Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PÉROU

Entretien avec Hugo Blanco

· Inprecor n° 447, mai 2000 · p. 29-32 · 3 843 mots

Pérou et Bolivie France Mexique

Propos recueillis par Pedro Brieger* ugo Blanco a 65 ans. S'il est connu internationalement, c'est surtout pour avoir pris la tête d'un mouvement de guérilla paysanne au début des années 60 dans la vallée de la Convencion, au Cuzco, au sud du Pérou. Cela lui a valu d'être emprisonné pendant 8 ans, avant d'être libéré grâce à la solidarité internationale et condamné à l'exil.

A son retour au Pérou en 1978 il a été élu à l'Assemblée constituante, député pendant 5 ans puis sénateur jusqu'à la dissolution du Parlement par Fujimori en 1992. I| est retourné aujourd'hui cultiver ses terres. Il est membre de la Centrale paysanne du Pérou (CCP) et du Parti unifié mariateguiste (PUM). Nous l'avons rencontré au siège de la CCP à Lima, peu avant les élections générales du 19 avril, au cours desquelles Fujimori — candidat à la présidence pour la troisième fois, malgré une Constitution qui limite à deux mandats la présidence de la République — a été mis en ballottage, malgré une immense fraude électorale, sous la pression de mobilisations populaires. Pedro Brieger : Tu as été élu au Parlement pendant de nombreuses années et tu te retrouves aujourd'hui à cultiver la terre comme simple paysan. Comment vis-tu ce changement brutal de mode de vie ? Hugo Blanco : Je n'ai jamais vécu dans le luxe et j'ai besoin de peu pour vivre. Il n'y a donc pas eu de changement brutal de mon niveau de vie. L'argent que je touchais comme parlementaire servait au militantisme. A la fin de mon mandat de sénateur, jétais membre de la commission écologie et les paysans et les pêcheurs m'appelaient des quatre coins du pays pour que je vienne voir les désastres écologiques qui les frappaient. Aujourd'hui, je suis paysan. Je cultive un peu de café que je vends. Au sein de la Confédération paysanne du Pérou (CCP), j'essaie d'impulser une agro-industrie collective aux mains des paysans eux-mêmes. C'est une façon, aujourd'hui, de se défendre parce que le paysan meurt de faim dans cette économie néolibérale. Il en est la principale victime. La politique néolibérale a favorisé l'entrée de produits manufacturés bon marché et les entreprises du pays ont fait faillite. Les ouvriers ont été licenciés ou alors ils tremblent de peur et n'osent pas revendiquer de peur d'être mis à la porte. Et avec le chômage et la misère la population urbaine ne peut pas acheter les produits agricoles ou alors à très bas prix. Les paysans se retrouvent avec leur production sur les bras.

Arrestation de Hugo Blanco, dirigeant de la révolte paysanne dans la valée de Cuzco, en 1963. Pedro Brieger : Sur le plan politique, la différence doit être très sensible depuis que tu n'es plus parlementaire... Hugo Blanco : Bien sûr. Un parlementaire a accès aux médias. Aujourd'hui, c'est fini. Mais ce n'est pas très important pour moi. Ce qui compte, c'est mon engagement social. Parfois la presse parle de moi, parfois non ; parfois je suis parlementaire, parfois non ; parfois je suis emprisonné, parfois non... Je suis un militant social qui a été poussé par les circonstances à être guérillero ou parlementaire. Quand nous avons engagé la réforme agraire et que nous avons été attaqués par le gouvernement et les grands propriétaires nous nous sommes défendus

