Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ÉTATS-UNIS

Le renouveau du mouvement ouvrier et les tâches des socialistes

· Inprecor n° 452, novembre 2000 · p. 29-34 · 5 545 mots

États-Unis Syndicalisme

Par Kim Moody*

Latin du meme sice demie etroniad-

quée par une relance de l'hégémonie du capital nord-américain dans l'économie mondiale de l'après-guerre froide. Toute crise est apparue comme une occasion favorable pour que les États-Unis et leurs principales sociétés multinationales puissent renverser les obstacles à leurs finalités d'accumulation et imposer des structures et des relations nouvelles, susceptibles de concrétiser ces nouveaux acquis. De l'adoption de l'ALENA à la nouvelle Organisation mondiale du commerce (OMC), de la "guerre contre la drogue" en Amérique Latine aux bombardements criminels de l'Irak et de la Yougoslavie, aucune force n'a été apparemment en état de contrecarrer le pouvoir des États-Unis (...). Les racine d'une nouvelle révolte

Toutefois, le renforcement de leur l'hégémonie économique et politique ne fut pas une relance de la course à la domination qui suivit la Seconde guerre mondiale. Deux changements majeurs ont rendu cette nouvelle montée du pouvoir des États-Unis plus fragile que dans la période de croissance qu'ils ont connue pendant un quart de siècle avec les autres principales puissances économiques dans l'après-guerre. Le premier est que le néolibéralisme, c'est-à-dire, la politique adoptée par la plupart des gouvernements du monde, a cessé d'œuvrer comme phénomène politique et facteur de stabilisation du point de vue du capitalisme. La tempête économique en Asie orientale et surtout la stagnation prolongée et apparemment irréversible d'une économie autrefois toute puissante comme celle du Japon ont été des signes que tout espoir d'une stabilité à l'échelle mondiale était en train de disparaître.

Le symbole de la crise du néolibéralisme en tant que mouvement politique s'est manifesté dans les dernières années par la

Le renouveau

montée d'une opposition importante à travers le monde, notamment de la classe ouvrière et de la paysannerie prolétarisée. Des grèves de masse contre la politique néolibérale et ses conséquences se sont produites dans de nombreux endroits. La similitude de ces actions de masse - dans des pays aussi différents que le Zimbabwe, la Colombie, la France, la Grèce, la Russie , la Corée du Sud, le Canada, et bien d'autres —

Seattle, décembre 1999 nous rappelle que, si la majorité de ceux qui travaillent dans le système capitaliste globalisé restent en dehors des rapports formels du travail salarié, la classe ouvrière n'a cessé de croître à l'échelle mondiale. En fait, même dans les pays de l'OCDE, où il y a eu un déclin industriel avec restructurations à une large échelle, le nombre des travailleurs industriels a augmenté, bien que dans une taible mesure : de 112 millions en 1973 a 113 millions en 1994. Dans ce qu'on peut appeler le sud économique en y incluant les anciens pays "communistes", la force industrielle a augmenté de 285 millions en 1980 à 407 millions en 1994. Des mouvements de la classe ouvrière, qui furent réprimés dans les années 1960 et 1970, se sont développés, à nouveau ou pour la première fois, dans de nombreux pays du Tiers-Monde aussi bien qu'en Europe du Sud. Le fascisme a été renversé en Grèce, au Portugal et en Espagne et les syndicats sont devenus de nouveau légaux. A la fin des années 1990 ces mouvements, nouveaux et anciens, exprimèrent leur opposition à l'impact écrasant d'à peu près deux décennies de néolibéralisme.

