Par Jaime Pastor* es résultats des élections générales du
12 mars ont confirmé les tendances qui se sont développées au cours des deux dernières décennies au sein de la société espagnole. Celles-ci rendaient peu probable un triomphe de la coalition des deux forces politiques nationales de gauche : le Partido socialista obrero de España ( Parti socialiste ouvrier espagnol, PSOE), et Izquierda Unida, (Gauche Unie, IU). Cependant, il était difficie de prévoir que la victoire de la droite "espagnoliste" irait jusqu'à l'obtention de la majorité absolue ou que le recul du PSOE serait si important.
Il convient d'amorcer cette analyse par le rappel de quelques données concernant les résultats. Le Partido Popular (Parti Populaire, PP) a obtenu 44,54 % des voix, 183 député(e)s et la majorité absolue au nouveau Parlement, contre 38,79 % des voix et 156 sièges il y a quatre ans. Le PSOE, en revanche, passe de 141 à, 125 député(e)s et de 37,63 % à 34,08 %. IU perd 13 sièges (8 contre 21) et la moitié des votes (5,46 contre 10,54 % en 1996). Quant aux autres forces, le Partido Nacionalista Vasco (Parti Nationaliste Basque, PNV) bénéficie de la non-participation de Euskal Herritarrok (EH) (1) et obtient 2 sièges de plus que les 5 qu'il détenait précédemment ; les nationalistes de droite catalans (Convergéncia i Unió, Convergence et Union, CiU) en perdent 1, Esquerra Republicana de Catalunya (Gauche Républicaine de Catalogne, ERC) conserve son unique député, de même que Iniciativa per Catalunya (Initiative pour la Catalogne, IC, formation exclue de IU), qui survit institutionnellement. Un autre élément important de ces élections réside dans le fait que la Chunta Aragonesista (Junte Aragonaise, CA, nationalistes de gauche) gagne un siège, qui sera occupé par le célèbre auteurinterprète José Antonio Labordeta, alors que le Partido Andalucista (Parti Andalou) fait son retour au Parlement. Enfin, le Bloque Nacionalista Galego (Bloc Nationaliste
Galicien) se renforce, certes moins spectaculairement que prévu, en passant de 2 à 3 sièges.
Un élément fondamental de ces élections a été l'augmentation de l'abstention, qui franchit la barre des 30 % (30,02 %, contre 22,62 % en 1996), abstention plus massive en Catalogne et au Pays basque (bien que la campagne de boycott des élections de la part de EH n'ait pas eu le succès escompté). Le vote blanc est lui aussi en augmentation : il passe de 0,97 % à 1,58 % c'est-à-dire 366 083 électeurs. L'abstention demeure cependant en retrait d'environ 7 % par rapport aux élections européennes de juin 1999 Le triomphe écrasant de la droite "espagnoliste"
Plusieurs conclusions partielles s'imposent. La première touche aux facteurs qui ont pu contribuer à la victoire si retentissante et si générale (y compris dans une partie du Pays basque) du PP. Probablement, le
Résultats des élections législatives du 12 mars 2000
Partis % Voix Députés
PP 44,54 10 230 287 183
PSOE 34,98 7 828 001 125
5,46 1 253 821 8
CiU 4,20 964 990
PNV 1,53 351 816 7
CC 1,06 243 489 4
BNG 1,32 302 726 3
PA 0,90 205 720
ERC 0,84 193 629
IC-V 0.52 118 846
EA 0.44 100 570
Chunta 0,33 75 234 PP : Parti populaire ; PSOE : Parti socialiste ouvrier espagnol ; IU : Gauche Unie ; CIU : Convergence et Union (Catalogne) ; PNV Parti nationaliste basque ; CC : Coalition canarienne ; BNG : Bloc nationaliste galicien ; PA : Parti andalou ; ERC : Gauche Républicaine de Catalogne ; IC-V : Initiative pour la Catalogne alliée aux Verts ; EA : Eusko Alkartasuna ; Chunta : Junte aragonaise.