Pérou

Entretien

avec Hugo Blanco

les armes à la main. Ensuite, la situation a permis de faire du travail parlementaire et je me suis retrouvé au Parlement où je me suis opposé à la majorité patronale de droite, pas seulement avec Fujimori... C'est vrai que cela m'ouvrait l'accès aux médias. Je me suis impliqué dans les luttes populaires. Paradoxalement, là où j'ai reçu le plus de coups, c'est quand j'étais parlementaire. L'immunité parlementaire, c'est une vraie fable. Je me suis retrouvé plusieurs fois à l'hôpital après m'être fait matraquer par la police. Ensuite, en 1992, Fujimori a fait son coup de force en dissolvant le Parlement. Pedro Brieger : Pourquoi la résistance a-t-elle été aussi faible ? Hugo Blanco : Parce que ce Parlement ne méritait pas d'être défendu par le peuple. Il vivait aux dépens du peuple comme cela a toujours été le cas au Pérou. Et les gens n'ont pas trouvé à redire à sa dissolution. Ils ont voté contre les partis et donné leur appui à Fujimori. L'APRA est un parti qui a détourné des sommes colossales des entreprises nationales, de la Banque agricole. Alors quand on leur a dit « il faut privatiser », les gens étaient heureux. « C'est bon, disaient-ils, on va en finir avec cette corruption des entreprises nationales. » Ils ont aussi soutenu Fujimori face au Sentier lumineux qui terrorisait les gens. Il a détruit le Sentier lumineux et les gens lui en savent gré. Il y avait aussi le problème de l'inflation. Les gens meurent de faim, ils n'ont pas de travail. On peut dire que lors du deuxième scrutin ils ont vraiment voté pour Fujimori. Aujourd'hui, c'est différent, même si je pense que Fujimori sera réélu mais au prix de fraudes colossales, avec une mainmise sur toute l'administration de l'État. Il faut voir comment l'armée fait campagne. Les présidents des bureaux de vote ont été nommés en connaissance de cause. « Pérou 2000 » fait campagne avec l'argent de l'État. Et beau* L'entretien avec notre camarade Hugo Blanco a été réalisée par Pedro Brieger, sociologue, journaliste et écrivain argentin.

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Pérou coup de morts vont voter. Il va y avoir une super fraude. Par ailleurs, les gens n'ont pas trop le choix parce que l'opposition n'est pas crédible. Si elle était unie, les gens pourraient voter pour elle. Là, ils vont voter pour l'un, pour l'autre, mais sans illusions, en pensant que Fujimori va gagner. Pedro Brieger : Quelle est aujourd'hui la situation de la gauche péruvienne ? Hugo Blanco : Elle est très atomisée, affaiblie, incapable de présenter un candidat à ces élections. Le Parti unifié mariateguiste (PUM) existe toujours. Il est surtout implanté dans la paysannerie, ce qui lui a évité de disparaître, mais il apparaît assez peu en tant que parti. Le PUM avait, avec Javier Diez Canseco, un bon parlementaire, honnête, combatif, intelligent. Mais il n'a trouvé place sur aucune liste, parce que c'est comme des vautours sur une carcasse et ils savaient qu'il aurait eu plus de voix que les autres. Javier est le candidat idéal par ce que c'est un vrai militant de la politique parlementaire. Moi, c'est différent. J'ai toujours été d'abord impliqué dans le travail de masse. C'est mon identité. En plus, aujourd'hui, même si j'avais pu être

ABAJI LA DIETADURA

GOBERND POPMLAR

élu, j'aurais défendu des positions qu'ils n'auraient pas acceptées et la presse n'en aurait même pas parlé. Les gens penseraient : « Qu'est-ce qu'il fait là Hugo Blanco ? ... Il ne sert à rien. » Pedro Brieger : Comment analyses-tu le soulèvement indigène et populaire contre le gouvernement de Jamil Mahuad en Équateur qui a contraint Mahuad à démissionner ?

