Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BOLIVIE

Tempêtes sur les Andes

· Inprecor n° 448, juin 2000 · p. 27 · 500 mots

Pérou et Bolivie

Tempêtes sur les Andes Les ouragans qui balaient les Andes évo-

/ quent les tempêtes ancestrales d'une région où prédominent la misère, l'autoritarisme, la corruption des élites dominantes et une résistance populaire qui ne désarme pas. La démocratie se résume à voter de temps à autre et la libéralisation économique détruit les droits élémentaires comme le droit au travail, à la santé, à l'éducation ou à un toit pour s'abriter. La Bolivie, un des pays les plus pauvres du continent, est la photographie la plus fidèle d'un paysage de véritable désolation sociale : 26 % de la population économiquement active est actuellement au chômage et le salaire mensuel d'un enseignant atteint péniblement 40 dollars.

Les organismes internationaux, à commencer par le FMI et la Banque mondiale, ont fait figurer la Bolivie dans le cadre d'un programme « d'allégement de la dette extérieure », HIPIC I, sous la condition que se poursuivent les plans de contre-réformes et de privatisations ; avec HIPIC II, la Bolivie a perçu une nouvelle dotation de 760 millions de dollars qui se sont ajoutés aux 1 300 millions précédents, en vue de financer des projets dans le « domaine social » et de « lutte contre la pauvreté ».

Le 8 avril, le gouvernement de l'ex-dictateur Hugo Banzer - reconverti en respectable démocrate —— a décrété l'état de siège. La réaction a été immédiate : blocages de routes organisés par la CSTCB (Confédération syndicale des travailleurs agricoles de Bolivie) pour exiger la modification de la loi de réforme agraire, grève générale à l'appel de la COB (Centrale ouvrière bolivienne), assemblées générales avec participation des habitants des quartiers populaires, des étudiants, des ménagères, des chômeurs, affrontements avec l'armée. Au bout d'une semaine, face à la vague de protestations populaires et pour ne pas indisposer la communauté internationale", l'état de siège a été levé. Bilan provisoire : des dizaines de morts, des centaines de dirigeants syndicaux, paysans, étudiants emprisonnés et un nombre encore inconnu de disparus.

Le gouvernement a présenté comme cause première de la crise le climat de « subversion de l'ordre établi » créé par la mobilisation des paysans cultivateurs de coca du Chapare, violemment réprimée. Pourtant le point de départ véritable se trouve dans la formidable lutte des habitants de la ville de Cochabamba, à 500 kilomètres au sud de La Paz, qui se sont soulevés le 4 février dernier contre l'annonce d'une augmentation des tarifs de l'eau dont l'exploitation est aux mains de l'entreprise espagnole Abengoa.

Face à la crise sociale et politique, Banzer a dû restructurer son gouvernement et repousser certaines des mesures les plus impopulaires pour essayer de donner le change. Quoi qu'il en soit, cette révolte populaire est riche de leçons en matière de revendications sociales, de méthodes de luttes et, surtout, en ce qu'elle constitue une véritable tentative d'instaurer une démocratie populaire radicale. Les deux textes que nous publions ici rendent excellemment compte de cette expérience révolutionnaire et du développement d'un mouvement de reconstruction des organisations sociales.

Ernesto Herrera

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