Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EUROPE

Pour les Etats-Unis socialistes d'Europe

Inprecor n° 45, 15 février 1979 · p. 29-32 · 2 388 mots

Europe Syndicalisme France Femmes

Nous publions ci-dessous le manifeste adopté par les sections européennes de la IVe Internationale en vue de l'élection prochaine du Parlement européen.

Les élections au Parlement européen prévues pour juin 1979 coincident avec une offensive anti-ouvrière accentuée dans les pays de la Communauté européenne. La bourgeoisie essaie de faire payer aux travailleurs les frais de la crise économique. A cette fin se multiplient les fermetures d'usines, les licenciements, les attaques contre les salaires, les atteintes aux acquis des travailleurs en matière de sécurité sociale ou encore les mises en question de droits syndicaux.

Partout le patronat impulse une politique d'austérité. Loin de défendre de manière unifiée les intérêts de la classe ouvrière contre cette offensive patronale, les directions des Partis socialistes et des Partis communistes soit participent directement à la mise en place de telles politiques, soit la tolèrent, soit affaiblissent ou démobilisent la ripar une fragmentation des luttes et par l'absence de toute solution de rechange anticapitaliste d'ensemble.

Les sociétés multinationales développent une action concertée. Loin d'y opposer une coordination internationale de l'action ouvrière, les directions des

PS et des PC s'enlisent dans des pratiques de collaboration de classes au niveau national et international et se portent au premier rang de la défense des intérêts «nationaux » des classes dirigeantes de leurs Etats respectifs. Ainsi ces directions des PS et des PC accentuent la division des rangs ouvriers.

La IVe Internationale participe à la campagne électorale pour le Parlement européen afin de faire entendre une voix internationaliste et anticapitaliste. parlant pour les travailleurs, les femmes, les nationalités opprimées, les jeunes et les immigrés. Elle s'efforcera de démontrer que face à l'action concertée internationale des bourgeoisies européennes, il est nécessaire et possible de développer une riposte unifiée de la classe ouvrière. Elle fait la démonstration pratique que face à l'action concer-

UN PARLEMENT AU

SERVICE DU CAPITAL

Le Parlement européen servira avant tout de chambre d'enregistrement des décisions prises préalablement par les Etats et les gouvernements qui protègent les intérêts du Capital dans les neuf pays de la Communauté européenne, communauté fondée entièrement sur les principes de l'économie des marchés capitalistes. Celle-ci apporte aux travailleurs le fardeau du chômage, des attaques contre le niveau de vie et les libertés démocratiques.

Mais les élections européennes ne représentent pas simplement une tentative de diversion en vue de détourer l'attention des travailleurs des graves problèmes quotidiens auxquels ils sont confrontés. Il ne s'agit pas seulement d'une opération de propagande pour essayer de revaloriser les institutions européennes. Elles visent aussi à renforcer des institutions qui doivent faciliter à la bourgeoisie européenne la recherche et la formulation de mesures et d'objectifs propres à la défense de ses intérêts face à tous ses ennemis et concurrents.

Les travailleuses et les travailleurs n'ont rien à espérer ni rien à défendre de ce Marché commun capitaliste ou de son Parlement. Les travailleuses et les travailleurs n'ont rien en commun avec cette Europe des trusts et des banques, avec cette Europe néo-colonialiste qui perpétue l'exploitation de ses anciennes colonies, avec cette Europe impérialiste, alliée militaire de l'impérialisme américain.

Nous sommes des adversaires irréconciliables des institutions de cette Europe.

Nous nous opposons à l'argument d'une Europe qui serait une « troisième force» utile entre les deux «super-puissances». L'impérialisme européen n'est en rien meilleur que l'impérialisme américain. Les multinationales d'origine et de vocation européenne ne cèdent en rien aux multinationales américaines ou japonaises.

