Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ALLEMAGNE

La teutomanie au congrès de Cottbus du PDS

· Inprecor n° 453-454, décembre 2000 / janvier 2001 · p. 5-8 · 4 107 mots

Allemagne France

* Winfried Wolf, député PDS au député du PDS au parlement troupes allemandes dans le cadre s'agit pas d'y répondre abstraitement devant l'éternité, mais dans la dynamique politique en cours et dans la phase actuelle de la lutte de classe, des rapports de force, de la situation du mouvement ouvrier et social.

Sur ces deux questions stratégiques fondamentales et très actuelles, la réunion a ouvert la discussion sans conclure. Nous n'avons pas cherché des formules de compromis bâclées.

L'absence de toute proposition démocratique d'autodétermination permettant une activité commune en Europe est certainement la grande faiblesse du document. De ce fait, l'analyse critique forte de l'UE - qui est vraiment partagée par tous - reste, pour le moment, suspendue en l'air, sans perspective politique et pratique.

Il ne s'agit pas d'euroscepticisme ou d'un repli nationaliste, pour autant. En effet, le communiqué de presse se prononce en faveur d'une « Europe sociale, démocratique, pacifique et solidaire - une société socialiste démocratique », et donne corps à cette perspective en ébauchant un programme social anticapitaliste. Ainsi cette Conférence se trouve en syntonie avec l'aile gauche du mouvement syndical et social en Europe. C'est le premier point très positif. Le second, c'est que face aux décisions du sommet de Nice, d'autres pistes d'action commune sont ébauchées, telles que le combat contre l'euro-militarisme, pour la libre circulation des personnes (des immigrés) et leur pleine citoyenneté, et contre l'UE comme facteur actif de la globalisation capitaliste. Et après Paris ?

La discussion, à la fin de la Conférence, a dégagé un désir unanime de continuer. Comment ? Avec quel objectif à court et moyen terme ? Par quelles méthodes de tra-

Faut-il accélérer le pas ? Approfondir et renforcer les liens organiques ? « Apprenons d'abord à marcher ensemble avant de courir ! » disait un participant. Un autre lui répliquait « Oui, mais décidons-nous à marcher tout de suite et dans la bonne direction ». Les "bilans et perspectives" des partis ayant participé, pèseront fortement sur l'orientation à prendre. Le prochain sommet de l'UE (à Göteborg en Suède) offre une nouvelle occasion. Après viendra celui de Bruxelles (décembre 2001) qui, par sa situation géographique dans l'UE, créera la possibilité d'affirmer avec force qu'un courant anticapitaliste pluraliste européen a engagé le combat pour que le mouvement ouvrier et social rompe avec le social-néolibéralisme dominant.

Par

Winfried Wolf*

- ormulé en quelques mots, le congrès du de Cottbus, tenu les 14 et 15 octobre 2000, a eu un triple résultat. Premièrement, il a permis une consolidation du personnel dirigeant dans les instances de direction du

PDS. Deuxièmement, l'inquiétant dévelopmentation teutomaniaque. Troisièmement, l'orientation politique du PDS reste ouvert.

jamais, que l'on soit ou non membre du parti.

La consolidation du personnel dirigeant

Bundestag et membre de la direction régionale de

Würtemberg, ancien rédacteur et collaborateur régulier du SoZ -

Sozialistische Zeitung, bimensuel édité par l'Union pour une polisocialiste (VSP). L'article tique que nous reproduisons ci-dessous est paru dans le quotidien berlinois junge Welt.

1. SED (Sozialistische Einheitspartei, Parti socialiste unitaire) a été créé en 1946 par la fusion dans la zone d'occupation soviétique des partis social-démocrate et stalinien (le SPD et le KPD). Il a été le parti de la bureaucratie dirigeante en RDA jusqu'à sa disparition en 1990.

2. Gregor Gysi, avocat, député au

Bundestag, président de la fraction PDS au Bundestag jusqu'au congrès de Cottbus

Bisky, président du parti jusqu'au congrès de Cottbus ; André Brie,

La teutomanie au congrès de

Cottbus du PDS

Parti du socialisme démocratique (PDS)

Berlin.

pement politique du PDS a reçu une nouvelle vigueur avec l'acceptation d'une arguce congrès fut l'expression d'un "armistice"

au sein du parti, annoncé unilatéralement par la direction. Pour autant le débat sur

C'est pourquoi le combat socialiste pour le

PDS est aujourd'hui plus important que

Depuis sa sortie du SED (1) à la fin 1989, l'expression publique du PDS, l'élaboration de sa pensée et de ses positions ainsi que européen, un des « idéologues en

Badechef ", protagoniste d'un - socialisme moderne - anti-stalinien et modéré ; Dietmar Bartsch, trésorier du PDS, membre du comité directeur, appartient au noyau de l'appareil.

