Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MOYEN-ORIENT

La nature de la période. Première partie : éléments de changements structurels

· Inprecor n° 45, 15 février 1979 · p. 8-12 · 3 473 mots

Golfe et Irak Iran Maghreb URSS et Russie

Première partie : Eléments de changements structurels M. JAFAR

Le rythme de changement et le grand nombre d'événements dramatiques et de tournants dans la politique au Moyen-Orient réclame de la part des marxistes-révolutionnaires une compréhension qui va bien au-delà de ce qui est proposé aujourd'hui par ce qui reste de la gauche nationaliste arabe. Le monde du Moyen-Orient n'est plus ce qu'il était dans les années 60 ni même au début des années 70. La région a été politiquement, socialement et économiquement transformée de la façon la plus fondamenta-

La direction de ces processus de transformation est aujourd'hui entre les mains des classes dirigeantes arabes. Les masses arabes au Liban, en Irak et en Syrie sont démoralisées et atomisées. Au Liban, elles sont totalement apathiques et sceptiques. En Egypte, les masses retiennent leur combativité, sont désorientées et sans direction.

L'initiative de Sadate, qui a culminé lors des accords de Camp David, est un événement important qui reflète au niveau politique quelques-uns des changements des conditions de la société arabe. Elle montre la

Le transfert de ressources vers les classes dirigeantes des pays producteurs de pétrole représente un phénomène qualitativement nouveau.

décision consciente, sincère et résolue de la direction politique de la classe dirigeante égyptienne, d'en finir une fois pour toutes avec une époque de la politique arabe qui avait commencé avec l'établissement de l'Etat d'Israël en 1948. Les autres réposent activement aux termes du traité de paix bilatéral égypto-israélien, néanmoins inexorablement attirés vers la logique d'un accord officiel avec l'Etat sioniste. L'exemple le plus récent est celui de l'Irak lors du sommet de Bagdad en novembre : l'abandon de son objection «de principe» à la résolution 242 de l'ONU est un signe approprié des temps nouveaux.

La portée d'événements aussi dramatiques au niveau des politiques des classes dirigeantes arabes est telle qu'une explication structurelle est nécessaire. Elle permettrait aux socialistes de situer les événements les uns par rapport aux autres, et par là procurerait la base d'une appréciation réaliste des perspectives d'un changement révolutionnaire dans cette partie du monde.

I LA TRANSFORMATION DES

CLASSES DIRIGEANTES

ARABES

Au Moyen-Orient surgit une nouvelle génération en expansion d'exploiteurs, d'hommes d'affaires, de financiers et de capitalistes (1). Ce phénomène se déroule sur une échelle sans précédent dans l'histoire arabe moderne et n'est pas limité à certains pays arabes particuliers. Il affecte globalement l'ensemble du monde arabe, de l'Arabie saoudite à l'Irak, à l'Egypte et même aux populations dispersées commes les Palestiniens et plus récemment les Libanais.

La restructuration des classes dirigeantes arabes a bien sûr été principalement l'énorme transfert de ressources financières vers le Moyen-Orient à la suite de l'explosion du prix du pétrole en 1975. Mais il serait erroné de réduire ce phénomène à ce seul événement.

Dans les économies les plus importantes du Moyen-Orient et des pays arabes comme l'Egypte, l'Iran et l'Algérie, le développement du capitalisme après la Seconde Guerre mondiale a fait de grands pas en avant bien avant 1973. En Iran par exemple, la «révolution blanche » du Shah a consisté en une série de mesures spécifiques la réforme l'amélioration des possibilités de crédit et le développement de l'infrastructure, dans le but de stimuler les investissements productifs et de faciliter l'expansion de la bourgeoisie locale (2). De même dans l'Egypte de Nasser, le pouvoir de l'aristocratie terrienne a été brisé par une réforme agraire agressive (qui n'a cependant pas résolu le problème de la productivité agricole), et un ambitieux programme d'industrialisation a été lancé dès 1960.

