Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

UNION EUROPÉENNE

Lisbonne, un sommet pour rien ?

· Inprecor n° 447, mai 2000 · p. 3, 5-7 · 3 311 mots

Portugal Europe Allemagne États-Unis

Par François Vercammen* e Sommet de Lisbonne (23-24 mars

. 2000) était programmé comme un non-événement. Après le Sommet de Berlin, qui avait redressé de manière spectaculaire une UE en détresse, il reviendrait à la France, en décembre 2000, de "conclure", , avec autorité et légitimité, la Conférence intergouvernementale (1). Au "petit Portugal", il reviendrait de lancer cette CIG mais de gérer ses dossiers en cours en "bon père de famille" Pour le reste, de ne rien faire qui fâche : résorber la crise de la vache folle, continuer à pédaler autour de la difficile harmonisation fiscale européenne, et maintenir la pression sur "la réforme du marché du travail". Les deux sommets "sociaux" ("contre la précarité et l'exclusion") au Portugal devraient être modestes. De l'enlisement...

A part des problèmes de pouvoir et de prééminence entre États-membres, la raison fut qu'aucune avancée ne semblait possible dans le climat maussade de l'hiver 1999 marqué par : l'exacerbation des rapports entre la Grande-Bretagne d'une part et la France et l'Allemagne autour de la vache folle ; les discussions acrimonieuses entre les pays à "paradis fiscaux" (la GrandeBretagne, Luxembourg) et les autres qui demandaient une taxation uniforme dans toute l'UE sur les revenus des capitaux appartenant à des résidents "étrangers". La constitution dans les coulisses, en octobre 1999, d'un "nouvel" axe entre Blair et Aznar sur la base d'un document d'orientation, irritait d'autres pays-membres, pour au moins quatre raisons : 1.— Aznar, le démocrate-chrétien, était ainsi promu alors que son parti frère d'Autriche avait concocté une alliance électorale/gouvernementale avec un parti d'extrême-droite dont le leader est un pro-nazi notoire ; 2.- Cela n'était pas gentil de la part de Blair "le socialiste" vis-à-vis de son parti frère espagnol, dans l'opposition, au moment où celui-ci se préparait à affronter Aznar aux élections parlementaires ; 3.— La réputation brutalement antisociale du texte en gênait plus d'un dans la socialdémocratie européenne : à part Jospin qui n'aime pas ce langage explicite, Schröder cherchait à amadouer le mouvement syndical dans la perspective des nouvelles conventions collectives nationales ; 4.- Et, le comble, Blair ne manquait pas d'air d'afficher aussi brutalement ses ambitions européennes, alors qu'en GrandeBretagne il venait de mettre en sourdine sa campagne pour l'adhésion à l'Union monétaire (l'euro) par peur des dégâts électoraux.

Le désordre était à son comble quand il s'est agi de nommer le nouveau chef du FMI (traditionnellement attribué à "'UE). L'Allemagne voulait en profiter pour étaler sa "nouvelle" puissance économique et financière. Pendant plusieurs semaines, Schröder affrontait sans pudeur et publiquement à la fois Clinton et ses principaux "partenaires" de l'UE, avant d'emporter, péniblement, le morceau.

Dans un tel climat politique, la machine de l'UE se grippe. Il peut sembler bizarre que dans une affaire aussi colossale que l'unification de l'UE, le secondaire puisse prendre le pas sur l'essentiel. Il ne faut jamais oublier que l'UE est fondamentalement un regroupement de (quelques grands) États impéria-

Lisbonne,

listes. Tout élément ou événement "extérieur" ou "périphérique" influe sur le rapport de forces entre eux et cela pèse tout de suite sur les grands dossiers. Là aussi "les détails" comptent : le contenu d'abord, mais aussi la tactique pour avancer, les alliances intergouvernementales pour gagner, les formulations terminologiques, le résultat final tel qu'il est médiatisé, jusqu'à la position individuelle de chacun de ces "puissants qui nous gouvernent". ...à la relance

La situation s'est "miraculeusement" débloquée, car la volonté politique produite par la guerre du Kosovo, a renoué avec la tendance lourde. Elle a été nourrie par différents éléments.