Victoire électorale
du Parti Populaire
principal facteur est celui des effets de la conjoncture économique favorable, qui ont permis de masquer la visibilité de conséquences néfastes comme le chômage, la précarisation du travail et la féminisation de la pauvreté, les inégalités grandissantes dans la distribution de la richesse, ou la concentration économico-financière et médiatique croissante. La réduction des impôts directs et des taux d'intérêts, les promesses d'augmentations des retraites, ce que l'on a appelé le "capitalisme populaire" avec la vente d'actions des entreprises privatisées, toutes ces mesures ont permis à Aznar et Rato (le ministre de l'Économie et des Finances) d'apparaître comme des semeurs d'illusions dans les secteurs sociaux qui ne voyaient pas de divergences majeures entre ce que proposait le PP et ce que promettait Almunia (secrétaire général du PSOE). Un autre élément a pu être l'utilisation des attentats de ETA et l'expérience coûteuse des pactes de "gouvernabilité" avec CiU pour démontrer que seul le PP pouvait garantir "l'unité de l'Espagne" et la possibilité de diriger le pays sans dépendre des nationalismes "périphériques. Ces deux arguments ont réussi à contrecarrer les condamnations d'agissements racistes comme ceux de El Ejido, où le PP a vu augmenter fortement son nombre d'électeurs, ils ont réussi à faire obstacle aux dénonciations de scandales comme celui des stock-options de l'entreprise Telefónica ou de l'affaire Pinochet. Cette stratégie de diversion a été menée à bien grâce au contrôle qu'exercent la majorité des médias, au service du PP, sur "l'agenda politique". II faut aussi mentionner, comme facteur secondaire, la critique démagogique faite par le PP du pacte PSOE-IU, en parlant de "programme occulte" ce qui a favorisé une mobilisation plus importante de son électorat. * Jaime Pastor est membre du courant Espacio Alternativo et de la présidence fédérale de Izquierda Unida. 1. La gauche nationaliste basque (Herri Batasuna et Euskal Herritarrok, entre autres) avaient appelé au boycott des élections.
En revanche, comme le reconnaissent maintenant les dirigeants des deux formations, le pacte PSOE-IU « n'a pas fonctionné ». Dans un climat de démobilisation quasi générale de la gauche et de la majorité des organisations sociales, l'accord programmatique de gouvernement n'a pas suscité « l'espoir » espéré par le Manifeste des intellectuels, encouragé par les deux
Lose Maria Aznar partis, et dont certain(e)s, y compris d'entre nous, pensaient qu'il pourrait surgir dans des secteurs déterminés comme les syndicats. Au final, pas même les leaders de l'UGT et des CCOO, les deux principales organisations syndicales, n'osèrent apporter un soutien public à la gauche, connaisseurs, sans doute, des dernières enquêtes d'intentions de vote, non rendues publiques, et plus intéressés à donner la priorité à la reconduction du dialogue avec le parti qui allait gagner les élections.
Le pacte a été interprété comme « opportuniste » dans le sens le plus strict du terme. La direction du PSOE, après avoir éliminé ses secteurs oppositionnels internes des listes de candidats, était consciente que, seule, elle n'arriverait pas à gagner des voix . Il s'agissait seulement de donner un tour tactique à ses alliances à gauche sans cesser de regarder politiquement vers le "centre", ce qui a malgré tout déconcerté cette partie de son électorat. La direction du IU avait simplement comme objectif de signer un accord, quelque soit son contenu programmatique, afin d'éviter la chute finale et la disparition institutionnelle. Les concessions politiques faites au PSOE et la confusion qu'elles ont créée parmi les militants et les 2. Du nom de Felipe González, ex-secrétaire général du PSOE et Premier ministre jusqu'en 1996 3. Les "communautés autonomes" sont l'équivalent de régions administratives, mais avec des pouvoirs étendus. 4. Francisco Fernández Buey, "Sobre la unidad de la izquierda aquí y abora", Rebelión, 26 janvier 2000. 5. Le jour des élections, le Réseau citoyen pour électeurs, élevés pour certains dans « l'antifélipisme » (2) et pour d'autres dans le culte du « programme, le programme, le programme » expliquent que si d'un côté l'aspect unitaire de l'accord a pu lui faire gagner quelques voix, cette orientation en a certainement fait perdre aussi de l'autre.
Même s'il faut attendre les clés d'interprétation que nous fourniront les enquêtes sociologiques, il n'est pas téméraire d'avancer que parmi les abstentionnistes (environ 10 millions d'électeurs), on retrouve ceux qui sont restés perplexes et sans illusions devant un pacte électoral incapable de contrebalancer les espoirs de victoire de la droite. On peut en conclure que le pourcentage d'abstentionnistes (et de ceux ayant voté blanc) liés à la gauche sociale (et pas seulement à la gauche radicale) a pu être significatif pour faire pencher la balance, si l'on tient compte du fait que le PP a gagné 1,8 millions de voix par rapport aux européennes alors que la gauche n'a gagné que 400 000 voix
Il faut tout de même reconnaître que dans certains endroits (Madrid, les Asturies, par exemple), IU a réussi à freiner son déclin électoral, mais ce n'est pas le cas partout (Andalousie, Baléares). Le problème de la direction de IU est qu'elle se faisait des illusions sur le fait que le pacte avec le PSOE avait modifié la conjoncture politique jusqu'à pouvoir mettre en déroute le PP, former un gouvernement de gauche... avec des ministres de IU, en plus de gagner un nombre non négligeable de sièges de sénateurs (malgré l'accord de désistement avec le Parti socialiste, IU n'en a obtenu aucun) et de sortir de la crise financière interne. C'est pour cela que Francisco Frutos, candidat numéro 1 de IU et secrétaire général du Partido Comunista Español (Parti Communiste Espagnol, PCE), a reconnu sa « déroute sans circonstances atténuantes » et sa frustration de n'avoir pas réussi dans ces élections le « sursaut spectaculaire » qu'il avait annoncé durant la campagne.
