Par Frances Curran et Murray Smith* e 6 mai 1999, Tommy Sheridan, tête de liste du Parti socialiste écossais (SSP) à Glasgow, est élu député au premier Parlement écossais depuis trois siècles. Cette percée électorale a porté le SSP, créé seulement quelques mois auparavant, sur le devant de la scène politique. Mais les racines du nouveau parti remontent plus loin. Aux origines, la mobilisation contre la poll tax
En introduisant la poll tax en 1989, Margaret Thatcher, alors premier ministre, a commis une double erreur. Jusque-là elle avait su attaquer le mouvement ouvrier secteur par secteur, choisissant son terrain, préparant l'affrontement, battant les uns après les autres sidérurgistes, ouvriers du Livre, municipalités de gauche et comme pièce de résistance, les mineurs. Mais cette fois-ci elle essayait d'imposer un nouvel impôt local qui frappait tout le monde et qui faisait payer les plus démunis au même taux que les riches. Ce faisant, elle a provoqué un mouvement de masse qui a battu en brèche la poll tax et contribué puissamment à sa propre chute. Sa deuxième erreur était d'introduire cette taxe d'abord en Écosse, c'est-à-dire dans une partie du Royaume-Uni où son gouvernement n'avait jamais disposé d'une majorité et où le mouvement ouvrier avait de fortes traditions de lutte
Nous ne retraçerons pas ici l'histoire, par ailleurs passionnante, de l'énorme mobilisation populaire qui a mis en bas la poll tax, seule victoire du mouvement ouvrier britannique dans une période marquée par de lourdes défaites. Ici il s'agit seulement de souligner son importance dans la genèse du SSP. En Écosse, le mouvement contre la poll tax a rapidement pris une grande ampleur. La branche écossaise de Militant (courant trotskiste pratiquant depuis longue date l'entrisme au sein du Parti travailliste), qui allait devenir la principale composante du SSP, y a joué un rôle de premier plan, défendant la stratégie de refus du paiement de l'impôt, combinée avec des mobilisations de masse et des actions directes.
La campagne a donné lieu à un dense réseau de comités de quartier, fédérés au niveau national, dont le principal porte-parole fut Tommy Sheridan, de Militant. Mais si Militant a joué un rôle prépondérant, cette lutte fut aussi l'occasion d'un vrai travail unitaire rassemblant des militants d'extrême-gauche, trotskistes ou libertaires, ainsi que des travaillistes, des syndicalistes, des communistes, des nationalistes et beaucoup de gens qui venaient à l'action politique pour la première fois au travers de cette campagne. C'était le creuset d'une collaboration entre des forces d'origines diverses, le début d'un changement de comportement et de mentalité. Scottish Militant Labour sort du Labour Party
Suite à la campagne contre la poll tax et en butte à la normalisation du Parti travailliste menée d'une main de fer par son dirigeant Neil Kinnock, l'organisation écossaise de Militant est sortie du parti en 1992 (un an avant la branche anglaise) pour créer une organisation indépendante : Scottish Militant Labour (SML). Profitant de l'autorité acquise au cours de la campagne contre la poll tax, surtout dans les cités populaires de Glasgow, le SML a enregistré les premiers succès électoraux de l'extrême-gauche en Écosse, faisant élire à Glasgow plusieurs conseillers municipaux et régionaux. Le succès le plus spectaculaire fut l'élection au conseil municipal de Glasgow de Tommy Sheridan, alors qu'il purgeait une peine de six mois de prison ferme pour avoir participé a une action visant à empêcher une saisie immobilière pour non-paiement de la poll tax.
C'était en 1992, l'année où, à la surprise générale, le fade John Major, successeur de Thatcher, avait gagné de justesse les élections législatives. En Écosse cette victoire avait créé une double déception. D'abord, c'était reparti pour cinq années de plus d'un
Un nouveau parti
gouvernement des tories (conservateurs), toujours aussi minoritaires en Ecosse. Ensuite, l'échec des travaillistes éloignait la perspective de la mise en place d'un Parlement écossais autonome. La conséquence en a été un renforcement de la conscience nationale, étroitement liée aux revendications sociales.
