Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRÉSIL

Victoire du PT rouge aux municipales

· Inprecor n° 455, février 2001 · p. 19-21 · 2 687 mots

Brésil

Par Heloisa Helena et Beto Bastos* a vague rouge s'est confirmée. Le résul-

•tat électoral du Parti des travailleurs (PT) a été favorable du nord au sud du pays. La force du PT en tant que parti national d'opposition au président Fernando Henrique Cardoso (FHC) a surpris la droite et construit un nouvel environnement pour les élections présidentielles de 2002.

Victoire dans six capitales, réélection à Porto Alegre et Belem, reconquête des mairies de São Paulo et Goiânia, élection dans deux capitales du Nordeste, Recife et Aracaju, cette dernière acquise dès le premier tour.

Victoire dans des villes importantes comme Pelotas (Rio Grande do Sul), Vitória

Conquista (Bahia), (Maranhão), Governador Valadares (Minas Gerais), Criciuma (Santa Catarina).

Réélection à Caxias do Sul (Rio Grande do Sol) et Santo Andre (Sao Paulo).

Nous passons de 105 municipalités conquises en 1996 à 187 en 2000. Une progression de 78 %. Parmi les quelque 5500 municipalités existantes au Brésil, le PT en administre 3 %. Cependant les mairies gagnées représentent presque 25 millions d'habitants, ce qui signifie que nous allons gouverner 15 % de la population brésilienne. Parmi les 62 plus grandes villes du Brésil, le PT en a conquis 27 %. En 1996 il avait obtenu la mairie dans seulement 5 de ces villes, ce qui signifie une progression de 240 %. Ces 62 municipalités qui incluent les 26 capitales du Brésil, représentent approximativement 40 % de l'électorat brésilien. Dans ces villes le vote PT a progressé depuis 1996 de 3 593 540 voix à 7 838 465 voix, une croissance de 118 %.

Dans ces villes le PSDB a eu 4 469 463 voix, le PFL 3 846 226, le PMDB 2 492 293 (1).

En nombre de mairies conquises par le PT, on distingue l'État de São Paulo avec 38, le Rio Grande do Sul avec 35 et celui de Minas Gerais avec 34. On relèvera aussi la victoire dans celui de Santa Catarina, où le PT a gagné les élections dans 13 villes, dont

5 villes importantes de l'intérieur, Concordia,

Criciuma, Rio do Sul et a été réélu à

Chapeco et Blumenau. Dans l'État du Mato

Grosso do Sul, où nous sommes au gouvernement de l'État, le PT est passé d'une seule municipalité à 11, son plus grand accroissement en pourcentage. Avec les 7 municipalités conquises dans l'État d'Acre, où nous sommes aussi au gouvernement de l'État, le

PT arrive à diriger 32 % des municipalités.

Imperatriz

Janeiro que de 15 000 voix.

* Heloisa Helena est sénateure de l'État d'Alagoas et membre de la Commission Exécutive

Nationale du

Parti des travailleurs (PT) ; Beto B:

assesseur du Secrétariat de formation politique

Nous reproduisons cet du bimestriel

(n°318/319 de décembre 2000), publié par la tendance Démocratie socialiste au sein du Parti des travailleurs.

qui regroupe les militants qui, au Brésil, se reconnaissent dans le projet politique de la IVe

Internationale.

1. Le PSDB (Parti de la socialdémocratie brésilienne), social-

Victoire

du PT rouge

aux municipales

L'explosion électorale du PT s'est aussi exprimée dans des villes où nous n'avons pas gagné. Nous arrivons en seconde position avec un nombre significatif de votes à Salvador (Bahia), Teresina (Piaui), Natal (Rio Grande do Norte) et Osasco (São Paulo). Malgré la division du PT et la candidature controversée de Benedita da Silva, nous n'avons manqué le second tour à Rio de

Sur les seize villes où le PT a atteint le second tour en tête, nous en avons gagné treize, nous n'avons perdu qu'à Curitiba (Paraná), Santos (São Paulo) et Canoas (Rio Grande do Sul). Avec le PCdoB (2) nous avons conquis Olinda (Pernambuco) et nous avons perdu Fortaleza (Ceará), néanmoins dans cette ville nous avons empêché la candidate de Ciro Gomes d'atteindre le second tour. Nous avons élu le maire-adjoint à Belo Horizonte en alliance avec le PSB (3), en battant le PSDB dans la seule capitale où le parti de FHC disputait le second tour. De même libéral à l'origine, est le parti du président actuel Fernando Henrique Cardoso (appelé "FHC"). Le PFL (Parti du Front istos est libéral), issu de l'ancien parti de national la dictature militaire, est le prindu PT. cipal soutien de FHC au côtés article du PSDB. Le PMDB (Parti du Em Tempo mouvement démocratique brénovembre- silien) a ses origines dans l'opposition légale durant la dictature militaire. Il soutient FHC et fait partie de son gouvernement. 2. PC do B (Parti communiste du Brésil), gauche ex-maoiste, ex-pro albanais, remet peu à peu en cause son attachement au stalinisme. Il a soutenu la candidature de "Lula", dirigeant

Brésil nous avons conquis avec le PDT (4) la municipalité de Niteroi (Rio de Janeiro), en battant le candidat du gouverneur Garotinho

Nous avons donc augmenté de 38 % le nombre de nos conseillers municipaux au

Brésil, en passant d'environ 1 800 élus en

1996 à 2 485 lors de ces élections.

