réalité plurinationale de l'État espagnol et l'indispensable évolution vers un nouveau modèle de relations dans le cadre de l'Union Européenne.

A cela il faudrait ajouter les actions impopulaires du gouvernement, comme son attitude d'obstruction constante dans l'affaire Pinochet. Récemment, la passivité de la police face à la poussée de violence raciste d'El Ejido, en Andalousie, de même que le retour en force de l'extrême-droite, ont confirmé la xénophobie latente dans ses propres rangs. En résumé, malgré son démarquage par rapport à son homologue autrichien et sa volonté d'occuper le "centre" politique, la droite espagnole n'a toujours pas réussi à se libérer de l'héritage culturel et politique qu'elle tient de la vieille génération fondatrice du parti, issue du franquisme. Un pacte de "centre-gauche"

Dans le cadre de cette dérive politique et culturelle droitière et d'une démobilisation sociale notoire (2), dont la stratégie du moindre mal s'est traduite dans des pactes avec le PP et par une détérioration graduelle du rapport de forces, comme à travers les élections de juin 1999, les deux principaux partis de gauche ont initié une réorientation politique qui puisse leur permettre d'aborder dans de meilleures conditions les élections du 12 mars 2000.

Pour ce qui est de IU (3), le recul électoral subi (4) l'a amenée à enclencher un processus de rectification de sa tactique envers le PSOE. Ainsi, début juillet, la direction fédérale de IU a décidé d'aboutir à un pacte à l'échelle nationale avec le PSOE pour former des conseils municipaux communs, même là où celui-ci a la majorité absolue. Aux Baléares, la décision de faire partie d'un gouvernement régional de "gauche plurielle" dirigé par le PSOE, et dans lequel participent aussi les Verts et un parti régionaliste du "centre", a été acceptée. Un virage est en train d'être pris quant à la tactique approuvée en 1995 qui permit la formation d'exécutifs locaux du PP dans des villes importantes et aux Asturies à cause du refus de IU de s'allier au PSOE.

Cependant, et malgré le fait que depuis cette date des dirigeants de IU au niveau fédéral (dont Julio Anguita) faisaient périodiquement des offres à la direction du PSOE pour élaborer une déclaration commune selon le "modèle français", Joaquín Almunia, le secrétaire général du parti socialiste, continuait à maintenir un discours et une pratique plus proche du "blairisme" et clairement destinée à l'électorat "centriste". En même temps, les dirigeants socialistes marginalisaient les secteurs critiques proches de positions semblables à celles d'Oskar Lafontaine en Allemagne

Mais en ce début d'année le processus de rapprochement entre les deux partis s'est accéléré. En premier lieu, il faut mentionner le calcul électoral de la direction du PSOE, convaincue que pour accéder de nouveau au gouvernement, il fallait formaliser une alliance avec des forces de gauche au niveau national ou régional, en essayant ainsi de mettre au second plan les accords parlementaires avec des forces nationalistes de droite comme CiU en Catalogne. Ceci l'a amenée à soutenir des initiatives comme celle du socialiste catalan Maragall, à l'origine d'un accord pour le Sénat avec la force nationaliste Esquerra Republicana de Catalunya (Gauche Républicaine de Catalogne, ERC) et avec Iniciativa per Catalunya (Initiative pour la Catalogne, organisation exclue de IU), et à entamer un dialogue avec IU. En second lieu, après le nouveau recul électoral en Catalogne en juin 1999, il faut signaler la tendance à la modération politique de la

Joaquin Almunia, secrétaire général du PSOE part de IU fédérale, qui se reflète dans sa volonté de rééditer l'exemple des Baléares et dans sa disposition à reléguer au second plan des aspects-clés de son programme, comme l'attitude envers l'Union Européenne ou la défense du droit à l'autodétermination

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des peuples. Ce dernier élément se vérifie clairement à travers la pression que IU fait peser sur son organisation basque, Ezker Batua, pour qu'elle sorte du Forum de Lizarra-Garazi, décision qui a finalement été prise après la rupture de la trêve de ETA et son nouvel attentat mortel. En troisième lieu, il faut souligner le moindre rôle que jouent désormais sur la scène publique Felipe González, d'abord, et plus récemment Julio Anguita (5), considérés l'un comme l'autre comme des obstacles symboliques importants pour un rapprochement entre les deux formations. Enfin, et ce n'est pas le moins important, il convient de rappeler la situation de banqueroute financière de IU après les élections de juin 1999 et la crainte d'une chute électorale qui la laisserait en dessous des 5 % de voix, sans pouvoir former de groupe parlementaire et sans ressources économiques.