En même temps, le recentrage à droite du Parti travailliste, commençé sous Kinnock, se poursuivait sous le bref règne de son successeur John Smith, mort en 1994, pour être parachevé par Tony Blair. En Ecosse le SNP, parti nationaliste bourgeois avec une direction petite-bourgeoise et une base populaire, cherchait avec un certain succès a développer un discours de gauche pour récupérer les voix des électeurs travaillistes déçus. A gauche, le sentiment grandissait qu'il fallait essayer de mettre en place une alternative socialiste au New Labour de Blair. Le potentiel avait déjà été démontré par les succès de SML et le fut de nouveau par la candidature de Tommy Sheridan à Glasgow aux européennes de 1994, où il a fait 7,5 % sur la ville. A cette époque, le SML aurait très bien pu basculer dans un triomphalisme auto-proclamatoire. Au contraire, l'organisation a compris qu'elle ne pouvait pas constituer à elle seule l'alternative, mais qu'il fallait travailler à la mise en place d'une force anticapitaliste unie et pluraliste. Luttes et débats à gauche
Au début des années 1990 avaient commence les Socialist Forums, rencontres annuelles coorganisées par le Mouvement socialiste écossais (SSM, gauche travailliste), le courant Liberation (gauche du SNP) et le Parti communiste d'Ecosse (CPS, un des fragments nés de l'éclatement du Parti communiste de Grande-Bretagne). En 1994, pour la première fois, des représentants de * Frances Curran et Murray Smith sont responsables des relations internationales du SSP. Nous leur avons proposé de profiter de la tribune d'Inprecor pour présenter l'expérience de leur parti, ce qu'ils ont bien voulu faire. Les intertitres et les notes sont de la rédaction d'Inprecor.
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SML ont assisté au Forum. Par la suite ils ont accepté l'invitation de coorganiser le Forum de 1995. A cette occasion Alan McCombes au nom de SML a lancé publiquement l'idée d'un bloc électoral, d'une Alliance socialiste, pour contester les premières élections au Parlement écossais, dont la perspective commençait à se concrétiser avec la victoire universellement prévue des travaillistes aux élections législatives britanniques.
Les années suivantes ont été marquées par de nouvelles luttes : la grève de Timex à Dundee en 1993, la campagne contre la privatisation de l'eau, campagne par ailleurs réussie, puisqu'à différence de l'Angleterre l'eau n'a pas été privatisée en Écosse. En 1994-95 a eu lieu la campagne contre la Loi de justice criminelle (CJA), marquée par des manifestations de masse illégales. La loi a fini par être adoptée mais elle n'a jamais été utilisée comme prévu contre les militants écologistes partisans des méthodes d'action directe. Parallèlement il y a eu la campagne contre la construction d'une autoroute dans le sud de Glasgow. Dans ces dernières mobilisations les militants politiques traditionnels ont côtoyé, plus encore qu'à l'époque de la poll tax, les militants écologistes radicaux dont un certain nombre devaient par la suite se retrouver dans l'Alliance socialiste et au SSP. Une occasion perdue
L'idée d'une alliance socialiste faisait son chemin, avec pourtant des réticences dans le SSM, dont une partie des militants restaient au Parti travailliste, et encore plus dans le courant Liberation, entièrement intégré au SNP. Mais les choses allaient s'accélérer grâce à l'intervention d'Arthur Scargill, dirigeant du Syndicat des mineurs et de la grève historique de 1984-85. Scargill venait de quitter le Parti travailliste, en annonçant en novembre 1995 son intention de lancer un nouveau parti. Ce projet intéressait nombre de forces politiques en Écosse comme en Angleterre. Cela aurait pu être l'occasion de lancer un nouveau parti socialiste pluraliste. Malheureusement, les conceptions politicoorganisationnelles de Scargill - ultra-centralisatrices, autoritaires, voire staliniennes - ont gâché ce potentiel, avec le résultat que son parti, le Socialist Labour Party (SLP) est réduit aujourd'hui à l'ombre de lui-même et que ce n'est que cinq ans plus tard qu'on commence à voir à Londres les contours d'une nouvelle gauche radicale anglaise.
En Écosse des discussions entre Scargill et des représentants des organisations du Forum ont échoué sur deux points. D'abord le refus du pluralisme, c'est-à-dire de l'entrée dans le nouveau parti de courants politiques organisés (Scargill voulait écarter surtout le Militant et le SWP). Ensuite, le refus de Scargill d'envisager une section autonome du parti en Écosse. Par son attitude inflexible Scargill a fait sa seule contribution, involontaire, à l'émergence d'une nouvelle force politique. L'idée qu'il allait de toute façon lancer son parti, y compris en Écosse, a agi pour surmonter les réticences et accélérer le lancement de l'Alliance en février 1996. De l'Alliance socialiste écossaise...
