au-a Par Alan Thornett* Le facteur déterminant qui a créé une situation politique unique en Europe, ce sont les effets durables des défaites infligées au mouvement syndical dans les années 1980. Celle des mineurs, en 1984-85, qui avait favorisé la déroute dans tous les bastions du syndicalisme militant en GrandeBretagne, est la plus connue. Dans la foulée le gouvernement avait adopté les lois antisyndicales les plus draconiennes en Europe et fortement limité le droit de grève.
Le reflet politique de cette situation désastreuse fut l'essor du "blairisme". Celuici va nettement au-delà du tournant droitier de la social-démocratie européenne. Le but de Blair était de transformer le Parti travailliste en un parti ouvertement bourgeois occupant le centre du terrain politique. Il vise à combler la rupture avec le libéralisme du début du XXème siècle, qu'il considère comme une erreur historique. Il n'a pas encore atteint cet objectif, mais il a fortement progressé.
Cela a impulsé une réorganisation de la politique tant de la bourgeoisie que de la classe ouvrière. Le Parti conservateur (les he brit lelà du sectari
"Tories") est à moitié détruit, le terrain vacant étant occupé maintenant par le New Labour. Le "Tory Party" a été poussé vers la xénophobie et a éclaté sur la question européenne. Une scission en bonne et due forme a été évitée grâce au système scandaleusement antidémocratique du "first-past-the-post" (scrutin uninominal à un tour : celui qui arrive en tête au premier tour, est élu). Les Libéraux-Démocrates (le parti d'appoint du Grand Capital) se situent maintenant clairement à gauche du Labour, mais ils pendent aux basques de Blair pour qu'il introduise une réforme électorale basée sur un minimum de "PR" (représentation proportionnelle). La gauche et l'extrême-gauche sont confrontées, à leur tour, à ces nouvelles conditions politiques, et ont commencé aussi à se réorganiser. Le déclin de la gauche des années 1980
L'apogée de la gauche du Labour fut la révolte dirigée par Tony Benn au début des années 1980, et sa tentative de prendre la direction du Parti. Son échec n'a pas seulement permis l'attaque frontale contre les mineurs (de la part de Thatcher) mais aussi annique, sme l'abolition du Greater London Council, avec Livingstone à sa tête, ainsi qu'une attaque des Conservateurs contre l'autonomie des conseils municipaux, largement dominés à l'époque par la gauche du Labour. Après cela, la gauche entra en déclin, surtout dans les sections locales du Parti et dans les syndicats.
L'apogée de la gauche syndicale a eu lieu entre la fin des années 1960 jusqu'à la grève des mineurs de 1984/85. A ce moment, le rapport de forces bascula en faveur des patrons, avec la quasi disparition du mouvement (spontané) des "délégués d'entreprise" ("shop stewards"). Beaucoup de militants furent licenciés.
La force syndicale fut entamée, sans commune mesure avec ce qui s'était passé ailleurs en Europe occidentale. Même les chiffres (la perte de 7 millions de membres sur un total de 14 millions) donne à peine * Alan Thornett est aujourd'hui rédacteur du mensuel Socialist Outlook. Syndicaliste dans l'industrie automobile, il a dirigé dans les années 1970 la grande grève de l'entreprise Morris à Cowley. Il a publié notamment From militancy to marxism, éd. Left view books, 1987. 1. Cf. Inprecor n° 436 de juin 1999 et Inprecor n° 437/438 de juillet-août 1999.
une idée de l'ampleur de la défaite. Car la régression à la base (voir le mouvement des shop stewards) fut encore plus grave. Les statistiques des grèves sont encore plus parlantes : au milieu des années 1990, elles furent à leur niveau le plus bas depuis 100 ans (début des calculs). Depuis lors, il n'y a pas eu de véritable relance sociale.
