Inprecor 1974–2004

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BRÉSIL

Les primaires du Parti des travailleurs à Porto Alegre

· Inprecor n° 447, mai 2000 · p. 33-34 · 1 933 mots

Brésil

Les primaires du PT à Porto Alegre :

Entre victoire politique et risque de défaite culturelle

Par Luíz Marques*

- n vue du quatrième mandat consécutif

pour administrer la ville qui, à juste titre, est considérée comme capitale de la démocratie au Brésil, les primaires pour la désignation du candidat du PT à la mairie de Porto Alegre ont eu lieu dans un climat tendu. Il y a eu comme pré-candidats l'actuel maire Raul Pont, le premier adjoint José Fortunati et l'ancien maire Tarso Genro (1). Le processus a mobilisé les militants et les sympathisants pétistes et a contribué à légitimer politiquement dans la société la désignation de Tarso Genro. Le PT sort donc renforcé en vue d'une confrontation électorale dans laquelle le camp conservateur trouve des difficultés à définir son ou ses candidats.

L'aspect triste de l'histoire est que, sous divers aspects, la victoire politique du PT choisissant son représentant pour le scrutin d'octobre est allée de pair avec le risque d'une grave défaite culturelle face à la façon de faire de la politique de la droite dans notre pays. Les procédés de séduction de l'électorat utilisés pour accumuler les votes grâce au transport d'électeurs en bus loués et aux repas payés, de même que la participation de centaines de d'organisateurs électoraux (2) venus de municipalités lointaines (en particulier Gravatai) pour donner des dimensions spectaculaires à la campagne et le bourrage d'urnes, ont montré que le PT de la capitale de la démocratie est aussi menacé de méthodes antidémocratiques qui n'anoblissent pas celui qui en bénéficie. Tel est le spectre qu'il nous faut conjurer dans la pratique politique dorénavant, encore que ce spectre ne puisse être utilisé pour mettre en cause la netteté et la loyauté du choix majoritaire.

Comme l'a souligné Raoul Pont après le décompte final des votes, « les problèmes survenus n'ont pas altéré le résultat final, mais ont profondément troublé nos relations dans le parti et doivent faire l'objet d'une discussion interne ». Ainsi, les relations entre militants dans le parti ne sont plus l'anticipation éthique et morale du futur que nous souhaitons pour l'ensemble des citoyens. Pire : elles courent le risque de refléter de manière acritique la mentalité de « tout est bon pourvu que ça marche » stimulée par le néolibéralisme. Le PT gaucho n'est pas immunisé

Le déroulement des primaires à Porto Alegre a clos un cycle d'illusions dans l'imaginaire des militants de gauche. Il n'est pas vrai que le PT gaúcho (3) soit immunisé contre la dégénérescence idéologique qui atteint la gauche dans le monde contemporain, laquelle, de façon vertigineuse, relègue * Luíz Marques, universitaire, est Secrétaire-Adjoint à la Culture du gouvernement de l'État brésilien du Rio Grande do Sul, dont Porto Alegre est la capitale. L'article présenté ici a été écrit pour Em Tempo, périodique publié par la tendance Démocratie socialiste (qui regroupe au sein du Parti des travailleurs les marxistes révolutionnaires se référant aux conceptions de la IVe Internationale). 1. Raul Pont, actuel maire de Porto Alegre, est militant de la tendance Démocratie socialiste (DS) du Parti des travailleurs (PT), il bénéficiait également de l'appui d'Olívio Dutra, gouverneur (qui n'est pas membre d'un courant structuré du PT) ; José Fortunati, actuellement maire-adjoint de Porto Alegre, est un dirigeant du courant modéré du PT ; Tarso Genro, intellectuel et dirigeant connu du PT, proche du courant modéré,

Brésil Tarso Genro, maire de Porto Alegre de 1993 à 1996, sera candidat à nouveau en automne 2000. au second plan les principes au nom d'un pragmatisme orienté par une « politique de résultats » en accord avec les règles du jeu dominant. La dépolitisation croissante du PT lors des épisodes électoraux, où n'a plus lieu le nécessaire débat programmatique entre les militants, de plus en plus traités comme des spectateurs de décisions prises par les dirigeants, révèle que l'adaptation mondiale de la gauche aux limites du capitalisme a été facilitée y compris par des procédés qu'a légalisés la direction nationale du Parti des Travailleurs elle-même. C'est-à-dire par les tendances qui la soutiennent.

