Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RÉSISTANCE À LA MONDIALISATION

Le FMI, la Banque Mondiale, l'OMC... et nous ? Et nous ?

· Inprecor n° 451, octobre 2000 · p. 4-7 · 4 063 mots

Économie mondiale Femmes France

Par Nicolas Benies*

| a grande manifestation de Seattle, l'an

dernier fin novembre/début décembre a marqué un tournant dans la situation sociale. La mondialisation capitaliste et libérale apparaissait inéluctable jusqu'à cette manifestation qui jetait les bases d'un nouve internationalisme. Le contexte économique de crise avait favorisé cette mobilisation. Elle avait été préparée par de grands mouvements à l'intérieur même des pays développés, à l'image du mouvement social de novembre/décembre 1995 en France, comme des pays du tiers-monde. Les révoltes contre la mondialisation libérale existaient, comme l'avait montré la lutte victorieuse contre l'AMI (1), mais elles n'avaient pas de caractère international. Désormais ces mobilisations sont internationales. En France, comme dans beaucoup d'autres pays, ATTAC a joué un rôle essentiel dans cette prise de conscience d'un nouvel internationalisme.

Le monde est-il dirigé ? Et par qui ? Cette interrogation se retrouve dans tous les pays, dans toutes les mobilisations. Il arrive que la théorie du complot domine, comme explication simpliste des lois de fonctionnement de ce mode de production capitaliste. Les Etats-Nations auraient disparu et les multinationales imposeraient leur loi. Il n'en est rien. Non pas que le pouvoir des transnationales soit inexistant mais les Etats-Nations * Nicolas Benies, économiste, est membre fondateur de la fondation Copernic. Il a récemment contribué à la publication du Bateau ivre de la mondialisation, sous la direction d'Eric Toussain et Arnaud Zacharie, éditions Syllepse. 1. Accord Multilatéral sur les Investissements, discuté dans le plus grand secret au sein de l'OCDE, organisation qui réunit les 29 Etats les plus riches du monde. Début 1997, la Corée du Sud y faisait son entree... 2. Fayard, 2000, 120 francs. 3. Edition internationale, datée du 11 septembre 2000. 4. C'est-à-dire les grandes compagnies du tabac, du pétrole, les grands pollueurs, les compagnies pharmaceutiques. Citée par Business Week.

possèdent encore des armes. Les gouvernements sont responsables des formes de cette mondialisation. Ils ont décidé de déréglementer, de privatiser... Ils ne peuvent s'abriter derrière la mondialisation elle-même pour la justifier. La réunion du millénaire à New York, sous l'égide de l'ONU et voulue par le secrétaire général Kofi Annan, qui a réuni 150 nations pour envisager les moyens de lutter contre la pauvreté - 1 milliard 300 millions d'individus vivent avec moins de 1 dollar par jour - s'est soldée par un fiasco. Aucun Etat n'a voulu s'engager. Sinon par des discours pour dire que la pauvreté était un fléau... Il ne suffit pas de le dire, encore faut-il déterminer les causes de cette pauvreté qui se trouve dans les lois de fonctionnement même des régimes d'accumulation. Cette analyse théorique a une place essentielle dans la définition des mots d'ordre. S'attaquer au libéralisme, c'est aussi s'attaquer aux lois du système économique lui-même. Un monde absurde.

Susan George, dans Le rapport Lugano (2), décrit cet enchaînement de décisions conduisant à ce monde absurde. Elle fait parler un groupe d'experts. Sur la base des rapports existants - du FMI, de la Banque Mondiale, de l'OMC, de l'OCDE.... -, elle pousse la logique jusqu'à ce terme libéral qui fait froid dans le dos. Justement, elle insiste sur le secret nécessaire pour imposer des décisions impopulaires et sur la pente d'un système qui incite à la mise en place de formes d'Etat autoritaire.

D'autres solutions sont possibles. Qui passent par les revendications citoyennes. L'exigence de transparence en fait partie. Elle oblige les gouvernants à rendre des comptes, à expliquer et rend quelque fois impossible une compromission, devenue inexplicable pour le plus grand nombre. La victoire de Seattle trouve là une de ses raisons. Dans le même mouvement, il apparaît que les Etats ne sont pas aussi démunis qu'ils le prétendent. Qu'ils restent des domaines d'intervention. A condition de rompre avec le libéralisme.