Le recul frappa aussi le Parti communiste britannique (dont la faiblesse historique est connue). Sa base industrielle s'éroda rapidement suite aux fermetures d'entreprise dans l'industrie et les mines. Mais cette crise s'est accrue à la suite de la chute du Mur de Berlin, ce qui déboucha sur une série de scissions et un déclin rapide. Certains de ses fragments se sont positionnés à la droite du blairisme.
L'extrême-gauche a fait mieux. Mais la plupart des groupes ont stagné et décliné, y compris nous-mêmes, la section de la Quatrième Internationale. Ce fut la tendance Militant qui connut la chute la plus spectaculaire. Elle contrôlait le conseil municipal de Liverpool et avait joué un rôle majeur dans la direction du mouvement contre la Poll tax (2) à la fin des années 1980 : ce fut la seule victoire importante pour la classe ouvrière depuis la grève des mineurs. Le départ de Thatcher fut causé par cette victoire des travailleurs ainsi que par les divergences au sein de la bourgeoisie sur sa politique européenne. Elle fut remplacée par John Major, mais le Parti conservateur n'est plus parvenu à se redresser depuis.
La Tendance Militant qui avait pratiqué pendant des décennies un « entrisme profond » au sein du Labour Party, avait massivement recruté durant cette campagne contre la Poll-tax. Elle décida que le moment était venu de "sortir", et de devenir Militant Labour, un parti d'extrême-gauche indépendant. Cette sortie provoqua une scission 2. La Poll tax a été un nouvel impôt local, payable par habitant indépendamment des revenus, inventé par Margaret Thatcher. En 1990 des centaines de milliers de personnes se sont mobilisées contre cet impôt. 3. Selon la théorie du "capitalisme d'État", formulée par Tony Cliff en 1948, « une société dans laquelle seule une minorité contrôle la production des richesses n'a rien de socialiste et n'est en fait qu'un morceau d'un système mondial : le capitalisme » (Tony Cliff, Le capitalisme d'Etat en URSS de Staline à Gorbatchev, éd. Socialisme International, Paris). Les méandres de la restauration capitaliste en ex-URSS auraient dû faire réfléchir les adeptes de cette explication simplificatrice. Nos lecteurs désireux de connaître ce débat peuvent se reporter aux articles de Chris Harman (L'URSS : un capitalisme d'Etat) et Ernest Mandel (Une théorie qui n'a pas résisté à l'epreuve des faits) parus dans la revue Quatrième Internationale n° 37-38, 1990.
minoritaire dans ses rangs ; ensuite son nombre d'adhérents passa de 8 000 à (environ) 2 000. Le SWP (Socialist Workers Party, Parti Ouvrier Socialiste), lui, garda plusieurs milliers de membres. Au sein de l'extrême-gauche, il fut l'exception. Il profitait du caractère insulaire de la Grande Bretagne qui le met à l'écart des événements extérieurs Mais il disposait aussi d'un cadre dirigeant fort et tirait partie, paradoxalement, de l'effondrement de l'URSS en l'attribuant à sa théorie du "capitalisme d'État" (3). C'était faux sur le plan de l'analyse théorique, mais le SWP y puisait une confiance en soi, qui manquait aux autres secteurs de la gauche révolutionnaire. Scargill et le SLP
Quelques mois après sa prise du pouvoir au sein du Labour Party (en juin 1994), Blair proposa l'abolition de la Clause 4 (des statuts du parti), portant sur la lutte en faveur de la propriété publique des moyens de production.
La gauche mena une grande campagne de résistance, mais Blair obtint finalement gain de cause à la conférence du Parti, en octobre 1995. Ce fut un événement hautement symbolique pour le Labour et pour toute la gauche. Dans la foulée, Blair lança une attaque en règle contre les principes démocratiques au sein du Labour, limitant au maximum la marge de manœuvre de la gauche. Ainsi, naquit le "New" Labour, désormais préparé à s'incliner devant les lois du marché et à adopter le projet néolibéral.