Néanmoins, les différences entre le cas iranien et égyptien sont aussi significatives que leurs similarités. En effet, alors que le Shah a mis en œuvre une politique dont le but était d'entraîner la formation

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d'une bourgeoisie moderne, soit en Timprovisant, soit en l'arrachant aux investissements dans la terre, Nasser a simplement exproprié les classes alors propriétaires. La vague des nationalisations dans l'économie égyptienne a compris les banques, les transports, les assurances, le commerce de gros, l'importexport, et virtuellement l'ensemble des secteurs industriels et miniers. Il en a résulté un programme de développement capitaliste dans lequel tous les leviers du pouvoir économique se trouvaient virtuellement, pendant une certaine période, entre les mains de l'appareil d'Etat. Par conséquent, dant la décennie 1960-1970, le PNB égyptien, comme l'iranien, a augmenté de façon significative. Mais la lourde inefficacité du secteur public égyptien et le fardeau croissant du déficit de la balance des paiements, en raison de l'absence de ressources significatives dans les échanges avec l'étranger (comme les revenus du pétrole), se faisaient sentir même avant le poids qui a été ajouté par la guerre de 1967. Les programmes de Nasser s'avéraient n'être que des palliatifs au développement capitaliste, très partiaux et de plus en plus inadéquats, qui avaient tout au plus éliminé quelques obstacles et fourni quelques-unes des pré-conditions nécessaires à sa plus grande expansion.

La politique économique de porte ouverte (Infitah) de Sadate a fait parcourir quelques étapes à ce processus. En 1975 par exemple, la Loi no 43 intitulée «l'investissement de fonds arabes et étrangers et les zones libres » a été promulguée. Cette loi encourageait les investissements privés dans l'industrie, les mines, le tourisme, l'énergie, le logement (capitaux arabes seulement), les transports, la mise en valeur des terres, les banques concessions hommes d'affaires privés en ce qui concerne les importations, les transferts de profits, les impôts. Ce qui est le plus important, elle procure des garanties contre les nationalisations et tous les types de confiscation.

La comme Osman Ahmad Osman - un nassériste avide qui a été chargé de l'exécution du barrage du Haut Aswan sous Nasser, et qui en 1973 a été nommé ministre de la Recons truction par Sadate en même temps qu'il était à la tête des

LE GOUVERNEMENT VEUT-IL INTERDIRE EL MOUNADEL ?

Le numéro de novembre de

El Mounadel, revue en arabe du Groupe communiste révolutionnaire (Section libanaise de la IVe Internationale), est maintenant bloqué depuis plusieurs semaines à la douane: police d'Orly.

En effet certaines publications en provenance de l'étranger (plus particulièrement du monde arabe) sont soumises à un «contrôle» du ministère de l'Intérieur que les fonctionnaires de police d'Orly n'hésitent pas à présenter comme «de la censure ». 1000 exemplaires de la revue sont donc bloqués et doivent être traduits, lus, visés, acceptés éventuellement censurés, donc refoulés. Cela est inadmissible d'un double point de vue :

d'abord parce que l'immobilisation à Orly entraîne des frais de maintenance de l'ordre de 50 F par jour dont on voit les conséquences sur la vente d'une revue;

- ensuite parce que nous revendiquons une totale liberté de circulation et de diffusion pour toutes les revues ouvrières internationales.

Contre toute tentative de censure Arrêt du blocage d'El Mounadel plus du a été engendrée par l'expérience nassérienne. Aujourd'hui le groupe de compagnies Osman A. Osman est en croissance rapide et on étudie sa proposition pour le redéveloppement de la carrière d'un homme zone du Canal de Suez. Il a des filiales en Arabie saoudite, au Koweit, en Libye et dans Emirats arabes unis, la branche égyptienne du groupe avait été nationalisée sous Nasser, elle n'a visiblement pas souffert de l'expérience. On estime que pendant les années 60, le groupe Osman a réalisé des projets dans plusieurs pays arabes pour une valeur de plus de un milliard de dollars. Ces projets ont inclus des canaux d'irrigation en Irak, des tunnels en Jordanie, des hôtels au Soudan, des aéroports, des hôtels et villes dans les pays du Golfe. Au début des années 70, groupe Osman avait un effectif total de 25000 travailleurs et il est fort possible qu'il étende de façon significative champ d'opération à l'intérieur de l'Egypte dans la période à

En dépit de tels développements dans la formation des classes dirigeantes arabes, précédant l'explosion des prix du pétrole en 1973, ou n'en dépendant pas directement, il reste vrai que la simple échelle du phénomène de transfert des ressources vers les classes dirigeantes des pays producteurs de pétrole représente quelque-chose de nouveau qualitativement :

(voir tableau page suivante)

Il est intéressant de voir, par exemple, qu'alors qu'entre 1960 et 1970 les revenus pétroliers de l'Arabie saoudite totalisé 7,7 milliards de dollars, MEED estime qu'entre 1973 et 1983 les revenus de l'Arabie saoudite atteindront 178 milliards de dollars. Si l'on prend en compte tous les principaux producteurs arabes qui figurent dans le tableau ci-dessus, y compris Qatar et Oman, on constate alors que d'après les mêmes estimations, le revenu pétrolier total prévu pour la décennie 1973-1983 est de 459 milliards de dollars (4). Les seuls revenus de 1974 ont été de 50 milliards de dollars, ce qui représente une augmentation de 290% par rapport à 1973. Si l'on considère tous les pays de TOPEP, l'en-

Page 10

1960

Arabie saoudite

355

Irak

266

Koweit

465

Algérie

Emirats arabes

Unis

Libye semble de leurs revenus est passé de 8 milliards de dollars en 1970 à plus de 105 milliards de dollars en 1975 !