Nous ne nous opposons pas à l'Europe des trusts au nom d'une fantomatique «indépendance nationale», de plus en plus utopique et de plus en plus réactionnaire à l'époque des multinationales et de l'internationalisation progressive de la Lutte ouvrière. Prôner des mesures protectionnistes contre lesquelles, inévitablement, d'autres pays prendront des mesures de rétorsion, c'est en réalité opposer les travailleurs entre eux. C'est contribuer objectivement à généraliser des baisses

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de niveau de vie sous prétexte de défense de « l'industrie nationale ». Nous nous opposons à cette Europe au nom de l'Europe des travailleurs, des

Etats-Unis socialistes d'Europe.

Aux mystifications parallèles de la «solidarité européenne» et de la « souveraineté nationale », nous opposons la devise de internationaliste

«Prolétaires de tous les pays,

DES ELECTIONS

ANTIDEMOCRATIQUES

Les prétendus champions de l'Europe unie ont enfermé ces élections dans le carcan de législations électorales nationales.

la présentation d'une liste unique, indépendemment de la nationalité des candidats, dans les neuf Etats. Dans les différents pays, ils multiplient les obstacles à la présentation de candidats. Les prétendus «défenseurs des Droits l'Homme » dénient aux millions de travailleurs immigrés droits civiques et politiques les plus élémentaires, tel celui de voter et d'être candidat. Nous affirmons que notre but serait de présenter dans de telles élections une liste unique de candidats composée de militants ouvriers, féministes, jeunes, non seulement des neuf pays membres de la CEE, mais encore de tous les pays concernés, incluant une représentation des travailleurs immigrés non originaires d'Europe. Les législations antidémocratiques des divers Etats nous en empêchent. Nous défendrons cette perspective, même si nous devons présenter des listes sur le plan national.

AUX MILITANTS

DES PS ET DES PC Les militants socialistes et communistes devraient réfléchir au scandale que représente la marche en ordre dispersé de leurs partis dans les neuf pays membres de la CEE. Alors que les PC italien et espagnol appuient le Marché commun - sous prétexte gs neutrita déguecratiser - les britannique, allemand et danois sont contre. A l'époque où les multinationales manœuvrent à leur gré sur la scène mondiale, déplacent des des installations, commandes d'un pays à l'autre, selon leurs calculs de profit et leurs visées politiques, il est significatif que ces partis soient incapables de leur opposer même programme international de défense des intérêts des travailleurs. Leur nationalisme et leur sectarisme doivent être radicalement dépassés, sinon aucun combat contre les multinationales et l'Europe des trusts n'est possible.

Nous appelons les travailleurs qui accordent leur aux Partis socialistes et communistes à engager le combat pour que leurs directions en finissent avec la politique de collaboration et de conciliation de classes avec la bourgeoisie et de division des travailleurs, pour qu'elles se prononcent pour des gouvernements ouvriers sans ministres bourgeois, qui donnent satisfaction aux revendications essentielles des masses laborieu-

POUR UNE RIPOSTE INTERNATIONALE A L'AUSTERITE

Nous appelons les syndiqués et tous les travailleurs des neuf pays membres de la CEE à réclamer de leurs organisations syndicales une mobilisation de masse et une campagne de grèves effectives pour la semaine de 35 heures. De nombreux syndicats européens se sont prononcés pour ce mot d'ordre. Il ne peut plus être traité comme un simple sujet de propagande, au moment où le chômage atteint une ampleur angoissante.

Nous sommes prêts de 40 millions de syndiqués. Cette force mobilisée peut imposer la semaine de 35 heures sans réduction du salaire hebdomadaire ou mensuel, avec embauche proportionnelle obligatoire et avec contrôle ouvrier sur les cadences, pour empêcher leur accélération.

Nous proposons que les organisations syndicales convoquent au plus vite un Congrès européen du Travail, regroupant tous les syndicats sans exclusive aucune, assurant une large représentation démocratique des délégués d'usine et de base. Un tel congrès pourrait élaborer un plan concret de lutte et de moblisation immédiate pour les 35 heures. Il pourrait être suivi d'une solution de rechange ouvrière commune à la politique bourgeoise d'austérité. Toutes les organisations ouvrières d'Europe capitaliste doivent s'unir dans l'action pour opposer à la politique d'austérité des divers gouvernements un plan anti-crise, ouvrier et socialiste.

