Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PALESTINE

La guerre d'indépendance palestinienne a commencé

· Inprecor n° 452, novembre 2000 · p. 36, 34-36 · 2 598 mots

Palestine et Israël États-Unis

Michel Warschawski* près avoir laissé leur direction natiana-

A le négocier pendant sept ans avec l'ocapant les termes d'un accord global qui mettrait fin à un siècle d'appr essian colania - le, les Palestiniens de Cisjardanie et de la

Bande de Gaza sont arrivés à la conclusion que l'État d'Israël n'est pas encore prêt à un compranis qui puisse être acceptable par leur peuple, et que la liberté et l'indépendance devrant être gagnées par la poursuite de la lutte. La table des négociatians, avec san arbitre américain vendu, s'est avérée âre un piège aù les dés sant complètement pipés.

Barak met le feu aux poudres

Faut-il le répéter ? La visite intentianel - lement provocatrice du chef de la draite israélienne sur l'esplanade des mosquées de

Jérusalem n'a été que l'étincelle qui a mis le feu aux poudres. Celles ci s'acamulaient depuis des mois et des mois, et depuis le sarmet de

Camp David on savait que l'explosian était inminente.

Ce sommet orchestré par un

Président américain pressé d'obtenir un accord avant de laisser la place à son successeur a été perçu par les

Palestiniens came la fin du d'Oslo.

processus

Contrairement à ce qu'ant a frmé les médias, ce n'est pas l'intransigeance de

Yasser Arafat mais celle d'Ehoud Barak qui a mis fin aux négociations. A Camp

David, ce dernier a aru, au fait semblent de crare, que la délégation palestinienne ferait preuve de la même modération sur l'accard final que sur les divers accards intérimaires. Eh ef fet, si depuis plus de 6 ans les dirigeants palestiniens ant fait preuve d'une modération grave, acceptant même de réduire à la baisse des accards déjà signés et de fermer les yeux sur la poursuite de la colanisatian dans les territoires occupés, c'était précisément parce qu'il ș'agissait d'accards intérimaires, et donc provisoires ;

aun des dirigeants palestiniens n'avait caché quels seraient les paramètres du statut definitif, et de depuis les négociations

* Michel Warschawski, journaliste israélien, est collaborateur de l'Alternative Information Center

(Jérusalem/Bethléem).

occupés en Juin 1967, le démantèlement de toutes les colanies, le drait au retour des réfugiés, l'établissement d'un Etat palestinien indépendant et souverain sur toute la Bande de Gaza et la Cisjordanie, y campris Jérusalem Est.

Les dirigeants israéliens ont cru, au fait semblant de craire, que tout ceci était négociable, et que pour les négociations sur le statut définitif, ils pourraient imposer leur conception au chef de l'Autorité Palestinienne, came ils avaient réussi à le faire dans les différents accords précédents. Quant à l'opinion publique palestinierne, Arafat et sa police se chargeraient de la mettre au pas, les Arabes étant, carme on le sait, des masses sans volanté propre, qui suivent les décisians de leurs dictateurs, de gré au de farc. Cette attitude typiquement colanialiste de Barak et de san équipe, était par tagée par une par tie impar tante de l'opi -

La guerre d'indépendance palestinienne

La commencé nian publique israélierne favarable à la paix, nous y reviendr ans.

Il est extrêmement improbable que la délégation palestinieme ait accepté de révi -ser substantiellement à la baisse le cadre général de ses revendications. Mâne si elle l'avait fait come l'af frme une certaine presse israélieme camplètement inféodée au gouvernement actuel, que Barak fait éclater les négociations en saulevant le sujet le plus tabou de tous, celui que même Benjamin Netanyahou n'avait pas osé soulever : une souveraineté israélienne sur le site des mosquées de Jérusalem, brandissant les ruines du temple de salaman, enfouies, ditsites parmi les plus sacrés de l'Islan.

Stupidité ir responsable et criminelle ou provocatian intentiamelle ? Peu importe, c'était la fin des négociatians. Et la promesse d'une confrantatian qui, cette fois, aurait une dimension religieuse et non plus uniquement natianale. L'histoire se souviendra d'Ehoud Barak carme de celui qui a ouvert à Camp David, une croisade religieuse au

Moyen Orient, si d n'est à travers le monde.

