Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AUSTRALIE

Vers le renouveau d'une riche histoire ouvrière ?

· Inprecor n° 446, avril 2000 · p. 26-30 · 4 615 mots

Syndicalisme Grande-Bretagne IVe Internationale

La poursuite des attaques néolibérales suscite des mobilisations croissantes en Australie. Le 12 août 1999 100 000 manifestants défilaient à Melbourne contre les lois de la « seconde vague » anti-syndicale. Photo Green Left Weekly

Vers le renouveau

Par John Tully*

Fuel est l'avenir des forces de gauche en Australie ? Quels sont les principaux partis de gauche et quels types de mouvements progressistes y ont existé ? Les réponses à ces questions doivent être replacées dans le cadre historique de la politique australienne, dans ce vaste pays qui débuta son existence « moderne » comme colonie pénale du Royaume Uni et se développa plus tard comme colonie de peuplement de la « mère Angleterre » en 1788 (1). Un régime parlementaire particulier

Depuis l'existence de la Fédération en 1901, l'Australie a connu en pratique un régime de bipartisme à la britannique. Les gouvernements ont été aux mains soit des coalitions des partis conservateurs ou, moins fréquemment, dans celles de l'Australian Labour Party (Parti travailliste australien, ALP). La coalition conservatrice composée du Parti libéral et du Parti national forme le gouvernement fédéral actuel (2). Des partis plus modestes, y compris ceux de gauche, ont été dans les faits presque toujours maintenus hors du processus politique parlementaire. Il n'y eut qu'un seul parlementaire d'un parti à la gauche de l'ALP, Fred Paterson, du Communist party of Australia (Parti communiste d'Australie, PCA) qui siégea dans le Parlement de l'État du * Militant australien se revendiquant de la Quatrième Internationale. Il est le co-directeur du journal du Progressive Labour Party dans l'État de Victoria. 1. Pendant les cent dix premières années de colonisation, l'Australie fut dirigée comme un ensemble de colonies séparées par des gouverneurs britanniques. Progressivement, une forme de droit de vote fut gagnée par les colons et en 1901 les colonies se fédérèrent dans le Commonwealth d'Australie. 2. Comme les États-Unis et le Canada, l'Australie est une fédération d'États et de provinces. Les territoires des Etats correspondent à des frontières arbitraires tracées pendant l'ère de domi-

Queensland dans les années 1940. Bien que le mouvement syndical du pays reste largement affilié à l'ALP, ce parti a gagné ces dernières années le sobriquet de « parti libéral alternatif » (3).

L'explication de cette domination politique institutionnelle de l'ALP et des conservateurs réside, entre autres, dans le système particulier de vote pour la Chambre des représentants. Le "vote préférentiel" n'a rien en commun avec le système de représentation proportionnelle qui existe en Europe. Il assure avant tout la domination des plus grands partis. Des partis plus petits nation coloniale britannique directe précédant la création de la Fédération en 1901. Chaque État possède son propre système parlementaire local, en général bicaméral (deux chambres) et défend jalousement ses " droits " contre un " fédéralisme rampant ". Le parlement fédéral qui siège dans la capitale fédérale de Canberra, est aussi bicaméral : une chambre basse des représentants et une chambre haute, le Sénat. Ce dernier est supposé représenter les " droits des États ". 3. L'ALP fut fondé après que les syndicats aient subi de lourdes défaites au cours de grèves et de locks-out pendant la dépression en 1891. Il a toujours été plus " étatiste " que socialiste, avec un engagement pour des réformes sociales.

ont été jusqu'à obtenir près d'un million de voix, mais ils échouèrent à gagner ne serait-ce qu'un seul siège à la Chambre des représentants. Le système de vote pour le Sénat est basé sur la représentation proportionnelle, mais avec les États comme circonscriptions électorales et le même nombre de sénateurs élus indépendamment de grandes disparités démographiques. Ce mécanisme a

BONUS &

TALLY favorisé les plus petits États, plus conservateurs, mais a aussi permis une représentation de partis comme les Verts. Une combativité exemplaire