Un élément de cohésion qui pèse favorablement, c'est le projet d'une défense autonome. L'UE avance, ses premières institutions militaires ont été mises sur les rails Mais aussi, les gouvernements français, allemand, italien et, surtout, britannique ont fait front, jusqu'à présent, face aux pressions de Bill Clinton. Celui-ci veut leur imposer une nouvelle génération d'armes américaines, et bloquer ainsi le rapprochement commercial, voire structurel des entreprises d'armement européennes. Et cela pour imposer une solution "transatlantique" sous l'égide de ses propres "champions" (dont quelques-uns ont besoin de se renforcer).

Mais c'est sans aucun doute l'évolution de l'économie européenne qui a été le facteur déterminant, sur le plan conjoncturel et structurel. Certes, la faiblesse de l'euro face au dollar constitue un handicap, avant tout pour s'imposer à l'échelle internationale comme monnaie de réserve. Mais elle a aussi favorisé les exportations européennes, notamment vers le marché américain toujours en expansion. Cela a soutenu la reprise en Europe, au moins provisoirement. Les * François Vercammen est mmbre du Secrétariat unifié de la IV° Internationale. 1. La CIG porte, rappelons-le, sur une réforme des institutions, l'élargissement vers l'Est de l'UE et la création définitive d'une défense autonome.

----- photo credits and running heads -----

L

Page 5

excédents budgétaires dans la plupart des pays européens ont fourni une belle "cagnotte". Les gouvernements (sociaux-démocrates, pour la plupart) ont pu lâcher du lest sur le plan des dépenses sociales, tout en continuant une politique néolibérale structurelle (privatisations, flexibilisation, dérégulation). Ainsi, même le gouvernement Blair "refait du social" (santé, enseignement)... à un an des élections parlementaires.

Deuxièmement, il y a des changements dans la structure des économies. Le mouvement de fusions d'entreprises continue à battre des records en Europe (malgré des échecs cuisants : la fusion avortée entre la Deutsche Bank et la Dresdner Bank). Mais surtout l'acquisition de l'allemand Mannesmann par le britannique Vodafone AirTouch (constituant ainsi un géant de dimension mondiale), s'est faite sans que le gouvernement allemand n'intervienne. Un verrou très symbolique a sauté : celui de l'intervention des États pour protéger leur(s) champion(s) nationaux. Ce sont les actionnaires (c'est-à-dire le marché) qui ont prévalu. « Un tournant fondamental pour le capitalisme européen » (2). Cela annonce d'autres "méga-fusions" transnationales (intra-européennes) qui sont en cours ou qui vont suivre dans les secteurs de l'énergie, des banques et assurances, des télécommunications, de la distribution...

D'où la nécessité de disposer de masses de capitaux supplémentaires et bon marché. Lisbonne a tranché

C'est à partir du Forum de Davos que les sommets de l'UE ont procédé au réajustement tactique.

Cette assemblée du capitalisme "global" était avant tout indispensable aux classes dominantes réunies pour un exercice de "bilan et perspectives" ', après la défaite politique et morale à Seattle. Mais les États-Unis sont venus aussi pour y marquer leur hégémonie (Clinton dans son discours sur "L'état de l'Union" : « Les États-Unis n'ont jamais été aussi forts et les Américains aussi prospères »). La haute conjoncture aux EtatsUnis, qui se prolonge encore (même si ses fondements sont dangereusement volatiles) a sans doute "convaincu" l'UE.

Ainsi, l'exemple américain qui ne semble pas s'essouffler et la relance économique en Europe ont remobilisé les élites européennes autour de l'UE. Il deviendra « le sommet le moins controversé depuis 1997 » (Amsterdam), selon Blair.

Dès le début février, la préparation du sommet de Lisbonne (prévu fin mars) se tiendra dans d'autres conditions. De fait, le texte de Blair-Aznar de l'automne 1999 revenait sur la table. Il avait entre-temps gagné des appuis importants en Italie (Amato) et en Allemagne. Jospin, harcelé chez lui par le mouvement social, allait sacrifier quelques ministres. Mais il était déjà préparé pour imposer à la France une nouvelle mesure néolibérale : c'est à Lisbonne, à la veille de l'ouverture du sommet, qu'il acceptera les privatisations des services refusées jusque-là. L'UE pouvait ouvrir une nouvelle offensive.

