Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EUSKADI (PAYS BASQUE)

Une crise durable du leadership national

· Inprecor n° 446, avril 2000 · p. 20-23 · 3 426 mots

Euskadi État espagnol

José Ramón Castaños "Troglo"* 1 . MARS 2000 transmettent une image LES ÉLECTIONS ESPAGNOLES DE de la société basque à l'opposé de celle offerte par les élections basque et navarraise de 1998 et 1999. Si l'on avait pu y observer la progression des partis basques par rapport aux "espagnolistes", au cours des élections de mars 2000, ce rapport s'est inversé en faveur des seconds. Pour avoir une idée des tendances à l'œuvre, il faut croiser les données qui ressortent des diverses consultations électorales dans le tableau ci-contre.

A travers ce tableau comparatif, on peut observer plusieurs choses. En premier lieu, que l'électorat basque vote de façon très différente lorsqu'il s'agit du cadre local, national (Pays basque ou Navarre) ou celui de l'État espagnol, et que les majorités peuvent changer d'un scrutin à l'autre. En second lieu, on peut remarquer qu'à part de légères vicissitudes, une fracture politique entre blocs opposés persiste : souverainistes basques et constitutionnalistes espagnols, qui divise en deux la société basque. D'autre part, si on croise les données de l'Autonomie basque et de l'Autonomie navarraise (inversion de majorités), on peut évaluer la ditticulté d'articuler un pouvoir politique unifié dans les deux territoires, à moins que ne s'établisse un pacte d'intérêts mutuels entre eux.

Concernant les élections de mars 2000, les résultats des élections espagnoles au Pays basque peuvent se résumer ainsi : — Une progression du PP-UPN (2) ; — Un recul continu du PSOE ; - Un déplacement du leadership dans le bloc "espagnoliste" depuis la gauche socialdémocrate jusqu'à la droite post-franquiste ; — La disparition de Izquierda Unida comme * José Ramón Castaños "Troglo" représente la Charte des droits sociaux (GOGOA) au sein du pacte de Lizarra. 1. L'UPN est l'organisation du Parti Populaire au Pays basque.

A la croisée

Une crise durable du

référent électoral au Pays basque ; - L'échec retentissant de la politique abstentionniste de la gauche nationaliste, parce qu'elle a donné la majorité électorale à la droite "espagnoliste", et parce que sa proposition politique, loin d'avoir été suivie par la société, n'a été écoutée que par 7 % de son propre électorat. — La progression électorale du PNV, qui a réussi à réaffirmer son leadership politique sur le Pacte de Lizarra en raison du nombre de votes en provenance de la gauche nationaliste. L. MENT PROFOND comme parait le S'EST-IL PRODUIT UN CHANGEmontrer l'arithmétique électorale ? La forte impression qu'ont provoqué ces résultats a donné lieu à des commentaires très superficiels. Mais si l'on souhaite comprendre la complexité du labyrinthe basque, il est nécessaire de s'éloigner des "lectures idéologiques" de la réalité qui sont l'objet des extrêmes politiques. Tous les médias ont par exemple assimilé la progression du PP avec l'idée d'un peuple basque qui se serait converti à l'idéologie nationale espagnole Cette lecture idéologique de la réalité est évidemment une mystification intéressée, comme nous le verrons plus loin. Mais de l'autre côté, au sein du "front nationaliste" quelque chose d'identique se produit de façon inversée. Les propagandistes, dans leur désir de prendre leurs rêves pour des réalités, banalisent le triomphe de la droite espagnoliste comme si elle n'impliquait aucune modification de la situation politique. Ceux-ci nous rappellent avec raison que la masse des électeurs basques tend à se comporter de façon différente selon le type de consultation électorale. Dans le tableau récapitulatif des résultats, on peut remarquer que lors des élections basques se renforcent les tendances au vote utile pour les partis nationalistes, car c'est lors de ces élections que se joue le pouvoir politique national (c'est-à-dire basque), alors que dans les élections espagnoles, où se règle la question du pouvoir de l'Etat, les tendances au vote utile se déplacent vers les partis espagnols

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Nous avons séparé Izquierda Unida des deux blocs en opposition car il a participé aux deux, même si ces deux dernières années il s'est indiscutablement aligné sur le bloc des souverainistes basques.

des chemins

(PSOE, PP, IU...). On ne peut faire d'analyse sérieuse sans prendre ces éléments en compte, d'autant que ces comportement électoraux se répètent depuis plus de vingt ans. Mais ils n'expliquent pas pour autant l'amplitude sociale qu'a prise la tendance au vote utile vers les partis espagnolistes, ni la gravité de ce problème en Navarre, ni le déplacement du PSOE vers le PP, ni la concentration du vote utile dans le PNV. Qu'on le veuille ou non, la réalité est là, qui nous donne une image à l'opposé de celle laissée dix-huit mois avant avec l'espoir ouvert par le Pacte de Lizarra.