Que représentait cette nouvelle Alliance socialiste écossaise (SSA) au moment de sa naissance ? Le SML y est entré en tant que courant organisé. Le Socialist Movement y est aussi entré, quelques adhérents restant au Parti travailliste. Le courant Liberation n'est pas venu en tant que tel, mais de nombreux militants de la gauche du SNP ont adhéré, à ce moment-là ou plus tard. Le CPS ne l'a pas non plus rejoint mais nombre de ses militants et responsables y ont adhéré, dont son secrétaire général, Bill Bonnar. Il y avait en plus quelques petits courants d'extrême-gauche, ainsi que des indépendants représentatifs de différents mouvements sociaux, tel Rosie Kane, figure de proue de la mouvance écologiste radicale. Faisant le lien entre l'écologie et la lutte anticapitaliste, un des slogans de l'Alliance et ensuite du SSP sera « Si tu veux être vert, il faut être rouge ».
La SSA avait dans les deux ans et demi de son existence entre 400 et 500 adhérents. Elle était essentiellement limitée aux villes de Glasgow, Edimbourg et Dundee, avec une structuration assez lâche. Le poids de SML était écrasant par rapport aux autres forces. Pour établir un climat de confiance il avait été décidé qu'aucun courant n'aurait plus de 40 % des places dans la direction. Un indice du chemin parcouru en deux ans est que personne n'a cru nécessaire de maintenir cette règle au moment du lancement du SSP. L'Alliance a eu un impact considérable, à la fois dans les luttes, notamment celles de défense des services publics, et sur le terrain électoral. Elle a organisé un soutien conséquent à la longue grève des dockers de Liverpool. En novembre-décembre 1996 la SSA a joué un rôle important de soutien à la première grève avec occupation en Écosse depuis dix ans, à l'usine Glaciers. Cette lutte de défense de l'emploi a été victorieuse, faisant dire au secrétaire général du Congrès des syndicats écossais (STUC) qu'il s'agissait de « la victoire du mouvement syndical la plus significative depuis l'occupation [des chantiers navals] d'UCS en 1972 ». Des dirigeants de l'occupation ont rejoint la SSA. L'Alliance s'est aussi présentée aux élections, en particulier aux élections législatives britanniques de juin 1997 où elle a été présente dans 16 circonscriptions, dont toutes celles de Glasgow. Dans une élection marquée par un raz-de-marée travailliste après 18 ans de gouvernements de droite, la SSA a obtenu des scores tout à fait honorables, et posé ses marques pour l'avenir.
Ces élections ont marqué un tournant dans la vie politique écossaise, non seulement à cause de la défaite des conservateurs mais aussi à cause de la politique de décentralisation (devolution) conduisant à la création de parlements autonomes en Écosse et au Pays de Galles. A partir de ce moment-là la vie politique en Écosse est devenue de plus en plus nationale, distincte de celle de l'Angleterre. Un référendum en septembre 1997 a largement approuvé le projet d'autonomie proposé par Blair, ouvrant la voie à la mise en place du Parlement écossais. Au cours de son existence, la SSA avait pris une décision capitale qui lui a permis de bien se positionner dans ce nouveau cadre politique : elle s'était prononcée pour une Écosse indépendante et socialiste. Cette prise de position est devenue sa carte de visite et plus tard celle du SSP. Le nationalisme écossais n'est que marginalement caractérisé par un sentiment anti-anglais primaire. Il est beaucoup plus l'expression de l'aspiration profondément démocratique du peuple écossais à maîtriser son propre avenir. Historiquement, l'aspiration à l'autonomie ou à l'indépendance a toujours été portée davantage par la gauche et le mouvement ouvrier que par la droite et aujourd'hui le sentiment indépendantiste est le plus fort dans la classe ouvrière et dans la jeunesse. Il est donc naturel de fusionner cette aspiration démocratique avec l'aspiration à la transformation sociale. Et dans cette fusion se trouve la clef de tout projet d'émancipation sociale en Écosse. ...à un nouveau parti
Le SSP a été lancé en septembre 1998. Le SML a transféré son appareil et ses locaux au nouveau parti. Son journal, Scottish Socialist Voice, est devenu celui du SSP. La création du parti représentait à la fois une continuité avec l'expérience da la SSA et une rupture. Il ne s'agissait pas d'un simple changement de nom, mais de franchir un pas qualitatif. Le pari était de rassembler des forces beaucoup plus importantes que celles de l'Alliance, de devenir une véritable alternative politique. Dans les discussions avant
NO WARRANTSALES A le lancement du SSP, la question a été posée : d'où exactement viendraient les forces pour un nouveau parti ? Existent-elles vraiment ? Il était impossible de répondre à l'avance à cette question. La preuve du pudding étant qu'on le mange, la seule façon de vérifier si les forces existaient, c'était de s'y lancer.