La deuxième différence réside dans le fait que, tandis qu'à époque du boom prolongé de l'après-guerre le niveau de vie des Américains avait, en moyenne, augmenté maintenant la relance de grandes capacités économiques est allée de pair pendant vingt années avec une baisse du niveau de vie d'une nette majorité de la population. En fait, un spécialiste à Wall Street, Stephen Roach, définit l'expansion économique des années 1990 aux États-Unis comme « une reprise qui écrase les travailleurs ». Par exemple, en 1998, le niveau réel des salaires était inférieur de 12 % par rapport à 1979. Ce déclin général a été accompagné par une division aigué entre les trois quarts de la population aux revenus faibles, dont les revenus ont baissé, et le quart privilégié dont les revenus se sont accrus. Si dans ces conditions il n'y a pas eu dans la période récente aux États-Unis de grève de masse ou de grève générale, il y a à nouveau maintenant des luttes de classes de haut profil. Loin de fournir la base matérielle d'une persistance * Kim Moody est rédacteur du bulletin de la gauche syndicale Labor Notes et auteur de deux livres publiées par les éditions Verso : An Injury to All, The Decline of American Unionism (L'attaque contre tous, le déclin du syndicalisme américain) et Labor in a Lean World (Le travail dans un monde flexible). Nous publions ici de larges extraits de la dernière partie d'un petit livre qu'il a écrit récemment, The rank and file strategy : Building a socialist movement in the U.S. (La stratégie de ceux d'en bas : construire un mouvement socialiste aux États-Unis), publiée par l'organisation socialiste Solidarity. Dans les deux premières parties de cet ouvrage l'auteur analyse le rôle des organisations ouvrières dans la tradition marxiste et développe une analyse historique des échecs du mouvement ouvrier américain. Faute de place nous avons dû omettre cette élaboration dans ce numéro d'Inprecor.

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de la subordination idéologique de la majorité de classe ouvrière, la nouvelle puissance du capital nord-américain a été en partie acheté par une détérioration croissante des conditions de travail et de vie de la grande majorité de la population.

Un des aspects du changement a été la vaste restructuration de l'organisation et du marché du travail découlant de la production flexible. Dans les hôpitaux comme dans les usines automobiles, dans les bureaux de postes comme dans les bureaux high-tech "postindustriels", les conditions de travail sont le plus souvent pires qu'il y a dix ans - en admettant qu'une personne ait eu la chance de garder le même emploi si longtemps. Les conditions de travail sont sans aucun doute plus stressantes, probablement plus dures et plus dangereuses. Dans la première moitié des années 1990 le taux d'accidents et de maladies était, selon les secteurs, entre 9 % et 100 % plus élevé qu'au cours de la première moitié des années 1980. Cela a été, entre autres, le résultat des modifications du temps de travail. Les ouvriers du secteur manufacturier devaient accepter de faire plus d'heures supplémentaires alors que des millions de travailleurs faisaient désormais partie de la force de travail précaire (nombre croissant de travailleurs à temps partiel, temporaires ou ayant des boulots ponctuels). Selon les statistiques mensuelles du Bureau of Labor Statistics, au milieu de l'année 1997, 21 millions de travailleurs — environ 18,4 % - étaient employés à temps partiel (travaillant moins de 35 heures par semaine) alors qu'ils n'étaient que 16,6 % en 1975. Si l'on considère tous ceux qui travaillent moins de 40 heures par semaine, ils sont plus de 38 millions alors qu'un nombre non calculé de travailleurs à temps partiel rémunérés en tant que tels, travaillent 40 heures et plus, y compris pendant les weekend. La croissance des travailleurs temporaires est encore plus surprenante. Ceux qui ont du travail par l'intermédiaire d'agences d'embauche sont passés de 540 000 en 1987 à plus de 3 millions à la mi-1999. || faut y ajouter un nombre non enregistré de gens qui travaillent pour une quantité croissante d'entreprises. Une étude de l'Economic Policy Institute estime que les postes de travail ne correspondant pas à un standard représentent 29,4 % de la force de travail (34,4 % pour les femmes). Après l'introduction de la production "modulaire" à la fin des années 1990, qui accroît le recours à la sous-traitance, encore plus des postes à plein temps et bien payés deviendront des postes temporaires et/ou avec des salaires plus bas.

Tout cela n'est pas passé inaperçu de cette majorité qui est composée par les travailleurs à revenu moyen en baisse et les ouvriers à revenu plus bas dont le nombre est croissant. Ils en sont furieux (...) Mais ils ont peur de perdre leur travail. Pour reprendre un éditorial du Multinational Monitor : « Des employeurs sans pitié transforment les sources multiples d'insécurité du travail en un tout plus grand que les diffé-

Shut Down mr & World Bank Lemies of the Workers & Pror Caner the Dese rentes parties ».