Peu de temps après, Arthur Scargill, le dirigeant de la grève des mineurs et président du syndicat NUM (Union Nationale des Mineurs), quitta le Labour Party et proposa de fonder un nouveau parti de gauche : le Socialist Labour Party (SLP, parti travailliste socialiste). Ce dernier fut lancé à l'occasion du 1er mai 1996.
La défaite qui suivit la bataille pour la Clause 4 et l'évolution droitière du LP, désormais sans résistance, a engendré à la fois une crise de la représentation du monde du travail et des conditions objectives pour un nouveau parti de gauche. Mais tout cela n'était qu'à ses débuts. Le SLP était prématuré. Pour autant les vrais problèmes du SLP furent d'ordre politique : il ne parvenait pas à attirer des forces de gauche venant du Labour. Et il n'y avait que les hommes de Scargill (parmi eux, malheureusement, des ex-membres de la section britannique de la IVe Internationale) pour participer aux discussions du lancement du SLP, à propos de son organisation et de sa nature politique. La constitution du SLP, qui mettait en place une direction omnipotente, était moins démocratique que les statuts du LP lui-même ! Le principe de base, selon Scargill, était la guerre « contre le fédéralisme » au sein du SLP, comme il le répétait. Ainsi, les premières réunions publiques du SLP furent consacrées à expliquer qui ne pouvait pas adhérer à l'organisation. Tous ceux qui étaient membres d'une organisation de gauche existante étaient dans ce cas. Ils furent d'emblée écartés ! Mais ce fut à la fois une erreur et une malhonnêteté car les groupes politiques qui soutenaient Scargill, furent admis. Ainsi, la "Stalin-Society" ("Association de Staline"), qui se faisait remarquer par ses T-shirts avec la photo du "Grand Joseph", était de la partie. Certaines organisations d'extrême-gauche essayèrent d'adhérer, en particulier Militant Labour. Il y eut un refus. Au début, le SLP attira plusieurs milliers de membres. Ainsi, il devint un petit parti de masse à caractère social-démocrate de gauche avec à sa tête un dirigeant stalinien autoritaire, et basé sur une constitution bureaucratique. Après trois années de batailles internes et d'expulsions en cascades, le SLP est devenu un groupuscule discrédité par son ultra-sectarisme. Il a consommé ses forces et est perçu comme tel par l'ensemble de la gauche. Il a refusé de participer à la LSA. C'est la Stalin-Society qui le dirige, avec le soutien de Scargill. L'année passée, un de ses éditoriaux prenait la défense de l'intervention policière sur la place Tien Anmen en caractérisant la manifestation comme une provocation contre le socialisme. Le SLP est devenu l'exemple de comment il ne faut pas créer un nouveau parti de la classe ouvrière Militant Labour devient le "Parti Socialiste"
Devant le refus sectaire de Scargill, Militant Labour répliqua en lançant lui-même un parti plus large, essayant d'être ce que le SLP s'était refusé de devenir. La voie choisie pour y aller fut un changement de nom. La raison affichée était difficile à comprendre et peu crédible : la nature du Labour Party aurait changé. Au lieu d'un "parti ouvrier bourgeois", ce dernier serait devenu un « parti totalement bourgeois ». Bien sûr, le LP allait dans cette direction, mais dire qu'il y était déjà arrivé, c'est une autre histoire. Ainsi, le changement de nom acquit un caractère gauchiste, et mit d'emblée des limites à l'opération. Le nouveau Socialist Party n'apportait rien de neuf. Il impliquait néanmoins une attitude plus ouverte vers l'extérieur, et partant, il lançait un dialogue avec le reste de la gauche.
Malheureusement, ce dialogue fut vite interrompu. Devant l'échec, le SP opéra un repli. L'argument était maintenant qu'il fallait un niveau beaucoup plus élevé de luttes syndicales et que celles-ci auraient lieu après les prochaines élections parlementaires, car alors la classe ouvrière s'opposerait à une deuxième législature du New Labour...