Ces sommes énormes, étant donné le coût de production complètement négligeable du pétrole brut, représentent une redistribution de plus-value si-

Toutes les compagnies des principales bourses du monde en environ

- L'ensemble des biens personnels de la Grande-Bretagne en

- La Bourse de New-York en

- Tous les actifs industriels de la Grande-Bretagne en

- Tout l'or de la Banque centrale à 170 dollars l'once, en

- Tous les investissements directs à l'étranger des Etats-Unis en

- «IBM » en

- «Exxon » en

- «British Petroleum» en

- «ICI» en

• La « Bank of America» en

- «British Leyland » en

REVENUS DU PETROLE DES

PRINCIPAUX PRODUCTEURS ARABES (3)

(en millions de dollars)

1965

1970 1973

655

1214 4340

368

504

1650

671

895

2001

325

1117

33

233 1035

371

1295

2210

* Chiffre tiré de l'hebdomadaire Al Nahar du 17 juin 1978

** Chiffre tiré de MEED du 13 mai 1977, vol. 21, numéro 19.

permis d'acheter (5) :

1976

30 652

1960,

8700

8400

* 5672

** 4654 chiffre non disponible gnificative de la bourgeoisie impérialiste à celle des pays producteurs de pétrole. Pour donner une échelle de ce transfert,

Michael Field a calculé qu'en se basant sur les chiffres de veaux

25 ans

20 ans

15 ans

10 ans

5 ans

3 ans

SOuS :

7 mois

4 mois

3 semaines

18 jours

16 jours

30 heures

Mais il n'est pas possible non plus de traiter la question de l'augmentation des prix du pétrole comme un simple phénomène éphémère lié à un seul incident comme la guerre d'octobre 1973. En fait, les deux augmentations massives des prix de 1973 dont le point culminant d'un processus dont on peut dire qu'il a commencé avec la formation de l'OPEP en

Get plus spécifiquement avec les accords de Téhéran et de Tripoli en 1971, qui ont occasionné des augmentations du prix du pétrole. Ces augmentations étaient les premiers signes de l'émergence d'un renversement historique de position en ce qui concerne le pouvoir de négociation entre, d'un côté, les compagnies pétrolières et les gouvernements impérialistes, et de l'autre, les classes dirigeangouvernements de

Plus significativement encore, les études parues depuis 1974 et qui traitent du problème de la dépendance de l'Occident vis-à-vis du pétrole comme principale source d'énergie pour la décennie à venir, et de la structure de l'offre et de la demande de pétrole dans le monde. Elles semblent être d'accord sur les points suivants : a. les producteurs arabes de pétrole en particulier seront amenés à jouer un rôle de plus en plus central pour couvrir la demande d'énergie des pays capitalistes avancés, malgré l'ouverture de nouchamps pétrolifères comme la Mer du Nord; b. parmi les pays arabes, l'Arabie saoudite et les pays du

Golfe joueront sans doute un rôle encore plus important, en raison de l'immensité de leurs réserves, comme le montre le tableau ci-des-

(voir tableau page suivante)

La redistribution de la production mondiale de plus-value entre la bourgeoisie impérialiste et la bourgeoisie de certains pays capitalistes sous-développés est un sujet très important. Néanmoins, nous ne traitons ici

----- photo credits and running heads -----

:

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URSS

USA

Arabie saoudite

Iran

Irak

Vénézuéla

Koweit

Emirats arabes unis

Algérie*

OPEP

Monde lions de barils. cette question que dans la mesure où ce transfert de ressources stimule la formation d'une nouvelle génération teurs arabes, et a donné temporairement aux classes dirigeantes arabes une base plus solide que celle dont elles jouissaient autrefois.

La premiere conséquence, et la plus directe, de l'explosion du prix du pétrole, a été d'augmenter énormément le volume du commerce avec les pays impérialistes. • D'après les chiffres de l'ONU, la part des pays de l'OPEP dans les importations mondiales est passée de 3,2% en 1972 à 4,2% en 1974, ce qui représente un total de 32,4% milliards de dollars. Dans la prepart est passée à 5,6%. Le Filimes a estimé que «sur toute l'année, les importations de biens de l'OPEP auront atteint 50 à 55 milliards de dollars (auxquels il faut ajouter 7 à 8 autres milliards de dollars de déficit net pour les services)» (6).