C'est ainsi que le 24 janvier dernier, à partir de la proposition faite par Almunia, les nécessités électorales des uns et des autres ont convergé et ont permis l'ouverture d'un processus qui en moins de dix jours s'est concrétisé dans un accord programmatique de gouvernement. Son contenu (6), selon le jugement que lui porte Espacio Alternativo, entre en contradiction flagrante avec des éléments centraux de ce qui a été la politique de IU ces derniers temps. Je me limiterai à souligner ici les points qui justifient ce jugement négatif.

Premièrement, le document estime que le gouvernement qui sera formé le 12 mars, si le PSOE et IU rassemblent une majorité de députés, devra accepter le « maintien des engagements internationaux en matière de sécurité et de défense ». Cela implique que ce gouvernement ne pourra remettre en question, pendant les quatre années de législature, aucune des décisions adoptées par des organismes, comme l'OTAN, qui président à son engagement dans le domaine international. C'est une question particulièrement grave si l'on prend en compte deux éléments : primo, que IU est née en grande partie comme expression politique du large mouvement qui s'est développé, dans les années 80, en faveur de la sortie de l'Etat espagnol de cette organisation militaire ; secundo, que la récente intervention militaire de l'OTAN dans les Balkans et le « nouveau concept stratégique » de Washington ont été appuyés par le PSOE. Il n'est donc pas exclu que pendant cette période de quatre ans, le nouveau gouvernement soit amené à s'impliquer dans des opérations « humano-militaires » à l'étranger.

Deuxièmement, le point qui traite de la « lutte contre le terrorisme » constitue une régression grave de la part de IU quant à son évolution ces dernières années. Elle appuie désormais sans nuance aucune la voie policière comme mode de résolution du conflit basque et se limite à vouloir ressusciter un pacte défunt comme celui de Ajuria Enea (7). Ce paragraphe a été accepté par la délégation de IU bien qu'elle ait eu conscience de l'impossibilité pour Ezker Batua d'en approuver les termes, non seulement à cause de la référence exclusive à la « voie policière » et au pacte d'Ajuria Enea, mais aussi parce qu'il n'y avait aucune allusion à la volonté d'une sortie dialoguée du conflit basque et à la nécessité de créer une nouvelle "table ronde" des partis politiques sans exclusive.

Troisièmement, l'accord affirme, au sujet de la politique économique, le « maintien des engagements en matière budgétaire dans le cadre de l'Union Économique et monétaire », engagements qui ont précisément été critiqués par IU à maintes reprises, car ils restreignent énormément la marge de manœuvre des gouvernements de l'UE pour une politique "progressiste" dans le domaine social. Si à cela nous ajoutons qu'aucune promesse d'arrêt des privatisations passées ou en cours ne figure au programme, mais seulement « l'analyse des conséquences des processus de privatisation des entreprises publiques et [la] projection du futur Secteur Public entrepreneurial », on peut se rendre 5. Julio Anguita est passé au second plan en décembre après avoir été victime d'un infarctus, mais il reste Coordinateur général de IU. Le 19 décembre, Francisco Frutos, Secrétaire général du Parti communiste espagnol et membre de la Coordination collégiale de IU, l'a remplacé comme candidat à la présidence du gouvernement. 6. Nous publions de larges extraits de cet accord programmatique en p. 15 7. Le Pacte de Ajuria Enea est un accord signé en 1989 entre tous les partis "démocratiques" incluant le PP mais excluant Herri Batasuna, qui avait comme objectif de créer une polarisation du type "démocrates contre violents" escamotant les racines politiques du conflit. Depuis deux compte du manque d'audace manifeste des signataires.

Quatrièmement, il est certain que le document projette « l'adoption de mesures légales et réglementaires pour atteindre la réduction de la durée du travail à 35 heures avec objectif de création d'emplois, dans le cadre de la concertation sociale ». Mais l'ambiguïté du contenu (quid du maintien des salaires et du temps de travail hebdomadaire ?) et de la méthode (par voie législative et/ou de la négociation avec le patronat)

laisse une marge de manœuvre considérable au PSOE pour dévaluer cet objectif.

