Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AMÉRIQUE LATINE - NOUVELLES DU FORUM DE SAO PAULO

Déclaration de la IXe Rencontre du Forum de Sao Paulo

Inprecor n° 446, avril 2000 · p. 24-25 · 1 819 mots

Brésil

DOCUMENT

Déclaration de la IX* Rencontre du Forum de Sao Paulo (Déclaration de Niquinohomo)

La gauche face au nouveau millénaire l'aube du XXI siècle et du troisième millénaire de notre ère, à une décennie de la création du Forum de Sao Paulo, l'aggravation de la crise politique, économique, sociale et culturelle que traverse l'humanité a mis à nu les motifs (quelques uns réels et d'autres apparents) qui ont présidé à la convocation de la "Rencontre des partis et organisations de gauche d'Amérique latine et des Caraibes", célébrée au Brésil en juillet 1990.

Le noyau fondateur de ce qui est aujourd'hui le Forum avait assisté à cette rencontre à Sao Paulo pour permettre des échanges de vues sur l'impact que la fin de la bipolarité issue de la Seconde Guerre mondiale aurait sur la lutte des partis et mouvements de gauche d'Amérique latine et des Caraibes.

La Rencontre de Sao Paulo avait eu le mérite d'avoir abouti, pour la première fois dans l'histoire latino-américaine, à la convergence de partis et mouvements de tout le spectre de la gauche. Des acteurs issus des formes de lutte les plus diverses constatèrent ensemble que les problèmes dramatiques qui affectent les peuples du monde, particulièrement ceux d'Amérique latine et des Caraibes, ne disparaîtraient pas avec la fin de la guerre froide, mais seraient éliminés avec la fin de l'oppression, de la domination, de l'exploitation et du racisme. Dans leur pluralité et leur diversité, les mouvements et partis membres du Forum de Sao Paulo s'associent dans la lutte contre l'impé rialisme, qui dans les deux dernières décennies du XX* siècle a adopté la forme du capitalisme néolibéral.

Les dix années écoulées depuis la création du Forum n'ont fait que valider nos analyses initiales. De même qu'en juillet 1990, nous, partis et mouvements politiques du Forum de Sao Paulo, rejetons catégoriquement l'idée que le néolibéralisme puisse constituer un projet de développement, qui après une période d'ajustement, prodiguerait de la richesse à tous les habitants de la terre. Nous rejetons l'illusion selon laquelle la doctrine libérale répondrait à de supposées lois inexorables du développement économique, scientitique et technique.

La réalité de la dernière décennie a particulièrement démontré les limites du modèle néolibéral et son incapacité à résoudre les problèmes de l'humanité. L'échec de la réunion de Seattle, en décembre 1999, est l'expression symbolique de la force de la résistance internationale anti-néolibérale.

La doctrine néolibérale, en réalité, représente les intérêts économiques et politiques de ceux qui sont prêts à sacrifier et a exterminer la majorité de l'humanité pour poursuivre une course à l'accumulation de richesses diabolique et vertigineuse, dans des proportions quasi inimaginables.

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Nouvelles du Forum de Sao Paulo - Amérique latine contrôlée par les multinationales dont il faut traiter. Enfin, Lula a avancé l'idée que la gauche a aujourd'hui l'opportunité de vaincre, de recueillir les fruits de son travail tout au long d'une décennie difficile, durant laquelle il n'était pas à la mode d'être socialiste ou de gauche.

Ainsi, on se retrouve face à diverses orientations politiques possibles, représentées dans le Forum. Selon certains, il faut désormais que la gauche formule des programmes concrets, capables de neutraliser, voire d'attirer des secteurs entrepreneuriaux, et d'apaiser les possibles doutes des organismes financiers internationaux. De là les références constantes, de la part de Lula, de Tomas Borge au nom du FSLN dans son discours d'ouverture, à la nécessité d'une politique réaliste d'« alliances ». La représentante du PRD mexicain, quant à elle, insista sur les droits basiques des citoyens (liberté d'expression, de réunion, de la presse, etc.) comme patrimoine de la gauche. D'autres ont insisté sur un projet, également concret et s'appuyant sur les droits démocratiques, plus propice à déclencher une dynamique ouvertement anticapitaliste.