Hugo Blanco : Je crois que les processus révolutionnaires se développent en deux temps. D'abord, les gens votent pour des gens même s'ils ne défendent pas leurs idées, parce qu'ils veulent en finir avec le gouvernement qui les exaspère. Au début, le nouveau gouvernement prend quelques mesures qu'ils réclamaient mais il leur faut encore faire l'expérience qu'on ne peut pas coexister avec l'ennemi et qu'il faut l'écarter définitivement parce qu'il prépare son retour. C'est le schéma de la révolution de février et de la révolution d'octobre 1917. Au Chili, par exemple, la révolution de février c'est l'arrivée au pouvoir d'Allende en 1970. Mais Allende a freiné le processus et cela a permis la victoire du coup d'État en 1973. Si la révolution n'avance pas, elle recule. Pedro Brieger : Mais en Équateur, les indigènes représentent moins de 40 % de la population. Comment peut triompher un mouvement qui n'est pas majoritaire ? Hugo Blanco : En réalité, ils sont l'avant-garde de la lutte mais la population urbaine est aussi mobilisée et les soutient. Le mouvement avait pour objectif de chasser LUNDRESU FED, ZONAL ANTE UB

ATI Réunion *đe là Confédé

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ration paysanne POR du Pérou dans un village Mahuad. Mais ils ne savaient pas ce qu'ils feraient ensuite. Ils se sont retrouvés devant une situation démesurée dont ils n'avaient pas débattu et à laquelle ils n'étaient pas préparés. Peut-être était-ce une erreur de former une junte avec des militaires.... Il faut beaucoup d'ingénuité pour se laisser abuser par les Forces armées officielles, qui sont les ennemis du peuple, du côté des oppresseurs... Je pensais qu'il se formerait une junte de colonels soutenus par le peuple, mais non, on a eu un triumvirat mis en place par le commandement conjoint. C'est absurde de penser que les paysans puissent gouverner avec eux. Pedro Brieger : Dans les années 60 et 70, des migrations massives de la campagne vers la ville ont modifié la structure sociale de la majorité des pays d'Amérique latine. Mais aujourd'hui le poids social de la paysannerie se manifeste en Équateur, au Chiapas, au Pérou... Hugo Blanco : C'est vrai, oui. Je pense que c'est positif. Je suis un de ceux qui luttent pour défendre une identité culturelle qui n'existe pas au Pérou comme elle peut exister en Bolivie, en Équateur ou au Mexique, très orgueilleux de leur identité culturelle. Dans la CCP, nous sommes majoritairement indigènes et parfois les gens pensent que nous avons une politique discriminatoire vis-à-vis des paysans qui ne le sont pas, parce que nous avons eu comme secrétaire général un indien aymara, puis un indien quechua. Dans la direction collégiale, il y a une majorité d'indiens quechuas. Nous sommes la majorité — moi aussi, je suis quechua — et nous ne mettons pas en avant cette indianité pour ne pas alimenter une discrimination contre la minorité des paysans qui ne sont pas indigènes. Notre identité, là, c'est notre condition commune de paysans. Il y a des revendications indigènes qui sont reprises par tout le monde comme par exemple la défense de la coca, des communautés paysannes et de notre forme d'organisation sociale. Ces revendications sont reprises au niveau de la CCP. Indigènes ou non, les paysans défendent les communautés paysannes. Mais la CCP ne se bat pas pour la reconnaissance du quechua en tant que langue officielle, ou pour l'alphabétisation en quechua, ni pour des revendications concernant la culture, la médecine ou les traditions folkloriques. Pedro Brieger: Quelles sont les relations avec les secteurs urbains ? Quelle est la situation du mouvement ouvrier au Pérou aujourd'hui ? Hugo Blanco : Le mouvement ouvrier est très affaibli. Beaucoup d'usines ont fermé leurs portes — c'est ça le néolibéralisme — et ceux qui travaillent toujours ont peur d'être licenciés. Le mouvement est très faible. Le seul secteur solide est celui de la construction, très combatif et composé majoritairement de paysans. Ils n'ont pas peur d'être licenciés parce qu'ils n'ont que des emplois précaires. Mais les ouvriers des