Un autre aspect des restructurations est l'intensification du travail. Si les gens au pouvoir n'ont pas écouté les travailleurs qui se plaignaient, au moins l'un des spécialistes de Wall Street, Stephen Roach, a écrit dans le Wall Street Journal : « La soi-disante relance de la productivité au cours des dernières années est le produit de ces stratégies d'écrasement et de destruction qui ont exercé des pressions extraordinaires sur la force de travail. » Roach n'hésite même pas à prévoir des réactions de retour de la part des ouvriers.

Justement, il peut se produire à un moment donné une situation où les pressions et les outrages d'une exploitation intensifiée pèsent plus que la peur de perdre son travail. C'est ce qui s'est passé lors de la Grande dépression en 1929-1932. Un secteur après l'autre commencent à tâter le terrain et des conflits ouverts se produisent à nouveau malgré toutes les manœuvres des syndicats et les projets de collaboration entre ouvriers et directeurs. Voilà la signification des grèves violentes qui ont eu lieu ces dernières années. Certaines ont essuyé une défaite (Caterpillar et A. E. Staley). D'autres (par exemple, Wheeling-Pittsburg) se sont soldées par un match nul. D'autres encore ont obtenu quelque chose. Exemples : les luttes chez UPS en 1997, et dans plusieurs compagnies de télécommunications en

1998, des grèves tout au long de deux ans et demi dans l'atelier 17 de General Motors, la courte grève chez Dunlop, la grève de 69 jours chez Boeing, la grève générale d'une semaine des fonctionnaires de l'État de l'Oregon, la grève tournante à l'Université de Yale et la lutte de 54 jours chez WCI Steel à Warrene (Ohio).

Il faut y ajouter des grèves massives de travailleurs immigrés et latino-américains sur la Côte Ouest : concierges, travailleurs de laveries, charpentiers à Los Angeles ;

camionneurs du port dans la même ville et à Seattle et, dans les derniers jours du

XXeme siècle, travailleurs du port en

Californie du Sud. Et encore : la lutte pour organiser 20 000 cueilleurs de fraises en

Californie, un nombre plus limité de cueilleurs de pommes dans l'Etat de

Washington et les cueilleurs de concombres en Caroline du Nord. Ces luttes et d'autres similaires dans des différents zones du pays ont mis en évidence un phénomène nouveau : la montée des travailleurs latinos non seulement dans la force de travail, mais aussi dans les syndicats. Alors que, de 1992 à 1996, le taux de syndicalisation n'a cessé de baisser en général, le nombre des syndiqués latinos a augmenté de 12 %.

Ainsi, au cours de la longue expansion économique des années 1990 l'esprit combatif est réapparu dans de nombreux secteurs de la classe ouvrière des États-Unis Toutefois, on n'a pas assisté à une reprises des négociations collectives du style traditionnel, avec des grèves dans le but d'obtenir des améliorations de salaires et de primes. Les grèves et les luttes ont été dans une large mesure défensives, souvent très longues et violentes, le plus souvent centrées sur des problèmes d'emplois et de changements dans le marché du travail, dans une mesure croissante "politiques" dans le sens qu'on avançait (parfois délibérément) des revendications auxquelles tous les travailleurs pouvaient être sensibles. Elles pouvaient donc susciter de la sympathie et obtenir du soutien. Les grèves chez Staley, dans les journaux de Detroit et chez UPS sont allées dans ce sens et les grèves de 1998 chez General Motors et dans les télécommunications ont gagné également la sympathie d'une majorité de gens.

Les grèves des dernières années ont mis au jour les contradictions du « business unionism » (syndicalisme fondé sur la concertation avec le patronat). En même temps, elles ont révélé souvent le nouveau pouvoir dont disposent de nombreux travailleurs organisés. Les grèves chez Staley, chez Caterpillar et dans les journaux de

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Detroit ont essuyé un échec, en partie, parce que des dirigeants locaux ou nationaux ont tiré leur épingle du jeu ou même aidé à faire dérailler les grèves. Mais il est quand même impressionnant que la lutte dans les journaux a continué malgré tout avec une participation active de militants. En 1998, chez General Motors, où il était clair que le syndicat avait un pouvoir énorme de bloquer l'entreprise, les dirigeants nationaux ont refusé d'avoir recours à la grève pour obtenir des gains importants au niveau national et même local. Ils ont opté pour des gains modeste, souvent réversibles, sans résoudre les problèmes majeurs résultant des restructurations et de la sous-traitance. En revanche, des gains importants ont été obtenus dans les télécommunications ; et ce grâce à des tactiques nouvelles, à des mobilisations des membres et des campagnes publiques.