L'histoire se souviendra d'Ehoud Barak carme d'un dirigeant criminellement irresponsable qui aura provoqué la guerre sainte pour la libératian de Jérusalem. Comparé à

Barak, Ariel Sharan est un provocateur de quatrième zone.

« Le sang devra couler !»

La rage meurtrière des farces armées israéliennes n'a pas été une "réactian exagérée" aux manifestations palestiniernes, ou due au fait qu'elles ant été surprises par l'usage d'armes à feu par certains des manifestants et des membres des services de police palestinieme. L'usage massif de la fard, y canaris des tanks et des hélicoptères de cambat, avait été planifié de langue date et tout de qui a été réalisé sur le ter rain était inscrit dans les plans opératianels. de l'armée.

Depuis plus d'un an l'état-majar avait reçu l'ordre de préparer des plans de riposte au cas aù l'OLP déclarerait unilatéralement l'indépendance de l'Etat de

Palestine. Si l'an en ar ait les jarnalistes israéliens bien informés, ces divers plans avaient pour dojectif de faire cher ement payer

Palestiniens leur initiative.

« Le sang devra couler » mentiarme explicitement l'un de des plans, et le sang a coulé.

L'utilisation massive de tireurs d'élite ne lais - se planer aucun doute : larmée a reçu l'ordre de tirer pour tuer. Plus de cent morts et des milliers de blessés, le prix payé par les

Palestiniens est extrêmement lourd, et pourtant la détermination n'a, jusqu'à présent, pas faibli. Au contraire : par milliers, les mili - tants se préparent à un cambat qui va durer, que ce soit sous la farme de confrantations de masses au d'opérations de guérilla contre les dojectifs israéliens dans les territoires occupés. (suite de l'article en p. 34)

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Et sans doute aussi des attentats en Israël même, qui feront des victimes dans la population civile. Car le sentiment de revanche se mélange aujourd'hui à la volonté de frapper l'occupation israélienne, son armée et ses colonies. Processus de Paix et soulèvement contre l'occupation

Le grand acquis de ces dernières semaines a été, pour les Palestiniens, de remettre les pendules à l'heure et de rappeler à l'opinion publique israélienne et internationale que l'occupation israélienne était toujours encore le cadre du réel, le "processus de paix" n'étant qu'un élément parmi d'autres dans ce cadre-là. Dans leur majorité, les Israéliens et la communauté internationale ont inversé les termes de l'équation, comme si, depuis la signature de la Déclaration de Principe de Washington, en septembre 1993, l'occupation s'était achevée, remplacée par un processus de paix. Cela confortait tout le monde, sauf les Palestiniens qui, rapidement, ont compris, que malgré certains changements, certes non négligeables, Israël continuait à occuper la Cisjordanie et une partie de la Bande de Gaza, maintenait son appareil répressif et continuait à s'en servir, quoique d'une façon moins massive, renforçait la colonisation, continuait à voler et l'eau et les terres. Sur un plan même la situation s'était encore dégradée : la fin de la liberté de mouvement, suite au bouclage permanent de Gaza et de Jérusalem.

La guerre d'indépendance palestinienne a commencé

(suite de l'article commencé en p. 36)

Le soulèvement actuel a aussi permis de mettre les pendules des négociateurs israéliens à l'heure. Dans leur arrogance qui ne connaît pas de limites, ils ont cru qu'ils pourraient sans peine imposer leur conception de la paix israélo-palestinienne, et forcer les Palestiniens, à travers leur direction nationale, a renoncer à leurs droits les plus élémentaires. Cette conception se traduit par la formule séparation + domination, ou, si l'on préfère, un système d'apartheid. Tant que le peuple restait dans l'attente, cette illusion pouvait durer. L'échec de Camp David, et surtout l'immense provocation de Barak sur la question de Jérusalem ont mis fin à sept ans d'attentisme. Tout se passe comme si les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza avaient donné un mandat à Yasser Arafat pour négocier en leur nom la solution du conflit israélo-palestinien, et ce mandat arrive à sa fin, avec le cessez-le-feu qui l'accompagnait.