A cela il faut ajouter le résultat des élections régionales andalouses. Là, même si le PSOE a réussi à conserver une majorité relative, la progression du PP est significative, alors que le recul de IU est comparativement plus fort que dans le reste de l'État espagnol, l'abolition de la dette extérieure, appuyé par environ 25 000 activistes, principalement des jeunes, a organisé une consultation populaire avec des tables de vote dans les lieux publics. Ce "référendum" a été interdit par la Junte électorale centrale et dans plusieurs villes et régions, il n'a pas pu avoir lieu. Malgré cela, les organisateurs considèrent que la participation a été élevée, ce qui permettra de continuer la campagne et d'augmenter encore son audience.
passant de 13 à 6 sièges. Bien sûr, il n'y a pas eu d'accord avec le PSOE pour les élections à la Communauté andalouse (3), mais ce n'est pas faute de volonté de la part du coordinateur général de IU, Antonio Romero, qui n'a pas arrêté, tout au long de la campagne, de demander un « accord de gouvernement » et d'accuser de sectarisme le leader du PSOE andalou, Manuel Chaves.
Pour notre part, nous réaffirmons que le pacte signé n'était pas « le seul possible ». Une force de gauche transformatrice ne doit jamais accepter cette argumentation alors qu'elle cache le renoncement à des aspects de son programme qui pourrait laisser IU « sans identité, sans profil et, très probablement, sans espace politique dans le futur », comme l'écrivait Francisco Fernández Buey dans un article publié avant la conclusion de l'accord (4). Nous considérons que l'on aurait pu arriver à un accord d'investiture, de soutien mutuel pour le Sénat et à une déclaration commune générale, sans engagement de gouvernement, qui n'inclue pas les points dramatiques concernant le respect des engagements internationaux, le Pacte de stabilité, la politique fiscale ou le conflit basque. Ce type d'accord n'aurait probablement pas généré un enthousiasme majeur, mais il aurait au moins garanti un équilibre entre, d'un côté, une forme d'unité d'action de la gauche contre la droite qui élimine tout soupçon de "connivence" avec le PP, et de l'autre, le maintien de signes d'identité basiques de IU
Si au caractère inacceptable de cet accord on ajoute l'expérience d'une campagne électorale au cours de laquelle Almunia a passé son temps à réaffirmer que la politique de privatisations a été initiée par Felipe González et qu'il la respecterait, de même qu'il n'a cessé "d'oublier" l'objectif des 35 heures dans son annonce des 18 premières mesures à prendre au cours des 100 premiers jours de gouvernement, on ne peut que tirer un bilan critique.
En réalité, concernant les deux principaux axes de polarisation de l'électorat, la question sociale et celle de la reconnaissance du caractère plurinational de l'État espagnol, aucune différenciation claire de la part de la gauche nationale n'a pu être observée, au cours de la campagne, par rapport au PP. Il ne serait donc pas surprenant qu'une partie des ex-électeurs du PSOE aient voté pour le PP et qu'une autre partie ait choisi l'abstention ou le vote nationaliste de gauche. IU non plus ne s'est pas préoccupée de mettre l'accent sur des thèmes non économiques, à part sur l'affaire Pinochet et, finalement, sur le soutien à l'initiative de référendum sur la dette extérieure (5). L'attitude d'ignorance
face à des mobilisations comme celle du secteur alternatif des étudiants de Madrid et d'autres villes le 9 mars est aussi une illustration de la préoccupation de donner une image « respectable » pour se soumettre à une « culture de gouvernement ».