La classe ouvrière australienne a une tradition de combativité industrielle. Les maçons de Melbourne ont obtenu la journée de huit heures dans les années 1850 et dès 1920 les mineurs avaient gagné la semaine de trente-cinq heures. Les travailleurs maritimes ont une tradition exemplaire d'internationalisme : dans les années 1930, des actions furent menées pour empêcher que l'acier soit embarqué sur des navires et transporté au Japon, en solidarité avec le peuple chinois ; d'autres mouvements permirent l'interdiction d'accostage

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des bateaux néerlandais durant la guerre d'indépendance indonésienne et le refus d'accepter toute cargaison ou d'affréter tout bateau pour l'effort de guerre impérialiste au Viêt-nam. Les travailleurs australiens furent à l'origine de ce qui a peut-être été le syndicat de gauche le plus radical que le monde ait connu. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, l'union syndicale de l'État du New South Wales (NWS) de la Builders' Labourers' Federation (Fédération des travailleurs du bâtiment, BLF), sous la direction d'un courant de gauche du PCA, s'orienta vers un programme surprenant de syndicalisme militant, démocratique, ouvert aux mouvements sociaux et engagé dans les luttes en défense de l'environnement. Rien ne se faisait sans l'accord des adhérents (4). Elle fut écrasée par les forces combinées de l'État, des patrons et d'un groupe stalinien et conservateur au sein du syndicat, non sans avoir établi auparavant les critères de ce que devait être un syndicat démocratique.

Le syndicat gagna des batailles sur les salaires et les conditions de travail dans ce secteur industriel dangereux et mal payé. Les piquets de grève mobiles et massifs, l'occupation de sites de construction se sont développés, dans un milieu auparavant habitué à un syndicalisme de droite dirigé par des truands. Ce syndicat a aussi inventé le concept politique "vert" (qui fut plus tard exporté vers l'Europe par Petra Kelly). Le syndicat anima des « interdictions vertes » concernant la démolition et la restructurations de parcs et espaces verts, de sites historiques, de zones résidentielles ouvrières. De manière significative, ces mesures ne furent pas appliquées par le biais de décrets bureaucratiques. Les habitants devaient en premier recourir aux responsables du syndicat, qui soumettaient ensuite la proposition au vote des adhérents. En 1970, les ouvriers construisant une extension d'une résidence universitaire firent grève pour contraindre les autorités à reprendre un étudiant chassé en raison de son homosexualité. Le syndicat eut aussi un rôle déterminant dans le soutien à

NORMS

CRIME VART THE BOSS HF

Contre la condamnation de Norm Gallagher, dirigeant du BLE, à Victoria en 1985. Photo Green Left Weekly la révolte du peuple aborigène (5) et favorisa le recrutement de femmes dans des secteurs d'emploi traditionnellement masculins. La face cachée

L'histoire du mouvement ouvrier australien présente aussi un aspect beaucoup moins reluisant. Au XIX* siècle, la « politique australienne blanche » fut un élément central de nombreux syndicats et de l'ALP (6). Certains syndicats refusèrent l'adhésion aux Chinois et aux personnes « de couleur », affirmant qu'ils combattaient pour empêcher que les salaires des travailleurs blancs soient réduits du fait de « la concurrence du travail étranger bon marché » (7). Dans certains cas, ces restrictions racistes ne furent pas levées avant les années 1960. Ce n'est qu'alors que les fermiers blancs furent par exemple empêchés de payer leurs employés aborigènes en thé, farine et sucre.

L'Australie a connu à partir de 1945 de vastes transformations démographiques et économiques. Elle émergea de la Seconde Guerre Mondiale comme fournisseur sousindustrialisé de matières premières pour une Grande-Bretagne affaiblie qui cherchait partout ailleurs ses approvisionnements. En 1945, (hormis les Aborigènes qui n'étaient ni vus ni écoutés), l'Australie possédait une population anglo-celtique très homogène. C'est peut être aujourd'hui le pays le plus multiculturel sur terre avec des millions de descendants d'immigrants provenant du monde entier. Cette immigration massive endigua le besoin de main-d'œuvre pour une industrie en expansion dès les années 1950. Le Parti communiste australien

L'anti-communisme a toujours été fort, en partie à cause de l'influence de l'Eglise catholique, ostracisme politique renforcé par les révélations des atrocités du stalinisme. Mais en 1945, le PCA avait plus de 50 000 membres et des dizaines de milliers de sym-