Le soulèvement actuel a aussi confirmé à quel point était superficielle et fallacieuse la comparaison faite entre l'autorité palestinienne et sa police d'une part, et Pétain et ses milices de l'autres. Ce sont les policiers palestiniens et le parti politique de Yasser Aratat qui ont été aux premiers rangs des confrontations. Ce sont eux qui ont utilisé le peu d'armes qui existe dans les territoires contrôlés par l'Autorité Palestinienne. Le président de l'OLP a fait il y a sept ans un choix problématique et extrêmement risqué en décidant d'un cessez-le-feu en échange d'un tête-à-tête israélo-palestinien sous le haut patronage de l'impérialisme américain.

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Il a, en outre, accepté de faire des compromis extrêmes imposés par Israël et les USA, et de prendre des mesures de répression contre ceux qui lui refusaient le droit de faire de tels compromis au nom du peuple. Certains de ses collaborateurs les plus proches ont même souvent franchi la ligne qui sépare négociation et collaboration avec l'ennemi. Pourtant Yasser Arafat, et plus encore les centaines de milliers de militants et de combattants qui le soutiennent, ne sont pas les marionnettes d'Israël. S'ils ont accepté les diktats israéliens, c'était dans l'idée d'obtenir, à la fin de la période intérimaire, la fin totale de l'occupation israélienne de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, et un État souverain dans les territoires libérés, avec Jérusalem pour capitale. L'histoire dira si la méthode était la bonne, mais des lors que la direction israélienne exige des dirigeants palestiniens la remise en question de l'objectif ultime des négociations, ils se retrouvent à la case zéro, avec, face à eux, le mouvement national palestinien réunifié dans une guerre pour la liberté et l'indépendance. Le deuxième front

Si les dirigeants israéliens ont pu rêver d'en découdre et de faire couler le sang, il ne leur a pas fallu longtemps pour comprendre que la confrontation militaire était plus problématique que ce qu'ils espéraient. Non pas à cause des quelques milliers d'armes légères que possèdent les policiers palestiniens et les groupes nationalistes, mais à cause de la solidarité arabe. Une solidarité exacerbée encore par la centralité des symboles religieux comme Jérusalem et ses mosquées. Cette solidarité a ouvert deux nouveaux fronts, autrement plus difficiles à gérer que les manifestants de Ramallah et de Ratah.

Le second front s'est ouvert quelques jours seulement après les confrontations de Jérusalem. Il s'agit du front des citoyens palestiniens d'Israël qui ont pris l'initiative d'un véritable soulèvement populaire en Galilée et dans la région du Wadi 'Ara, au coeur d'Israël. Pendant plus d'une semaine les villages juifs qui ont été établis au cours des deux dernières décennies pour "Judaïser la Galilée", ont été véritablement assiégés par des milliers de manifestants palestiniens, des dizaines de routes fermées à cause du danger que représentaient les embuscades de jeunes Palestiniens armés de pierres et de cocktails Molotov, et des affrontements quotidiens qui ont opposé la population palestinienne aux forces de l'ordre dans des dizaines de villes et de villages arabes de

Galilée et du Wadi 'Ara, à une quinzaine de kilomètres de Tel Aviv. Pendant une dizaine de jours, ces citoyens israéliens ont exprimé simultanément leur rage face au massacre dans les territoires occupés et aux 50 ans de frustration liés à l'inégalité flagrante et aux humiliations que leur impose l'État Juif.

La réaction meurtrière des forces de police du Commissaire Général Alik Ron, raciste notoire dont les Arabes exigent le renvoi immédiat de son poste de commandant de la région nord, et les menaces d'en revenir aux années de plomb du Gouvernement Militaire proférées par certains dirigeants politiques, ont servi de feu vert à l'irruption de véritables pogromes anti-arabes. A travers tout le pays : des centaines de jeunes armés de bâtons, mais souvent aussi d'armes à teu ont saccagé plusieurs localités arabes, blessé des centaines de personnes, incendié une demi douzaine de mosquées, et brûlé, dans les villes juives, des appartements où habitaient des Arabes. La police, loin de s'attaquer aux pogromistes, s'est jointe à eux pour tirer sur les Arabes qui se défendaient. A Nazareth, après le pogrome du Kippour on comptait 2 morts et plus de quatre vingt blessés, tous Arabes. Il aura fallu le pogrome de Nazareth pour que le Premier ministre comprenne la gravité de la situation et dénonce les pogromistes. En fait, ce dont il s'agit là c'est d'une véritable "bosnisation" du conflit : une confrontation intercommunautaire où l'une des communautés est protégée par la police et soutenue par le gouvernement.