Le Sommet se laisse facilement résumer: 1.- Compléter le Marché Unique sur le plan financier et franchir le pas vers "la nouvelle économie" avec, à court terme, les mesures pratiques qui s'imposent (voir l'encadré). 2.- Pour l'immédiat, ne rien décider sur le plan social, mais mettre en place les mécanismes de fonctionnement qui permettent de décider à Paris (Nice) en décembre

La cohérence entre les deux est simple : L'intégration poussée des marchés et « l'intensification de la concurrence signifieront que, d'une manière ou d'une autre, les rigidités structurelles européennes [il est question ici du social] vont être cassées. Les réformes adoptées à Lisbonne ne seront que le début » (3).

En clair : le démantèlement de l'État-providence en cours dans chaque pays sera coordonné, "européanisé". Ce n'est pas anodin. Et pour gagner l'appareil socialdémocrate (syndical et politique), cela se fera sous le cri de « vers le plein emploi par la nouvelle économie ». (4) « L'État social actif »

La réunion préparatoire des Ministres des Affaires sociales, du mois de février, avait annoncé la couleur : s'il s'agissait toujours de « combattre la précarité et l'exclusion sociale », la « modernisation de la sécurité sociale » arrivait maintenant au centre du discours autour d'une des notions idéologiques-clé de la "troisième voie" : le passage de l'État-providence à "l'État social actif"

La notion est confuse à dessein. Mais son but pratique est très clair : miner le système de protection sociale actuelle par quelques règles simples. L'allocation sociale n'est plus automatique et universelle. Elle ne découle plus d'un droit mais d'une prestation; cette prestation peut être imposée par l'État, sous la menace de perdre en partie ou en totalité la jouissance de l'allocation. Elle n'est plus générale, mais liée à l'individu.. Du même coup, on brise un des fondements de la solidarité au sein du monde du travail. En "activant l'individu", on le culpabilise, on "le montre du doigt" aux yeux de la société et du monde du travail. Blair s'est rendu célèbre et odieux en s'en prenant, le lendemain de sa victoire électorale, aux jeunes mères célibataires.

EUROPEAN CENTRAL BANK TRAINING MACHINE AIT THAI

Le but est bien sûr de comprimer radicalement les dépenses sociales, avec en perspective leur privatisation (partielle). Toutes "les caisses" (allocations) du système de protection sont dans le collimateur : chômage, famille, retraite, santé.... Le cas des retraites est un cas particulièrement "juteux" pour le capital financier. Mais cela vaut aussi pour le travail intérimaire.

Tous les gouvernements de l'UE essayent d'appliquer ces règles depuis un certain temps. Elles figurent régulièrement dans les rapports de l'OCDE et sont évoquées dans les réunions des conseils des ministres (surtout l'ECOFIN, la réunion des Ministres des finances).

Mais l'obstacle est très difficile à prendre car la sécurité sociale est le fruit de 100 ans de conquêtes ouvrières, qui a pris, depuis 1945, un caractère global, universel et normatif. Elle est le résultat des grandes luttes, la cristallisation d'un rapport de forces entre le capital et le travail, incarnée dans des organisations ouvrières et dans un sentiment diffus de justice sociale dans la classe ouvrière. Elle a ses complexités et ses spécificités, pays par pays (qui nous rend aussi la tâche difficile pour développer une alternative à la fois européenne et concrète). 2. Titre de l'éditorial du Financial Times du 5 février 2000 3. Financial Times du 25 mars 2000. 4. Il faut y ajouter une troisième mesure, sans doute décidée dans les coulisses : ramener Prodi et "sa" Commission en position subordonnée par rapport au Conseil des ministres, avec Solana à la tête de l'UE. Voir encadré en p. 6

Page 6

C'est depuis 1998, que la Commission a essayé de lancer le débat pour en faire une politique européenne Communication, intitulée « Moderniser et améliorer les systèmes de protection sociale »). Mais sur ce plan non plus, ce n'est pas simple : la politique sociale n'est pas du ressort "communautaire". Elle appartient aux États nationaux, donc aux Conseils des ministres où l'on décide en général à l'unanimité