Une revendication aussi populaire dans la jeunesse que celle de la suppression des entreprises de travail temporaire a même été passée sous silence au profit d'une simple « révision en profondeur » du règlement de ces entreprises.

Cinquièmement, dans le chapitre consacré à l'environnement, les mesures proposées, loin d'être ambitieuses, se limitent à proposer la fermeture de deux centrales nucléaires et à des objectifs très généraux, qui de plus entrent en contradiction avec le pari d'une croissance économique effrénée.

Sixièmement, la solidarité avec les pays pauvres est quasiment absente, et se limite à un engagement à augmenter l'aide officielle au développement à hauteur de 0,35 % du PIB d'ici à 2002, avec la perspective d'atteindre 0,7 % avant la fin de la législature. De l'alternative à l'alternance

Présenter comme des victoires les 35 heures, l'augmentation relativement modeste des allocations, des retraites et des minima sociaux, le démarquage limité par rapport à la politique fiscale du PP, l'élargissement de la loi concernant l'avortement, la réforme de la loi électorale dans le sens d'une plus grande proportionnalité ou le pas en avant vers un Etat fédéral (sans même mentionner le caractère plurinational de l'Éans, il ne se réunit pratiquement plus. La décision de sortir du Forum de Lizarra (Inprecor n°439/440 de septembre-octobre 1999 a présenté un bilan de la première année d'activité de ce Forum) a été prise par la présidence fédérale de IU immédiatement après la rupture de la trêve par ETA, mais n'a pas été acceptée par la direction de Ezker Batua. Finalement, à travers des pressions constantes de la direction fédérale du Parti communiste d'Euskadi, le Conseil politique d'Ezker Batua a décidé à la majorité, le 26 janvier, de sortir du Forum de Lizarra. Nos camarades de Ekaitza-Espacio Alternativo ont présenté au cours de ce Conseil une motion en faveur de la permanence dans ce Forum qui a obtenu 27 % des voix, que nous publions p. 18.

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tat espagnol), c'est vouloir faire croire que cet accord a été le fruit d'un compromis. Or il n'en est rien. Sur le fond, c'est IU qui s'est placé dans le cadre d'un programme que l'on pourrait qualifier de "centre-gauche", si on considère l'acceptation des contraintes internationales imposées par le néolibéralisme tant sur le terrain économique et social que politique et militaire. Il ne sert à rien de présenter comme un alibi de ces concessions le préambule de l'accord, dans lequel sont rappelées les divergences entre les deux organisations quant à la question de l'OTAN ou au Pacte de Stabilité, si après l'on accepte de passer pour pertes et profits l'essentiel de son programme. Ce n'est pas un hasard si Almunia conteste avec vigueur la caractérisation de "radical" de ce programme : « quiconque lit le contenu du programme peut voir qu'il n'y a pas le moindre risque, la moindre lueur de radicalisation. Ce qui a eu lieu, c'est un rapprochement de IU vers une culture de gouvernement en vue de contribuer à un cabinet de progrès. Ceci est une bonne chose, y compris pour le système démocratique dans son ensemble » (8).

Si Almunia a finalement retiré son exigence initiale de voir IU se retirer des élections au Congrès dans plusieurs régions au profit du PSOE, cette concession a été faite en échange d'une capitulation complète sur le programme, après que IU ait passé des années à insister sur les divergences irréconciliables qui existaient sur le terrain d'un accord avec le PSOE. En passant en peu de temps du sectarisme à la soumission au parti socialiste, une profonde crise d'identité a été ouverte dans IU, qui se manifestera franchement à travers le vote, le 12 mars, mais qui déjà a provoqué la confusion et la démoralisation dans des secteurs importants. Le malaise est aussi apparu à cause des méthodes employées par la direction fédérale de IU, l'accord n'ayant pas été soumis à la discussion et à l'approbation de l'organe de décision ultime entre les congrès, le Conseil politique fédéral, à la différence du PSOE qui, lui, l'a présenté à son Comité fédéral qui l'a adopté à l'unanimité.