Ce jugement ne prenait pas en compte la pression politique vers une réorganisation impérative qui aurait lieu en dehors d'une montée ouvrière, même si celle-ci était hautement désirable. Mais une fois engagée cette réorganisation, le SP s'adapta et il prend aujourd'hui activement part à la LSA. Décentralisation et proportionnelle
L'introduction récalcitrante, par le New Labour, d'une certaine décentralisation ("Devolution" : un Parlement pour l'Écosse, une Assemblée pour le Pays de Galles, et l'Assemblée du Grand Londres) a déjà eu deux conséquences importantes. Premièrement, ayant décentralisé les institutions, le Blairisme entra en crise car il ne voulait pas abandonner le contrôle sur celles-ci. Deuxièmement, l'introduction d'une dose de proportionnalité (la "PR") risquait de permettre à des partis minoritaires d'avoir des élus, alors qu'ils avaient été très discriminés par le système du "first-past-the-post". Ces deux facteurs entraient en résonance avec la nécessité d'occuper un espace qui se libérait à la gauche du New Labour suite à la crise de la représentation politique du monde du travail. Dès lors, une nouvelle réflexion plus générale eut lieu au sein des organisations d'extrême-gauche à propos de la participation aux élections. La plupart de celles-ci, y compris le SWP, n'y avaient pas participé depuis des décennies. Elles changèrent leur fusil d'épaule, y compris le SWP. Cela en soi modifiait déjà la manière dont cette gauche devait s'organiser et se battre politiquement. Les Alliances Socialistes (SA)
Un résultat indirect mais important de la transformation du Militant en Socialist Party fut le rôle joué par celui-ci dans la mise en place des Alliances Socialistes dans plusieurs régions en Angleterre, en Écosse et dans le Pays de Galles. En Angleterre, un comité directeur fut mis en place, basé sur la SA à Coventry, dirigé par Dave Nellist, ex-député au moment où Militant était encore membre du Labour Party. La multiplication de ces Alliances fut très significative de l'air du temps. Elles traduisaient une tentative d'unir la gauche et la gauche révolutionnaire. Dans la plupart des cas, le résultat demeura embryonnaire. Sauf en Écosse, où la Scottish Socialist Alliance (SSA) devint une vraie force, autour du Militant (l'organisation sœur du SP anglais). Le SWP resta en dehors de ces différentes alliances.
La plupart des SA étaient une combinaison entre une organisation de campagne et une alliance électorale. Plusieurs parmi elles déposèrent des listes lors des élections européennes de juin 1999. A Londres, cette tentative fut étouffée par le SLP de Scargill qui refusa toute unité et déposa sa propre liste.
Ken Livingstone La LSA décida de se retirer. Après coup, on peut penser que c'était sans doute une erreur et une surestimation de la capacité de nuisance du SLP. La Scottish SA était qualitativement différente de celles de l'Angleterre et du Pays de Galles. Le climat était beaucoup plus radical en Ecosse. Cela provenait aussi du rôle joué par les militants de la lutte contre le Poll tax. Parmi eux il y avait Tommy Sheridan qui, à l'époque, fut élu au Conseil municipal de Glasgow, alors qu'il se trouvait en prison à cause de sa défense des victimes du Poll tax.
L'essor de la SSA introduisit un changement rapide dans la ligne du Scottish Militant Labour en faveur de l'indépendance de l'Écosse. Militant Labour s'y était toujours opposé, mais cette revendication devint alors un élément politique crucial dans l'émergence d'une alternative de gauche en Écosse. Ainsi, le SML se prononça en faveur d'une Écosse socialiste et indépendante (en ce qui concerne l'Irlande, en revanche, il n'y eut aucun changement : il continue à se prononcer pour une « solution ouvrière face aux deux nationalismes réactionnaires ».) Le Parti Socialiste Écossais (Scottish Socialist Party, SSP)
L'année passée, le SSP fut lancé à l'occasion des élections pour le nouveau Parlement d'Écosse. Une très large consultation publique fut organisée au sein de toute la gauche écossaise. La SSA fut sa composante principale, avec encore le Scottish Militant Labour comme force motrice. La proposition du SML de dissoudre l'organisation indépendante et d'intégrer les membres individuels dans le nouveau SSP devait provoquer un clash avec la direction du SP à Londres. Le SWP qui fut invité à s'y joindre et avec lequel des discussions avaient eu lieu, refusa.