Problèmes du PT

Le PT n'a eu aucun maire élu dans les

États d'Amapa,

Alagoas,

Amazonas,

Roraima et Espírito Santo

Il faut souligner aussi un aspect négatif, la défaite du PT dans 49 villes que nous dirigions, en grande partie des petites municipalités (moins de 50 000 électeurs). On peut l'expliquer par la faible efficacité de la communication sur le travail de ces municipalités et surtout par l'unité de la droite locale contre nos candidats. Cependant il s'agit d'une préoccupation sérieuse pour le PT..

Dans le Rio Grande do Sul la polarisation politique se maintient, le PT est le parti qui a eu le plus de voix, et nous progressons en conquérant des villes importantes comme

Bege, Santa Maria et Pelotas, mais nous perdons 15 villes que nous dirigions.

Dans l'État de Minas nous perdons aussi

15 villes que nous dirigions et la division partidaire a sûrement compté dans ce résultat, ajoutée aux zigzags vis-à-vis du gouvernement d'Itamar (5). A Rio de Janeiro la dividu PT, aux présidentielles de

1989, 1994 et 1998

3. PSB (Parti socialiste brésilien), petit parti au profil socialdémocrate de gauche, a soutenu la candidature de "Lula" aux présidentielles de 1989, 1994 et

1998

4. PDT (Parti démocratique travailliste), centre gauche populiste dirigé par Leonel Brizola, affilié à l'Internationale socialiste.

5. Itamar Franco, vice-président élu avec Fernando Collor de

Mello en 1990, puis président par intérim (1992-1995) après la destitution de son mentor. Élu gouverneur de l'État de Minas

Gerais en 1998.

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Brésil sion du parti et les va-et-vient en direction du PDT et du gouvernement Garotinho ont valu une cuisante défaite. Nous perdons Angra do Reis et Barra Mansa. La subordination du PT à des projets peu définis ou ambigus a probablement rendu moins brillante son étoile. Raisons de la victoire pétiste

Les analystes de droite ont affirmé sur tous les moyens de communication que ces élections seraient marquées par le débat municipal, que le choix de l'électeur s'orienterait exclusivement pour le candidat qui présenterait les meilleures propositions pour diriger la ville. C'était l'idée du syndic. Cette analyse simpliste masquait la peur du caractere national de la campagne, la peur de l'identification des candidatures à ceux qui soutiennent le gouvernement fédéral avec le président Fernando Henrique Cardoso, le président de la récession, du chômage, du désespoir.

Ce type d'analyse a été en de nombreux cas adopté par des dirigeants pétistes. En se fondant sur des sondages qualitatifs, qui auraient dû être mieux analysés et critiqués, il suffisait d'affirmer dans les groupes réunis que la critique du gouvernement fédéral aurait peu d'influence sur ces élections, pour que l'on conclue précipitamment que le thème des élections serait étroitement municipal.

La conséquence immédiate de ce type d'analyse était « l'oubli » du drapeau rouge, de l'étoile du PT, le vide du discours, de la critique et de l'affrontement. Un style de campagne sans combinaison avec le militantisme pétiste. Ce n'était pas ce qu'attendait la majorité du peuple brésilien.

En réalité, la vague pétiste a résulté d'un mélange de facteurs. Les propositions pétistes de budget participatif, de bourse scolaire, de premier emploi, de banque du peuple, ont rencontré un écho. C'était un ensemble de mesures concrètes déjà testées avec succès dans d'autres endroits. Le PT se présentait comme capable de gouverner et expérimenté, ce qui a affaibli la critique de nos adversaires à l'encontre de ceux de nos candidats qui n'avaient jamais dirigé une municipalité.

La question de l'éthique et de la corruption a été un autre facteur fondamental. Parmi les qualités du futur maire, être honnête était une exigence fondamentale. La compréhension de ce que la corruption signifie moins de ressources pour l'investissement dans les domaines sociaux a été reçue par la population à une échelle inédite. Il n'y avait plus de place pour le « vole mais agis ». Les nombreux scandales impliquant des maires et des conseillers municipaux, avec une mention spéciale à l'administration Pitta à São Paulo, ont donné une dimension nationale à ce type de problème.