Les moyens, en l'espèce, absorbent et compromettent les fins. Il s'agit d'une maladie annoncée. Dans cette atmosphère, il est a été le premier maire du PT à Porto Alegre, puis rival malheureux de Olívio Dutra (actuel gouverneur) à la candidature du PT pour l'élection du gouverneur du Rio Grande do Sul. Il bénéficiait du soutien de presque tous les courants organisés du PT (mis à part la DS). 2. Les "cabos eleitorais", organisateurs, sont payés par un candidat et chargés d'amener les électeurs aux urnes et les faire voter pour lui. Ils ne font donc pas campagne par conviction, mais par profession. En général ils ont des listes d'électeurs, qu'ils influencent ou même "contrôlent". Ils sont très typiques de la politique bourgeoise au Brésil, mais commencent aussi, hélas, à être utilisés par le PT. 3. Les gaúchos sont les gardiens des troupeaux dans les plaines du Brésil du Sud, (et aussi de l'Uruguay). Par extension la population et l'état du Rio Grande do Sul sont qualifiées de gaúchos.

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Brésil impossible que les vices de la politique traditionnelle ne s'installent pas dans le Rio Grande do Sul, encore qu'à un degré incomparablement moindre que dans d'autres États, comme ceux de Rio de Janeiro ou de São Paulo, par exemple. La différence, toutefois, est quantitative et non qualitative. Le PT gaúcho, dans les domaines des municipalités et de l'État, parce qu'il poursuit en s'appuyant sur la participation populaire des politiques opposées aux privatisations et aux

Raul Pont et Tarso Genro à Porto Alegre lors de la campagne municipale en 1992, qui vit l'élection du second au poste de maire et du premier à celui de vice-maire. exclusions sociales, est un emblème administratif de la lutte de l'humanité contre le néolibéralisme, en termes politiques. Mais il ne doit pas être pour autant vu comme une forteresse invulnérable aux attaques de la pensée unique, en termes culturels.

Telle est la meilleure leçon des primaires pour les militants de gauche : le maintien politique (à court terme) et culturel (à moyen et long termes) des origines socialistes du parti, contre les inflexions social-démocrates dont il est actuellement victime, est une tâche nationale et pas seulement régionale. Aucune des vertus historiques de l'ancien PT gaúcho, autrefois célébrées à tort et à travers, ne pourra survivre si elles ne s'articulent pas nationalement à des changements dans le vecteur principal du parti.

Que, néanmoins, des organisations de la gauche se soient orientées vers un pragmatisme régionaliste, c'est un signe qu'elles ont 4. "PT amplo e democrático" ("PT ample et démocratique"), auparavant appelé "Articulação", est un tendance modérée du PT, identifiée à la majorité qui dirige actuellement le PT ; "Articulação de Esquerda" ("Articulation de gauche) est issu d'une rupture à gauche de la tendance historique des syndicalistes dirigeant le PT depuis ses origines et c'est le courant le plus présent au sein du gouvernement de Rio Grande do Sul (dont, curieusement, il n'assume pas la défense et ne discute pas sérieusement les orientations) ; "Corrente Socialista dos Trabalhadores" (le "courant socialiste des travailleurs") est une perdu pendant ces primaires la principale référence (nationale) des buts poursuivis par le parti. Elles ont répété, volontairement ou involontairement, l'erreur classique du réformisme : prendre les raccourcis de l'incohérence au moment où le chemin arrive à un carrefour. De cette façon, pensant faire un pas en avant, elles en ont fait deux en arrière. La diabolisation de Démocratie Socialiste

La tendance interne du PT, Démocratie Socialiste (DS), à laquelle appartient le vice-gouverneur Miguel Rossetto, est désignée par les "chiens de garde" médiatiques de la bourgeoisie comme celle qui contrôlerait le plus grand nombre de postes de responsabilité dans l'administration de l'État. Que les faits démentent l'affirmation, peu importe. A l'intérieur comme à l'extérieur du parti, on a exploité dans la dernière période la « vocation hégémoniste de DS » pour disqualifier la pré-candidature de Raul Pont.