3. Le Congrès de Münster s'est tenu en avril 2000. Il a été interdébut de la fin du PDS, parti irresponsable, avec trop de noset de gauchistes.

talgiques

Certains secteurs de gauche l'ont par contre perçu comme une victoire contre les tendances droitières au sein du PDS. Au grand étonnement du noyau dirigeant autour de Gregor Gisy, la majorité des délégués devait rejeter la motion du Comité directeur sur la politique de paix, qui aurait effacé le pacifisme radical et de principe du PDS et créé la possi-

; Lothar bilité d'un futur assentiment des son processus de décision portaient l'empreinte d'un nombre réduit de personnes :

Gregor Gysi, Lothar Bisky, André Brie et

Dietmar Bartsch (2). Au congrès précédent

— celui de Münster — il y eut une rupture (3) : Gysi et Bisky annoncèrent leur retrait,

Bartsch ne devint pas, comme prévu, le nouveau président du parti et André Brie, qui siège au Parlement européen, se fit rare au sein des cercles des stratèges du parti à

Le congrès de Cottbus représente avant tout une recomposition élargie du cercle dirigeant du PDS. Qu'on en soit arrivé là tient à l'échec antérieur de ceux qui voulaient transformer le PDS en un parti « comme il faut », intégré dans le champ politique officiel de la grande Allemagne. En 1995, lorsque Sarah

Wagenknecht (4) fut élue au comité directeur du parti, on en vint à des ultimatums et des chantages : les maîtres-queues de la cuisine du parti déclarèrent qu'ils n'étaient plus

« à la disposition ». A Cottbus, au contraire, Gabi Zimmer (5) à qui l'on demandait si elle coopérerait avec Sarah Wagenknecht en cas d'élection de cette dernière déclara qu'elle collaborerait avec chaque membre démocratiquement élu du comité directeur.

des opérations des Nations

Unies. Pour Gysi ce vote avait surtout pour but de servir de

* signe de responsabilité » ouvrant la porte à l'entrée du PDS dans un gouvernement SPD-Grünen-

PDS, souhait à moyen terme du courant moderniste et droitier dominant le parti.

prété par les médias comme le 4. Sarah Wagenknecht , porte- parole de la Plate-forme communiste au sein du PDS, réélue dans le Comité directeur à Cottbus, a été rendue populaire par le

Spiegel et d'autres mass-médias.

La Plate-forme communiste est un regroupement au sein du PDS d'environ 2 000 membres, surtout des intellectuels, avec des tendances nostalgiques, souvent sans alternatives en ce qui concerne l'orientation politique

Cien aux mouvements sociaux, participation gouvernementale).

5. Gabriele Zimmer est la nouveldéputés PDS à l'envoi des le présidente du PDS.

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Après le succès électoral du PDS aux élections pour le Bundestag de 1998 (6) la direction du parti eut l'intention de présenter rapidement son parti comme partenaire acceptable de coalition à tous les niveaux. A cette fin un projet fut établi fin 1998 lors d'une réunion à huis-clos du groupe parlementaire, définissant le PDS comme un

« parti-charnière », candidat sans conditions préalables pour entrer au gouvernement fédéral dès 2002. Pour l'essentiel ce sont

"extérieurs" qui ont deux événements empêché jusqu'à maintenant la mise en œuvre de cette orientation :

1. La dynamique classique du capitalisme a impitoyablement brisé les illusions de la direction du PDS en ce qui concerne une politique « réformiste sociale » du nouveau gouvernement fédéral constitué par le SPD et les Verts. Comme lors des décennies passées le parti social-démocrate au gouvernement se révèle "moderne" dans la mesure où il satisfait de façon efficace les exigences du moment du capital. C'était déjà le cas à la fin des années 1960 sous Willy Brandt avec la grande coalition (7), lorsque le SDP imposa des lois dignes de l'état d'urgence et les interdictions professionnelles. C'était encore le cas lorsque le chancelier socialdémocrate Helmut Schmidt procéda plus tard à un démantèlement global des droits démocratiques. C'est encore le cas aujourd'hui quand - comme Sarah Wagenknecht le fit valoir à Cottbus — le SPD utilise son influence syndicale pour imposer la poursuite du démantèlement des taxes sur les entreprises, la privatisation partielle des caisses de retraite et la dérégulation accélérée de l'économie. La nouvelle orientation du PDS - un parti nettement « positionné » comme

« social et solidaire » — fut en porte-à-faux.