En 1995, un changement significatif s'est produit à la direction de l'AFL-CIO. Tout au long des années 1990, des révoltes à la base ont eu lieu dans de nombreux syndicats et pendant un certain temps les militants de base ont conquis la direction du syndicats des Teamsters (camionneurs) qui comporte 1,4 million de membres. Après ces gains il y a eu des reculs. Toujours est-il qu'il était clair que quelque chose était en train de changer dans le mouvement syndical à l'approche du nouveau siècle. Dynamique interne du mouvement syndical

Les nouvelles prises de conscience et le nouveau militantisme proviennent surtout des couches actives des syndicats. Ce sont des ouvriers, des représentants d'atelier et des permanents au niveau local qui assurent la vie quotidienne des syndicats. Ces gens opèrent entre la couche supérieure des permanents carriéristes, d'un côté, et la majorité des membres, de l'autre côté. Certains sont permanents, beaucoup d'entre eux ne le sont pas. Ils sont obligés de faire face à la réalité sur place, en opposition à l'idéologie dominante de concertation, qu'ils la partagent ou non. Une minorité significative de ces couches rejette, en tous cas, la morale de concertation propre des employeurs et des dirigeants syndicaux carriéristes. C'est dans ces couches que s'est surtout développée la tendance à résister et à rompre avec la passivité des membres et l'immobilisme rétrograde des sommets syndicaux.

Les militants et les dirigeants au sommet se posent souvent la question de savoir comment aborder les problèmes des changements dans l'organisation et le marché du travail. A la différence des pays européens et des États-Unis à d'autres époques, il existe une seul confédération syndicale. Il n'y a aucune division sur une base politique. Des divergences de choix ou de conceptions politiques ne peuvent s'exprimer dans un syndicat qui est le seul à avoir le droit de négociations. En outre, la plupart des syndicats ont mis sur pied des structures bureaucratiques que la plupart des dirigeants syndicaux dans la plupart des pays du monde ne sauraient même concevoir. Par conséquent, le conflit politique tend à avoir un caractère presque social : la base contre les bureaucrates. Les formes de cet affrontement peuvent être multiples. La pression pour agir de la part de la couche de militants est l'une de ces formes : ça a été le cas dans les grèves chez General Motors et chez Boeing. Une autre forme ce sont des changements au sommet. Selon l'AUD (Association pour la démocratie dans les syndicats) près d'une douzaine de présidents de syndicats ont été limogés à l'occasion d'élections depuis la fin des années 1980, c'est-à-dire depuis la victoire de l'oppositionnel Ron Carey chez les Teamsters.

EXPLOITS

WORKERS

Cette fermentation a continué dans les années 1990. Le juge chargé de la démocratie du travail, Paul Levy, a écrit : « Il y a une grande activité interne dans un grand nombre de syndicats nationaux, plus large que jamais auparavant : dans des syndicats des services comme Food and Commercial Workers (travailleurs de l'alimentation et du commerce), chez d'autres travailleurs des services, les travailleurs de /'Hôtellerie, des syndicats de la construction comme /'IBEW (électriciens), des ouvriers de briqueterie, des charpentiers etc., des syndicats de fonctionnaires et des syndicats industriels comme les machinistes et les ouvriers de l'automobile. »