Cette rupture est OMC à Seattle d'autant plus nécessaire que les politiques d'inspiration libérale - que ce soit la politique d'austérité ou l'ajustement structurel - conduisent à un renforcement des inégalités et à une dépossession du (faible) pouvoIr des citoyennes/citoyens. Pour que Business Week (3) titre « Trop de pouvoir aux grandes entreprises? », il a fallu et Seattle et la poursuite des mobilisations internationales, à chaque réunion de l'OMC ou du FMI - pour arriver à poser la question. Deux tiers des Américains interrogés (le 31 août 2000) reconnaîssent que la prospérité doit beaucoup aux entreprises et que les grandes entreprises font de bons produits et sont compétitives dans l'économie mondiale. Mais ils sont près de 3 sur 4 à penser que les entreprises (business dans l'original) ont gagné trop de pouvoir sur beaucoup d'aspects de leur vie. Al Gore avait bien compris ce sentiment quand il a déclaré, à la convention démocrate, que les Américains se lèvent pour dire non au « Big Tobacco, Big Oil, the big polluters, the pharmatical compagnies... » (4), infléchissant ainsi son discours vers une tonalité plus populiste. Un des effets sans nul doute des mobilisations

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récentes. Et 74% des personnes interrogées sont d'accord avec lui ! Plus encore, 66 % pense que des profits plus élevés sont plus importants pour les grandes compagnies que de développer la sécurité ou se préoccuper de la qualité des produits pour le consommateur... Les revendications rejoignent celles de la confédération paysanne ou d'autres structures pour faire confiance au choix des citoyens à condition de leur donner les moyens de faire des choix. Sans doute aussi faut-il voir là une des explications du succès du livre et du film de Michael Moore qui dénonçait les politiques des transnationales américaines et leur responsabilité dans le chômage de masse et dans la dégradation des conditions de travail d'emploi (5). L'échec des politiques d'inspiration libérale.

Le libéralisme est tellement omniprésent que ses échecs risquent de passer inaperçus D'autant que, très souvent les sociologues -Pierre Bourdieu mais aussi Alain Caillé et toute l'équipe de la revue Mauss - pratiquent allègrement la confusion entre économie et libéralisme. Or la science économique - si tant est qu'elle puisse se définir - est d'abord politique. Elle inclut l'intervention consciente des Etats, des citoyens. Aucun déterminisme. Au contraire, le champ des possibles est largement ouvert. C'est une des grandes leçons de Marx que de prendre en compte la liberté des êtres humains. Les hommes (au sens générique du terme) font leur propre histoire dans des conditions qu'ils n'ont pas librement déterminées, pour dire que du passé on ne peut faire table rase, mais que dans le même temps il est possible de changer le cours de l'histoire.

Echec donc de ces politiques sur tous les terrains. Impossibilité de sortir de la pauvreté par le biais des politiques d'ajustement structurel. Il faudrait plutôt commencer par annuler la dette pour permettre aux pays -de l'Afrique subsaharienne en particulier -de commencer à se développer de manière autonome. Tout en mettant en œuvre un protectionnisme qui pourrait être régional, pour éviter de subir la loi du marché mondial et des mouvements de capitaux. Pour laisser aux cultures vivrières toute leur place. Pourquoi imposer un autre mode de vie ? En quoi est-il plus " civilisé " ? Chaque civilisation, chaque peuple a sa culture qui passe aussi par ce qu'il mange.

Le FMI, la Banque mondiale, l'OMC ont pris conscience que le discours strictement libéral ne passait plus : cette idée que le bien de tous est l'addition du bien de chacun, qu'il n'y a pas de perdants, que des gagnants... Cette philosophie sous-tendait la libéralisation totale du commerce, des services et des marchés de capitaux. Tout le monde devait en profiter. La crise financière de 1997-98 est venue apporter la preuve du contraire.