Tout en ne prenant aucune mesure concrète sur le fond, le Sommet de Lisbonne - les gouvernements réunis - a pris la décision politique de prendre l'obstacle à court terme. Deux points de procédure devraient inquiéter le mouvement ouvrier et syndical. D'abord, un "Groupe à haut niveau" (!) est chargé de faire « une étude sur l'évolution future de la protection sociale dans une perspective à long terme, en accordant une attention particulière à la viabilité des régimes de retraite....». Ensuite, en analogie avec les conseils des ministres qui suivent l'application des Grandes orientadans une "politique sociale", comme ils le font déjà mettre en question les critères de l'Union monétaire (le traité de Maastricht et le pacte de stabilité). Par ailleurs, la Commission préparera un rapport de synthèse (c'est-à-dire un bilan) à soumettre aux instances citées, et, véritable innovation, il y aura, comme pour les critères de Maastricht à l'époque, « [définition] des calendriers spécifiques pour réaliser les objectifs à court, moyen et long terme » ; « [établissement] d'indicateurs quantitatifs et qualitatifs et des critères d'évaluation par rapport aux meilleures pertions de politique économique (GOPE), « le Conseil européen [des premiers ministres et chefs d'Etat] se réunira chaque année au printemps pour débattre des questions économiques et sociales ». Curieusement ce ne sont pas les ministres des affaires sociales, mais ceux de l'économie et des finances (le de l'UE. fameux ECOFIN) qui veilleront sur cette pour les GOPE. Certes, d'autres ministères peuvent y contribuer, mais, dit le texte, « il n'est nul besoin de nouveaux processus ». Le but est de couper court à toute velléité de formances mondiales...» ; « [traduction de] ces lignes directrices européennes en politiques nationales et régionales en fixant des objectifs spécifiques », et « une évaluation et un examen par les pairs » c'est à dire une forte contrainte sur chaque gouvernement « Vers le plein emploi » !

En fait, ces décisions s'inscrivent parfaitement dans la logique et les normes établies de l'UE. Le chapitre sur l'emploi dans le traité d'Amsterdam déclarait déjà que « l'objectif est un niveau d'emploi élevé », mais cela se fera « d'une manière compatible avec les GOPE ». Celles-ci sont basées sur « un élargissement de l'échelle de salaires vers le bas [avec une réduction de 20 % à 30 % du coût salarial des activités peu qualifiées ». Cela implique « une réduction équivalente des allocations de chômage et des prestations sociales...» (5).

Le Conseil européen promet de « porter le taux d'emploi [actuellement de 61 % en

Page 7

moyenne] à un niveau aussi proche que possible de 70 % d'ici à 2010. Et à faire en sorte que la proportion de femmes actives [actuellement de 51 % en moyenne] dépasse 60 % d'ici à 2010 ». Selon les calculs, cela signifierait 20 millions d'emplois à créer ! Cette "promesse" rappelle irrésistiblement les "prévisions" du rapport Ceccaldi des années 80 (3 à 5 millions d'emplois à créer par l'instauration du Marché unique) et les 15 millions d'emploi évoqués dans le Livre blanc de Jacques Delors (6), ramené, en cours de route, à « la réduction de moitié du chômage » avant l'an... 2000 (dont Kohl s'était fait le champion à un moment donné). Aujourd'hui, il ne s'agit plus d'emplois à plein temps, a durée indéterminée, avec un salaire complet et selon les normes sociales légales et les droits reconnus. Ce sont des emplois "à l'américaine" , produit de la "nouvelle économie" !

La première chose à attendre, liée à cette transfiguration de la notion d'" un travail", sera la réorganisation de l'appareil statistique : quel emploi ? qui est chômeur ? Pour l'exemple : aux États-Unis, pour être comptées parmi les chômeurs, les personnes doivent prouver qu'elles ont activement cherché un emploi dans les 7 jours qui ont précédé le sondage ; 2 heures de travail par semaine suffisent pour sortir des statistiques ! Si on retire des statistiques (ce qui se fait déjà dans plusieurs pays de l'UE) tous ceux et celles qui suivent une formation, et si on peut expulser tous ceux et celles qui n'ont pas accepté un travail ou une formation "proposés", la route vers le "plein emploi" est ouverte !

La mise en place de "l'Etat social actif" cadre parfaitement avec le vrai objectif de l'UE : « réformer le marché du travail » en faisant sauter ses prétendues « rigidités structurelles ». Cet objectif est à son tour lié au « nouvel objectif stratégique » : engager la bataille concurrentielle dans l'arène mondiale. Cela fait peser une menace mortelle sur la cohésion du monde du travail en Europe.