Ces élections ont exprimé un changement politique très profond dans la perception que la société a des partis politiques et des propositions qu'ils formulent. Ce changement est particulièrement important en ce qui concerne le Parti socialiste et la gauche nationaliste, les deux ayant été, à leur manière, les responsables directs de la crise de leadership dans lequel est rentré le Pacte de Lizarra. Le PSOE, parce qu'il a renoncé à participer à l'offre de solution dialoguée au problème national et à la question de la violence. La gauche nationaliste, parce que la rupture unilatérale de la trêve militaire a rendu responsable ETA du renversement général des tendances politiques ouvertes depuis Lizarra.

Elections espagnoles, résultats au Pays basque et en Navarre 1993 1996 2000 PNV 292 319 352 EA 130 116 101 HB 174 154 Abs. Total 596 589 ? PSOE 291 295 347 PP-UPN 191 311 472 Total 482 606 819

103 165 85 leadership national rée au point de penser que nous sommes face à un changement irréversible. Elle peut pièces maîtresses du jeu, le Parti socialiste et la gauche nationaliste, modifient leurs stratégies politiques respectives. Pour cela, il faut commencer par reconnaître ses erreurs, car ce sont elles (et seulement elles) qui sont la cause directe de la défaite.

3. POLITIQUES. La société basque est

coupée en deux blocs politiques irréconciliables : le projet souverainiste du Pacte de Lizarra et le projet constitutionnaliste espagnol du Forum de Enea. Il faut tout de suite signaler que ces blocs ne correspondent pas à une supposée division entre Basques autochtones et Espagnols émigrants. Nous ne sommes pas non plus en présence d'une fracture de cohabitation entre deux communautés nationales, car la division identitaire entre ceux qui se définissent eux-mêmes comme nationalistes et Basques", et ceux qui le font comme "Basques-Espagnols" et constitutionnalistes n'empêche pas la solidarité ni la rupture des droits de citoyenneté universels, en marge des sentiments identitaires ou des affinités Résultats électoraux au Pays basque et en Navarre exprimés en milliers de voix Elections autonomes basques 1994 1998 PNV 304 350 EA 104 108 HB-EH 165 222 Total 573 680 PSOE 175 220 PP 174 266 Total 349 486 1U 93 70

Même si elle en donne quelque fois l'impression, la crise basque n'est pas désespéde nouveau rebondir, pour peu que les deux

LE RETRANCHEMENT DES BLOCS militaire

"seulement etc.

Elections autonomes navarraises

1995 1999

PNV

15

17

EA

14

16

EH

25

47

Total

54

80

PSOE

248

275

UPN

240

346

Total

488

621

TU

121

75

(Pays Basque) Euskadi politiques. La délimitation de ces factions politiques il y a vingt ans a été la conséquence inévitable d'un acte politique : le rejet basque de la constitution espagnole. I| s'agit là d'un problème complètement étranger aux contlits d'identité, à tel point que lorsqu'il s'agit de classifier les partis de la gauche espagnole au Pays basque, il n'est pas toujours juste de les inclure dans le bloc espagnoliste. Et ce d'autant moins dans le cas des premières élections législatives au cours desquelles le PSOE avait parié sur les thèses de l'autodétermination, et ça ne l'est pas non plus dans la cas de la section basque de Izquierda Unida, celle-ci ayant participé activement au Pacte de Lizarra jusqu'au moment où ETA a décidé de rompre la trêve