2. La guerre de l'OTAN contre la

Yougoslavie freina également le cours de la direction du PDS. « Parti antimilitariste » aux yeux de ses membres et de l'écrasante majorité de ses électrices et électeurs, le PDS ne pouvait suivre la voie dans laquelle s'étaient engagés les Verts (8). La tentative de

Münster de faire un pas décisif dans cette

6. Cf. Imprecor n° 427 de septurelles et de la radicalisation politembre et n° 429 de novembre tique de la jeunesse étudiante,

1998.

écolière et ouvrière. Les interdic-

7. A la fin des années soixante, le tions professionnelles (- Berufs-

SPD participait, dans une « grande verbote ») datent de 1972 (gouvercoalition » avec le CDU et le CSU nement SPD-FDP, avec bavarois, au gouvernement fédé-

Brandt comme chancelier).

ral, avec l'ancien nazi Kurt-Georg

8. En entrant dans le gouverne-

Kiesinger comme chancelier et ment aux côtés du SPD, les Verts

Willy Brandt comme ministre de

(Grünen) ont abandonné leur tral'extérieur et vice-chancelier.

dition pacifiste. Sur l'évolution des

C'était l'époque de l'opposition

Grünen on se reportera utilement extra-parlementaire (puisqu'il n'y à l'article de Manuel Kellner, Les avait quasi plus d'opposition par-

Verts allemands : histoire d'une lementaire), des protestations cul- adaptation, Inprecor n° 427 de direction échoua : la grande majorité des délégués s'opposa aux résolutions antérieures du comité directeur du parti et du groupe parlementaire visant à examiner au « cas par cas » les guerres sous mandat de l'ONU pour décider si le parti devait les soutenir ou s'y opposer. Et cela bien que Gregor Gysi eût présenté ces résolutions comme cruciales pour la « capacité politique » du PDS, laissant entendre que son maintien à la présidence du groupe parlementaire et sa candidature en tant que tête de liste étaient liés à leur confirmation par le congrès. Et bien que Lothar Bisky eût pour sa part déclaré peu avant le congrès de Münster qu'il n'était plus candidat à la présidence du parti, ne voulant pas servir de « poubelle ».

C'est pourtant moins la décision de s'opposer aux guerres sous mandat de l'ONU que les ruptures entre personnes qui ont provoqué la crise de la direction du PDS. Après Münster une fiévreuse recherche de recomposition personnelle s'engagea dans les instances dirigeantes du groupe parlementaire et du parti. Considérée comme déjà arrangée avec certitude l'arrivée. de Dietmar Bartsch à la présidence du parti fut rejetée au profit de Gabi Zimmer, que beaucoup (moi y compris) croyaient capable d'un cours inclusif, rassemblant et unifiant le parti dans sa diversité. Signe supplémentaire de la volonté d'ouverture, Roland Claus fut choisi comme chef du groupe parlementaire.

L'élection de la direction du groupe parlementaire (qui eut lieu avant le congrès, le 2 octobre), comme l'élection des instances de direction du parti au congrès de Cottbus, présentent quatre particularités : — Il n'y eut aucune candidature opposée à la proposition unique de la direction. La candidature pour le poste de porte-parole, où Petra Pau (78 %) et Kirsten Radüge (8 %) se portèrent candidats (9), fut une exception. - Dans l'ensemble de la direction du groupe parlementaire et parmi les nouveaux dirigeants du parti (président, trois vice-présidents, secrétaire général et trésorier) personne ne soutient la décision du congrès de Münster contre les guerres sous mandat de septembre 1998 9. Petra Pau, présidente du parti et du groupe parlementaire du PDS à Berlin ; Kirsten Radüge, membre du Landesverband Hamburg du Willy PDS, scissioné avant le congrès, appartient à une aile ultra-gauche, grand bouc émissaire du noyau dirigeant du PDS. 10. Zweites Deutsches Fernseben, deuxième chaîne de la télévision, non commerciale 11. Energie Cottbus, club de football, qui jouait ce dimanche contre Bayern München.