PUBLIC

NECD

PRIVATE

GREED

PORT MACQUARIE

Mobilisation des usagers contre la privatisation de leur hôpital « besoins publics ou gains privées » pathisants et d'adhérents dans les "fronts" organisés par le Parti. Il dominait l'Australian Council of Trade Unions (Conseil australien des syndicats, ACTU) grâce au contrôle exercé sur plusieurs des syndicats les plus puissants (8). Formé au début des années 1920 par la fusion de plusieurs courants socia4. La pratique des dirigeants du PCA dans la BLF était aux antipodes de la façon dont le Parti intervenait dans sa période la plus stalinienne 5. L'événement le plus triste dans l'histoire australienne a peut-être été la dépossession et le génocide des habitants originels du continent, les Aborigènes. Sous la fiction légale de la « Terra Nullius », ils furent chassés de leur terre et succombèrent par centaines de milliers aux maladies et aux massacres. Après les années 1920, alors que la population noire avait chuté à environ 50 000 personnes, le gouvernement annonça qu'il « adoucirait l'oreiller d'une race mourante ». La politique officielle fut de prendre les enfants „ demi caste » des mères aborigènes afin qu'ils puissent être assimilés dans la société blanche Cette politique barbare affecta peut-être un tiers de toutes les familles aborigènes et fut pratiquée jusque dans les années 1960. L'actuel Premier ministre, John Howard, refusa même de présenter des excuses pour ce qui avait été fait au peuple aborigène. Ces derniers nomment cette période d'assimilation forcée " la génération 6. La Withe Australia Policy (politique australienne blanche) fut la politique effective jusque dans les années 1960. Bien que jamais codifiée comme une législation officielle par crainte d'offenser le Japon, elle imposa que tous les candidats à l'immigration pouvaient subir un examen dans toute langue européenne. Lors d'un épisode étrange, en 1936, le communiste tchèque Egon Kisch se vit refuser l'entrée sur la base d'un test de langue gaélique écossaise. 7. Il s'agit ici plus que d'un écho de l'Afrique du Sud où les mineurs du Rand se mirent en grève après la première guerre mondiale sous le slogan des « ouvriers blancs du monde entier unissez-vous! ». 8. En Australie, il n'existe qu'une seule confédération syndicale à laquelle l'écrasante majorité des syndicats est affiliée, indépendamment des orientations politiques de leurs directions. Bien que de nombreux syndicats aient été dirigés par des communistes, même des trotskistes dans certains cas, la plupart des syndicats sont affiliés à P'ALP.

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listes, le PCA était une organisation relativement démocratique et ouverte avant d'être "bolchévisée" par une jeune garde stalinienne impitoyable. Tous les éléments dissidents, y compris les trotskistes, avaient été expulsés au début des années 1930 et le parti fut dès lors entièrement loyal à Staline.

Malgré celà, le parti opéra une percée à la fin des années 1930, gagnant le contrôle de plusieurs grand syndicats et élargissant sa surface politique par un réseau de "fronts" comme le mouvement des chômeurs ou le mouvement contre la guerre et le fascisme. Cependant, l'énergie et le dynamisme de ses cadres ne purent empêcher les effets débilitants du stalinisme sur le Parti. Après une pointe en 1945, les effectifs chutèrent et le Parti perdit le contrôle de grands syndicats industriels au profit des activistes catholiques et d'autres éléments droitiers, qui pouvaient dénoncer les méthodes anti-démocratiques du Parti (bourrage des urnes, intimidation des opposants). Le PCA soutint l'invasion de la Hongrie par l'URSS en 1956. Cela accéléra son déclin, de même que quelques grèves suicidaires imposées à des syndicats qu'il contrôlait. Le long boom économique de l'après-guerre permit une progression du niveau de vie des travailleurs australiens à un degré inégalé au monde. Cette prospérité eut pour conséquence de réduire davantage le caractère attractif du message du Parti. Dans les années 1960, le Parti était réduit à quelques milliers de membres. La vague de radicalisation contre la guerre du Viêt-nam