Entre 1970 et 1974 l'ensemble du commerce s'est en moyenne accru de 162%, mais dans

Production de 1977

(millions de

% du barils par jour)

total

17.8

11.0

9.8

15.3

9.2

15.0

5.7

9.3

2.2

3.6

2.3

3.9

2.9

1.8

1.7

2.6

1.2

1.9

31.5

51

62.0

* Ces chiffres ont été ajoutés au tableau du Financial Times d'après un tableau similaire paru dans Al Nahar d'octobre 78, no 78. En général, les chiffres d'AI Nahar sont supérieurs pour la production de l'OPEP de 1977 et pour les réserves. Par exemple, la production totale de l'OPEP est estimée à 39,3 milimportations d'exploitations.

1975, cette

USA

Japon

RFA

France

Grande-Bretagne

URSS

(5)

Réserves estimées que

75.0

29.5

150.0

62.0

34.5 non disponible

67.0

32.4

7.0

483*

646 les pays de l'OPEP il s'est accru de 234%. Alors qu'en 1974 les pays de l'OPEP atteignaient 64% de plus que celles de 1973, en 1975 les chiffres étaient supérieurs de

65% à ceux de 1974 ! Ceci à une époque où la récession de

1974-1975 dans les pays impérialistes occasionnait une chute dans le volume de leurs impordant

1978 (10).

De plus, il ne peut y avoir aucun doute là-dessus, l'augmentation du commerce était entièrement en direction des pays du pétrole impérialistes. En fait, le commerce avec l'Europe de l'Est et rialistes se sont manifestés à

IMPORTATIONS DES PAYS ARABES (7)

(en milliards de dollars)

1972

1974

1.2

3.4

0.9

2.5

3.8

1.9

1.2 l'Union soviétique a diminué en valeur relative, et certaines années en valeur absolue, et cela non seulement pour l'ensemble des pays arabes, mais même pour des bastions de la rhétorianti-impérialiste, comme l'Irak et l'Algérie :

(voir tableau en bas de page)

En ce qui concerne l'Irak, entre 1972 et 1974, PURSS est passée de la première à la septième place en tant que fournisseur de son marché en expansion. Pendant la même période, le Japon a quadruplé ses exportations vers l'Irak et a pris la première place, alors que l'Allemagne de l'Ouest, d'un niveau initial assez bas, a augmenté plus de cinq fois ses exportations. Aujourd'hui, la moitié des achats militaires de l'Irak eux-mêmes vient des pays impérialistes (8).

Le scénario algérien est à peu près le même. Entre 1973 et 1977, les exportations américaines en direction de l'Algérie sont passées de 0,16 milliards à 0,38 milliards de dollars, pendant que les importations américaines de pétrole et de gaz algériens passaient de 0,2 à 2,2 milliards de dollars (9). De l'autre côté, les exportations de l'URSS vers l'Algérie, qui avaient augmenté très modérément entre 1973 et 1976, ont baissé en valeur absolue en 1977 et penla première moitié de

L'augmentation des revenus

Get l'expansion du commerce avec les pays impé-

1975 1976 1977 5.4 7.1 8.3 4.4 5.6 4.6 5.8 6.9 4.9 5.0 6.2 3.1 3.6 4.7 1.1 1.3 1.3

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l'intérieur de tous les pays arabes producteurs de pétrole par un accroissement massif des dépenses du gouvernement, investissements infrastructurels à grande échelle (ports, routes, aéroports, télécommunications, centrales électriques, villes nouvelles, etc.) et un ment actif de l'Etat en faveur de la croissance d'un secteur capitaliste privé. Les dépenses de l'Etat pour de nouveaux jets et de nouveaux contrats constituent fondamentalement le mécanisme économique qui facilite l'émergence de nouvelles classes dirigeantes qualitativement différentes dans la région arabe. Néanmoins, la façon précise dont apparaissent nouvelles bourgeoisies au Moyen-Orient diffère largement d'un pays à l'autre.