Mais cette réaction meurtrière et hystérique a rouvert une cicatrice qui ne se refermera pas de si tôt, et qui va obliger l'État juif à faire des choix structurels entre sa volonté d'être un État Juif et sa prétention démocratique. Il ne fait aucun doute que les Palestiniens d'Israel ne sont pas prêts à revenir au statu-quo qui a précédé le Nouvel An Juif et la revendication pour une citoyenneté réelle s'est affirmée avec une telle vigueur que même les budgets et les postes alloués à la hâte par l'équipe Barak " pour réduire le fossé", comme le reconnaissent tous les politiciens israéliens, n'arriveront pas à l'étouffer. Le contexte régional et Sharm el Sheikh

Tant que la situation semblait circonscrite aux rapports Israélo-Palestiniens, l'administration américaine pouvait laisser Barak faire à sa guise. Mais les images des jeunes manifestants palestiniens massacres ont provoqué un mouvement de solidarité très large dans les pays arabes, ainsi d'ailleurs qu'au

Palestine sein des communautés musulmanes à travers le monde. Depuis le 1er Octobre c'est de la stabilité du nouvel ordre américain qu'il est question avec des centaines de milliers de personnes dans la rue et un appel aux dirigeants arabes de protéger les Palestiniens et de libérer Jérusalem. Les opérations du Hezbollah au Liban, qui par deux fois a réussi à enlever des Israéliens, risquent, elles aussi de provoquer un débordement et l'éventualité d'une escalade qui mène à une guerre généralisée n'est plus à écarter.

Les divers gouvernements israéliens se sont toujours refusé à comprendre que le tête-à-tête israélo-palestinien, décidé à Oslo et si séduisant pour les dirigeants de Tel Aviv vu le rapport de forces disproportionné, n'est qu'un leurre et que de la paix israélo-palestinienne dépend la stabilité du "Nouveau Moyen Orient". Les manifestations de masse, de Beyrouth à Rabat, et la mobilisation des populations musulmanes dans les centres impérialistes sont des coups de semonce non seulement au Président égyptien Moubarak ou au roi Abdallah de Jordanie mais également aux maîtres véritables du nouvel ordre mondial.

Pour l'impérialisme américain il était donc urgent d'arrêter les confrontations et de créer l'impression d'une reprise des négocations israélo-palestiniennes. Mission accomplie par Clinton à Sharm el Sheikh, avec l'aide efficace du président égyptien et du jeune monarque hachémite : les deux parties se sont engagées à appeler à un cessez-le-feu, créant une fausse symétrie entre agresseur et agressés ; un document secret définit les objectifs concrets du retour à l'ordre, la CIA servant de force de contrôle, neutre bien entendu. A la place de la commission d'enquête internationale exigée par les Palestiniens, soutenus en cela par le Président Chirac, ce seront les Américains qui feront une étude, neutre bien évidement, de la situation et - concession faite aux Arabes — celle-ci sera soumise, en temps voulu, au Secrétaire Général des Nations Unies.

Mais rien ne permet d'affirmer que Yasser Arafat puisse mettre fin ou même geler la révolte actuelle. Contrairement aux fantasmes racistes du gouvernement israélien, le peuple palestinien n'est pas un troupeau qu'on sort dans la rue et ramène à sa guise au bercail. Mais en serait-il capable, que ce ne serait pas suffisant pour ramener la situation à ce qu'elle était avant le Nouvel An juif. En ce sens, une page a été irrémédiablement tournée. •

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Par secrètes d'Oslo : ler etrait total des ter ritoir es on, quelques dizaines de mètres sous les

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