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usines et leurs syndicats, comme la CGT-P, sont très affaiblis et peu combatifs. Pedro Brieger : Tu as vécu plusieurs années au Mexique et suivi de près le soulèvement zapatiste. Que représente pour toi le Chiapas ? Hugo Blanco : C'est très différent de notre expérience au Pérou. Ici, ce n'est pas un parti qui a dirigé la guérilla mais le mouvement social qui était le bras armé de la Fédération provinciale des paysans de la Convencion. Nous avons constitué des milices dans un premier temps qui, ensuite, avec l'affaiblissement du mouvement paysan, sont devenues mobiles, une guérilla. Le Chiapas connaît lui une situation très particulière parce que le mouvement social est plus inégal au Mexique qu'il ne l'était au Pérou. Alors que le Chiapas est très avancé dans la lutte, les autres secteurs restent en arrière. C'est vrai que la ville de Mexico a élu un maire de gauche. Mais la situation est très inégale. L'important est qu'ils refusent de rester isolés et qu'ils s'ouvrent à tous les courants ou mouvements politiques progressistes de par le monde en utilisant l'Internet. C'est une des qualités exceptionnelles de leur direction. Je suis très heureux qu'ils défendent la cause des indigènes parce que le mouvement indigène en Amérique latine est intégrateur. Il se vit comme une composante de l'ensemble des secteurs exploités; il affirme son identité, sa propre lutte, mais il ne prétend à aucune suprématie ; au contraire, heureusement, il entretient des rapports fraternels avec tous les exploités. Pedro Brieger : Quel avenir peut avoir le mouvement zapatiste s'il ne veut pas prendre le pouvoir et qu'il reste concentré dans une région ? Que peuvent-ils changer au Chiapas même, au-delà de la sympathie internationale qu'ils renconHugo Blanco : Cela dépend du développement du mouvement social dans son ensemble dont ils affirment clairement qu'ils ne sont pas l'avant-garde. « Que savons-nous des problèmes de Jalisco ou d'autres Etats, de ce qu'ils doivent faire ? » disent les zapatistes. « La seule réponse que nous avons trouvée, nous, c'est l'autodéfense armée et nous l'avons organisée. » J'aime beaucoup cette grande modestie. Tout dépend effectivement du développement des luttes dans l'ensemble du pays. Aujourd'hui, c'est triste, le Chiapas est très isolé et je ne sais pas ce que lui réserve l'avenir. Pour être franc, je craignais qu'ils ne soient écrasés mais heureusement ça ne s'est pas produit. Pedro Brieger : Cela ne soulève-t-il pas justement la nécessité d'un parti révolutionnaire qui centralise les luttes ? Ou la nécessité de construire des partis révolutionnaires est-elle définitivement révolue ? Hugo Blanco : Écoute, je pense que Marcos en sait beaucoup plus sur les luttes de par le monde et il pourrait nous conseiller. Mais il n'a pas l'arrogance que nous avons eue et partagée avec nos camarades en Europe quand nous définissions ce qu'il fallait faire dans tel ou tel pays d'Amérique latine. Je ne crois plus au rôle « d'avant-garde » des partis politiques. lis sont nécessaires comme lieux de débat et de réflexion sur les problèmes sociaux et pour porter ces discussions dans les mouvements sociaux. Rappelons-nous l'expérience traumatisante de l'URSS où ce qu'on appelait le centralisme démocratique est devenu le centralisme bureaucratique sous la férule de Staline. Bien sûr, c'est le pire des exemples Mais nous ne pouvons malheureusement pas citer beaucoup d'exemples positifs pour le développement des luttes. Prenons le cas du PUM. Le maire de la ville de Limatambo est membre du PUM. Quand c'est le PUM qui a choisi son candidat, il a perdu les élections. Quand le parti a accepté que la Fédération municipale des paysans choisisse le candidat, il a gagné. C'est maintenant une municipalité exemplaire dans tout le Pérou. Et on le doit au fait que le parti n'a pas désigné lui-même son candidat. Je ne crois pas qu'il y ait deux catégories de personnes : les unes, élues de Dieu, membres du parti, et les autres à l'extérieur. Je suis d'accord avec le centralisme démocratique au sein de la CCP, pour participer à une mobilisation par

