Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ESPAGNE

La Gauche Unie que nous voulons (recomposer)

Inprecor n° 445, mars 2000 · p. 16 · 791 mots

État espagnol

DOCUMENT

La Gauche Unie que nous voulons

(recomposer)* Le chemin parcouru par

/ Izquierda Unida (Gauche Unie, IU) depuis ses débuts, plein de promesses, jusqu'à sa situation actuelle, douloureuse, a été des plus sinueux. A cela s'est ajoutée récemment une préoccupation profonde pour son avenir. Nous sommes beaucoup, au sein de IU, non adhérents des partis fondateurs de la coalition, à être restés dans l'expectative quant au cap que l'organisation prendrait en termes de pluralité, de relation avec les mouvements sociaux, de démocratie interne, de capacité à se lier et à réactiver la gauche sociale de ce pays... Nous espérions avec anxiété que le projet serait finalement de se tourner vers ce que l'on pouvait appeler un "parti d'un type nouveau".

Cependant, nous avons assisté à un recul dans tous les domaines de l'alternative, dans les façons de faire comme dans le programme, dans la capacité à tisser des liens et des réseaux avec la citoyenneté. Dans un paysage politique et social en pleine désolation, où fin de siècle semble rimer avec fin de la raison transformatrice, Izquierda Unida n'est pas une oasis dans le désert. IU apparaît dans toute sa faiblesse après les reculs électoraux de 1999, avec une marge de manoeuvre sociale étroite pour impulser et agir. De surcroît, IU périclite à cause de guerres internes pour la préservation du projet politique, sans se préoccuper de leurs conséquences sur l'action politique concrète au lieu d'unifier ses efforts pour rassembler les secteurs sociaux potentiellement capables d'être partie prenante d'un projet de changement d'un ordre caduc, injuste, non solidaire et insoutenable.

Avec Espacio Alternativo, nous nous fixons dès aujourd'hui comme tâche de recomposer la gauche alternative, transformatrice, une gauche des gauches, à travers la réflexion critique et les propositions pour l'action.

Des facteurs très divers ont concouru de façon perverse à cette dérive de IU, qui la conduit vers un isolement mortel : le débat toujours non conclu sur la chute du bloc de l'Est ; la scission entre les partisans d'orienter le projet de IU vers des positions d'auxiliaire du PSOE et ceux qui prônaient l'autonomie et/ou la confrontation avec les socialistes, scission qui ne s'est pas résolue sans dommage pour la pluralité interne ; l'erreur stratégique de n'avoir pas su s'adapter au changement de cycle politique de la droite symbolisé par le PP. IU est née contre le PSOE, déjà converti en gestionnaire "aimable" du néolibéralisme, qui abandonne le programme avec lequel il est parvenu au pouvoir et se distingue par sa capacité à collectionner les reniements, sans concessions à la gauche sociale (OTAN, syndicats, chômage, jeunes...).

IU, dont le but était d'unifier les différentes sensibilités émancipatrices, en rassemblant les revendications de tournant à gauche, sur une base solide, et de changements effectifs, n'a pas su renforcer cette identité anticapitaliste multiple et la diriger contre une droite qui, plus que gérer, incarne les intérêts du capital. Le PP est le meilleur exemple de l'accès du pouvoir économique au pouvoir politique.

Cette incapacité a peu à peu dépouillé IU de ses forces et de sa crédibilité à constituer un bloc de la gauche transformatrice, ouvrage indispensable dans un contexte social de démobilisation et de net recul démocratique. A tout cela, il faut ajouter le manque de perméabilité aux mouvements sociaux, car si un lien formel a été maintenu, les ruptures et les distanciations (mouvements éco-pacifiste, syndical, citoyen, de femmes...) se sont succédées dans la pratique politique réelle

Pendant ce temps, une partie des militants, loin d'être négligeable, préfère légitimer le projet originel, pour son hétérodoxie, pour sa participation plus importante dans les mouvements et organisations sociales, pour sa générosité politique, pour sa radicalité. Cette partie de militants se retrouve de plus en plus fatiguée, plus affectée par le lent mais continuel renoncement, plus réduite aussi. Mais nous sommes encore quelques uns à continuer à questionner : "jusqu'où ?" Il faut se demander si la VIème Assemblée ne sera pas le moment où l'on abandonnera définitivement le projet de "parti d'un type nouveau", ou si, au contraire, il deviendra l'occasion de se remettre et de renforcer la radicalité dans la politique, la démocratisation des structures, la générosité politique avec les minorités, le questionnement de l'intérim des mandats, la reconnaissance de la pluralité et du fédéralisme comme les valeurs principales de IU, le rajeunissement des figures publiques et le pari d'une direction collégiale plutôt que celui du leadership ou du culte de la personnalité. En définitive, si l'on mise sur une formation politique capable de recueillir ce qu'il y a de plus éthique dans les mouvements sociaux et de plus opérationnel d'un parti des gauches.. Un mouvement politique et social fort et flexible, comme le roseau de la fable. * Éditorial paru dans Corriente Alterna n° 9, bulletin de Espacio Alternativo.

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