En 1963, le CPA se scinda selon le clivage du conflit sino-soviétique. Une minorité des membres le quitta pour créer le CPA-ML (Parti communiste marxiste-léniniste) maoïste, qui existe toujours, mais est aujourd'hui en recul. Plus tard, un groupe de cadres plus indépendants dirigé par Laurie Aarons prit le contrôle du parti et alla jusqu'à condamner 9. Le SPA existe toujours. C'est une petite organisation avec quelque influence dans certains syndicats. Il s'est récemment rebaptisé CPA (Parti communiste d'Australie) mais-l'organisation est l'ombre de la vieille organisation du même nom et l'utilisation de ce nom est largement perçu comme non légitime par les activistes de gauche. 10. L'ultra-réactionnaire Menzies gagna ce surnom lorsqu'il essaya de forcer les wharfies (dockers) de Port Kambla de charger de l'acier à destination du Japon sur le bateau SS Dalfram en 1938. Les wharfies avaient interdit le chargement de l'acier car ils craignaient qu'il ne se transforme en bombes et munitions utilisées contre le peuple chinois. 11. Les jeunes hommes atteignant l'âge de 19 ans devaient s'inscrire pour un tirage au sort. Si leur numéro sortait, ils étaient enrôlés.

l'invasion de la Tchécoslovaquie par le Pacte de Varsovie en 1968. Cela amena les vieux éléments staliniens à scissionner pour créer bon nombre de groupes dissidents, dont l'Association de l'unité communiste et ensuite le SPA (Parti socialiste d'Australie) (9).

Ces évènements coincidèrent avec une vague de radicalisation généralisée qui se propageait dans le monde entier. Le gouvernement conservateur de l'époque, dirigé par « Pig Iron Bob » Menzies (le « porc de

HANDO OFFTHER UNION UNITEO

Manifestation du syndicat CFMEU (construction, forestiers, mineurs

Get énergie) contre le patronat des mines, en octobre 1997, à Sydney. Photo Green Left Weekly fer ») (10), engagea le pays dans le soutien aux États-Unis au Viêt-nam et introduisit la conscription pour fournir les troupes nécessaires. L'opposition à la guerre gagna une influence énorme, avec plusieurs centaines de milliers de manifestants marchant dans les rues, réalisant grèves et occupations d'immeubles, et des centaines, peut-être des milliers de jeunes refusant délibérément de s'enregistrer pour le tirage au sort de la conscription (11). Finalement, une majorité de la population s'opposa à la guerre et en 1972 l'ALP gagna les élections pour le gouvernement fédéral pour la première fois en 23 ans (12). Le PCA fut capable de capitaliser cette vague de radicalisation massive, qui l'influença lui-même en retour, comme il a 12. Le gouvernement ALP de Gough Whitlam prit des mesures progressistes. Les conservateurs se mirent à le hair et se considérèrent comme étant le parti naturel de gouvernement. En 1975, utilisant leur nombre au Sénat, ils bloquèrent le soutien financier au gouvernement et conspirèrent avec le Gouverneur-Général pour renvoyer le gouvernement. La reine d'Angleterre est toujours chef de l'État Australien. Le Gouverneur-Général est son représentant. 13. Les organisations trotskistes ont existé en Australie depuis le début des années 1930 et ont compris quelques figures remarquables dans leurs rangs, comme le « grand vieil homme » Nick Origlass. Cependant, elles n'ont jamais dépassé le stade d'organisations locales et de fédérations larges de membres éclatés sur un vaste contiété mentionné plus haut avec la BLF dans l'État du NSW. Cependant, il fut débordé sur sa gauche par une multitude d'organisations d'extrême-gauche, dont la Socialist Youth Alliance (Alliance socialiste de la jeunesse, SYA) et la Socialist Workers' League (Ligue socialiste des travailleurs, SWL) qui devinrent plus tard le Socialist Workers' Party (Parti Socialiste des Travailleurs, SWP, section australienne de la IVe Internationale) (13). De manière rétrospective, il est clair qu'il y avait

Run espace pour aller plus loin que la simple coopération entre le PCA et les nouvelles formations trots-

HOWHE-

kistes. Clairement, la BLF de l'État du NSW sous la direction du PCA fut un syndicat WE incroyablement radical. NE Malheureusement, vieilles hostilités restèrent et les anciennes divisions se sont maintenues.