En Irak, par exemple, la vague de nationalisations des années 60 a suivi celle qui avait été opérée par l'Egypte et a eu pour résultat la concentration de tout le pouvoir économique entre les mains de l'Etat. Tous les nouveaux investissements importants dans l'industrie (particulièrement dans la pétro-chimie et les made construction) sont aujourd'hui réalisés par l'Orgaindustrielle d'Irak, c'est-à-dire par l'orgaannées 60 par la nationalisation des 27 plus grandes entreprises industrielles d'alors. commerce de gros, le crédit, les assurances et naturellement les banques sont contrôlées fondamentalement, ce qui s'est passé en Irak politique et économique de substitution par l'Etat au profit de la classe capitaliste locale dans l'intérêt historique de laquelle il aujourd'hui. Contrairement l'Egypte, l'Irak, en dépit de sa dépendance technologique envers les pays impérialistes, n'a pas encore adopté une politique de «porte ouverte » à l'impérialisme. Ceci peut être expliqué par la simple raison que ce pays n'a pas besoin d'investissements étrangers ni de commerce extésupplémentaire. En fait l'Irak, comme la Libye, se suffit à lui-même sur le plan financier et n'a ni surplus comme l'Arabie Saoudite, ni besoin d'emprunter sur les marchés monétaires mondiaux comme l'Iran et l'Algérie l'ont fait ces dernières années.

La façon dont l'accumulation privée se développe dans un pays producteur comme l'Irak, dans des conditions de domination presque totale de l'Etat sur l'économie et l'industrie, peut par conséquent être décomposée en : a. la corruption, les vols et les combines de tous les genres sont inimaginables, commis par les bureaucrates du Baath occupant des positions privilégiées dans l'appareil d'Etat. On doit noter à cet égard que le parti Baath est constamment purgé de ses membres les plus «idéologiques» et que l'afflux de centaines de milliers de nouveaux membres pendant les dernières années est entièrement attribuable au fait que les choses de la vie les plus élémentaires - emplois, subventions, permissions de voyager - nécessitent une carte du parti. De plus, campagnes occasionnelles contre la «corruption» dans le gouvernement sont essentiellement des opérations de façade destinées à faire des exemples des quelques malchanceux qui se font prendre. C'est un secret de polichinelle aujourd'hui à que voyager une délégation négociant un gros contrat gouveremental représente la possibilité d'ouvrir compte dans une banque suisse et d'y déposer les pots de vin des compagnies occidentales de prendre pied sur les marchés irakiens. La corruption est aujourd'hui un phénomène omniprésent dans la vie publique et privée en Irak. C'est le principal mécanisme d'un processus d'accumulation privée «primitive » qui ne s'est pas encore étendue sur une vraiment large par des investissements capitalistes. b. Les contrats adjugés par le gouverement à des entreprises locales, surtout dans le secteur de la construction, et les subventions généreuses assorties d'excellentes facilités de crédits accordées aux petits investisseurs privés qui cherchent à mettre sur pied de petites ou moyennes entreprises industrielles dans le domaine de l'industrie alimentaire, des matériaux de construction et des produits de consommation de toutes sortes. La politique a consisté généralement à encourager la croissance du secteur privé jusqu'à un certain point seulement, en laissant pour le moment tous les investissements industriels à grande échelle entre les mains de l'Etat. NOTES 1) Voir Ernest Mandel : « L'émergence d'un capital financier arabe et iranien » dans « Inprecor » (ancienne série) numéro 10, du 17 octobre 1974. Voir également à ce sujet la polémique Mandel-Saber dans « Critique de l'économie politique» numéro 22, octobre-décembre 1975. 2) Voir les articles de S.Nickbin dans «Inprecor » numéro 35 et 36 des 5 et 19 octobre 1978. 3) Tableau construit à partir de chiffres fournis par l'EIU («Economist Intelligence Unit») et par « Arab World File», numéros 60 et 260. 4) Ces estimations sont prudentes, à celles de l'éditorialis«Financial Times», Michael Field dans son livre, «100 millions de dollars par jour», Londres, 1975, p. 52 : 170 à 190 millards de dollars pour l'Iran, 60 à 70 pour l'Irak et 320 à 360 pour la Péninsule arabe, qui aboutit à un total de 5505) «Financial Times», 3 novembre 6) «Financial Times Survey», 29 7) Voir «MEED», vol. 22, numéro 29, 16 juin 1978 (USA); vol. 22, numéro 43, 27 octobre 1978 (URSS); Rapport spécial sur le Japon et le Moyen-Orient, octobre 1977; vol.22, numéro 18, 5 mai 1978 (France); vol. 22, numéro 5, 3 février 1977 (Grande-Bretagne); rapport spécial sur la RFA, novembre 1978. 8) «Statistical Review of Middle East Markets», 1976.

Voir l'hebdomadaire arabe «Al Nahar », 21 octobre 1978.

22, numéro 43, 27 octobre 1978.

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