Au-delà de tout cela, comme nous l'avons mentionné, les débats dans le Forum sont restés quasi inexistants et pour le moins inachevés : depuis le discours de Lula jusqu'au texte des documents soumis à discussion, le Forum a continué à recueillir des orientations, à travers les déclara-

L'économie mondiale est entrée dans une phase de déprédation. Les "mots-clés" qui permettent de décrire le monde d'aujourd'hui sont concentration, polarisation et domination coloniale : concentration de richesse, de propriété et de production ; polarisation politique, économique et sociale, avec son cortège de misère, d'exclusion et de marginalisation.

Cette polarisation et cette inégalité s'expriment au niveau mondial par la petitesse de la proportion de la population qui consomme la majeure partie des produits et bénéficie des services disponibles. Elles se manifestent aussi par la concentration de la richesse dans les mains de moins de 300 familles, par les millions d'êtres humains privés d'accès au travail, à la santé, à l'alimentation, à une habitation digne, à l'éducation, aux droits élémentaires à la subsistance, à la reproduction et au développement conquis par l'espèce humaine de génération en génération.

A cela s'ajoutent les effets de l'agressivité militaire unilatérale des Etats-Unis et sa détermination criminelle à violer l'ordre légal international de l'après-guerre, clairement exprimées par le génocide du peuple de Yougoslavie sous les auspices de l'ONU et avec l'OTAN, réformée à cette fin.

La seule façon de sauver l'humanité d'une autodestruction programmée est d'établir la satisfaction des besoins humains comme priorité fondamentale de la société future, et pas le bénéfice ou le profit individuels.

La solution des problèmes du monde passera par l'éradication, à travers la lutte, des contradictions fondamentales de classe qui se trouvent étroitement liées avec les plus diverses formes d'oppression, de discrimination et d'exploitation, notamment celles de genre, ethniques, raciales, culturelles, religieuses, d'âge, etc.

tions les plus diverses, sans que l'on arrive à atteindre quelque chose qui ressemblerait à une synthèse cohérente. Ainsi, un des documents traite de comment les organisations du Forum ne sont pas nécessairement socialistes même si elles aspirent effectivement à un changement révolution-

Peut-être ne peut-on espérer plus d'un forum qui regroupe des tendances proches des positions de la "troisième voie" préconisée par Tony Blair jusqu'à des organisations engagées dans une orientation radicalement anticapitaliste, depuis des partis électoraux qui occupent un espace institutionnel significatif jusqu'à des organisations de guérilla, des mouvements issus du populisme comme des formations venant du maoïsme... Il serait absurde de diviser le Forum, ou provoquer sa désintégration à cause de la recherche d'une meilleure définition de son orientation. Mais de la même manière, il ne laisse pas d'inquiéter de nombreux participants à quel point le manque de définition semble paralyser le Forum comme acteur effectif de la politique continentale

Enfin, s'il est bien clair que le Forum n'est pas une Internationale et qu'il ne doit ni ne peut essayer de l'être, il n'est toujours pas évident, dix ans après sa naissance, de définir ce qu'il est ou doit être, au-delà d'une simple rencontre annuelle de la gauche (sans mésestimer la chance que représente l'existence même du Forum, ce que

Les peuples du monde ne pourront aspirer à renforcer leur liberté, ne pourront conquérir leur droit à l'autodétermination et leur souveraineté totale tant que tous les vestiges du colonialisme (comme celui qui opprime les peuples de Porto Rico, Martinique, Guadeloupe, Guyane française, Antilles néerlandaises et d'une certaine manière Iles Malouines) n'auront pas été anéantis