Ce n'est pourtant pas le temps qui a manqué pour expliquer les accords (des journaux comme El País et une chaîne de télévision comme Canal Plus les ont largement popularisés...). Le problème se situe dans le contexte de démobilisation de la gauche et de manque de crédibilité d'un pacte entre deux formations qui ont effectué un virage à 180 degrés dans leur politique d'alliances pour des raisons fondamentalement politiques. Pas de raccourci électoraliste pour la reconstruction de la gauche
Nous nous trouvons désormais devant la consolidation du nouveau cycle politique qui a commencé en mai 1995, au moment des élections autonomes (régionales) et municipales, et qui s'est confirmé par « l'amère victoire » du PP en mars 1996. Depuis, la droite politique a resserré ses liens avec le bloc du pouvoir économique et social dominant, a approfondi des aspects de la politique économique développée par le PSOE (comme les privatisations), a poursuivi la politique des socialistes dans d'autres domaines (politique étrangère atlantiste, Union Européenne), et a introduit de nouveaux éléments qui impliquent des ruptures avec la période antérieure, notamment sur le terrain culturel et des médias. La direction fédérale de IU, obsédée par son objectif de « dépasser » le PSOE, a pris un retard énorme pour comprendre ce changement de cycle. Ceci l'a conduit à des erreurs tactiques graves depuis mai 1995, jusqu'à ce que, lors de la Ve Assemblée fédérale de IU, il a été décidé de miser sur « l'unité d'action de la gauche » pour finalement aboutir à un pacte de gouvernement autour du programme... du PSOE.
Aujourd'hui, le risque existe que la consolidation au pouvoir d'une droite néolibérale, "espagnoliste" et xénophobe conduise à une surestimation de sa force dans la société et de considérer que le seul choix valable serait d'opter pour le « moins pire » et pour la reconstruction de l'unité d'action de la gauche autour du "centre" politique. C'est probablement la lecture que fera un secteur significatif des « barons » du PSOE et, il faut le craindre, aussi d'une partie de la direction fédérale de IU. Cela ne veut pas dire nous sous-estimions la portée historique dont témoigne la victoire électorale du PP. Il est indéniable que celle-ci va marquer le début d'une offensive contre les positions institutionnelles et sociales de la gauche dans plusieurs communautés autonomes (régions), municipalités et organisations sociales. Ce triomphe risque de se convertir en menace immédiate pour les plus faibles et les plus vulnérables socialement, à commencer par les travailleurs immigrés. Le Pays basque, particulièrement, va continuer à être un foyer de tension, même s'il ne faut pas écarter qu'un changement de tête au ministère de l'Intérieur permette de combiner la politique de la carotte et du bâton avec le PNV.
Mais nous devons commencer à nous interroger sur les projets stratégiques de recomposition qui peuvent être mis sur pied précisément parce que la déroute électorale subie doit être digérée sur le moyen terme Quant au PSOE, il est encore trop tôt pour faire des pronostics, mais il est évident que c'est le PP qui en a finalement terminé avec le « félipisme ». Une nouvelle étape s'ouvre pour les socialistes, au cours de laquelle, comme il est de tradition dans ce parti, on parlera plus de nouveaux leaders que de iJO. Y SI ENCIMA TUVIERA CARISNA!. «Qu'est- ce que ce serait si j'avais du charisme » (Aznar) projets. Cependant, on peut noter deux perspectives et demie possibles : la première est de regarder plus vers le "centre" pour disputer l'espace gagné par le PP ; la seconde est de se débarrasser de la « troisième voie » et de reconstruire un projet socialdémocrate ; et la "demie" serait celle qui pourrait provenir de régions comme la Catalogne, où les deux perspectives antérieures s'accompagneraient d'une tonalité fédéraliste qui les différencieraient de "l'espagnolisme" dominant. Dans tous les cas, ces perspectives seront assorties d'une demande de réinsertion dans la société et dans les réseaux citoyens qu'il ne faudra pas dédaigner.