Les perdants sont toujours les mêmes, les plus faibles. Christa Wichterich (6), dans son enquête sur la place des femmes à travers le monde, démontre que ce sont les femmes qui sont les premières victimes de la pauvreté, des coupes claires dans les budgets sociaux - parce qu'elles sont les premières bénéficiaires de l'aide sociale, mais aussi parce que le " moins " de services publics " se traduit, pour elles, par " plus " de travail domestique gratuit -, des mauvaises conditions de travail, d'emploi, qu'elles sont surexploitées par rapport aux hommes... Elle cite l'exemple de ces ouvrières des entreprises de chaussures -comme Nike ou les autres - commençant à travailler très jeunes et être usées prématurément, jetées par le patron qui emploie de nouvelles recrues, sans indemnités de licenciement, ni sécurité sociale. Partout ce sont les temmes qui subissent les premières les dénis de droits. Elles sont les premières licenclées, elles représentent la majorité des temps partiels, des précaires. Le mouvement ouvrier, qu'il soit syndical ou politique, n'a pas repris à son compte la défense des droits de femmes et a ainsi permis l'élargissement de la flexibilité du travail et la dégradation des conditions de travail de tous. Les mobilisations pour les droits des femmes dessinent l'absurdité de notre monde. Partout où ces droits sont bafoués, c'est l'indication de reculs sociaux et de la démocratie, de la citoyenneté. Ils se traduiront, à terme, par la remise en cause des droits de tous. La défense et l'élargissement des droits des femmes fait partie intégrante des mobilisations contre la pauvreté, les violences... Thèmes qui sont aussi ceux de la marche pour les droits des femmes...

Echec encore sur le terrain des conditions de la reprise économique. Celle de la France est de type keynésien (7). Comme une critique en actes du libéralisme. Cette croissance, en effet, repose principalement sur la hausse de la consommation des ménages qui tire l'ensemble de l'économie. A l'image de la croissance américaine.

Du coup, le FMI et la Banque mondiale s'intéressent - tout comme l'OMC - au social. Ils se veulent, soudain, défenseurs des droits sociaux, tout en conservant leur orientation libérale sur le terrain économique, même si ces politiques évoluent en fonction de la situation concrète. Leur discours se transforme, comme résultat à la fois des échecs et des mobilisations. Le FMI est sous les feux des critiques. Ses interventions durant les crises financières sont contestées de toutes parts. Retour sur la crise financière de 1997-98.

La crise financière et économique des pays d'Asie du Nord et de l'Est, comme celle de la Fédération de Russie, avait montré les conséquences néfastes de la " libéralisation " tous azimuts, que ce soit sur le terrain des marchandises, des services ou des marchés financiers. Le " tout à l'exportation " avait détruit les cultures vivrières laissant les pays semi-industrialisés dans la nécessité d'importer les aliments de base. L'internationalisation des marchés financiers, la liberté totale des mouvements de capitaux a fragilisé l'accumulation et la croissance des économies des pays dits du tiers-monde. Avec des formes différentes entre les pays d'Asie et les pays centro et latino-américains. Une crise de rentabilité pour la Thaïlande comme pour la Corée du Sud qui se dévoile dans la baisse du taux d'augmentation des exportations, une crise d'endette5. Voir Dégraissez-moi ça !, La Découverte, 2000, 98 francs, sous-titré " Petite ballade dans le cauchemar américain ", un antidote nécessaire à toutes les bêtises qu'il faut lire ici ou là sur le miracle américain qu'il faudrait suivre à tout prix. Le film, "The Big One " raconte la tournée effectuée par Moore pour promouvoir son livre. 6. La femme mondialisée, Solin/Actes Sud, 1999, 139 francs 7. Malgré la politique du gouvernement français qui reste fondamentalement dans les ornières du libéralisme mâtinée d'un peu de social. La reprise est due à la hausse de la consommation des ménages, elle-même alimentée par les créations d'emploi et par la hausse de la masse salariale, même si les jeunes et les femmes sont toujours massivement victimes de la précarité et que les augmentations salariales accordées sont majoritairement " au mérite".