Pérou exemple. Mais il s'agit d'actions, pas d'idées. Pedro Brieger : Alors pourquoi adhérer à un parti, être membre du PUM ? Hugo Blanco : Parce que c'est un lieu de débats important. Je ne pense pas qu'ils m'interdiraient de défendre publiquement ce que je défends à l'intérieur.

Hugo Blanco en manif dans sa région. Pedro Brieger : Tu es quelqu'un qui s'est toujours revendiqué publiquement du trotskisme. Est-ce toujours le cas ? Hugo Blanco : Je pense que oui. Cela dépend des questions. Je me réclame du léninisme mais pas en ce qui concerne le centralisme démocratique. Si Lénine revenait il serait très déçu de la façon dont a été copié le parti bolchevique Nous nous prétendions « bolcheviques ». Mais si c'était un mouvement essentiel dans la Russie de 1917, cela est beaucoup moins évident au Pérou en l'an 2000. Nous citions Mariategui qui affirmait que la révolution socialiste au Pérou ne serait ni un calque ni une copie. On le répétait mais on copiait quand même. Lénine était un hérétique parce que Marx avait prévu que la révolution se ferait dans le pays le plus développé alors que Lénine a dit qu'elle briserait le maillon le plus faible du capitalisme. C'est l'hérésie qui définit le marxisme authentique. C'est en hérétiques que nous devons être marxistes, pas en « bolcheviques ». L'essence du marxisme est dans l'analyse de la réalité et la recherche de réponses appropriées. C'est pourquoi je me considère toujours marxiste et trotskiste, avant tout pour la lutte contre la bureaucratie - qui m'inspire de plus en plus de dégoût — ou la révolution permanente. Mais si on veut créer un parti de type léniniste, on va créer une bureaucratie et je suis contre ce type de parti.

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Pérou Pedro Brieger : Fujimori a réussi à décapiter le Sentier lumineux. Pour le mouvement de masse la disparition de Sentier lumineux est-elle quelque chose de positif? Hugo Blanco : Bien sûr que oui ! La CCP peut réapparaître aujourd'hui parce qu'il n'y a plus Sentier lumineux. Ils arrivaient dans une communauté paysanne et demandaient : « Qui est le président ? » S'ils ne le tuaient pas toujours, ils le remplaçaient de toute façon par la personne que leur parti avait désignée. La pire caricature d'un parti Ils ont tué des dirigeants paysans — certains mêmes qui avaient été emprisonnés sous l'accusation d'être au Sentier lumineux — en les désignant comme des « traîtres » au mouvement paysan parce qu'ils défendaient d'autres voies que la lutte armée. En plus, l'armée se servait de ce prétexte pour nous pourchasser, nous, et nous tuer en faisant croire que c'était le Sentier lumineux. Des gens ont été assassinés par l'armée qui a prétendu que c'était eux les responsables. Aujourd'hui c'est tini. Pedro Brieger : Et le Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) ? Hugo Blanco : Le MRTA n'a pas été décapité aussi radicalement que le Sentier lumineux parce qu'ils ont été plus respectueux des organisations de masses et de la CCP. Mais je ne suis pas d'accord avec eux parce qu'ils substituent à l'action de l'ensemble du peuple les initiatives d'une avant-garde audacieuse. Cette méthode ne me paraît pas correcte même si je les respecte beaucoup. Je ne suis pas d'accord avec ces conceptions « avant-gardistes » en général et encore moins quand il s'agit de lutte armée. Pedro Brieger : Les forces populaires ne réclament pas la libération des dirigeants de Sentier lumineux ? Hugo Blanco : Non, pas du tout. Ils ne sont plus qu'une secte marginale. Pedro Brieger : Et toi ? Hugo Blanco : Moi, si, parce que je réclame l'amnistie pour tous les prisonniers politiques. Mais avec le Sentier lumineux on ne pouvait rien faire ensemble parce que même dans les manifestations pour les droits de l'homme ils venaient avec leurs propres banderoles pour appeler à la lutte armée et voulaient les imposer à tout le monde. Pedro Brieger : Face à la désindustrialisation qui affecte toute l'Amérique latine et affaiblit les syndicats, comment envisages-tu la recomposition du camp populaire? Hugo Blanco : C'est l'histoire qui décidera. Il faut être attentif aux formes de recomposition. Ici la CCP se renforce. Après avoir été durement touchée par la répression, par les balles qu'elle recevait de deux côtés (l'armée et le Sentier lumineux), elle se relève nettement. Je crois que nous avons gagné en qualité parce que nous avons appris beaucoup de l'expérience. Certains dans la CCP pensent qu'elle va constituer le pilier central des prochaines luttes ; d'autres, comme moi, la considèrent comme une force parmi d'autres, notamment avec le développement de mouvements régionaux L'an dernier j'étais à Cuzco pour le 1e mai. Il n'y avait pas un ouvrier dans la manifestation. C'étaient des vendeurs des rues, des étudiants ou la population des quartiers déshérités. Pedro Brieger : Tu parles des vendeurs des rues et de leur rôle dans les luttes sociales, alors qu'ils appartiennent à un secteur social assez marginal. N'est-ce pas un panorama très différent de celui qui existait il y a 30 ou 40 ans quand l'heure était aux mobilisations des masses