Pour comprendre la politique basque, il faut s'immerger dans la dialectique de cette politique des blocs, dont les traits les plus significatifs sont les suivants : — La perméabilité, qui s'apprécie par le fait que les partisans de l'un ne sont jamais tout à fait les mêmes et que chacun des partis politiques participe à des alliances avec des partis de l'autre bloc. C'est le cas des alliances croisées qui ont existé au cours de ces vingt dernières années : pacte de gouvernement, alliances sociales opposées aux alliances politiques, alliances inter-nationalistes superposées aux pactes antiterroristes, — L'équilibre des forces divise en deux parts égales la société basque. Ce qui est caractéristique est la cohabitation superposée des pulsions souverainistes de Lizarra et des pulsions contraires, de telle manière que le succès apparemment retentissant d'une des deux parties dans une élection ne doit pas être surestimé, car quelques mois après, dans la consultation suivante, se produit souvent le phénomène inverse. — Le retranchement de ces blocs politiques entraîne une situation d'égalité infinie, dont la conséquence durable est une crise de leadership national. Si on prend en compte que cette situation se reproduit dans les mêmes termes à chaque cycle électoral qui s'ouvre, on comprendra l'impuissance de chaque

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Euskadi (Pays Basque) bloc pour obtenir des majorités électorales qualifiées. - La nouveauté de la situation présente est que le fossé politique qui sépare les deux blocs a été radicalisé par chacun des extrêmes : le gouvernement espagnol veut résoudre le problème basque par la méthode policière, et ETA aspire à recréer les conditions pour une sortie dialoguée, en démontrant par les armes qu'il faudra compter avec elle. Les efforts du Pacte de Lizarra pour dépasser la dialectique des blocs ont pour le moment échoué. 4. ENTRE LES BLOCS POLITIQUES MALGRE TOUT, LA FRONTIERE EST MOUVANTE. Elle s'est modifiée dans deux directions opposées, dans un mouvement de va-et-vient. L'équilibre s'est déplacé d'abord en faveur des thèses du souverainisme basque (Pacte de Lizarra), mais la résistance au changement du gouvernement espagnol et l'évolution du Parti socialiste (substitution de l'alliance avec le PNV par le pacte avec le PP) déplace le balancier en sens contraire. Le Pacte de Lizarra rencontre des difficultés pour se développer. La gauche espagnole lui tourne insolemment le dos. Loin de défendre les droits démocratiques des nationalités, elle s'est convertie en un des piliers de l'État centraliste. Sa campagne contre la nationalisme basque a contribué à mobiliser l'opinion publique espagnole contre le droits des nationalités en général, en provoquant au passage la paralysie de la Déclaration de Barcelone (alliance des nationalistes basques, catalans et galiciens). La crainte de devenir la cible de la furie espagnoliste a eu pour conséquence que ce front de nationalités ne se consacre plus qu'à des jeux de déclarations vides sur la question nationale, sans engagement d'action solidaire pour le droit collectif à l'autodétermination. L'isolement qui en a résulté est encore plus évident lorsque se ferment les portes des chancelleries européennes, et ce changement de décor provoque une nervosité politique et la modification de stratégie politique de ETA. Sa décision de rompre la trêve militaire déplace l'équilibre politique vers la droite. Le fossé entre les blocs politiques s'est modifié dans une direction contraire à celle espérée suite au pacte de Lizarra. 5 . PÉNÉLOPE. Ceux d'entre nous qui ont ETA OU LE SYNDROME DE voulu voir dans l'annonce de la rupture de la trêve une mise en garde au gouvernement, au Parti socialiste et au PNV se sont trompés. ETA a mis sa menace à exécution en assassinant un militaire à Madrid. Nous avons ensuite voulu y voir une rupture tactique ; une sorte de concrétisation de la menace pour que les autres la prennent au sérieux. Au bout du compte, ETA avait démontré sa capacité opérationnelle et sa volonté d'agir si on ne la prend pas au sérieux. Nous nous sommes encore trompés. ETA a assassiné en pleine campagne électorale le porte-parole des socialistes basques (Fernando Buesa) et a ainsi provoqué une crise générale aux conséquences imprévisibles. — ETA a dilapidé la crédibilité du Pacte de Lizarra et des alliances parlementaires. Qui va croire dans la bonne volonté de ce projet, quand aucune des forces politiques, syndicales et sociales qui le soutiennent ne sont capables d'assurer le silence des armes ? Comment maintenir dans ces conditions la crédibilité d'un gouvernement (du Pays basque) qui s'appuie sur un pacte non respecté par ETA ? Personne. — ETA a aussi dilapidé la crédibilité de la gauche nationaliste à diriger le mouvement de refondation de la gauche basque. Ce processus a été brutalement interrompu, car il ne peut y avoir de regroupement des forces, ni d'alliance entre la gauche politique et la gauche syndicale, ni de rénovation du discours, ni de construction de nouvelles valeurs idéologiques avec une lutte armée réactivée. L'autonomie politique des organisations de la gauche nationaliste (Euskal Herritarrok, le syndicat LAB, etc.) par rapport à ETA a été "gelée" radicalement comme conséquence de la "solidarité" que demande la lutte armée. Le poids mort que représente pour la gauche nationaliste la répression policière (500 prisonniers et 2 600 exilés) pousse à l'unité entre les organisations civiles et l'organisation militaire malgré les énormes divergences politiques qui existent entre elles. Les stratèges de ETA jouent sur ce chantage émotionnel. Ils se consacrent à découdre la nuit le tapis des alliances politiques et des régénérations du discours filées le matin par les organisations civiles de la gauche nationaliste. Tant qu'existera cette relation de tutelle, de quasi vassalité, il n'y aura pas de futur pour la gauche ni pour la nation basque. O . LISME BASQUE est un autre facteur LA DÉGÉNÉRESCENCE DU SOCIAdéterminant du blocage de la sortie politique du conflit. C'est un problème que perçoit la majorité de la société, et malgré cela, que ne reconnaissent qu'une partie des dirigeants socialistes. Le PSOE se caractérise par l'accusation faite à ETA d'être une organisation autiste, mais la qualification d'autisme politique peut aussi être appliquée à ses détracteurs.