POUR L'EUROPE DES

TRAVAILLEURS

En opposant à l'Europe des trusts et des banques, l'Europe des travailleurs, les Etats-Unis socialistes d'Europe, qui brisent la division de l'Europe, nous appelons tous les salariés et les paysans pauvres, sans distinction de nationalité, à s'unir dans le combat pour le socialisme, pour une société sans chômage ni crise économique, sans inégalité sociale ni oppression. Pour cela, il faut exproprier le capital, désarmer la bourgeoisie, établir le pouvoir des travailleurs par les conseils ouvriers démocratiquement élus et centralisés. Cela assurera aux travailleurs, non seulement une énorme extension de droits et de pouvoirs économiques et culturels, mais encore un accroissement qualitatif des libertés, des droits et des pouvoirs politiques par rapport aux régimes parlementaires

Pareille révolution socialiste effacerait le discrédit que la bureaucratie stalinienne en URSS comme en Europe orientale les crimes qu'elle a commis, ont jeté sur le socialisme. Elle lui rendrait son vrai visage, ce qui hâterait de manière décisive le processus de révolution politique antibureaucratique en URSS et dans les « démocraties populaires » et l'adhésion des travailleurs d'Amérique du Nord au socialisme.

De même, la révolution politique en Europe accélérerait la montée de la révolution en Europe capitaliste.

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UN PROGRAMME

DE MOBILISATION ET DE LUTTE

Dans les neuf pays, nous ferons campagne pour les élections au Parlement européen sur une plate-forme unique et internationale.Nous la soumettons à la discussion de toutes les organisations se revendiquant du mouvement ouvrier. Nous les appelons à envisager une campagne commune sur la base des points essentiels de ce programme qui défend les intérêts des travailleurs et de la révolution socialiste dans ces élections.

Contre la politique d'austérité imposée par la bourgeoisie pour alléger la crise capitaliste aux frais des travailleurs.

Pour une action syndicale coordonnée, à l'échelle européenne, afin d'arracher immédiatement les 35 heures avec maintien du salaire hebdomadaire ou mensuel, embauche obligatoire et contrôle ouvrier sur les cadences.

Contre les licenciements et les fermetures d'usine, droit de veto ouvrier, confiscation des entreprises fermées et leur réouverture comme entreprises nationalisées, placées sous contrôle ouvrier. Ouverture des livres de comptes des multinationales ! Ouverture des livres de comptes de la Commission européenne (y compris ceux qui concernent la politique agricole commune)!

Contre l'inflation qui se poursuit conjointement au chômage, échelle mobile des salaires et des allocations sociales.

Contre la crise économique capitaliste, plan ouvrières élaboré par le mouvement ouvrier, orienté vers la satisfaction prioritaire des besoins des masses, fondé sur la nationalisation sans indemnités ni rachat de la grande industrie, du secteur du crédit, du commerce extérieur.

Contre la discrimination à l'égard des travailleurs immigrés, des femmes et des jeunes, victimes principales du chômage.

Pour une politique de crédit à bon marché et de circuits coopératifs en faveur des paysans pauvres, victimes de la crise capitaliste et des intermédiaires bourgeois, permettant d'augmenter leurs revenus et de faire baisser en même tems, pour les consommateurs, le prix des denrées alimentaires.

Pour l'égalité complète des droits civiques, politiques et syndicaux pour les travailleurs immigrés. Contre toute législation de type raciste ou chauvin. limitant la libre circulation des travailleurs. Contre l'offensive raciste néofasciste, unité d'action de tout le mouvement ouvrier pour défendre les minorités persécutées ou menacées, ou victimes de discrimination.

Contre le néocolonialisme et les impérialismes européens et leurs agressions au Tchad, au Sahara, à Djibouti, au Zaïre et ailleurs. Solidarité avec toutes les luttes de libération des peuples colonisés. Hors de l'OTAN!

Suppression de leurs armes atomiques !