Les élections furent un succès pour le SSP : il réalisa une vraie percée, et Tommy Sheridan fut élu député. Le Parti vient de tenir sa conférence annuelle et a enregistré des progrès significatifs. Il a émergé comme un petit parti de la gauche radicale, avec ses 2000 membres, ses 53 sections locales à travers toute l'Écosse (qui a une population de 5 millions d'habitants). Il est très présent dans les médias. Les derniers sondages lui donnent 6 % sur l'ensemble du pays. En cas d'élections, cela donnerait trois députés.
Mais la signification du SSP va au-delà de l'Écosse. Il est perçu comme un "modèle" pour des développements similaires en Angleterre et au Pays de Galles. Certes, la situation politique est plus avancée en Écosse, mais c'est le nouveau cadre politique en général en Grande-Bretagne qui permet une telle comparaison. La relance de la London Socialist Alliance (LSA)
Dans cette atmosphère, la.LSA fut relancée en août 1999 dans la perspective des élections londoniennes du maire et du conseil, prévues pour le 4 mai 2000. Le maire sera directement élu (5 millions de votants). L'élection de l'Assemblée se fera par un système combiné : 14 élus (1 par district) selon le système uninominal à un tour; 11 élus selon le système de la proportionnelle intégrale. L'Alliance avait, au début, l'intention de participer aux deux collèges. L'objectif était de rassembler des candidats indépendants et provenant des organisations participantes. Elle se préparait aussi à présenter un candidat-maire au cas où Livingstone ne se présenterait pas. Les conditions de cette relance de la LSA étaient
radicalement différentes des conditions politiques qui prévalaient encore au début de l'année 1999. Le New Labour a encaissé des résultats désastreux lors des élections européennes, des élections municipales, et de celles pour le Parlement d'Écosse et l'Assemblée du Pays de Galles.
Le message est très clair. Comme le New Labour évolue de plus en plus à droite, des millions d'électeurs traditionnels désertent le Parti. Ils votent soit pour les partis nationalistes en Écosse et au Pays de Galles, soit pour les Verts ou même pour les Libéraux-Démocrates — tous ces partis se positionnant à la gauche du New Labour. Ce dernier a perdu des sièges au Pays de Galles, une région qui a toujours massivement voté Labour depuis que celui-ci a été "inventé" au début du XXème siècle. Le parti nationaliste gallois, Plaid Cymru, obtint un résultat de rêve. Il conquit une majorité à Rhondda et Islwyn (les régions minières) qui furent des bastions du Labour. Il y eut des abstentions massives. Le Labour réalisa son score le plus bas depuis 60 ans, talonné par Plaid Cymru à moins de 5%. Des socialistes quittaient le Parti. Un espace s'ouvrait à gauche.
En Angleterre et au Pays de Galles, là où des listes de gauche furent déposées, elles obtinrent des résultats décevants à cause de la division, même si certaines candidatures individuelles et des listes à thème ("single issue") faisaient nettement mieux et révélaient un potentiel électoral. Celui-ci est avant tout constitué par ceux qui se sentent socialistes et aspirent à une alternative socialiste.