A cette liste de défis au niveau de syndicats nationaux on peut ajouter des mouvements similaires dans des syndicats locaux importants : par exemple, la fraction New Directions (Nouvelles Directions) dans la section 100 des travailleurs des transports new-yorkais, qui compte 30 000 membres, la fraction pour un syndicat démocratique appartenant à la section 1000 des fonctionnaires de l'Etat de Californie, qui a gagné deux fois le contrôle d'un syndicat de 40 000 membres, la révolte réussie dans le syndicat du transit à Atlanta ou encore le groupe pour la réforme du puissant syndicats des concierges à New York, la section d'origine de John Sweeney (actuel président de l'AFL-CIO) lui-même. Dans la fameuse section locale Justice pour les concierges de Los Angeles, un mouvement d'opposition massif de travailleurs latinos et afro-américains, nommé Alliance multiraciale, a remplacé le comité exécutif au détriment de la vieille garde, en provoquant toutefois sa mise sous contrôle à la suite d'une intervention de Sweeny, dirigeant local à l'époque La scission du syndicat combatif des infirmières de la Californie qui est sorti de leur syndicat national conservateur en 1996, a représenté une autre forme de révolte d'en-bas. Plus récemment, des fractions, opposées aux fractions traditionnelles bureaucratisées, sont apparues dans différents syndicats (par exemple, ouvriers de l'automobile, ouvriers de l'acier, enseignants, employés des hôtels, charpentiers, etc.). Nulle part, le défi d'en bas n'a eu plus de succès et le processus des rétorme du syndicat n'est allé plus loin que chez les Teamsters. La réélection de Ron Carey contre Jimmy Hoffa Junior en 1996 a marqué apparemment la fin d'une vieille garde corrompue en ouvrant une nouvelle phase de transformations (...).

La dynamique de « la révolution des Teamsters », comme l'a nommée la tendance TDU (Teamsters for a Democratic Union, camionneurs pour un syndicat démocratique), a poussé cette tendance en première ligne dans la bataille pour la défense d'un régime réformé et la défaite de la vieille garde. En réalité, la question se posait de savoir comment dépasser les normes d'un syndicalisme de concertation "propre". Pour la plupart des militants, si on voulait changer effectivement quelque chose, il fallait avoir des membres bien informés et actifs.

Cette dynamique a essuyé un sérieux revers lorsqu'on a découvert que des conseillers externes, embauchés pour l'organisation de la campagne de Carey en 1996,

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en commun avec le directeur politique du syndicat, avaient transféré frauduleusement des sommes appartenant au syndicat dans les coffres de la campagne pour Carey. Carey perdait le droit de participer aux élections et était finalement exclu, bien que sa responsabilité personnelle directe n'ait jamais été prouvée. A la suite de cette vicissitude, la coalition pour la réforme autour de Carey s'est dissoute. Il a fallu des mois au mouvement autour de la TDU pour se remettre sur pied. La liste que celle-ci a présentée aux élections de 1998 reflétait les idées de ceux qui voulaient aller bien au-delà d'un "syndicalisme de concertation propre" . Mais son candidat, Tome Leedham, n'était pas suffisamment connu et ne disposait que de six mois pour sa campagne. En outre, les membres du syndicat avaient eu un réflexe cynique face aux accusations contre Carey : seuls 28 % sont allés voter (le pourcentage le plus bas depuis la première élection en 1991). Jimmy Hoffa Junior, fils du leader bien connu des années 1960, qui a bénéficié de quatre années de campagne, gagnait for full empl avec 54 % des voix exprimées. REGI

Mais l'esprit nouveau reflété aussi bien dans le mouvement pour la réforme animé par la TDU que par la grève chez UPS n'était pas un hasard. Il a survécu à la victoire de Hoffa. Il a explosé en 1999 lors de la grève de 1000 travailleurs immigrés de l'entreprise IBP à Pascaux (Etat de Washington). A cette occasion Maria Martinez, dirigeante de la TDU, a été élue comme principale déléguée d'entreprise. En s'opposant à la veille garde blanche, la coalition sous la direction de la TDU s'est battue contre des conditions de travail intolérables, ce qui a finalement abouti à une grève. Le même esprit de révolte s'est manifesté aussi chez AnheuserBusch, où les membres ont rejeté à plusieurs reprises des accords que les dirigeants de la vieille garde et la direction internationale de Hoffa voulaient leur imposer.