IU, pour sa part, devrait commencer par reconnaître qu'il faut en finir avec les embardées dans les politiques d'alliances et avec le traitement sectaire des différents courants internes (y compris Espacio Alternativo) et de beaucoup d'organisations sociales. Il lui faudrait aussi se convaincre qu'il n'y a pas de raccourci électoraliste possible pour sortir de sa position minoritaire dans la société, même en faisant un saut aussi rapide vers le "transformisme" politique, à l'image de celui effectué pour conclure l'accord avec le PSOE. Après cette première phase d'autocritique, la tâche, à moyen terme, serait de continuer à critiquer, évaluer et réinterpréter nos sociétés pour pouvoir taire obstacle à la progression des valeurs de droite chez ceux "d'en bas". Ce programme de recherche et d'action collective politique, sociale et culturelle devrait se baser sur la priorité donnée au travail de reconstruction de "noeuds" de réseaux citoyens et d'organisations sociales, en en renforçant la puissance, en appuyant leurs initiatives et en respectant leur autonomie. Dans ce processus, le rôle des syndicats pourrait être fondamental, mais à condition qu'ils procèdent eux aussi à une refondation comme mouvements confédérés en défense d'une nouvelle citoyenneté sociale, écologique, féministe et solidaire, dépassant ainsi leurs pratiques néo-corporatistes. S'il en allait différemment, les expressions de malêtre des secteurs les plus défavorisés se manifesteront par d'autres canaux, syndicaux ou extra-syndicaux, même s'il ne trouvent pas à s'organiser dans une infrastructure nécessaire à la défense des droits fondamentaux, à commencer par un emploi stable et de qualité. De nouveau, l'objectif des 35 heures devrait être repris avec force dans une perspective de partage du travail et des richesses à l'échelle de l'UE. En plus de cela, il faudra être ouvert à la sympathie que suscitent des objectifs comme l'abolition de la dette, la lutte pour le contrôle des mouvements de capitaux, ou la diversité des luttes sectorielles (santé, éducation, logement continuent à être des questions centrales) et locales.
Même dans le cas où nous nous mettrions d'accord sur la nécessité de ce travail de reconstruction des liens avec la gauche sociale et culturelle ainsi qu'avec les « gens d'en bas » en général, trois projets différents semblent voir le jour au sein de IU. Le premier serait d'approfondir l'adaptation à un "social-libéralisme" en crise et à un discours "néo-espagnoliste" qui s'accompagnerait, en plus, d'un abandon de la pratique du modèle organisationnel fédéral. Le second serait le retour au discours "des deux rives" (IU dans un camp, et le PP et le PSOE dans l'autre) et à l'affirmation de l'identité d'une IU "communiste" et centralisée. Le troisième, enfin, pourrait être celui de ceux, nombreux même s'ils sont de moins en moins actifs au sein de IU, qui continueraient à parier sur une gauche alternative, fédéraliste, partisane de la plurinationalité et du res-
Espagne & Euskadi (Pays Basque) pect du pluralisme politique interne, dans laquelle il faudrait donner un poids plus important au discours et à la pratique de la fusion effective du rouge, du vert et du violet (couleur assimilée au féminisme en Espagne) Chacun de ces trois projets donne une réponse distincte au problème de « l'unité d'action de la gauche » contre la droite. La première continue à avoir pour référence centrale le PSOE et minimise, sinon dédaigne les gauches nationalistes et les collectifs éloignés de la politique institutionnelle. La seconde persévère dans une conception avant-gardiste et patrimoniale de la gauche, reléguant à la simple tactique la relation avec les autres forces. La troisième croit dans la possibilité de construire une gauche radicale qui puisse, en même temps, aboutir à des formes de convergence avec le PSOE, avec les gauches nationalistes et avec ce secteur de la gauche sociale politisée qui s'est abstenu ou s'est éloigné ces derniers temps de u.
Le triomphe de cette troisième option devrait pouvoir conduire en réalité à une refondation de IU et impliquer un changement de nom, en plus d'une rénovation générationnelle en profondeur, en faisant coïncider la composition de ses directions avec celle de la majorité de ses électeurs. Mais il sera difficile de réaliser ces objectifs lors de la Vie Assemblée, surtout si, après la faible autocritique opérée jusque là, on cherche à nous obliger à nous centrer sur la question de la succession de Julio Anguita.
C'est pour cela que les militants de lU feraient bien de consacrer leur énergie à travailler vers l'extérieur de IU avec les organisations sociales actives, dans la préparation de la contre-offensive face à la droite, plutôt que de se laisser enfermer, de nouveau, dans des dynamiques autocentrées et dans des luttes pour des parcelles de pouvoir interne. Car, il faut le répéter, tant que nous n'arriverons pas à créer les conditions d'un nouveau cycle de mobilisations sociales qui ouvre la possibilité de rendre d'actualité des "réformes non réformistes" , nous pourrons difficilement avancer dans la reconstruction de la gauche et remettre en question l'hégémonie du néolibéralisme sur la société.
Concernant Espacio Alternativo, tout cela signifie que nous allons consacrer nos efforts à ce travail de "pont" entre le politique et le social, qui a été une des raisons de notre constitution comme réseau de collectifs et comme courant au sein de IU. Pour réaffirmer et renforcer notre projet, nous organiserons notre Il Rencontre confédérale les 20 et 21 mai prochains. •
Madrid, 19 mars 2000
Par