Mais il est évident qu'au-delà de l'accord lui-même, une majorité de gens de gauche va considérer par-dessus tout le déblocage des relations entre les deux partis de gauche et l'espoir qu'il ouvre de pouvoir mettre en déroute le PP qui, lui, a ressuscité son discours anticommuniste et craint désormais la 8. El País du 6 février 2000. 9. Cf. J. Pastor, La crisis de IU : ¿Retorno al partido convencional de viejo tipo? (La crise de IU : retour au parti "à l'ancienne" ?), Viento Sur, n° 33, juillet 1997.

bataille électorale. Cependant, de notre point de vue, on aurait pu répondre à ces espoirs de changement par un accord qui se serait limité à un programme n'incluant pas les concessions graves faites par IU. Il est très probable que dans ces conditions le PSOE n'aurait pas accepté un programme de gouvernement commun, et IU aurait alors dû se contenter d'un accord de soutien à l'investiture du candidat le mieux placé

Nous avons vu comment en peu de temps IU est passée de la diabolisation des courants proposant quelque type d'accord que ce soit avec le parti socialiste (attitude qui s'est soldée par des expulsions et des ruptures dans un passé récent) à la recherche d'un accord à tout prix. Cela vaut la peine d'indiquer qu'au cours du processus de négociation, les représentants de IU sont allés jusqu'à proposer aux socialistes, avant la conclusion de l'accord programmatique, une coalition électorale à échelle nationale comme réponse à la demande du PSOE que IU se retire de plusieurs régions où le parti socialiste pourrait obtenir de nouveaux députés. Cela confirme, malheureusement, ce que nous écrivions il y a deux ans : « au nom de la lutte contre les "sous-marins" du PSOE, on a reconstruit un projet néo-social-démocrate pour ce qui est du politique (avec la défense d'un État-Providence national comme principale référence stratégique) ainsi que néo-centraliste et "homogénéisateur" pour ce qui est de l'organisation, ce qui pourrait conduire au paradoxe de l'expulsion du Parti Démocratique de la Nouvelle Gauche (Partido Démocrático de la Nueva Izquierda, PDNI, qui a finalement été expulsé de IU en septembre 1997] afin qu'un autre secteur de U occupe cet espace.... » (9). Le plus préocupant est que ce nouveau secteur ait réussi, en dix jours de négociations, à être majoritaire sans de fortes résistances.

Il n'est pas facile, pour le moment, de mesurer les effets que va produire le pacte entre les deux forces de gauche sur une partie de l'électorat, particulièrement celui des abstentionnistes de gauche. D'un côté, les sentiments anti-PP et d'unité contre la droite peuvent contribuer à une meilleure participation et à un accroissement du soutien à la gauche. De l'autre, le fait que ces élections se passent dans un contexte de démobilisation sociale et avec un programme pauvre, ne permet pas d'alimenter de grands espoirs d'un bouleversement électoral et d'une victoire claire de la gauche. Le plus probable est que le rôle des partis nationalistes de droite comme de gauche (mis à part Euskal Herritarrok, qui défend l'abstention et qui ne soutiendra dans aucun cas et de quelque maniere que ce soit un gouvernement "espagnol") continueront à être la clé pour la formation d'une nouvelle majorité parlementaire et d'un nouveau gouvernement.

Pour ce qui est de IU, les récents sondages électoraux annoncent une récupération (de 6,5 % à 7,8 %), qui permet plus d'escompter un ralentissement de la tendance à la dégringolade qu'une remontée notable. Dans ces conditions, les dilemmes auxquels sera confrontée IU dépendront plus

José Maria

Aznar 2Aи...

(dessin de

Szlakmann) du résultat du PSOE et de sa capacité à former un gouvernement soit avec IU seule soit avec d'autres formations politiques. Le scénario ne sera sans doute pas le même avec un gouvernement des gauches, y compris avec un programme très modéré, et avec un nouveau gouvernement des droites ; l'espace que pourra occuper IU ne sera pas non plus le même. Dans tous les cas, beaucoup craignent que l'évolution vers le "réalisme politique" de la direction actuelle de IU ne se renforce et que son profil anticapitaliste (y compris les traits "communistes" classiques qu'elle avait jusqu'à présent) ne s'efface complètement. Mais tout cela ne se produira pas sans un intense débat interne et sans différenciations politiques en son sein qui obligeront Espacio Alternativo à reformuler sa tactique, en cherchant à la convergence dans et hors IU avec les secteurs qui continuent à promouvoir une gauche d'opposition et d'alternative, face à l'adaptation au social-libéralisme qui semble s'imposer dans l'actuelle direction fédérale. Notre réseau de collectifs se prépare d'ores et déjà à cette perspective, en organisant sa deuxième Rencontre confédérale, qui aura lieu avant l'été.

Madrid, 10 février 2000

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