Contre l'Europe des armées bourgeoises, solidarité internationale avec la lutte des soldats pour leurs droits démocratiques et l'amélioration de leurs conditions de vie.

Contre l'oppression des minorités nationales en Europe même, tels que les Basques et les Catalans. Pour leur droit illimité à l'autodétermination. Pour une Irlande indépendante et unifiée. Retrait des troupes britanniques d'Irlande du Nord.

Solidarite avec la lutte des masses de l'Europe de l'Est et de l'URSS pour leurs droits démocratiques, politiques, syndicaux et nationaux.

A bas la dictature de la bureaucratie, pour le pouvoir des conseils ouvriers !

Troupes du Pacte de Varsovie, hors de la République socialiste tchécoslovaque !

Pour l'unification socialiste de l'Allemagne !

Pour la défense des systèmes de propriété nationalisée contre l'impérialisme !

Contre la pollution et les menaces sur l'environnement provoquées par le système du profit et de la concurrence.

Contre la construction de centrales nucléaires. Fermeture de toutes les centrales en activité. Toute la vérité sur les risques actuels des centrales nucléaires doit être portée à la connaissance de tous.

Pour l'appui à la lutte des femmes; pour leur égalité en droits et en statut. Avortement et contraception libres et gratuits

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sur demande. A travail égal, saspéciales pour compenser les effets de la discrimination contre les femmes en matière de formation et d'embauche. Pour des équipements collectifs de qualité, afin de mettre fin à la double journée de travail.

Contre la montée des lois répressives comme les interdictions d'exercer des professions en RFA pour les « adversaires de la Constitution».

Défense intransigeante et sans restriction des libertés démocratiques et du droit de grève.

Contre la « Convention européenne antiterroriste » qui ne vise pas le terrorisme, mais l'aile radicale du mouvement ouvrier

SIGNATURES

Grande-Bretagne

France

République fédérale allemande

Belgique

Hollande

Italie

Luxembourg

Danemark

(RSF)

Le Secrétariat Unifié de la IVe Internationale

Espagne

Portugal

Grèce

Get qui sera demain utilisée contre le mouvement ouvrier dans son ensemble. Pour la libre circulation des personnes et des idées entre tous les Etats d'Europe et du Pour les droits démocratiques à un enseignement totalement gratuit pour tous et au pré-salaire étudiant à partir de 16 ans. Contre la sélection limitant l'accès aux études supérieures. Conl'enseignement bourgeois orienté vers le travail rentabilisé, parcellisé et aliénant. Pour l'unité d'action des partis se réclamant du mouvement ouvrier. Contre tout pacte avec des partis bourgeois. Indépendance totale des syndicats par rapport à l'Etat. International Marxist Group (IMG) Ligue communiste révolutionnaire (LCR) Gruppe Intemationale Marxisten (GIM) Ligue Révolutionnaire des Travailleurs Revolutionaire Arbeiders Liga (LRT-RAL) Internationale Kommunisten Bond (IKB) Gruppi Communisti Rivoluzionari (GCR) Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) Revolutionar Socialistischer Forbund La campagne est soutenue par les sections des pays dont les gouvernements ont demandé l'adhésion au Marché commun : Liga Comunista Revolucionaria (LCR) Partido Socialista Revolucionario (PSR) Organisation communiste internationaliste (OCDE)

Pour sortir de la crise du Capital, il faut renverser le capitalisme, il faut ouvrir la voie au socialisme, il faut que les travailleurs prennent le pouvoir.

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Appui plein et entier à la campagne des révolutionnaires portugais, espagnols et grecs contre l'intégration de leurs pays dans la Communauté du Capital.

Les futurs gouvernements des travailleurs de l'un ou de plusieurs des neuf pays membres devrait rompre avec le Marché commun, l'Europe des trusts et du grand capital et déclencher le processus de construction des Etats-Unis socialistes d'Europe.

Les éditions La Brèche viennent de publier une cassette de formation

«Les Etats Unis socialistes d'Europe», par J.M. Freyssat.

K7 no 23 La Brèche

99 rue de l'Ouest, 75014 Paris

(25 F)

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