Le reflux des années 1980 Comme la vague de la radicalisation s'affaiblit en même temps que les effectifs, le PCA abandonna ses positions les plus à gauche. En 1983, l'ALP fut de nouveau au pouvoir. Le dirigeant de l'aile droite, Bob Hawke, croyait que le gouvernement travailliste du début des années 1970 avait été vaincu parce qu'il était trop radical. Il était déterminé à ne pas voir se répéter ces "erreurs". Il dirigea pendant plus de douze ans un gouvernement travailliste de plus en plus néolibéral. Grâce à une série "d'accords" entre le gouvernement, le monde des affaires et les syndicats dominés par l'ALP, les salaires furent gelés. La base militante des syndicats fut exclue de manière croissante des prises de décisions dans ses organisations. Là où le gouvernement travailliste de Gough Whitlam (1972-1975) entreprit des réformes, conscient de la nécessité d'améliorer les salaires et les prestations sociales, celui de Hawke laissa les salaires réels chuter et les revenus des plus riches augmenter considérablement. Cet accroissement de la richesses des plus riches s'accompagna d'une vague de privatisations des biens de l'État, y compris les banques et les compagnies aériennes.

Même la gauche du Parti travailliste a abandonné toute vision de redistribution des richesses et du socialisme. Selon son « théoricien » Marl Latham, la dérégulation du secteur public et le retrait de l'intervention de l'Etat furent des bonnes choses. Latham affirme que les inégalités structurelles de

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classe ne sont plus un problème fondamental. On doit comprendre que la société est divisée entre ceux qui détiennent un « capital-information » élevé et ceux qui ont un « capital-information » pauvre. Ce pour quoi il faut lutter désormais est la « socialisation de la connaissance » plutôt que la propriété publique des moyens de production, affirme-t-il, malgré toutes les preuves qui montrent que l'Australie est une des sociétés les plus inégalitaires dans le monde « développé » (14).

Les syndicats qui s'opposèrent aux accords furent marginalisés et même écrasés, comme la Fédération des pilotes quand elle avança l'interdiction des heures supplémentaires en soutien à une revendication de salaire en dehors du cadre de l'accord. De même, la BLF fut déclarée illégale et écrasée par une alliance composée des patrons, des gouvernements travaillistes et des syndicats rivaux (15). De manière compréhensible, les adhésions syndicales chutèrent dramatiquement au cours des treize années du gouvernement fédéral travailliste, si bien qu'au début des années 1990, moins de 30 % de la force de travail était syndiquée (16). L'évolution à droite de l'ALP

Bien qu'il soit fort possible que l'ALP gagne les prochaines élections fédérales (qui doivent se dérouler dans les deux prochaines années), il n'y a pas d'évidence pour suggérer que l'évolution droitière du Parti ait été stoppée. Le Parti travailliste se retrouvera au pouvoir par défaut, étant donné la nature presque incroyablement réactionnaire de la coalition gouvernementaconservatrice actuellement en place. L'ALP a été élu au gouvernement de l'État de Victoria l'an- Piquet de grève devant l'entreprise Visy. née dernière et bien qu'il ait impulsé certaines réformes, il s'est placé du côté des patrons de l'industrie électrique contre les travailleurs (17). Le gouvernement a invoqué la législation sur l'obligation de service pour les secteurs vitaux pour menacer les travailleurs de très fortes amendes individuelles et de la mise sous séquestre des biens de leur syndicat s'ils ne reprenaient pas le travail. Le mouvement avait été provoqué par la compagnie à cause de sa politique d'introduction massive du travail temporaire dans ce secteur. Même un médiateur nommé par le gouvernement critiqua les patrons pour leur refus de négocier de bonne foi (18).

Ces éléments peuvent donner une indication du tournant droitier du PCA, qui par le biais de certains dirigeants syndicaux influents, a soutenu et même rédigé les accords appliqués par le gouvernement travailliste de B. Hawke ! En 1991, le Parti communiste était considéré de tous les points de vue comme obsolète. La plupart de ses adhérents, et certainement sa direction, avaient abandonné toute perspective du socialisme (une situation bien sûr accélérée par l'effondrement de l'Union Soviétique). Bien qu'il ait tenté sans enthousiasme de former un « nouveau parti de gauche », il vota son auto-dissolution en 1991. De nombreux cadres ont abandonné l'activité politique ou sont passés à l'ALP. Le champ de la gauche radicale