C'est cela qui est maintenant inscrit à l'ordre du jour et qui deviendra une priorité politique de l'UE. Déjà appliqué en partie dans tous les pays-membres, elle aura la force d'une "coordination intergouvernementale"

La politique de plein emploi vise à exploiter au maximum toute la main d'œuvre disponible dans la société, notamment les femmes et les vieux. Cela nécessite un véritable bouleversement pour répondre aux nouvelles technologies. Mais cette insistance sur une formation moderne vise aussi à conquérir une base dans la société chez les jeunes, fascinés par le modèle culturel "américain" (portable, ordinateur, vidéo, CD, DVD).

Depuis les années 80 les patrons (et les médias à leur service) avaient déjà exploité le conflit inter-générationnel. Ils avaient besoin d'une main d'œuvre jeune, plus énergique et plus malléable. Il fallait obtenir le départ de la vieille génération sans menacer la paix sociale. Le svstème des préretraites fut la réponse, mais elle était trop partielle et, surtout trop coûteuse. Depuis lors, s'y était ajouté un bombardement idéologique autour de la "bombe démographique" (à l'envers de celle du Sud) qui rendrait les retraites par répartition "impayables". La vieille génération fut ainsi accusée "d'égoïsme" et de "corporatisme". Le même argument fut utilisé quant aux salaires : leur augmentation empêcherait la création d'emplois, voire déboucherait sur leur suppression, mènerait aux licenciements. Mais d'un point de vue patronal, tout cela fut « trop tard et trop peu »: pour y arriver le patronat se heurtait à une classe d'âge dans les entreprises qui constitue aussi la colonne vertébrale du mouvement syndical et de la résistance

Avec l'introduction massive de nouveaux outils de travail, "le nettoyage" du marché du travail pourrait se faire plus rapidement, et à bon compte : le processus progressif et graduel de la dérégulation passerait à une brusque accélération. Les idéologues de la bourgeoisie expliquent que toute la jeune génération y gagnerait : ceux et celles qui le veulent, auront une formation "moderne" ; chacun(e) selon ses capacités trouvera un emploi (certes pas à des conditions tout de suite optimales, mais quand même...) et les plus "dynamiques" pourront se faire du fric. Les nouveaux "héros" du marché et de la "cyber-économie" le prouvent...

Sur plusieurs plans, la condition travailleuse se trouve gravement détériorée Toute la politique néolibérale pousse vers l'inégalités accrue au sein du monde du travail. Dans plusieurs pays, les contrats à durée indéterminée (CDI) sont minoritaires par rapports aux contrats à durée déterminée (CDD) et les part-time : ce qui était atypique enco-

Are au début Tony Blair en vainqueur d de la contre-réforme années 90 est devenu la règle. Les lois sociales sont allègrement "évitées" ; ou bien ridiculisées (par exemple des contrats de travail d'une demi-heure.. à répétition !).

Malgré la relance économique, les patrons freinent des quatre fers sur les salaires.

Cette politique restrictive devient un argument pour élargir le système des primes ées aux résultats de l'entreprise et pour favoriser l'épargne salariale ou l'actionnariat ouvrier. A côté de la division entre allochtones et autochtones, hommes et femmes, différentes strates de revenus, d'insertion sociale, de qualification, de comportement social-culturel divisent de plus en plus le monde du travail, en plus d'une individualisation accrue. La politique fiscale joue à cet égard un rôle très perfide. Les "entreprises" de la "nouvelle économie" condensent et renforcent les affres de cette jungle sociale.

La social-démocratie est euphorique depuis Lisbonne : « le plein emploi revient, l'économie marche ». Un nouveau consensus social est en élaboration où les sommets de la bureaucratie syndicale prendront leur part du boulot. Le sommet que l'UNICE organisera à Bruxelles fournira une indication importante à cet égard

La résistance continuera. Mais il faudra bien prendre la mesure de la nouvelle ampleur de l'offensive néolibérale, de son écho dans la population et son impact structurel dans le monde du travail. 5. cf. la communication de la Commission européenne Croissance et emploi.. 6. Publié en 1993 sous le titre Croissance, compétitivité et emploi.

Une erreur sur cette page ?