T'ONU. — L'intégration à la direction du groupe parlementaire ne serait-ce que d'un des sept députés élus à l'Ouest fut explicitement écartée. — On tenta d'encercler la nouvelle présidente du parti, Gabi Zimmer, par des "hommes forts" qui étaient auparavant partisans d'un cours de normalisation et d'épuration du parti. Nous avons Bartsch comme secrétaire général et Porsch comme un des vice-présidents ; la candidature de Helmut Holter comme vice-président suppléant fut rapidement retirée et il se présenta « seulement » comme « simple membre du comité directeur ». Il fut d'ailleurs élu dans cette fonction avec le second meilleur score

Les nouveaux cadres aux postes dirigeants du groupe parlementaire et du parti cumulent souvent plusieurs fonctions. Pour certains cela signifie que l'on a affaire à des titans qui jour et nuit œuvrent au service du parti dans les villes, les bourgs et les villages. D'autres pourraient y voir aussi une mentalité d'assiégés. Porsch, Holter et Pau ont chacun trois responsabilités de direction aux niveaux du parti régional, du groupe parlementaire et du parti fédéral.

Il faut encore mentionner que Dietmar Bartsch avec 76,3 % et Peter Porsch avec 67,9 % des suffrages exprimés — alors qu'ils étaient candidats uniques — ont obtenu des résultats médiocres. Mais « les élections sont les élections », n'est-ce pas ? Ce pourrait être du reste l'épigramme pour l'ensemble du congrès...

Car l'ancien duo dirigeant montra aussitôt combien le débat de fond importait peu dans ce congrès : le magazine télévisé Heute de la ZDF (10) présenta samedi soir de courts extraits du discours de Gabi Zimmer et on vit ensuite le stade de football en face de la salle du congrès, où Gregor Gysi et Lothar Bisky se présentèrent en tant que... supporters de Energie Cottbus (11). Brecht détourné

Au cours de la préparation du congrès il y eut un débat provoqué par mes amendements à la motion générale d'orientation, qui, accordant une place de plus en plus réduite à la critique du capitalisme, témoignait d'une tendance qui fait courir au PDS le risque de n'être presque plus différenciable des partis de droite. Ce débat doit être poursuivi avec le plus grand sérieux après le congrès, en tirant rétrospectivement les leçons de Cottbus.

En effet beaucoup de délégués et d'invités qui pénétrèrent dans le bâtiment du congrès furent indignés par le slogan qui

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« Partei des Demokratischen

Sozialismus » ou « Sozialistische

Volkspartei »

Le principal article du quotidien Neues Deutschland de Berlin, journal de fait du « Partei des Demokratischen Sozialismus » (PDS), présente ainsi le congrès du 14 et 15 octobre dernier :

« Le PDS est sorti de son congrès du weekend dernier à Cottbus avec une orientation claire vers une ouverture en direction de la société et une coopération avec le SPD. La nouvelle présidente du parti, Gabriele Zimmer, élue avec 93,3 % des voix, reçut le mandat pour son dessein de développer le PDS en tant que "sozialistische Volkspartei" » (parti populaire socialiste).

Pour comprendre la signification du terme « Volkspartei » dans la culture politique allemande, il faut savoir que lors des débats au sein de la social-démocratie ouest-allemande avant l'adoption du fameux Programme de Bad Godesberg (abandon de toute référence au marxisme en 1959), il y avait une polémique sur la définition du parti : « Arbeiterpartei » (parti ouvrier ou parti des travailleurs) versus « Volkspartei » (parti du peuple). Pour la droite du SPD de l'époque, devant le déclin du nombre des ouvriers industriels, il fallait s'ouvrir vers les employés et de plus en plus d'employées ainsi que les ingénieurs, techniciens et cadres, assimilés à la "classe moyenne" et défendre non plus les intérêts considérés comme « étroits et corporatistes » de la classe ouvrière, mais ceux des « gens du peuple » pour gagner des majorités électorales. [Fr. D.] ornait la salle. La banderole portait en gros caractères : « ...qu'une bonne Allemagne fleurisse » et en plus petits « Bertold Brecht ». Plusieurs orateurs - et non des moindres - soulignèrent combien il leur importait de pouvoir utiliser à nouveau librement des mots qui dans ce pays sont confisqués par la droite, voire par les nazis. Gabi Zimmer dit dans son discours : « L'Allemagne est belle, Je l'aime et je hais en même temps des choses qui.... la font paraître haissable... Je combats ce qui ne laisse pas s'épanouir l'Allemagne comme une bonne Allemagne... au sens de Brecht... Georges Marchais... terminait chaque discours de congrès par la formule : "Vive la France !" "Vive la France !", je me l'accorderais ici aussI. »