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ment pour le Mexique, le Brésil et l'Argentine. La croissance du PIB de ces derniers était dépendante des entrées de capitaux, les obligeant à hausser toujours plus le taux de plus- value (8) pour assurer un rendement suffisant à ces capitaux spéculatifs. Leur monnaie se trouvait ancrée au dollar provoquant l'accentuation des politiques d'austérité. La montée de la pauvreté en résultait comme l'accroissement des inégalités, de même que l'élargissement de la flexibilité. Les régimes d'accumulation - les modalités particulières de création de richesses - ont montré leur fragilité dans la crise, de même qu'éclatait leur logique financière (9). La crise elle-même se traduisant par des restructurations industrielles et bancaires. On ne peut que souscrire à la conclusion de Pierre Salama (10), " les crises financières inscrites dans la logique d'une libéralisation brutale et non contrôlée des économies semi-industrialisées n'affectent pas seulement les investisseurs financiers. [Elles] ont des effets récessifs sur la production et les échanges. Les crises financières ont un coût social élevé. " Les crises que le monde capitaliste vient de vivre l'indiquent à l'évidence. Les gouvernements, contrairement à une idée reçue, ne sont pas démunis. Ils pourraient déterminer les conditions d'un régime d'accumulation différent, éthiquement plus juste et économiquement plus 8. Au sens de Marx, soit le taux d'exploitation des travailleurs (ratio plus-value/capital variable). La plus-value totale est égale au profit total. Elle est de deux sortes. Plus-value relative quand elle dépend de la mise en œuvre d'un progrès technique ou technologique nouveau, absolue quand elle dépend de l'intensification du travail sous toutes ses formes. Cette dernière forme explique, pour l'essentiel, la hausse des profits récente dans les grandes entreprises. 9. Voir la contribution de Pierre Salama, in Les pièges de la finance internationale, Syros, 2000, 98 francs, " Amérique latine et Asie : une même logique de crise, mais des responsabilités nationales spécifiques" 10. Opus cité page 156. 11. Voir le nº15 de la " Revue du Mauss " (premier semestre 2000), " Ethique et Economie " sous-titrée " L'impossible (re)mariage ? ". Voir aussi Ethique économique et sociale, de Christian Arnsperger et Philippe Van Parijs, Collection Repères, La Découverte, Paris, 2000, 49 francs. 12. Comme le démontre Pierre Bourdieu, une nouvelle fois, dans Les structures sociales de l'économie, collection Liber, Le Seuil, Paris, 2000, 130 francs. Il prend comme exemple le marché des maisons individuelles pour faire agir ses concepts. La démonstration est éclatante. 13. Guillaume Duval dans L'entreprise efficace à l'heure de Swatch et de McDonald's, Syros, nouvelle édition 2000, 89 francs, reprend cette démonstration de manière concrète et convainefficace.

Il faut noter le retour des réflexions éthiques (11). La justice sociale ne peut être ignorée. Elle fait partie des dimensions de l'économie. Les économistes libéraux - dits néo-classiques - oublient un peu trop facilement que le marché n'existe pas sans l'Etat. Non seulement parce que l'Etat structure la loi de l'offre et la demande (12) mais aussi parce qu'il est intrinsèquement lié à l'accumulation du Capital. Le capitalisme ne peut fonctionner sans l'Etat. La crise de la Fédération de Russie d'août 1998 l'a bien montré. Dans le même temps il faut réhabiliter le politique. La capacité de prendre des décisions qui engagent l'avenir de tous. Ce qui suppose d'informer les citoyens, de les faire participer aux choix collectifs.

La chute de l'euro (en septembre 2000), par exemple, provient à la fois de la hausse du dollar, seule véritable monnaie internationale et de réserve, et de l'absence de crédibilité et de légitimité de la construction européenne. Elle n'existe pas : faute d'institutions supra- nationales -d'Etat -, faute de cohérence et de coordination. Toutes les discussions sur les institutions ont buté sur la résurgence des intérêts nationaux. Faute aussi de capacité à définir un projet commun qui passerait par la construction d'une Europe sociale. Or, la discussion actuelle sur la " charte des droits sociaux " conduit à demander le retrait de ce projet de toutes les discussions des sommets européens. Elle inclut des reculs plutôt que des avancées ! De ce point de vue, l'Europe est mal partie... Les leçons de la crise