Alors que le mouvement de base appuyé par la TDU devra se battre à nouveau pour 1. Le terme "socialiste", galvaudé par la socialdémocratie sur l'ancien continent, est employé dans la gauche et l'extrême-gauche aux EtatsUnis dans le sens de militants "lutte de classe" ou révolutionnaires.

reconquérir la direction du syndicat, les réformateurs des Teamsters doivent faire face à la question qui se pose également au mouvement ouvrier dans son ensemble : quels syndicats, quel mouvement doivent être construits pour être en condition de riposter aux défis du pouvoir des grands groupes capitalistes, de la concurrence internationale et de la prédominance d'une politique conservatrice?

Beaucoup des luttes de la phase actuelle ont eu un certain caractère politique. Comme nous l'avons dit, la grève chez UPS a attiré l'attention et obtenu le soutien de l'opinion ouvrière. De nombreuses luttes ont poussé l'Etat à se placer du côté des patrons, ce qui a contribué à la politisation de beaucoup de militants syndicaux. La lutte du Local 100 du syndicat des travailleurs des yment after the war

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transports à New York met en lumière sous un autre angle comment un "simple" conflit du travail peut devenir politique. La bataille pour un nouveau contrat vers la fin de 1999 est devenue une bataille multiple. La simple négociation entre le syndicat et les autorité du trafic n'aurait jamais acquis une importance majeure alors que les vacances s'approchaient sans l'action du réseau New Directions du Local 100.

New Directions a commencé dans les années 1980 en tant que réseau d'informations nommé Enfer sur les roues. Vers la fin des années 1990, il était devenu un mouvement puissant, qui contrôlait environ 40 % de l'organisme de direction d'une branche locale de 35 000 membres et dominait le secteur du métro. En 1998, son candidat à la présidence de la branche a raté la victoire à quelques centaines de voix. De même qu'à l'occasion des contrats précédents, cette tendance a mené sa propre campagne de négociations. En craignant que le News Directions pousse le syndicat à une grève paralysante fin décembre, le maire de New York, Giuliani, entrait en lice en obtenant d'un tribunal d'interdire non seulement une grève qui était de toute façon illégale, mais même l'emploi du terme "grève" par n'importe quel membre du syndicat (...)

News Directions était devenu plus qu'un puissant mouvement à la base : pour un certain temps il devenait le centre de la politique de la ville. La raison principale était que le contrat du secteur était le premier d'une série de contrats concernant des dizaines de milliers d'employés de la ville. Pour le syndicat de ces travailleurs le New Directions a joué un rôle semblable à celui que la grève chez UPS a joué dans le pays. En fait, des militants de fractions de base, provenant de plusieurs syndicats du secteur public de la ville, avaient formé une coalition et se réunissaient en commun. Giuliani, qui n'avait aucun rôle dans les négociation avec les autorité du trafic, eut peur de l'éclatement d'une série de luttes dont l'issue serait une augmentation de la masse salariale de la ville pour ne pas parler d'une réanimation du mouvement ouvrier. Donc, se dessinait un véritable conflit d'une classe contre une autre. Les tâches des socialistes à l'heure actuelle

Une réflexion sur les tâches des socialistes (1) à l'heure actuelle aux États-Unis est une tâche ardue. De Reagan à Clinton le gouvernement a lancé une série sans fin de guerres ultra rapides, ce qui ne nous a pas donné le temps d'organiser une opposition efficace. La politique raciste concernant les prisons et les peines a atteint également de telles proportions qu'on donne l'idée qu'on se moque des opposants. La croissance de la pauvreté, les servitudes de l'État social, la menace d'un désastre écologique et ce qui semble être une vague de fond politique vers la droite, tout cela semble écraser la gauche ou la pousser à lutter sur tous les fronts en même temps.

Certes, il y a aussi des signes encourageants : non seulement les révoltes dans les entreprises et dans les syndicats, mais aussi la prolifération d'organisations ouvrières basées sur les communautés, la montée de campagnes et d'organisations transversales dans les syndicats et une nouvelle génération d'étudiants et de jeunes militants qui s'occupent des conditions pénibles de travail, du "libre commerce", et d'autres questions importantes. Les mobilisation de Seattle fin 1999 l'ont confirmé. Ici et là on remporte même des victoires. Mais le problème fondamental reste celui du pouvoir. Les sociétés multinationales et les politiciens qu'elles soutiennent si généreusement (et,

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ça va sans le dire, les institutions étatiques et multilatérales que ceux-ci dirigent) en disposent dans une très large mesure alors que nous, nous n'en disposons pas du tout.