Aujourd'hui, personne au sein de la direction du Parti socialiste ne reconnaît que le déplacement du leadership politique vers la droite espagnoliste doit être inscrit au passif du PSOE.

Il est incontestable que la reprise de la lutte armée de ETA a mobilisé en réaction le vote de secteurs dépolitisés de la société (généralement abstentionnistes), contre l'idée de barbarie qu'évoque l'assassinat politique. Il ne s'agit pas d'un vote espagnoliste et anti-basque comme veut le faire croire le PP, mais d'un vote de rejet des méthodes violentes d'action politique. Cependant, cela n'explique pas pourquoi ce vote de réaction contre ETA a été pour la droite et pas pour la social-démocratie.

Il faut chercher l'origine de l'échec socialiste dans le changement d'alliances politiques promu par l'équipe de Fernando Buesa (assassiné par ETA en pleine campagne électorale) et de Nicolas Redondo, qui, à la différence de son père, le charismatique leader de l'UGT radicalement opposé au libéral-socialisme de Felipe González, a cassé la continuité historique du socialisme basque et son alliance politique avec le nationalisme démocratique. La cohabitation PSOE-PNV remonte au Pacte de San Sebastián de 1931 pour la proclamation de

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la seconde République espagnole, et se prolonge dans les démarches en vue du premier statut d'autonomie basque (1936), dans la guerre civile contre le fascisme, dans la résistance démocratique contre la dictature franquiste, dans la préparation du Statut de Guernica (1977), et, au cours des vingt années suivantes, du gouvernement autonome basque. La consistance de cette alliance a permis l'intégration citoyenne des 50 % de la population basque d'origine non-basque, et trois générations successives de citoyens basques ont été éduqués dans cette culture de dialogue et d'échange culturel. La grande erreur de l'équipe Buesa-Redondo a été d'inverser une tradition historique qui a fait la grandeur du socialisme basque, pour la troquer contre une alliance avec le PP afin de disputer au PNV le direction du gouvernement autonome. Ainsi, ce qui avait été présenté au départ comme une rupture tactique du pacte de gouvernement avec le PNV pour dégager un espace électoral s'est converti au fil du temps en un renversement général d'alliance politique. De la critique ponctuelle du PNV, on est passé à la défense de la constitution centraliste. De la voie du dialogue pour résoudre le problème de la violence, on est passé à l'opposition radicale contre le plan de paix du président Ardanza, et de là à un saut dans le vide contre la proposition de Lizarra, alors même que celle-ci amenait la trêve de ETA et l'offre de dialogue.

