A près leu défaite électorale en mars 2000 face au Parti populaire, les principaux partis de gauche dans l'Etat espagnol ont connu des congrès mouvementés. Le secrétariat général du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) est tombé de manière inattendue entre les mains d'un candidat hors sérail. Au congrès (Assemblée fédérale) de la Gauche Unie (Izquierda Unida — IU, qui regroupe aujourd'hui essentiellement le Parti communiste espagnol et des forces de la gauche radicale) on a vu s'affronter deux dirigeants du PCE et on a assisté à la défaite de Francisco Frutos, l'actuel secrétaire général de ce parti qui postulait au poste de coordinateur général de IU. De ce fait le débat du congrès de la Gauche Unie peut sembler difficile à saisir et confus. On y a en effet assisté à un télescopage de deux enjeux principaux : la future orientation politique de la Gauche Unie (où les forces de la gauche radicale se sont opposées à l'orientation des deux principaux courants du PCE) et, ce qui fut déterminant dans la défaite de Frutos, le maintien ou non du caractère pluraliste de la Gauche Unie largement lié à l'affrontement en cours au sein de sa principale composante, le PCE, pour le contrôle de l'appareil de ce parti. Les diverses composantes de la gauche radicale ont divergé sur l'appréciation de l'importance de ce dernier enjeu.
Nous publions ci-dessous trois articles qui, sans prétendre présenter un tableau d'ensemble des débats qui traversent la gauche espagnole, en donnent une illustration.
Deux sont consacrés au récent congrès de la Gauche Unie. Le premier, écrit par Jaime Pastor, dirigeant au cours des années 1970-1980 de la LCR, section de la IVe Internationale dans l'État espagnol, présente le bilan de ce congrès du point de vue de l'Espace alternatif, courant de la gauche radicale de l'IU au sein duquel militent la majorité des militants se réclamant de la IVe Internationale en Espagne. Le second, écrit par Diosdado Toledano, dirigeant syndical de la SEAT à Barcelone, et Pedro Montes, économiste, présente le point de vue des militants se réclamant de la IVe Internationale, regroupés autour de la revue Quadernos Internacionales, qui ne se sont pas retrouvés dans le projet d'Espace alternatif. On le verra à la lecture des deux contributions, au-delà des divergences tactiques manifestes entre ces camarades durant le récent congrès de la Gauche Unie, ils ne partagent pas le même point de vue en ce qui concerne les potentialités et les chemins de la recomposition de la gauche radicale au sein de l'Etat espagnol.
Le troisième article enfin, de la plume d'Antonio Garcia Santesmases, porte-parole de la Gauche socialiste au sein du PSOE, présente les perspectives que développe cette tendance de la gauche de la social-démocratie espagnole. [J. M.]