Le champ était donc ouvert pour l'extrême gauche et pour les restes de partis staliniens. Mais aucun d'entre eux n'a été capable de remplir le vide laissé par l'implosion du PCA. Le Democratic Socialist Party (Parti socialiste démocratique, DSP, ex-SWP) est peut-être la plus grande organisation. Il fut la section austrialienne de la Quatrième Internationale jusqu'en 1985. Le DSP cependant n'a jamais été capable de gagner une influence sérieuse dans les syndicats et est considéré avec suspicion par de nombreux militants dans les mouvements progressistes

En juillet 1999 les grévistes ont obtenu la réintégration des travailleurs licenciés. Photo Green Left Weekly 14. Latham a écrit un ensemble de textes intitulé Labor Essays 1998 : new visions for Government, (ed) Gary Jungwirth pour la Fabian Society. 15. Ironiquement, les dirigeants maoïstes du BLF se sont alignés sur les patrons et le gouvernement dix ans plus tôt pour écraser la branche radicale de l'Etat du NSW du syndicat. 16. Dans les années 1950, près de 70 % de tous les ouvriers et employés étaient syndiqués, une des plus fortes proportions dans le monde. Durant les années 1980, jusqu'à 60 % l'étaient encore. 17. L'industrie électrique de Victoria appartenait l'État avant une série de privatisations au cours de la dernière décennie. Bien que la plupart des de masse en raison de « ses méthodes prédatrices » d'intervention et son fonctionnement interne. La plupart de ses membres sont jeunes et dévoués et il dispose avec Green Left Weekly d'un journal vraiment vivant. Mais il a un turnover de ses membres élevé et s'il a réussi à se maintenir au cours des années noires, avec environ 300 membres il est à peine plus gros que vingt ans auparavant.

L'organisation rivale du DSP est l'International Socialist Organisation (Organisation socialiste internationale, ISO) avec 150 membres environ. L'ISO a connu une série de scissions au cours de ces dernières années et s'est considérablement affaiblie. Les autres organisations de gauche (y compris les restes staliniens) sont bien plus petites. L'une d'entre elles est le Socialist Party (Parti socialiste, SP), affilié au Comittee for a Workers' International (Comité pour une Internationale Ouvrière, CIO), qui s'appelait jusqu'à récemment le MSO (Militant Socialist Organisation). Cette organisation s'est rebaptisée ainsi pour suivre les décisions prises à Londres par son "organisationmère" (19). La gauche australienne semble plus petite et plus divisée que jamais. Cela est en partie dû, comme de par le monde, aux effets de la chute du « socialisme réellement existant » dans le bloc soviétique et à la perception très largement répandue que le socialisme est un dogme dépassé qui ne pourra jamais fonctionner. Le renouveau syndical

Cependant, il existe aussi quelques signes d'optimisme. Les chiffres d'adhésion syndicale peuvent avoir décliné comme les salaires et les niveaux de vie, mais malgré les plus féroces attaques par les gouvernements néo-libéraux, la classe ouvrière australienne n'a pas reçu le coup fatal que les conservateurs auraient voulu lui donner. En 1998, le gouvernement fédéral conspira avec les employeurs et l'armée pour amener des jaunes en lock-outant une large partie des privatisations furent conduites par les conservateurs, l'ALP avait auparavant initié le processus avec la privatisation de l'énorme central électrique Loy Yang. 18. Ce gouvernement, dirigé par John Howard, a introduit une législation anti-syndicale draconienne et cherché à briser le MUA en 1998. Il cherche également à étendre les mines d'uranium, comme celle de Jabikula, malgré l'opposition des propriétaires traditionnels aborigènes. 19. Le CIO, qui reposait surtout sur le courant britannique Militant, est aujourd'hui en sérieux déclin avec de nombreuses scissions en GrandeBretagne et de par le monde.

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Blocage d'une route contre la privatisation de la foret d Eden. Photo

Green Left Weekly. dockers du pays. L'objectif était d'infliger une défaite historique à ce qui a toujours été une pierre angulaire du mouvement ouvrier combatif. Des centaines de milliers de personnes soutinrent le syndicat. Les patrons et le gouvernement perdirent car le syndicat resta intact.