L'échec de la gauche devant la débandade du Labour s'explique par plusieurs raisons. L'une d'entre elles est l'absence traditionnelle de la gauche sur le terrain électoral. Mais la principale cause réside certainement dans la division chronique au sein de cette gauche. Des gens sont à la recherche de réponses et ce qu'ils trouvent, ce sont des 4. La Communist League est issue d'une scission de la section britannique de la IVe Internationale, formée de militants qui se sont alignés sur la direction du SWP américain, lorsque celui-ci décida de tourner le dos à l'Internationale et d'exclure tous les opposants de ses rangs. C'est un petit groupe propagandiste.
scissions et des divisions. Dès lors, l'unité est la clé, étant donné que la somme d'une gauche unie est plus grande que ses parties constitutives. La gauche révolutionnaire, y compris nous-mêmes, aura un rôle à jouer, et pour cela devra rester organisée. C'est cet impératif politique qui a présidé à la relance de la LSA. Dans le passé, des gens se sont retirés de l'activité politique à cause des divisions au sein de la gauche britannique ; toutes les organisations de l'extrême-gauche y portent leur part de responsabilité. Mais maintenant, une nouvelle unité et collaboration sont nées. Le rôle du SWP
La composante la plus surprenante de cette nouvelle unité est le SWP, étant donné sa taille et son histoire. Au début, le SWP se cantonnait dans un degré d'engagement très bas, l'implication HAVE YOU GOT ANYTHING FOR du SWP dans la LSA SOCIALIST PRINCIPLES, DOCTOR? faisant manifestement l'objet d'une discussion interne. Au début de cette année, un tournant eut lieu ; le SWP envoya des délégations plus fortes au comité directeur et mobilisa ses militants. Avant, le trait dominant du SWP était de mener des campagnes soit sous son propre sigle, soit en les chapeautant par des organisations qu'il contrôle Vous avez quelque chose pour les principes socialistes, docteur directement.
Maintenant, il y a une collaboration avec le reste de la gauche. Ce tournant ne se limite pas à la relance de la LSA, il se manifestait déjà dans les campagnes contre l'OMC et contre la guerre russe en Tchétchénie, fût-ce d'une manière plus limitée. Tout n'est pas positif, pour
Le Socialist Party, qui fut la force motrice dans la "première" LSA, se mit en arrière cette fois-ci. Et cela devint très marquant dès lors que le SWP renforçait son implication. En février, le SP annonça son intention de soutenir une liste concentrée uniquement sur les candidats directement élus à la proportionnelle au Conseil (du Grand Londres). Cette liste se limiterait à faire une campagne sur un seul thème : non à la privatisation du Métro de Londres. Ensuite, le SP changea à nouveau. Le risque de la division n'a pas totalement disparu, même si cela n'annule pas le degré d'unité atteint aujourd'hui. En fait, toute une série d'organisations qui ont un passé tristement sectaire coopèrent aujourd'hui. La LSA est ainsi perçue comme le développement le plus prometteur depuis des décennies à Londres. Celui qui la tuerait en payerait le prix fort.
Il y a bon nombre d'autres organisations dans la LSA, en dehors du SWP. D'abord, il y a le SP. C'est la seconde organisation en nombre avec plusieurs centaines membres à Londres. Puis il y a une série d'organisations nettement plus petites comme l'ISG (International Socialist Group, section britannique de la IVe Internationale), Alliance for Workers' Liberty (AWL), Workers Power (Pouvoir Ouvrier) et le CPGB (Parti Communiste britannique, à ne pas confondre avec le PC qui a existé pendant 50 ans; ce "PC" est un groupe très sectaire et ultra-gauche qui en a usurpé le nom). Ensuite, il y a l'Independant Labour Network. C'est un réseau de type socialdémocrate de gauche, animé par Ken Coates et Hugh Kerr, euro-parlementaires à l'époque où Blair les avait expulsés du Labour, il y a deux ans. Coates et Kerr ne vivent pas à Londres, donc ils ne sont pas directement concernés.
La LSA n'est pas qu'une liste d'extrême-gauche. Elle essaye de gagner à sa cause des forces de la gauche dans le Labour. Elle est soutenue par un nombre croissant de personnalités telles que Ken Loach, John Pilger, Tariq Ali et la direction du National Civil Rights movement, ce qui assure un lien très important avec certaines des organisations antiracistes et noires.