Une des leçons tirées de cette crise par les institutions internationales est la nécessité de l'Etat. Et du discours sur la justice sociale. Alan Greenspan, le président de la F.E.D., avait déclaré que cette crise financière et économique était la plus importante vécue par le monde capitaliste depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. La catastrophe avait été évitée de justesse par le déserrement des vannes du crédit et par l'intervention directe de l'Etat américain venu au secours de la Fédération de Russie et des pays comme le Mexique, le Brésil ou l'Argentine. Fin 1998, 40% environ des pays du globe était enfoncés dans la récession. Comme à l'accoutumée, c'est le pays dominant, en l'occurrence les Etats-Unis, qui a bénéficié de cette crise. Les capitaux spéculatifs choisissaient la sécurité et se plaçaient aux Etats-Unis. Cet apport leur permettait de financer le déficit record de la balances des comptes courants pour alimenter la poursuite de la croissance et de l'accumulation du capital. Cette explication permet de comprendre la poursuite du cycle de croissance sans avoir besoin de faire référence à la " Nouvelle économie ", poudre aux yeux 1 TUST BOUGHT ANOTHEK COUNTRY - IT'S CHEAPER ON THE NET torado Je viens juste d'acheter un autre pays, c'est moins cher sur le NET idéologique servant à justifier les politiques d'inspiration libérale. Le noyau de vérité se trouve dans la définition de nouveaux champs d'activité pour la marchandise d'un côté - la marchandisation de toutes les activités, y compris l'éducation avec la remis en cause, pour la France, du service public d'éducation - et de l'autre un début d'élargissement de la troisième révolution industrielle (celle de l'informatique et de l'électronique) à l'intérieur même des entreprises. Pour le moment, aucune révolution dans l'organisation du travail n'apparaît à l'horizon. le taylorisme reste le modèle de référence (13). Il permet d'augmenter la productivité du travail via la hausse de l'intensité du travail - la charge de travail par salarié est plus élevée - provoquant souffrance et violence (visant d'abord les femmes) au travail. C'est la raison pour laquelle la différenciation " vieille " et " nouvelle " économie n'a pas de sens. Les activités des " start-up " -jeunes pousses en français - seront intégrées dans la " vieille " économie pour leur permettre de se renouveler. Il faut souligner que l'orientation des capitaux vers les Etats-Unis ne permettra pas de financer toutes les " start-up " dans l'ensemble des pays développés. L'économie américaine a pris de l'avance, ce qui renforce son rôle dominant au niveau mondial.

Le FMI avait été totalement dépassé par cette crise qu'il n'avait pas su analyser, et donc prévoir (14). Ce bilan en forme de

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catastrophe est le seul point commun des libéraux comme des anti-mondialisation capitaliste. Du coup, fleurissent des projets de réforme de cette institution internationale née à Bretton-Woods en juillet 1944. Michel Aglietta (15) propose de faire du FMI la banque centrale mondiale. Il deviendrait ainsi le prêteur en dernier ressort à l'image de la fonction remplie par les banques centrales nationales depuis leur création. Il voudrait éviter le retour des crises financières. Personne, en effet, ne croit que la crise financière de 1997/98 est la dernière. La plupart des prévisionnistes s'attendent à un krach boursier dont personne ne se risque à prévoir la date mais qui apparaît inéluctable. La solution qu'ils préconisent est assez illusoire. Il faudrait que les Etats-Unis acceptent de partager leur pouvoir! Ils ne sont pas assez sages, ni assez fous. Ou alors il faudrait que l'Europe, parlant d'une seule voix, puisse imposer sa volonté... On en est loin. Les gagnants de la mondialisation libérale

Les firmes transnationales ont énormément gagné à la libéralisation des marchés, que ce soit des marchandises, des services ou des capitaux. Elles ont connu un accroissement de leur pouvoir (16). De manière apparemment concomitante, les EtatsNations ont vu leur capacité de réguler l'économie reculer. Tout en continuant d'exister et en structurant à la fois l'accumulation du capital et le marché, tout en permettant l'expression de la classe des capitalistes. La crise de l'Etat-Nation est une réalité prégnante du capitalisme. Comme celle de l'Etat social. Il s'agit de détruire une forme d'Etat née après la deuxième guerre mondiale résultat à la fois des conditions de la Libération et des luttes sociales qui ont suivi. Aujourd'hui, en fonction de l'impératif de la valorisation maximale du capital, ces acquis sociaux doivent disparaître. Cette attaque en règle provient des choix politiques effectués par tous les gouvernements. La déréglementation a eu lieu sur tous les terrains, et d'abord sur ceux du droit du travail et de la sécurité sociale - une remise en cause du salaire indirect, socialisé - et financier. Pour laisser le champ libre aux " libéralisations " des marchés, que ce soit des marchandises, des services ou des capitaux. La mondialisation capitaliste et libérale semblait déployer ses ailes sans contrainte et sans rivages. Ces firmes mettaient en place leur strategie internationale, sans tenir compte des intérêts généraux, croyant sans doute que tout ce qui est bon pour la firme est bon pour le pays et pour l'économie mondiale. La

GRITO DE LOS EXCLUIDOS/AS GRITO DOS EXCLUIDOS/AS logique de la firme s'impose.