Cela nous ramène justement au point de départ, tout droit à Marx et à la classe ouvrière. Marx n'a pas misé sur la classe ouvrière parce qu'il lui attribuait une supériorité morale, une clarté d'idées à un moment donné ni parce qu'il comptait sur une efficacité infinie des syndicats. Nous avons déjà expliqué que tout cela peut être absent chez les ouvriers en tant qu'individus de même que parmi les membres de n'importe quelle autre classe. Non, Marx a misé sur cette classe parce que, de même que la bourgeoisie, la classe ouvrière avait la potentialité de changer les choses. Son pouvoir découlait de sa place dans l'économie et de son nombre. Comme le disait le poète Shelley : « Nous sommes nombreux, ils sont peu ». Qui plus est, cette classe a le pouvoir de créer la richesse de la société et, en agissant en tant que classe, de bloquer la société et la production.

Le problème a toujours été d'organiser ce pouvoir et lui donner une expression consciente dans un but commun. Ce que nous voulons souligner ici, c'est il existe déjà un point de départ sous la forme de résistances et de révoltes à la base, d'organisations basées sur les communautés et de formations transitoires que nous avons mentionnées. Donc, les socialistes, qui peuvent jouer et jouent un rôle dans la construction d'un tel mouvement, n'ont pas besoin d'inventer. Il s'agit, bien entendu, d'une stratégie multiple, à long terme, d'une perspective qui exige une division du travail qui peut être réalisée de la façon la plus efficace par des socialistes, même s'il y a plein d'individus qui peuvent y contribuer. C'est une stratégie centrée en premier lieu, bien que non exclusivement, sur les syndicats. Il en découle que ce seront pour la plupart des membres des syndicats qui accompliront cette tâche, même si des militants en dehors des syndicats auront un rôle à jouer.

Pour résumer, voici les tâches des socialistes dans le mouvement ouvrier :

Construire des mouvements à la base et des organisations qui luttent pour des syndicats plus efficaces, plus démocratiques et sans exclusions, dans le cadre des principales batailles contre les patrons. Nous pouvons profiter des leçons du passé, par exemple de celles des luttes à Minneapolis dans les années 1930 analysées pertinemment par Farrel Dobbs. Mais, si on veut être réaliste, il faut comprendre que la bureaucratie est beaucoup plus puissante et omniprésente à l'heure actuelle. Il ne faut donc pas supposer qu'il soit possible d'éviter des conflits au sein des syndicats. Les gens sont poussés à lutter dans un contexte concret qui est fondamentalement déterminé par le capital et ses tentatives sans fin de récupérer ou augmenter ses profits. Nous allons construire ces regroupements à la base et ces mouvements en partant de leurs propres conditions, mais en nous efforçant en même temps d'avancer une analyse des problèmes qui se posent et une approche plus ample de la façon de les aborder. Nous appelons syndicalisme ce mouvement social : un syndicalisme qui soit démocratique, opère comme un mouvement et non comme une institution, et s'adresse à d'autres couches de la classe ouvrière et des peuples opprimés dans le but de construire un mouvement de masse pour le changement. 2 . dicats transversaux, donc par définition Construire un nombre croissant de synimpliquant toute la classe, des organisations transitoires, des publications et des projets qui assurent une approche de classe plus ample de ce travail. Cela concerne aussi bien des regroupements des basés syndicales que des groupements explicitement oppositionnels : entre autres, Labor Notes, Association for Union Democracy (Association pour la démocratie syndicale), Jobs with Justice (Emplois et justice), des campagnes en soutien des grèves et des campagnes avec des buts spécifiques. Les organisations et les projets qui existent déjà offrent la possibilité d'avancer des objectifs transitoires, comme la réduction du temps de travail, et aussi de présenter un exemple vivant des divers aspects du syndicalisme réalisé en tant que mouvement social.