Le programme d'action de la LSA adopté après de longues discussions par les organisations constituées, comporte une série de revendications telles que : arrêt de la privatisation du Métro ; renationalisation des chemins de fer ; financement du Service National de Santé ; arrêt des coupes antisociales dans les budgets ; opposition à la vente des logements appartenant à la ville ; relogement des sans-abri ; lutte pour un minimum salarial décent ; droits syndicaux pour tous ; établissement d'un contrôle étroit sur l'eau et la pollution de l'air ; lutte contre le racisme et la corruption dans la police ; abolition des droits d'inscription à l'université ; une éducation de qualité pour tous, etc.
La LSA s'est constituée comme alliance de campagne, ne se limitant pas à une intervention purement électorale. Elle s'est mobilisée pour défendre des syndicalistes dans le service de santé, dans les chemins de fer et le métro. Elle a été la force motrice derrière la manifestation à la gare de Waterloo pour faire réembaucher un militant syndical, licen-
cié et membre du syndicat RMT. Elle organise des piquets devant des centres d'emploi et devant les conseils locaux qui s'occupent de la privatisation des logements ou qui s'attaquent aux services publics. Elle est très active sur le terrain de l'antiracisme.
Pourtant, la LSA ne sera pas la seule liste de gauche pour les élections du Conseil du Grand Londres. Le Socialist Party sera là pour l'élection des membres directement élus. Ce sera aussi le cas de la Communist League (4). Il n'est pas exclu que le CPB, (PC de Grande Bretagne), le principal fragment du PC "historique", en sera. Mais on peut dire que la LSA englobe aujourd'hui l'essentiel de l'extrême-gauche et est fermement attachée à l'unité socialiste. Livingstone, candidat hors-Labour !
Le 5 mars, Ken Livingstone a officiellement déclaré sa candidature pour le poste de maire de Londres en tant qu'indépendant. C'est un événement politique considérable, qui déplace d'un seul trait la dynamique politique à gauche.
Malheureusement, lui-même va plutôt à droite. Mais Livingstone a été à ce point populiste et individualiste que les 68 % de soutien qu'il obtient aujourd'hui dans les sondages, se partagent entre 50 % d'électeurs conservateurs, 65 % d'électeurs libéraux-démocrates, et 75 % d'électeurs traditionnels du Labour. Il est difficile d'imaginer qu'il pourrait perdre cette élection. Le soutien dont il jouit, porte en lui une opportunité extraordinaire pour reconstruire la gauche. Il a dès lors une très grande responsabilité personelle. S'il se décide à organiser ce soutien, il aura une réponse massive, quelle que soit la forme qu'il choisit — alliance, parti, ou autre chose. Des dizaines de milliers le rejoindront.
Malheureusement, pour le moment, il a exclu cette éventualité. Il a annoncé qu'il ne formerait pas un nouveau parti politique dans un premier temps. Même s'il a été exclu lui-même du Labour, il appelle ses supporters à y rester. Et il explique qu'il continuera le combat pour sa réadmission. Cette décision tourne le dos à une extraordinaire opportunité pour la réorganisation de la vie politique britannique. La conséquence en est qu'il n'y aura pas de scission au sein du Labour dans l'immédiat. Il se produira plutôt une érosion étalée sur une période prolon-
Par sa démarche populiste, Livingstone ne se prépare pas, semble-t-il, à déposer sa propre liste pour l'Assemblée (de Londres), ce qui laisse la voie grande ouverte à une liste de Blair. A un certain moment, il était question d'une liste "interclassiste" comprenant des hommes d'affaire, des exConservateurs et des Libéraux, autour de Livingstone ; mais cette proposition a fait long feu.
