Note de lecture scories socialistes et social-démo-
"Un digne héritier" crates, et enfin mise en pratique, à partir de 1997, d'un néolibéralis-
Un essai de Keith Dixon me "de gauche". L de vende le sith Dixona ente- théorisation du néo-travaillisme, de remettre sur pied la fra- notamment de Giddens et de Gray, cassante réalité du blairisme, lar- inventeurs des justifications a priogement travestie, en France ri ou a posteriori (en réalité de la comme ailleurs, sous le vocable de pure réthorique) de la conversion à "modernité". Pourtant, c'est bien l'économie de marché ou de la de "modernisation" qu'il s'agit, destruction du service public. La celle du Parti travailliste, menée au politique de suppression de leurs cours des années 80 par les allocations aux chômeurs s'ils "modernisateurs" du Labour, sous n'acceptent pas le premier emploi l'égide de Neil Kinnock d'abord, venu, même sous-payé, le Welfare puis de Blair à partir de 1994. to Work, est inspirée d'une nouvelCette modernisation devait le vision de la société : c'est l'inrépondre au défi d'une stratégie de dividu qui est responsable de sa reconstruction du parti après la situation individuelle, pas le systèvictoire de Thatcher, en pleine me économique ou le mode de offensive néolibérale. Dixon domination capitaliste. De la déconstruit dans le détail cette même manière, comble du cynisrégénération du discours travaillis- me, la politique répressive de te : écrasement de la gauche du Straw, ministre de l'Intérieur, se parti, rendue responsable avec les fondera sur la théorie de la « nousyndicats de la défaite, élaboration velle insécurité » de Giddens et d'un discours de type "communi- Gray : « les forces du marché, une cationnel" (rompant avec les fois libérées de tout contrôle éta"archaïsmes" du mouvement tique et débarrassées de tout ouvrier), acceptation de l'héritage contre-pouvoir, peuvent entrainer thatchérien, rédaction d'un nou- des effets violents et éventuelleveau programme débarrassé des ment destabilisateurs sur le plan social, économique et politique ». D'où la nécessité, par exemple, de construire des prisons (privées, bien sür), d'instaurer le couvre-feu L'ouvrage retrace le travail de pour les mineurs dans certains quartiers et des peines jusqu'à 7 ans de prison pour les petits délinquants...
Cette démonstration limpide des processus médiatiques, intellectuels et idéologiques qui ont fondé le néo-travaillisme incarné dans Blair laissse pourtant sur sa faim. On reste désarmé, à la fin de la lecture, pour comprendre les raisons de fond de cette conversion du Labour, car sans ancrage dans vingt années de victoires (Poll Tax) et surtout de défaites ouvrières et sociales (mineurs), on pourrait être tenté d'attribuer aux seuls facteurs individuels et doctrinaux la dérive néo-travailliste. On passerait à côté, du coup, d'une histoire d'ensemble de la socialdémocratie, quand bien même elle aurait des spécificités plus que tragiques dans le cas britannique
Loïc Abrassart • Keith Dixon, Un digne beritier, coll. Raisons d'agir, éd. Seuil, Paris 2000. Prix : 30,00 F à la Librairie La Brèche.