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ouvrières pour des revendications particulières ou globales ?

Hugo Blanco : Si, bien sûr. Je crois qu'il y a des aspects du Manifeste communiste qui restent actuels, comme la concentration du capital ou ses contradictions internes. Je crois que cela prend même des formes beaucoup plus aiguës que ce que Marx avait prévu. Certains se frottent les mains aujourd'hui parce que la classe ouvrière disparaît peu à peu et qu'elle va être remplacée par la machine... Oui, mais la machine ne va pas acheter les biens de consommation. Quant au rôle d'avant-garde de la classe ouvrière, je crois que ce n'est plus vrai en Amérique latine du fait de son affaiblissement organique et de l'apparition d'autres secteurs sociaux dans la lutte. La dictature du prolétariat n'est plus à l'ordre du jour, même pas dans le sens où l'entendait Lénine, celui d'un gouvernement démocratique. Je crois que notre époque ne permet plus de parler de dictature. Les gens sont accablés par les dictatures. Le gouvernement que j'appelle de mes vœux serait formé de différents secteurs, ouvriers, paysans, employés, chômeurs, habitants des quartiers déshérités, représentants des mouvements régionaux, des associations professionnelles, etc. C'est l'Histoire qui en décidera. Ancien total 28589,06 Françoise L., France 40,00 Alain G., France 100,00 Martine T., France 140,00 Jean-Claude C., France 40.00 Marie-Christine B., Suisse 440.00 Didier E., France 40,00 Joseph S., Luxemboourg 270.38 Joseph W., Luxemboourg 607,50 Michel C., France 40,00 Pierre D., France 240.00 Daniel L., Belgique 40,00 Frédéric L., Grande Bretagne 140,00 Frédéric M., France 50,00 Gerard B., France 40.00 Georges D., France 40,00 Emmanuel C., France 140,00 Raynaldo R., France 100,00 Francis P., France 140,00 Mare N., France 40,00 Georges P.-W., Luxembourg 40,50 Guy D., Luxembourg 121,50 Eric M., France 50.00 René R., France 40.00 Philippe P.-L., Martinique 10.00 Claude P., France 40.00 Gaston César G., Suisse 40,00 Augusto C., Italie 100,03 Nouveau total au 21 avril 31 718.97

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