De notre correspondant José Ramon Castaños Troglo* la suite de la rupture de la trêve militaire par ETA, les organisations partie prenante de ce "pacte" 4ème déclaration, le 11 février, que nous reproduisons. Quelques jours après, un nouvel attentat d'ETA a de nouveau bouleversé la situation politique au Pays Basque et fait éclaté le Forum de Lizarra. Nationalisme espagnol et diabolisation de la gauche basque
Plus d'un mois est passé depuis l'assassinat par ETA du lieutenat-colonel de l'armée espagnole Pedro Antonio García Blanco et la manifestation de 100 000 personnes qui a parcouru les rues de Bilbao pour demander simultanément le retour à la trêve militaire, la libération des prisonniers politiques et le retour du gouvernement espagnol à la table des négociations politiques avec ETA. Mais plus personne ne semble écouter aujourd'hui ce message majoritaire du peuple basque. ETA a mis à exécution sa menace de rupture de la trêve en mettant fin, au moins temporairement, aux attentes créées pendant les 18 mois de cessez-le-feu. A l'opposé, on assiste à une radicalisation sans précédent du nationalisme espagnol, qui est en train de créer un climat de crispation politique insupportable dans la société basque Ce qui frappe, c'est l'absence totale de fissures entre la droite et la gauche, entre les syndicats et le patronat dans cette "union sacrée nationaliste". L'unité d'action entre le Parti socialiste (PSOE) et Gauche Unie (IU), le Parti Populaire (PP) et la Conférence épiscopale espagnole, les associations patronales et les syndicats CCOO et UGT, a été totale dans la grande manifestation contre la violence, à Madrid, fin janvier. Le plus choquant, dans ce nouveau "front national", c'est que son affirmation nationaliste espagnol passe par la criminalisation du nationalisme basque et de ses aspirations légitimes à la souveraineté politique.
Une gifle à la ra
L'apparition de ce phénomène de "haine nationale" a été si forte qu'au cours des manifestations réalisées par ce "front" en Euskadi, les vieux cris de guerre du franquisme ("Mort aux Basques") sont réapparus. Certains demandent aussi que l'armée espagnole rétablisse l'Etat de droit au Pays Basque... Sans aller aussi loin dans l'usage de la force, le programme de gouvernement que propose l'alliance électorale PSOE-IU ne dévie pas d'un millimètre de la légalité constitutionnelle et de la voie policière. On identifie désormais la gauche basque (Euskal Herritarrok) au FPÖ de Haider en Autriche... L'idée de tolérance appartient à la légalité
EUSKAL PRES
HERRIRA
E US KAL constitutionnelle, alors que l'affirmation d'une différenciation basque est assimilée à l'idée de "nettoyage ethnique"... Comme conséquence de cette énorme pression médiatique, plusieurs partis politiques ont achevé de perdre leur dignité. C'est le cas de IU, qui a obligé sa section basque à rompre avec le pacte de Lizarra. La 4° Déclaration de Lizarra
Dans un contexte politique si crispé, la Quatrième Déclaration de Lizarra acquérait une importance aussi décisive que sa déclaration constitutive, et ceci pour quatre raisons: 1. La capacité des organisations de ce pacte à ne perdre leur sang-froid à aucun moment. Son sens de la responsabilité historique avait ison amené le Forum de Lizarra à conserver l'unité comme le capital politique le plus précieux que possédait la société basque. 2. La fermeté de la bourgeoisie nationaliste (le Parti Nationaliste Basque, PNV) dans le maintien des alliances politiques et des engagements, malgré les difficultés occasionées par la rupture de la trêve par ETA. 3. La confiance dans le peuple basque, dans sa capacité de résistance et de mobilisation sociale pour obliger l'Etat à s'asseoir et négocier. 4. Le démarquage public de Herri Batasuna (HB) concernant l'activité armée d'ETA. La critique de la violence faite dans ce document constituait une OAK nouveauté sans précédent dans l'histoire des relations entre l'organisation militaire et les organisations politiques de la gauche nationaliste basque. Tout paraissait indiquer que la promesse faite par Euskal Herritarrok au moment de sa constitution (septembre 1998) de promouvoir un processus de refondation de la gauche basque, paraissait se confirmer, au moment le plus critique des relations entre organisations militaire et politique. Une nouvelle donne
L'assassinat de Fernando Buesa, porte-parole socialiste au Parlement basque, le 22 février, a déchaîné à tel point la haine et les passions politiques, qu'il paraît difficile de garder son calme au milieu de la tourmente Ce qui est certain, c'est que rien ne pouvait laisser supposer que ce serait la propre ETA qui saboterait ce processus de refondation * José Ramón Castaños "Troglo" représente la Charte des droits sociaux (GOGOA) au sein du pacte de Lizarra.
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À
politique et l'ouverture de ce nouveau cycle historique débarrassé de la violence politique.