Le socialisme basque a ainsi perdu son rôle historique. Là où il existait avant une recherche consciente d'intégration citoyenne est apparue l'idée d'une scission politique d'une communauté basque-espagnole sise dans la classe ouvrière d'origine non-basque. Là où il existait des discours de dialogue et de détente apparurent bientôt des discours de guerre et d'appui inconditionnel à la politique antiterroriste de la droite. Son renoncement à délimiter un profil démocratique et social de la gauche par rapport à la droite a produit l'inévitable : pour en finir avec la violence et le nationalisme radical, il vaut mieux choisir l'original à la copie, la fermeté bien connue de la droite plutôt que les fanfaronnades d'une gauche qui l'imite.

L'autre problème est que l'échec du PSOE a entraîné avec lui Izquierda Unida, qui a perdu son seul député. L'addition de ces débâcles implique un changement de grande amplitude, car le parti du bloc constitutionnaliste historiquement ouvert au dialogue, avec lequel on pouvait espérer réorienter le traitement de la question basque vers des scénarios de type démocratique, s'est mué en une organisation n'aspirant plus qu'à une résolution du conflit par la voie de l'imposition, de l'assimilation nationale forcée et de la répression policière

L'IMPÉRIEUSE NÉCESSITÉ D'UNE

. RÉGÉNÉRATION collective de la gauche. Si l'on veut se pencher sur les nouvelles perspectives pour la crise basque, il est indispensable de parler de régénération des deux forces politiques qui détiennent les clés de la situation : le PSOE d'un côté, la gauche nationaliste de l'autre. Le Parti socialiste a commencé à donner des signes de changement, mais la manière dont évoluera finalement cette organisation ne sera pas seulement conditionnée par la situation basque mais surtout par la façon dont se résoudra sa crise de leadership à l'échelle de l'État espagnol. Il ne faut écarter aucune des trois hypothèses possibles :

a) Un bouleversement radical des directions et des projets politiques à l'échelle fédérale. Cette hypothèse, peu probable, ne doit donc pas préter a la spéculation.

b) Une reprise en main de la direction du parti par les "barons" de l'appareil "félipiste". Dans ce cas, compte tenu de l'espagnolisme étroit des Castillans, des Extramaduriens et des Andalous, le socialisme basque restera ancré dans le giron espagnoliste que nous connaissons.

c) L'équilibre des forces entre les différentes "baronnies" (le groupe susmentionné d'un côté, les Catalans de Maragall et le groupe basque accusé de "déviations nationalistes" de l'autre) permet une autonomie d'action de chacune des parties. Selon cette supposition, si les socialistes basques peuvent agir sans assujettissement centraliste, ils retourneront sans doute à leur tradition historique d'alliance préférentielle avec le

(Pays Basque) Euskadi nationalisme démocratique. Mais le problème sera encore une fois l'accord sur les contenus de l'autonomie basque (quelle souveraineté politique ?), la reconnaissance explicite de l'unité territoriale (Pays basque et Navarre) et la réouverture du dialogue avec Euskal Herritarrok et avec ETA. Nous sommes sûrs que ceci est le pari politique et l'offre réalisé par le PNV. On peut aussi être certains que la légitimation sociale qu'a obtenue dans les élections la politique des "solutions policières" mise en œuvre jusqu'à présent par la droite espagnoliste peut mettre en danger la démocratie espagnole (tentations totalitaires de la majorité absolue) et que cela peut inciter les socialistes basques à donner un virage radical à leur politique nationale. Soit dit en passant, les nationalistes catalans et galiciens sont aussi devant la possibilité de tisser, avec les nationalistes basques et les socialistes, une nouvelle alliance démocratique qui permette de résoudre définitivement le problème de l'articulation des nationalismes dans le nouveau contexte européen. La tâche est ardue mais cela en vaut la peine. Il s'agit bien de reconstruire depuis Lizarra une entente plus large qui inclue les socialistes basques et qui travaille à partir de là à attirer les syndicalistes de l'UGT et des CCOO. La condition sera la même que celle qui a rendu possible le Pacte de Lizarra : le retour de ETA à la situation antérieure de cessez-le-feu, avec cette fois-ci, au vu de la perte de crédibilité occasionnée par la rupture de la trêve, l'obligation de le rendre définitif. Ce sera la seule manière de rendre à la société civile et à la confrontation démocratique la place qui est la leur, loin des alliances tutélaires et des chantages politiques.

18 mars 2000

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