La gauche, au XXI siècle, peut compter avec les expériences d'élaboration de propositions, de conquête d'espaces et de pouvoir, de construction de modèles alternatifs, tous issus de l'étude de la réalité sociale que nous aspirons à transtormer. Elle devra aussi considérer la nécessité d'envisager de profonds changements de structure qui amènent à inverser le processus de destruction des espèces végétales, qui combattent la spéculation financière internationale, redistribue la richesse, démocratise et socialise l'élaboration budgétaire, promeuve la participation sociale et la décentralisation politique et économique. Elle aura la tâche de transformer l'Etat, pour le mettre au service du développement et de l'approfondissement d'une nouvelle démocratie intégrale : sociale, politique, culturelle et de genre.

Les Accords de paix au Guatemala peuvent se réclamer de ce type de processus, même s'ils ne sont pas appliqués sur des points fondamentaux. Mais ils établissent des orientations distinctes et représentent des obstacles décisifs à la prétention de mettre totalement en pratique des politiques néolibérales. Ces accords ont permis l'émergence de nouveaux sujets sociaux importants, comme le développement de forces politiques de gauche représentées par l'URNG et l'Alianza Nueva Nación (Alliance Nouvelle Nation), qui ont de réelles chances d'arriver au pouvoir dans un futur proche. D'autres processus politiques importants n'ont pas réussi à faire les gauches d'autres continents). Critiques du fonctionnement

C'est sur le thème du fonctionnement du Forum qu'ont eu lieu en plénière quelques échanges d'idées, mêmes succincts. Le bilan a été tiré que les secrétariats régionaux n'ont pas fonctionné de façon effective. De la même manière, le Forum n'a pas réussi à avoir une existence active entre ses rencontres : des événements comme les mobilisations en Équateur, par exemple, ont surgi et s'en sont allés sans que le Forum prenne des initiatives ou émette une quelconque déclaration. Le thème reste d'actualité, comme quasiment tous les autres, même si le Groupe de Travail a été chargé d'en débattre avec l'objectif de proposer des solutions aux problèmes posés.

D'autre part, la composition du Forum a été modifiée : les organisations de Porto-Rico (le Nouveau Mouvement Indépendantiste et le Front Socialiste) ont été élues au Groupe à la place des organisations de la République Dominicaine.

Le Forum a décidé, enfin, de se réunir pour sa X° Rencontre au Guatemala, probablement en avril 2001.

San Juan, 4 mars 2000 se sont déroulés ou se déroulent en Equateur, au Venezuela, au Panamá, au Salvador ou en Colombie

Il faut aussi relever la présence des peuples indigènes d'Amérique, qui résistent aux assauts du néolibéralisme et des transnationales. Leurs rébellions et leurs mobilisations ont contribué à mettre en évidence la nécessité de profondes transformations dans nos Etats nationaux pour garantir la préservation de la biodiversité, de l'écosystème, comme la pluralité ethnique, la reconnaissance de leur identité, leurs droits et leur autodétermiation.

A n'en pas douter les tâches sont énormes pour la gauche latino-américaine. Nous n'arriverons à vaincre que dans la mesure où nous ferons de l'unité d'action et de propositions l'instrument le plus précieux de nos luttes, en comprenant que la pluralité et la diversité de la gauche est un capital démocratique que nous devons préserver. En elles, et dans la tolérance des différences, se rencontre la base de l'unité des forces de changement et sa capacité transformatrice. L'unité, nous devons la construire dans chaque pays, et aussi au-delà des frontières, pour rendre viable ce projet et pour qu'il ait un caractère intégrateur et solidaire.

Dix ans après la fondation du Forum de Sao Paulo, la gauche latino-américaine réaffirme ses traditions démocratiques et de résistance dont nos peuples ont donné l'exemple Pour donner une suite à ces Rencontres comme celle qui vient de s'achever à Masaya, Niquinohomo, Nicaragua, le Forum annonce que la prochaine Rencontre aura lieu au Guatemala, en avril 2001.

Niquinohomo, Province de Masaya, Nicaragua, du 19 au 21 avril 2000

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