Nous ne savons pas quelles sont les intentions d'ETA. Certains disent que la rupture de la trêve est une rupture tactique pour revenir de nouveau au cessez-le-feu. D'autres pensent que nous sommes en présence d'un changement de stratégie politique qui cherche à substituer la "conquête impossible" d'une majorité sociale avec des méthodes démocratiques par la résistance armée dans une perspective d'accumulation des forces sur le long terme. Quoi qu'on en pense, l'activité d'ETA peut se mesurer à ses résultats, et ceux-ci sont visibles par tous. La première chose qu'a réussie à faire ETA, a été de mobiliser la majorité de la société basque contre elle. Il s'agit sans aucun doute d'un suicide politique, qui est d'autant moins compréhensible qu'il détruit brutalement les progrès réalisés au cours des 18 mois de trêve. Les revendications de souveraineté politique avait conquis une légitimation sociale comme jamais jusqu'à présent, et cela a été perdu à cause de la répulsion morale partagée par la majorité face à l'assassinat politique comme moyen de détendre une idée légitime. Ainsi, la rupture de la trêve rend désormais impossible l'alliance démocratique de Lizarra. Il est possible que le PNV ne revienne pas aux vieilles alliances des pactes antiterroristes, mais il ne reviendra pas non plus dans le Forum de Lizarra si ETA n'offre pas de garanties de dissolution. Ni les syndicats basques, ni les mouvements sociaux non plus reviendront dans Lizarra si la lutte armée se poursuit. Ils ont réaffirmé qu'ETA était désormais de trop, qu'elle est un obstacle processus au politique conquête de la souveraineté nationale, et que le meilleur service qu'elle puisse rendre à la cause du peuple basque, c'est décider librement de son autodissolution. La conséquence inévitable de cet attentat est la perte de la "raison pratique", car on ne peut réclamer le respect de la décision des
Basques lorsqu'ils revendiquent le droit à l'autodétermination et leur dénier ce respect quand ils demandent la fin de la violence et des attentats terroristes
La critique des armes
La mémoire historique nous dit que dans les quinze dernières années ETA a à chaque fois résolu ses crises politiques de la même manière : en mettant un mort (ou plusieurs)
sur la table, en obligeant ainsi les organisa-
tions civiles de la gauche basque à choisir entre elle et le chaos, entre la fidélité et la trahison, entre la critique et la dénonciation. L'autocritique sur le précédent de HASI (parti politique dissout par ETA en raison de ses critiques à la ligne des attentats "aveugles" à la voiture piégée) nous faisait raisonnablement penser que cette fois-ci, les choses se dérouleraient autrement. Cette hypothèse était renforcée par les résolutions adoptées par la récente Assemblée de HB, favorables à l'engage-. ment d'un processus de refondation générale de la gauche basque, mais aussi par les promesses faites par les dirigeants politiques de s'éloigner de la lutte armée, ou par les déclarations solennelles signées dans le Forum de Lizarra. Tout le monde espérait une distanciation critique des dirigeants de HB, mais ceux-ci ne condamnèrent pas l'attentat. Les naifs feront remarquer que pour une fois ils ne firent pas l'apologie de la violence comme par le passé, ce qui est vrai, mais c'est une triste consolation, car ce silence est lourd de responsabilités jetées au caniveau, frustrant ainsi les espoirs d'une gauche qui promettait de se rénover. Ceux qui se dépêchent de fermer prématurément la porte de la rénovation dans HB se trompent aussi, car le conflit de direction entre l'organisation militaire (ETA) et les organisations civiles de la gauche nationaliste ne s'est pas encore conclu par la victoire d'une des deux parties. Contrairement à hier, l'opposition du syndicat LAB (l'organisation la plus solide de la gauche nationaliste) à la lutte armée est désormais publique, de même qu'est notoire la défiance de l'électorat et de la base militante de la gauche nationaliste. Ces évolutions critiques demandent du temps pour arriver à maturation, ainsi que d'être nourries par des groupes et des individus qui accompagnent cette réflexion critique depuis l'intérieur.
Au lieu de cela, nos camarades navarrais de Batzarre (groupe politique créé à l'instigation de Zutik, organisation dont les militants de la IVe Internationale au Pays Basque sont membres) ont prétéré abandonner Euskal Herritarrok jusqu'à ce que cesse la lutte armée. Nous respectons ce choix car il est d'un certain point de vue raisonnable, mais on peut se demander s'il n'aurait pas été plus constructif d'affirmer publiquement une opinion critique sur la violence sans pour autant rompre l'unité et l'engagement pour la construction d'une gauche basque réunifiée et rénovée. Nul doute que la refondation de cette gauche basque obligera à une rénovation du discours et à une critique de la lutte armée, mais la réalité impose de séparer les organisations civiles de l'organisation militaire. Ce n'est pas avec ETA, mais avec HB que nous nous sommes engagés à construire gauche nouvelle.
une
L'abandon des armes facilitera les choses, car il permettra de concilier la fin et les moyens, le droit et la raison pratique.
Mais si cela n'arrive pas, l'unité de la gauche basque peut tout de même s'ouvrir un chemin, aux seules conditions d'une critique des armes de la part d'Euskal
Herritarrok et d'une exigence publique d'un nouveau cessez-le-feu qui rétablisse la rationalité politique dans notre peuple.