Le pari était réussi. La différence qualitative dans l'impact du parti comparé à celui de l'alliance s'est fait sentir immédiatement. A un niveau de masse le fait d'être un parti a été compris comme une preuve de sérieux. L'Alliance était une étape nécessaire pour tester la collaboration entre les différentes forces, mais une étape qu'il fallait bien dépasser. En créant un parti, le SSP se posait comme alternative aux travaillistes et aux nationalistes et commençait a être perçu comme telle. Mais ce qu'exigent ceux qui nous écoutent, et ils l'exigent fortement, c'est que le SSP « ne soit pas un parti comme les autres ». Dans le profil du parti le contenu politique est bien sûr important : le fait de se prononcer clairement pour le socialisme et de mettre en avant ici et maintenant des propositions qui répondent aux besoins du plus grand nombre. Mais aussi important est le fait d'être présent dans toutes les luttes, petites et grandes, de ne pas simplement se pointer au moment des élections pour disparaître après. Non pas que les élections ne soient pas importantes. Loin du SSP les platitudes gauchistes du genre « les élections ce n'est pas notre terrain, notre terrain c'est les luttes ». C'est sans doute vrai à l'échelle de l'Histoire que les choses importantes ne seront pas décidées par les élections, mais par les actions de masse. Mais aujourd'hui les élections sont un excellent moyen de faire de la politique, de faire connaître nos propositions à une échelle de masse. Il n'y a aucune contradiction avec les luttes. Les deux se complètent et se renfor-
Une campagne du SSP contre les saisies-ventes couronnée par une victoire au Parlement écossais (cf. p. 26) cent, toute notre histoire depuis dix ans en témoigne.
Il est aussi nécessaire de cultiver l'image d'un SSP « propre », de tirer un trait entre nous et le monde politique des scandales et des pots-de-vin. C'est donc important, par exemple, que nos candidats se présentent aux élections en s'engageant à être « un député ouvrier qui vivra avec un salaire d'ouvrier » et que Tommy Sheridan ne prenne que la moitié de son salaire, versant le reste au parti et à des associations diverses. C'est surtout important dans un pays où la socialdémocratie n'a aucune tradition de ce genre. Percée électorale
C'est dès la première tournée de meetings à l'automne 1998 que le nouveau parti a commencé à décoller, à connaître un afflux de nouveaux adhérents et à créer de nouvelles sections au-delà de la base géographique de la SSA. Son premier test électoral a été dans une élection partielle européenne dans le nord-est de l'Écosse. Dans une circonscription pas très favorable, couvrant les villes de Dundee et d'Aberdeen mais aussi des terres agricoles parmi les plus riches d'Europe, le SSP a obtenu 2 500 voix, plus de 2 %. C'était modeste, mais c'était suffisant pour établir sa crédibilité.
A partir du premier congrès du SSP en février 1999, les énergies se sont toutes tournées vers la préparation des premières élections législatives écossaises de mai 1999, qui coïncidaient avec les élections municipales. La campagne électorale se mêlait au travail de construction du SSP. De 600 à 800 adhérents au congrès de février, le parti a passé le cap des 1 000 au mois d'avril.
Il avait été décidé de présenter des listes dans chacune des huit régions du pays, y compris dans celles ou le parti était inexistant. Cela a permis de mener une campagne vraiment nationale et de donner à chaque électeur en Écosse la possibilité de voter pour le SSP. C'était la première élection organisée à la proportionnelle, mais en partie seulement. Sur un Parlement de 129 membres, 56 étaient élus à la proportionnelle par région et 73 dans des circonscriptions au scrutin uninominal à un seul tour. Le SSP s'est présenté dans 18 circonscriptions, en concluant un accord avec le Parti socialiste des travailleurs (SWP) qui s'est présenté dans quatre.
