Inprecor 1974–2004

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TROTSKI, LE PENSEUR DU XXe SIÈCLE

Sur la théorie des « cycles longs » du prof. Kondratiev (1923)

· Inprecor n° 449-450, juillet-septembre 2000 · p. 52 · 535 mots

Sur la théorie des « cycles longs » du prof. Kondratieff (1923)

Voilà le schéma à l'état brut. On observe dans l'Histoire que les cycles homogènes sont groupés en série. Des époques entières de développement capitaliste sont constituées par un certain nombre de cycles caractérisés par des booms qui se détachent nettement et des crises de faible amplitude et de courte durée. Le résultat est un mouvement nettement ascendant de la courbe fondamentale du développement capitaliste. On obtient des époques de stagnation lorsque cette courbe, tout en passant par des oscillations cycliques, reste à peu près au même niveau durant des dizaines d'années. Et finalement, durant certaines périodes historiques, la courbe fondamentale, tout en passant, comme toujours par des oscillations cycliques, s'effondre complètement, mettant en évidence le déclin des forces productives. (...)

A la suite du Troisième congrès mondial du Komintern, le professeur Kondratieff s'est attaqué au problème - en refusant, comme d'habitude, de se référer à la formulation du problème adoptée par le congrès lui-même ; il a tenté d'élaborer, à côté du concept de « cycle court », couvrant une période de dix ans, celui d'un cycle long, embrassant approximativement cinquante ans. D'après cette construction à l'allure symétrique, un cycle économique long comporte à peu près cinq cycles courts. De plus, la moitié de ceux-ci ont un caractère de boom, tandis que l'autre moitié à un caractère de crise, avec toutes les phases de transition nécessaires. Cette détermination statistique des cycles longs élaborée par Kondratieff devrait être soumise à une vérification soigneuse et assez méfiante, tant pour les pays pris séparément que pour le marché mondial dans son ensemble. Il est déjà possible de réfuter à l'avance les tentatives du professeur Kondratieff de baptiser certaines époques de cycles longs en y projettant le même rythme à définition rigide que l'on observe dans les cycles courts. C'est de toute évidence une généralisation érronée d'une analogie formelle. La répétition périodique des cycles courts est conditionnée par la dynamique interne des forces du capitalistme. Elle se manifeste toujours et partout, une fois que le marché est né. Si l'on considère par contre les larges segments de la courbe du développement capitaliste (cinquante ans) que le professeur Kondratieff propose un peu rapidement d'appeler aussi des cycles, leur caractère et leur durée sont déterminés non pas par la résultante des forces internes du capitalisme, mais par l'environnement extérieur dans lequel se propage le développement capitaliste. Ce sont la conquête par le capitalisme de nouveaux pays et continents, la découverte de nouvelle ressources naturelles et, en fonction de ces deux éléments, des événements d'ordre « superstructurel » aussi importants que des guerres et des révolutions, qui déterminent le caractère et la succession des époques ascendantes, stagnantes ou déclinantes du développement capitaliste. Leur explication exige une étude plus concrète de la courbe capitaliste et de l'ensemble des relations entre ce dernier et tous les aspects de la vie sociale. • Extrait de L. Trotsky, The Curve of Capitalist Development (lettre à la rédaction du Viestnik Sotsialislitcheskoi Akademii, en date du 21 avril 1923, parue dans le cahier n°4, avril juillet, de cette publication). Citée ici d'après la traduction anglaise, parue dans Fourth International, mai 1941, p. 112-114.

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