Je sais que de tels mots ne sont pas pensés dans un sens "nationaliste". Ils engagent cependant politiquement dans une fausse direction qui rend le PDS interchangeable avec les partis de droite et va lui coûter cher jusque dans les élections.

Premièrement un slogan de congrès doit être sans ambiguïtés. Ce n'est pas le cas de celui-ci. La demi phrase « ...qu'une bonne

Allemagne fleurisse » pourrait être adoptée par d'autres partis, y compris par les partis de droite. La référence à un auteur (mort) n'y change rien. N'oublions jamais que les images — de gauche — de Che Guevara et de Karl Marx sont aujourd'hui devenues des supports publicitaires.

Deuxièmement, sortie de son contexte, une demi-phrase pose toujours problème. Peu de délégués et encore moins de téléspectateurs iront chercher dans les Œuvres complètes de Brecht le volume 10, poème 3, strophe 977 pour y lire ce qu'écrivait l'auteur quelques lignes plus loin : «...que tace à l'Allemagne les peuples ne pâlissent plus comme devant un brigand ». Le poème en question, qui date de 1950, était une proposition pour l'hymne national de la RDA, fondée en 1949, qui se présentait alors comme l'alternative à l'Allemagne impérialiste et militariste. C'était le temps où à l'Ouest Konrad Adenauer voulait la division de l'Allemagne et où le SED et le KPD poursuivaient une ligne nationale qui posait beaucoup de problèmes - même en tenant compte des conditions de l'époque. Et cet exemple doit précisément être une leçon : le KPD suivait alors les directives de Staline et il appliquait à l'intérieur du parti un régime extrêmement stalinien. Il s'isola ainsi et ne parvint plus aux élections suivantes, en 1953, à dépasser la barre des 5 %, perdant sa représentation parlementaire. Il a alors été possible de le mettre au ban sans soulever de protestations parmi les démocrates et les

Troisièmement, la France n'est justement pas l'Allemagne. Le slogan « Vive la France » est lié à la Révolution française, tandis que « Vive l'Allemagne » rappelle les nazis. Le PCF a d'ailleurs lui aussi un passé d'union nationale que nous devons critiquer et non louer. Par exemple il a eu une attitude timorée pendant la guerre coloniale de la France contre la révolution algérienne et accepta tant le programme nucléaire français que la notion de "force de frappe"

Relève également de la teutomanie un nouveau film publicitaire du PDS — très professionnel - montré deux fois lors du congrès. On y voit les transports de joie de l'unité allemande de 1990 et les émotions de masse. Les images du bâtiment du Reichstag et du drapeau noir-rouge-or sur le Reichstag ont manifestement été faites pour

La première réaction des dirigeants du PDS après le congrès de Münster fut d'enjoindre au parti de réviser immédiatement le résultat du congrès en ce qui concerne les guerres de l'ONU. On avança le congrès suivant pour avoir le plus vite possible à nouveau des « rapports clairs ». Les cadres furent avisés dans différentes conférences que de "bons" délégués devaient être élus. Pour ce congrès tous les délégués reçurent un livre-cadeau qui exposait le programme du PDS aussi exclusivement que possible du point de vue des « réformateurs ». Dans quelques fédérations, comme en Saxe, le comité directeur régional communiqua par courrier à tous les délégués la liste des candidatures à la direction qu'ils devaient soutenir lors du congrès.