Construire des organisations de tra-

• vailleurs basées sur les communautés et se lier avec elles. Nous avons déjà mentionné les centres ouvriers, mais des mouvements environnementaux pour la justice, basés surtout sur les communautés d'afro-américains et des latinos sont également importantes. De telles organisations peuvent s'adresser à des couches, notamment dans les minorités de couleur, que les syndicats n'atteignent pas. De même que le mouvement des bases syndicales, ces organisations et ces campagnes forment les dirigeants et les militants qui accroissent le pouvoir de tous les travailleurs et élargissent l'horizon du large mouvement ouvrier que nous voulons construire. A - re internationale. Il y a de plus en plus Construire une active solidarité ouvriède possibilités d'établir des liens directs entre ouvriers de différents pays aussi bien que de s'engager dans des actions de solidarité dans notre propre pays. Le Transnationals Information Exchange (Échange d'informations transnational), la Coalition for Justice in the maquiladoras (Coalition pour la justice dans les entreprises de sous-traitance, à la frontière mexicaine), Labor Notes, US/Labor Education in the Americas Project (Projet pour la formation des travailleurs dans les Amériques) et d'autres rendent possible des contacts entre travailleurs pour stimuler l'internationalisme. 5 . de classe. Cela implique la construction Construire une politique d'alternative et le renforcement du Labour Party (2), des campagnes indépendantes sur une base de classe, et des campagnes pour des salaires vitaux et pour la sécurité sociale qui débouchent sur des revendications transitoires. 2. Le Parti du travail, un nouveau parti dont le congrès de fondation s'est tenu en 1996, est une tentative de militants syndicaux pour faire apparaître une alternative ouvrière au bipartisme bourgeois américain. Bien qu'il ait connu une réelle croissance et obtenu le soutien de quelques syndicats nationaux (dont, en particulier, United Electrical Workers, qui s'est illustré dans les mobilisations au sein des "maquiladoras" menées en commun avec les syndicats mexicains), le Labour Party n'a pas présenté de candidat à la présidentielle de novembre 2000.

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États-Unis & Palestine O qui opère à tous ces niveaux d'activité Construire une organisation socialiste de la classe ouvrière et en même temps avance des objectifs plus généraux de caractère aussi bien social et économique que politique. Dans la mesure où tous les membres d'une organisation socialiste sont engagés dans les premiers quatre secteurs d'activité, cette organisation aura des racines dans la couche militante du mouvement ouvrier organisé, ce qui représente la prémisse de développements ultérieurs plus importants. En général, une organisation socialiste rend aussi possible une division du travail coordonnée entre ses militants actifs, ce qui est essentiel pour une stratégie d'intervention à la base. C'est une telle organisation qui peut également pousser les idées de transition à leurs conclusions socialistes, une organisation qui produit et forme des socialistes.

Tous les points que nous avons énumérés commencent par le mot "construire" Parce que la politique socialiste dont nous parlons implique la construction de mouvements, de luttes et d'organisations qui puissent faire la différence. En même temps que cette activité dans le monde ouvrier il faut s'engager dans un travail de formation et d'orientation politique carrément socialiste. Ce travail doit être développé sans sectarisme, en permettant ainsi que des groupes socialistes différents agissent ensemble dans la mesure où ils sont d'accord, en lien avec des syndicats et des militants de communautés qui n'ont pas tiré des conclusions socialistes.

Solidarity, en tant qu'organisation socialiste révolutionnaire, s'efforce de suivre ces critères dans son activité au sein du mouvement ouvrier aussi bien que dans d'autres secteurs de son activité politique. Nous sommes une organisations qui englobe plusieurs tendances, avec des points de vue différents sur de nombreuses questions, y compris la stratégie d'intervention à la base. Nous pratiquons le "work in progress" ("'marcher en apprenant"), à savoir nous reconnaissons que le chemin vers un parti (ou des partis) socialiste révolutionnaire démocratique de masse, nécessaire si on veut mettre fin à la domination désastreuse du capital, est encore très long. Nous reconnaissons de ne pas avoir une carte, mais nous prétendons avoir une boussole. Cette boussole nous oriente vers la classe ouvrière et nous indique les moyens d'élargir et d'approfondir la conscience et l'organisation de classe, de façon à rendre crédibles les idées socialistes dans la société américaine.

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