La Maritime Union of Australia (Syndicat maritime d'Australie, MUA) a été traditionnellement un syndicat de gauche. Il fut formé par le regroupement de syndicats plus petits, dont le plus important était le Waterside Workers' Federation (Fédération des travailleurs des ports, WWF) et le Seamen Union (Syndicat des pêcheurs, SU) qui avaient été des bastions du PCA. Le WWF fut créé à partir de plusieurs petits syndicats provinciaux et devint un puissant syndicat national grâce au légendaire "Big Jim" Healy du PCA dans les années 1930 et 1940. Après la scission du PCA en 1968 à propos Tchécoslovaquie, de nombreux responsables syndicaux partirent avec le Socialist Party of Australia (Parti socialiste d'Australie, SPA), nouvelle formation pro-Moscou. Ce courant a maintenu une forte influence dans le syndicat aujourd'hui. Le Progressive Labour Party

Les élections (locales) au niveau des États l'année dernière dans le NSW et le Victoria virent des partis de gauche obtenir des scores significatifs. Ces scores auraient vu des socialistes entrer au parlement si les élections avaient eu lieu selon un mode de scrutin plus démocratique. Le Progressive 20. Malgré un départ prometteur, le SLP (Parti Travailliste Socialiste) sous la direction d'Arthur Scargill, figure du syndicalisme des mineurs, dégénéré en un groupe bureaucratique et stalinien. Cf. L'article d'Alan Thornett en p.4.

Labour Party (Parti travailliste progressiste, PLP), parti large de gauche, obtint 54 000 voix aux élections à la chambre haute de l'État du NSW, certains députés Verts furent élus sur des votes préférentiels. Dans l'Etat de Victoria, Steve Jolly du groupe Militant obtint plus de 12 % des voix à Richmond, banlieue de Melbourne. Susanna Duffy du PLP a obtenu plus de 8 % des voix à Northcote. Le DSP réalisa un score de près de 6 % dans le centre de Melbourne. De manière significative, les partis de gauche et les Verts s'étaient mis d'accord pour la première fois pour ne pas se présenter les uns contre les autres et donc ne pas diviser le vote de gauche. Le PLP a aussi réalisé une alliance électorale formelle avec les Verts, qui instituait que chaque parti ferait campagne pour les candidats de l'autre.

Le PLP fut fondé lors d'une conférence à Newcastle en novembre 1996. C'est l'unique parti de gauche enregistré au niveau fédéral dans le pays. Il dispose d'environ 1 000 adhérents et des sections dans la plupart des États. Il possède une base hétérogène. Certains membres proviennent du vieux PCA, d'autres de la gauche de l'ALP et enfin certains viennent de différents courants trotskistes MORE

Certains adhérents bénéficient de la double appartenance avec d'autres partis de gauche. Le but affiché du parti est de -PAS construire une organisation large où les sociaux-démocrates BANKS aussi bien que les marxistes puissent se retrouver. L'objectif immédiat est de défier la suprématie électorale de l'ALP, sur la base d'un programme explicitement socialiste.

Après trois années d'existence, quel premier bilan peut-on faire de ce parti ? Électoralement, le PLP a connu un certain succès à chaque fois qu'il a présenté des candidats. Il a cependant été miné à certains moments par de terribles luttes fractionnelles, qui pourraient faire éclater l'organisation. Au début de cette année, un bon nombre de membres, à la fois sociaux-démocrates et marxistes, se sont rassemblés pour former le regroupement Socialist Democracy Caucus (Démocratie socialiste). Il vise à élargir la démocratie interne et réaffirmer la politique de l'aile gauche que la droite souhaite diluer. Le test de la force de ce regroupement aura lieu lors de la prochaine conférence nationale qui se tiendra en juin prochain à Sydney. C'est seulement alors qu'il sera possible de dire si ce qui a commencé comme une aventure politique prometteuse ne finira pas de la même façon que le SLP britannique (20).

HOW MAI UNDERMIN

NEWIL THE NEXT ELECTIONS A.VU WORKES FIRST

Manho Mineurs de Woolawn devant le Parlement en 1998 : « Payez d'abord les ouvriers, les banques à la fin » ; « Nous allons miner les prochaines élections ». Photo Green Left Weekly

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