Au niveau national le SSP a obtenu 2 % des suffrages (46 000 voix) et son score de 7,25 % à Glasgow a permis l'élection de Tommy Sheridan (1). Mais les célébrations à Glasgow ont été quelque peu tempérées par une mauvaise nouvelle. Le parti de Scargill avait obtenu 55 000 voix, dépassant le SSP dans toutes les régions sauf Glasgow et l'Ouest. L'étonnement des militants frôlait l'incrédulité. Le SLP était très faiblement implanté en Écosse et avait été quasiment invisible pendant la campagne. Confusion d'étiquettes, notoriété de Scargill ? Heureusement la spéculation n'a pas duré longtemps. Les élections européennes du mois de juin ont constitué un nouveau test grandeur nature. Le SSP est passé de 2 % a 4 %, dépassant dans toutes les circonscriptions le SLP, lequel est tombe a 0,95 %. En grande partie grâce à l'élection de Tommy Sheridan, le SSP était dès lors établi comme l'alternative socialiste à gauche du Labour (2).
L'année qui s'est écoulée depuis les élections a été cruciale pour consolider le SSP. Son deuxième congrès en février 2000 a reflété la croissance du parti, ainsi qu'un renforcement de sa cohésion politique. En dehors de l'ex-SML, devenu le Mouvement socialiste international (ISM), le principa courant organisé est constitué par le Réseau communiste républicain, courant d'extrême-gauche. Mais la grande majorité des nouveaux adhérents n'ont d'autre affiliation que le SSP. Il ne comporte à l'heure actuelle aucun courant organisé qu'on pourrait qualifier de réformiste
Le parti continue à s'affirmer comme force politique. Les succès électoraux continuent, avec un score de 10 % à l'élection partielle de Hamilton en septembre 1999, et de 4 % à Ayr en mars 2000. Les derniers sondages lui donnent 5 % des intentions de vote au niveau national avec des pointes de 13 % a Glasgow et 11 % dans la région centrale, ce qui assurerait trois députés. 1. Cf. Inprecor n° 436 de juin 1999. 2. Cf. Inprecor n° 437/438 de juillet-août 1999.
Tommy Sheridan écrit une colonne hebdomadaire dans le Daily Record, premier quotidien d'Écosse, lu par 2 millions de personnes (sur une population de 5 millions).
Avec ses 2 000 adhérents et plus de 50 sections à travers le pays, et son audience électorale, les responsabilités du SSP sont énormes. Nous avons la possibilité de construire un parti qui peut se présenter comme alternative crédible aux travaillistes et aux nationalistes. Comme autres courants politiques de gauche organisés, il n'y a que le SWP, qui n'a pas voulu intégrer la SSA ni le SSP, (mais la porte reste ouverte) et les restes du SLP et du PC. L'essentiel est ailleurs. Nous nous adressons à ceux qui votent encore à contrecoeur pour le Parti travailliste, à ceux qui ne votent plus et à ceux qui soutiennent un SNP aujourd'hui écartelé entre le besoin électoraliste d'être perçu comme à gauche du Labour et le besoin de se présenter comme gérant fiable des intérêts du grand capital dans une Écosse indépendante. D'autant plus qu'aujourd'hui les sondages le placent devant le Labour. Un parti porteur d'un projet de société
Nous avons établi notre image de marque comme parti qui se fixe comme perspective le socialisme et qui se bat quotidiennement pour défendre la classe ouvrière. D'abord nous sommes pour la rupture avec le capitalisme, pour le socialisme. Il n'y a pas de place aujourd'hui pour un parti de plus qui accepte le capitalisme comme horizon indépassable. Nous luttons bien sûr contre la politique néolibérale, mais sans cultiver l'illusion que le Parti travailliste pourrait revenir à un âge d'or keynésien et restaurer l'Etat providence. Tout en étant prêts à nous battre sur des questions concrètes aux cotés des militants qui restent dans ce parti, nous les appelons à nous rejoindre pour construi3. Cette rencontre s'est tenue à l'initiative du Bloc de gauche portugais (cf. Inprecor, n° 441 de novembre 1999 et n° 445 de mars 2000). Y ont participé des représentants de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section française de la IVe Internationale), du Parti socialiste écossais (SSP), de l'Alliance électorale rouge de Norvège (cf. Inprecor n° 434 d'avril 1999 et n° 441 de novembre 1999), de l'Alliance Rouge-Verte du Danemark (cf. Inprecor n° 425 de juin 1998), du Parti de la liberté et de la solidarité de Turquie (ÖDP, cf. Inprecor n° (420 de janvier 1998 et n°439/440 de septembre-octobre 1999), de Espacio alternativo (courant gauche au sein de lIzquierda unida en Espagne, cf. Inprecor n° 445 de mars 2000 et n° 446 d'avril 2000), de la Gauche républicaine catalane et du Bloc nationaliste de Galice.