L'impératif de la " compétitivité " devient un impératif catégorique, passant par la baisse du coût du travail pour baisser le prix de vente. Ainsi les gains de productivité sont monopolisés par les profits. Sans que cette hausse profite intégralement à l'accumulation, à la création de richesses. Sauf aux Etats-Unis où l'Etat continue d'assurer ses fonctions de stratège et d'organisateur de toute la classe des capitalistes nationaux comme de ceux qui y trouvent refuge pour assurer le triomphe de l'impérialisme américain sur le reste du monde.

La conséquence monétaire de cette domination se trouve dans le rôle du dollar, désormais monnaie de référence d'un système monétaire international toujours en crise, faute d'une entente entre les grands pays capitalistes développés. La " dollarisation " de l'Equateur démontre cette nouvelle donne à l'évidence. Le dollar a détrôné le sucre, la monnaie nationale. La banque centrale de l'Equateur peut disparaître, elle ne sert plus à rien. La politique monétaire sera décidé par la F.E.D., la banque de réserve fédérale américaine. Les inégalités et la pauvreté ne peuvent que progresser. Décider de notre avenir

Les mobilisations contre les politiques de " libéralisation " se poursuivent. A chaque réunion du FMI, de la Banque Mondiale ou de l'OMC des manifestations réunissant des participants de tous les pays ont lieu. Elles jettent les bases d'une nouvelle donne internationale. Les firmes transnationales n'en ont pas encore pris la dimension, malgré les mises en garde de BusinessWeek.

Elles verront se dresser devant elles d'autres Michael Moore pour réclamer leur dû. Des coordinations internationales syndicales sont nécessaires

Elles devront mettre en avant les revendications des droits des femmes, comme revendication vitale pour assurer les droits de tous. Derrière ces droits se dessinent l'amorce d'une autre société fonctionnant sur d'autres bases. Celles de la satisfaction des besoins sans passer par l'impératif du profit maximum, une société d'hommes et de femmes libres.

L'enjeu est vital. C'est notre avenir qui se dessine là. Laisser les transnationales maîtresses du jeu mondial, c'est prendre des risques inconsidérés pour tous les aspects de notre vie. Réhabiliter le politique, la volonté politique est fondamental et passe par toutes les revendications citoyennes.

Rien n'est fatal ni inéluctable.

C'est aussi une nouvelle génération militante qui prend conscience des nécessités de l'action. C'est à nous de lui donner la mémoire pour enrichir les luttes d'aujourd'hui.

14. Un peu de morale ne fait pas de mal. George

Soros avait fait confiance au FMI et a perdu beaucoup d'argent dans la chute du rouble en août 1999.

15. In Le FMI, de l'ordre monétaire aux désordres financiers, en collaboration avec Sandra Moatti,

Economica, 2000, 98 francs. L'intérêt de ce livre tient dans le rappel des conditions spécifiques qui ont permis les accords de Bretton-Woods. Un impérialisme déclinant - le britannique - rencontrant l'impérialisme montant - l'américain.

Des discussions préalables pendant la guerre pour se solder par des accords en bonne et due forme. Les auteurs pensent que ces conditions ne se retrouveront plus. Qu'il n'est donc pas possible de faire naître un autre système monétaire international prenant la suite de celui de Bretton-

Woods. Peut-être. Mais leur volonté de faire de l'euro un concurrent direct du dollar ressort d'un monde fantasmé. Pour que l'euro tienne ce rôle, il faudrait d'abord que l'Union Européenne puisse exister en tant que telle.

16. Voir le bilan dressé par Pierre Conso, " Les stratégies des firmes multinationales " in Les mutations de l'économie mondiale, sous la direction de Christian de Boissieu, Economica.

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