Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AMÉRIQUE LATINE - NOUVELLES DU FORUM DE SAO PAULO

Force et faiblesses de la gauche latino-américaine

· Inprecor n° 446, avril 2000 · p. 24 · 894 mots

Brésil Nicaragua

Force et faiblesses de la gauche latino-américaine Par Rafael Bernabe* D 19 au 21 fevrier sest croce d

Managua, au Nicaragua, la IX° Rencontre du Forum de Sao Paulo. A cette occasion, environ 60 organisations-membres et un peu plus de 200 délégués ont pris part aux débats, un chiffre un peu inférieur à celui des réunions précédentes, mais qui traduit l'intégration de secteurs très significatifs de la gauche latino-américaine dans ses acceptions les plus diverses et quelquefois divergentes. Utilité et frustrations

De manière générale, on peut dire que le Forum a montré une fois de plus tant ses forces que ses faiblesses, autant son utilité que son incapacité frustrante à dépasser certaines limites dans son développement organisationnel.

L'utilité du Forum est incontestable : comme lieu et occasion de réunion de quasiment toute la gauche latino-américaine dans toute sa diversité, comme moment pour renouer et revitaliser les liens et les contacts internationaux, qui demanderaient, sans cela, un voyage dans tous les pays de la part de chacun. De même que les années antérieures, une bonne partie de la Rencontre du Forum s'est déroulée sous forme de rencontres bilatérales et de groupes d'organisations ayant plus ou moins d'affinités, en dehors ou en marge des réunions plénières et des débats formels. Les plénières, comme par le passé, se sont caractérisées par le manque de débat réel d'idées ou de positions. Chaque organisation qui s'est exprimée a choisi comment utiliser son temps de parole. Certains ont présenté de brefs rapports sur la situation dans leur pays, pendant que d'autres ont abordé un des trois grands éléments soumis à la discussion : les deux documents élaborés par le Groupe de Travail (un texte bref intitulé "Déclaration de Niquinohomo" et un autre plus long, "La gauche face au nouveau millénaire"), ainsi que la thématique du fonctionnement et de la structure du Forum.

Il a été expliqué au début de la Rencontre qu'il ne s'agissait pas d'adopter le texte sur la gauche à l'aube du nouveau siècle, ce qui a eu pour conséquence de réduire considérablement le débat autour de son contenu. La Déclaration n'a pas non plus été beaucoup discutée. Une bonne partie des interventions se sont orientées sur la situation particulière de plusieurs pays : l'Équateur, à la suite des mobilisations qui ont provoqué la chute du Président Mahuad, la situation explosive en Colombie et les préparatifs d'une intervention * Rafael Bernabe est dirigeant du Front Socialiste de Porto-Rico, membre du Taller de Formacion Politica (section de la IVe Internationale), militant de l'Association portoricaine de professeurs universitaires, auteur du livre Respuestas al colonialismo en la politica puertorriquena, 1889-1929.

militaire internationale dans la zone, la lutte à Porto-Rico contre la présence de la marine des États-Unis sur l'île de Vieques, la solidarité avec Cuba autour du cas Elian Gonzalez, l'impératif de libération pour les prisonniers politiques dans plusieurs pays d'Amérique latine.

Concernant la Colombie, une analyse de la campagne de diabolisation de ce pays a rencontré un vif intérêt. Cette entreprise médiatique, qui dépeint la région comme une zone, une terre n'appartenant à personne, en plein désordre, source du narcotrafic, produit les images nécessaires pour justifier dans l'opinion publique des États-Unis une future intervention militaire. Dix ans après : les uns et les autres

Le Forum, comme se le rappelleront les lectrices et les lecteurs, est apparu en 1990, dans le cadre de la crise et de la chute des régimes bureaucratiques d'Europe de l'est, de l'imminente désintégration de l'Union soviétique et de la déroute électorale des sandinistes au Nicaragua. Le Parti des Travailleurs du Brésil avait alors convoqué une réunion de la gauche latino-américaine à Sao Paulo. La raison en était évidente et urgente : échanger des idées sur le projet de la gauche dans la nouvelle situation politique mondiale, c'est-àdire sur les luttes des opprimés et des démunis.

Depuis cette réunion fondatrice, dix ans ont passé. Le chiffre, la date de l'année 2000 et le début du nouveau millénaire ont rendu opportune la volonté de quelques uns des participants d'examiner la première décennie d'existence du Forum et de tracer des perspectives pour la gauche au cours de ce siècle qui commence. Sur ce sujet, "Lula" da Silva, du PT brésilien, a comparé les situations de 1989-90 et d'aujourd'hui. Il y a dix ans, a-t-il expliqué, non seulement on parlait de la mort du "socialisme", de la fin de la gauche, mais on allait jusqu'à parler de "la fin de l'Histoire"

Dix ans plus tard, on voit que la gauche socialiste n'a pas disparu et que la résistance est loin d'avoir trépassé. De fait, la décennie a été celle du retour sur la scène politique de secteurs jusqu'alors exclus, comme c'était le cas de la résistance indigène, depuis le Chiapas jusqu'à l'Amazonie en passant par l'Équateur:

Il y a dix ans, on présentait les "tigres" d'Asie comme des modèles de sociétés de marché idéales. Aujourd'hui, on parle de ces fameux "tigres" en termes de crise et de fragilité économique et financière. Il y a dix ans, on parlait d'un nouvel ordre mondial fait de paix et de prospérité, sous la protection des États-Unis. Depuis la guerre du Golfe, ces illusions se sont dissipées. Il y a dix ans, la presse ne parlait que de la crise du socialisme. Désormais, c'est de crise du néolibéralisme et des contradictions de la globalisation

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