re l'alternative socialiste. Nous nous battons aussi pour que les syndicats rompent leurs liens politiques et financiers avec le Labour, en s'appuyant sur le nombre croissant de responsables syndicaux qui ont rejoint le SSP. D'ailleurs, ces liens sont de plus en plus remis en cause dans les syndicats.
Pour être à la hauteur des enjeux, nous devons être plus que « le parti des contre », plus que des « défenseurs ». Bien sûr, nous sommes contre les privatisations, contre les cadeaux aux patrons, contre la flexibilité et la dérégulation. Bien sûr, nous sommes les défenseurs des services publics, de la santé, de l'école, des droits et des acquis des sala* Une législation écossaise vieille de trois siècles autorisait les saisies immobilières et la vente des biens saisis pour cause de dette. Lorsque le mouvement contre la poll tax, il y a dix ans, a eu recours au refus de la payer, les autorités ont pratiqué des saisies immobilières. C'est en s'opposant à une de ces saisies que Tommy Sherdidan fut emprisonné pour six mois en 1992.
riés. Mais toute force politique sérieuse doit se présenter avec un projet en positif. Nous abordons cette question à deux niveaux. D'abord, nous travaillons à définir ce que pourrait être le socialisme aujourd'hui, après le double échec du stalinisme et de la socialdémocratie, et comment on peut rompre avec le capitalisme à l'époque de la mondialisation. Nous préparons un livre qui doit sortir au mois de novembre, dans lequel nous allons présenter notre critique du capitalisme et nos réflexions sur un socialisme pour le XXlème siècle, en cherchant à décortiquer les mécanismes du capitalisme et montrer la possibilité d'une société basée sur la satisfaction des besoins humains. La publication de ce livre sera pour nous l'occasion d'ouvrir un large débat.
Ensuite, nous cherchons à proposer des solutions aux problèmes concrets. Une des questions majeures dans la jeunesse est celle de la drogue. Nous proposons la légalisation du cannabis et la décriminalisation des autres drogues. Notre politique a été présentée dans un livre du porte-parole du parti sur ces questions (Drugs and the Party Line, de Kevin Williamson). Nous avons élaboré un projet, autour duquel nous allons mener une campagne de grande ampleur, du Scottish Service Tax. Il s'agit de proposer un système d'impôts locaux, basé sur une imposition fortement progressive. La conséquence en serait d'effectuer une redistribution significative des revenus des riches vers les pauvres, inversant la tendance des vingt dernières années. Cela fournirait également des revenus supplémentaires aux municipalités, leur donnant une marge de manœuvre face au pouvoir central pour mener une politique dans l'intérêt de la population. Enfin, Tommy Sheridan a présenté un projet de loi interdisant la pratique moyenâgeuse des saisies immobilières pour cause de dettes. Grâce à un soutien de l'opinion publique et de députés travaillistes et nationalistes ce projet a toutes les chances de devenir loi
Le SSP essaie d'agir dans les conditions concrètes de l'Écosse. Mais nous ne négligeons pas la dimension internationale. Nous voyons la construction du SSP comme partie prenante de la recomposition du mouvement ouvrier au niveau international, de l'apparition d'une gauche radicale. Nous accordons donc beaucoup d'importance au renforcement des liens entre les nouvelles formations anticapitalistes qui se créent, surtout en Europe. C'est dans cet esprit que nous avons participé à la rencontre entre plusieurs de ces formations à Lisbonne, en mars dernier (3). Nous comptons renforcer ce genre de collaboration.