L'argument fallacieux fait retomber sur DS toute la responsabilité collective du gouvernement d'un État mis en pièces par la précédente administration du PMDB ; cerné par le monopole des médias ; avec une majorité d'élus hostiles à l'Assemblée Législative et confronté à des tensions avec les fonctionnaires, particulièrement les travailleurs de l'éducation. La grève de ces derniers, achevée au cours de la semaine qui a précédé les primaires et (mal) dirigée par des courants syndicaux liés à "PT amplo e democrático", "Articulação de Esquerda" et "Corrente Socialista dos Trabalhadores" (4), qui allaient ensuite appuyer la candidature de Tarso Genro, a causé des dégâts dans l'opinion publique vis-à-vis du gouvernement.

Il convient de rappeler qu'au cours du mouvement de grève, pour avoir proposé une négociation sans arrêt du travail, la DS a été accusée de « gouvernementalisme » par des directions qui allaient de l'opportunisme au gauchisme. Parce qu'elle comprenait que la solution du problème des salaires de la tendance issue de la tradition "moreniste". 5. Fernando Henrique Cardoso, dit FHC, est président de l'État fédéral du Brésil. 6. Lors des "prévias" (élection primaire) seuls les membres du PT de Porto Alegre avaient le droit de vote. Sur 5 495 suffrages exprimés, Tarso Genro a obtenu 3 329 voix (60,58 %), Raul Pont 1 568 voix (28,53 %) et José Fortunati 598 voix (10,88 %). 7. Le Frente Popular (Front Populaire) est une coalition électorale autour du Parti des travailleurs dans le Rio Grande do Sul.

fonction publique est une question politique, dans un gouvernement de la classe travailleuse, au lieu de réduire la question à celle de la capacité de mobilisation et de lutte des enseignants, elle a été accusée d'« immobilisme ». Cela a eu pour résultat de faire passer DS pour la tendance la plus engagée dans la défense du gouvernement, ce qui, avec un impact évident sur les élections en cours, a servi à alimenter la stratégie visant à la diaboliser.

Cette stratégie avait une fonction doublement déloyale : a) minimiser la portée de la discussion politique sur les conceptions du parti à l'échelle nationale et b) canaliser l'insatistaction vis-à-vis de la première année du gouvernement de l'État en faveur du courant qui, publiquement, dans son discours et dans sa pratique, n'a jamais mis en cause le rôle stratégique de celui-ci dans la confrontation avec les politiques néolibérales de FHC (5). Ce n'est pas par hasard, donc, si la détaite électorale de DS et des courants alliés est interprétée par les éditorialistes de la grande presse et par les ennemis du projet du camp démocratique et populaire comme une défaite politique du gouvernement Olívio Dutra. C'est le prix à payer pour la diabolisation manichéenne et irresponsable. Il va être encore plus durement payé, demain, dans la campagne électorale proprement dite. L'unité est une valeur dans la lutte des classes

Les membres du parti qui ont voté majoritairement pour Tarso Genro (6) pour représenter le PT, dans la bataille institutionnelle prochaine contre les dirigeants des formations de droite, avaient à l'esprit et au cœur la volonté de poursuivre le travail de démocratisation du pouvoir local à Porto Alegre, grâce au Budget Participatif. Ils ne méritaient pas de voir leur libre choix assombri par des pratiques depuis longtemps condamnées par la culture pétiste. Ils ont opté pour celui qu'ils considéraient comme le candidat le plus adéquat pour l'emporter dans ce scrutin. C'est lui, désormais, notre candidat à tous.

Tarso Genro réunit les conditions pour transformer en réalité le quatrième mandat du PT et du Frente Popular (7) dans la capitale de la démocratie, où environ 70 % de l'électorat approuve l'actuelle administration. La lutte continue, camarades ! Jusqu'à la victoire !

Porto Alegre, le 11 avril 2000.

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