En bref : le fameux poème de Brecht sur l'insurrection de 1953 (12) pourrait être lu aujourd'hui de la manière suivante : « Après l'insurrection de Münster, le secrétaire de la maison du camp de concentration fit distribuer des tracts et des e-mails, sur lesquels on apprenait, que le peuple du parti avait perdu la confiance de sa direction par légèreté et qu'il ne pourrait la reconquérir que par une soumission redoublée. N'aurait-il pas été plus simple, que la direction dissolve le parti et en élise un autre ? » Münster tabou

La dissolution du parti — ou plutôt son autodestruction — n'est pas à l'ordre du jour, du moins pour l'instant. Peu avant les vacances d'été la stratégie fut modifiée de façon apparente. Michael Brie (13) était du reste celui qui avait reconnu à plusieurs reprises qu'une ligne d'épuration serait improductive pour les projets des « réformateurs ». D'où la nouvelle stratégie, dont les éléments sont les suivants: Münster devient une tache blanche dans l'histoire du PDS ; la décision d'alors est stigmatisée comme tabou ; le « phénomène » rencontré au congrès de Münster est identifié comme « un problème de communication » ; et surtout, ce dont il s'agit en premier lieu c'est de clarifier les questions de personnes et de reléguer à plus tard les questions de contenu, dont celle d'un nouveau programme.

Ainsi fut mise au point la manipulation à Cottbus. Comme s'il ne s'y était rien passé, les discours des dirigeants se référaient 12. Après une augmentation des normes de travail de 10% le 13 mai 1953 qui entraînait une baisse de 10 % du salaire ouvrier mensuel, une grève et des manifestations ont éclaté à Berlin-Est le 16 juin, écrasées dans le sang par l'Armée soviétique et les forces de police est-allemande (25 morts officiellement, plus de 400 selon les sources dissidentes, 4000 emprisonnés, 22 condamnations à la mort). Parodiant les discours officiels du moment, Bertolt Brecht a écrit un poème satirique (publié seulement après sa mort en 1956) conseillant aux dirigeants du SED de dissoudre le peuple et d'en nommer un nouveau. 13. Michael Brie, universitaire, frère d'André Brie, membre de la direction de la Rosa Luxemburg Stiftung, fondation liée au PDS, penseur d'un « socialisme moderne ».

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Allemagne & IV® Internationale ouvertement à Münster. Des périphrases fantomatiques et cryptées masquaient les décisions prises là-bas. Et "le temps" manqua aux congressistes pour un débat sérieux sur le fond. Le congrès ne débuta que le samedi matin et ne dura qu'un jour et demi. Le samedi soir on se préoccupa plus tôt que d'habitude du sommeil des congressistes. Le débat d'orientation fut relégué à la matinée du dimanche et ainsi réduit. Des douzaines de contributions présentées furent évacuées au moyen d'une résolution de procédure globale et sans le moindre débat. Beaucoup d'autres contributions furent purement et simplement renvoyées comme "matériel" aux organes du parti.

Face à de tels procédés des centaines de membres du PDS et des douzaines de sections et d'autres structures doivent être découragés. Ils avaient investi leur énergie dans des contributions au débat qui, c'était maintenant évident, avaient nourri les corbeilles à papiers.

Une gauche du parti n'est pas le moins du monde apparue à Cottbus. Cela peut tenir à ce qu'une telle "gauche" n'en est qu'à ses débuts. cela tient aussi à l'organisation du débat général d'après laquelle moins de la moitié des inscrits sélectionnés furent en fin de compte appelés à la tribune. Au bout du compte, il n'y eut pas parmi les délégués critiques à l'égard de la direction la moindre coordination ni coopération.

La plate-forme communiste a là mon avis) déposé trop peu de motions et de propositions face à l'actuelle politique du PDS. Pourtant, lors du discours de présentation de sa candidature au comité directeur du parti de Sarah Wagenknecht, qui provoqua des approbations bruyantes, on a vu que persistait toujours une franchise d'expression chez beaucoup de délégués. cela fut aussi prouvé par le résultat des votes : Wagenknecht fut élue au nouveau comité directeur avec 61,6 % des suffrages exprimés - ce qui représente le meilleur résultat pour une candidate de la plate-forme communiste depuis l'existence de ce courant.

Dans le film publicitaire du PDS déjà mentionné, Gregor Gysi prend la parole pour un bref sermon, dans lequel il dit de façon mesurée, que le PDS risquerait « l'incapacité politique ». Celui qui reconnaîtrait de quel discours vient la citation peut trouver là un exemple supplémentaire du style politique que Brecht avait pointé en 1953 : il s'agit d'un extrait du discours de Gysi à la fin du congrès de Münster, dans lequel il critiquait la résolution contre les guerres de l'ONU et attribuait à deux-tiers des délégués d'alors une telle « incapacité politique ».

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