Dès que Livingstone eut annoncé sa candidature, la LSA lui a donné son soutien. Elle lui demandait de déposer sa propre liste et de procéder à une vaste consultation dans le mouvement ouvrier (y compris la LSA) pour déterminer sa composition. En absence de cela, la LSA appellerait à voter Livingstone et présenterait sa propre liste à l'Assemblée. En même temps, la LSA en appelle à Livingstone pour qu'il adopte une plateforme socialiste, étant donné que la seule indication de contenu politique de sa campagne est son opposition à la privatisation de Métro de Londres. Est-ce que la LSA pourrait gagner un siège dans l'Assemblée, en dépassant les 5 % ? Sans doute pas, malgré la force de la campagne en cours Mais bizarrement, selon les médias, les stratèges du New Labour pensent le contraire : l'important journal de week-end, The Observer (12-13 mars) dévoilait des sources proches du Labour qui prédisaient l'élection d'un membre de la LSA et un autre du parti Vert ! Après les élections ?
Il y a beaucoup de discussions à ce propos. Certaines des organisations participantes conçoivent tout cela comme le début d'un processus menant vers un nouveau parti à la gauche du Labour. Le SWP n'a pas encore exprimé d'opinion. Étant donné le refus de Livingstone de former un tel parti, ce ne sera certainement pas une perspective à court terme. Mais le problème pourrait se poser dans la mesure où il y aurait des expulsions ou des défections importantes en provenance du Labour. Le facteur crucial pour un tel parti est son caractère large — une fédération qui engloberait toutes les organisations existantes avec leur politique et leurs publications. Il faudrait dépasser l'héritage du SLP. Un nouveau parti de gauche devrait refléter la diversité des forces. Il ne peut se réduire à une coalition de l'extrême-gauche.
Il devra aller nettement au-delà, sinon il ne vaudra rien. Il faudra mettre fin aux structures autoritaires avec un gourou qui livre la bonne parole aux militants. Un tel parti devra être un parti de la refondation. Et étant donné que la gauche antistalinienne est le courant dominant dans la gauche, son engagement sera décisif. Ce parti devra être ouvert par ses règles de base — le droit de tendance et l'obligation des responsabilités. Loin de dissoudre la LSA en mai prochain, il faudra la continuer comme une alliance de campagne, avec de nouvelles initiatives.
Et le New Labour, où ira-t-il ? Le défi de Livingstone crée, et de loin, la plus grande crise que le New Labour affronte depuis qu'il est arrivé au gouvernement. La très longue lune de miel touche à sa fin. Le projet du New Labour s'en va en lambeaux, pas sur le plan politique, car Labour Perte il continue sur Happy 1004. sa direction droitière, mais au niveau du
Birthday soutien populaire. La perte Sur le gâteau : Labour Party, 100 ans ! Joyeux Anniversaire ! Sur la pancarte brandie par Livingstone : « Votez Ken!» dans ses bases traditionnelles est considérable. C'était dans un certain sens l'objectif même de Blair. Il vise la conquête des régions-clé du Centre de l'Angleterre, là où le Parti conservateur domine depuis toujours. Et pour réussir cela, il est prêt à en payer le prix. La question, pour lui, est de savoir quelle part de sa base traditionnelle il peut laisser s'échapper sans perdre les élections parlementaires, prévues pour l'année prochaine ?
Pour le moment, Blair reste en tête des sondages portant sur les élections générales, et il est peu probable qu'il les perde. Beaucoup de gens qui voteront Livingstone, voteront encore pour le Labour aux élections générales, quand il s'agira d'empêcher les Conservateurs de revenir au pouvoir.
Mais ce n'est pas si simple que cela. Blair est totalement dévoué à la politique sur laquelle il a été élu. Il continuera son agenda néolibéral et transformera le Labour en un Parti du grand capital. Le problème de l'abandon des bases traditionnelles restera posé. Reste à savoir si la gauche réussira à utiliser les développements positifs présents pour construire une alternative efficace....
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