A ces facteurs, outre les conjonctures locales plus ou moins favorables, s'est ajouté un élément subjectif de révolte contre le gouvernement fédéral et c'est cet élément qui peut expliquer la victoire pétiste. Sans cela il serait impossible de comprendre le résultat national, sauf à analyser au cas par cas, ville par ville, sous l'angle local, ce qui serait une erreur.

La victoire du PT a été une victoire nationale. Le vote pour le PT a été un vote pour la capacité de gouverner du PT, pour l'honnêteté, mais aussi un vote pour l'opposition, un vote conscient pour le changement.

En règle générale, là où le PT s'est présenté entièrement, fier de ses drapeaux rouges et de son étoile, il a gagné. Là où il s'est camouflé, a choisi un discours plus pâle, il a perdu. Vacillations au second tour

Pendant l'affrontement pour le second tour les mêmes analystes de droite en ont encore trouvé une bien bonne. Au premier tour aurait été victorieux le PT rose, le PT qui ne s'était pas « abaissé » au niveau de ses adversaires. Et revoilà l'insistance sur le ton municipaliste des élections. Ils avaient oublié que la campagne victorieuse du premier tour à Acaraju avait été une campagne en chemise rouge avec les militants dans les rues. Néanmoins certains pétistes ont cru à cette analyse. A la réunion de l'Exécutif Nationa avec les candidats du PT qui allaient disputer e second tour, notre candidat de Curitiba en est arrivé à dire que la victoire du premier tour n'avait pas été une victoire du PT, mais « de quelque chose de plus vaste ». Ce type de comportement a provoqué une critique frappante du sénateur Roberto Requiao (PMDB), selon qui c'était lui qui dans l'élection de Curitiba représentait l'opposition à FHC alors que le candidat pétiste s'en tenait

Les résultats des sondages électoraux au début du second tour plaçaient des candidats du PT à plus de 20 % d'avance sur leurs adversaires. En beaucoup d'endroits la ligne était de gérer le résultat. Certaines candidatures pétistes affirmaient un profil de propositions, sans assumer l'affrontement nécessaire. Du pôle opposé de la lutte de classes, sous la direction de Bornhausen du PFL et de Paulo Maluf, est arrivé le ton de la polémique. Le PT va termer les églises évangéliques, le Mouvement sans terre (MST) va envahir les villes, le PT c'est tout le temps la grève, c'est le parti de la pagaïe.

Cette lutte idéologique s'est affirmée partout et là où le PT n'a pas répondu ou a tardé à se réveiller dans cet affrontement, il a perdu ou a failli perdre. C'est ce qui est arrivé à Curitiba.

Ce fut différent à Recife, où l'action militante a pris la rue, n'a pas hésité dans le soutien à la grève de la PM, et s'est démultipliée dans la dernière ligne droite. A Campinas, le mot d'ordre le plus chanté dans les meetings était « Dehors Covas, FHC et le FMI ! » L'accord entre ce militantisme et le projet national du PT peut se vérifier dans le stade de l'UNICAMP, où près de dix mille personnes ont crié spontanément... « Brésil, c'est urgent, Lula Président ! » Bilan sommaire de la politique d'alliances

On peut affirmer que le résultat de la victoire pétiste a été le fruit de la compétence et de l'opposition construite par le PT ces dernières années. Il y avait besoin d'un changement radical, et c'était le PT, celui de l'étoile rouge, qui symbolisait ce désir de la majorité de la population. D'une façon générale, là où nous avons gagné, cela a été en alliance avec des partis de gauche.

Les directions municipales du PT qui ont insisté pour faire des alliances subordonnées au PSDB et au PMDB (avec le PT comme adjoint, et en de nombreux cas en dehors des positions éligibles), n'apparaissent pas dans la vitrine de la victoire du PT.

A Governador Valadares (Minas Gerais), avec l'appui de la direction de l'État, on a insisté jusqu'au dernier moment pour une alliance avec le PFL. On affirmait que sans cette alliance le PT perdrait. La Commission Exécutive Nationale a opposé son veto à cette alliance, le PT a fait sa propre liste et a gagné. Malheureusement en d'autres endroits, des alliances de ce type se sont constituées sans que le PT national en soit informé. Le PT, une alternative de gouvernement

Le PT est placé face à.une grande tâche, celle d'organiser un bloc social et politique capable de gagner les prochaines élections présidentielles. La victoire nationale exige une préparation, des objectifs définis, un programme de gouvernement et une direction politique qui ait la volonté de vaincre.

Le peuple brésilien va avoir le privilège en un peu plus d'une décennie de faire l'expérience d'une nouvelle campagne présidentielle où pourra se condenser l'attrontement entre deux directions pour le pays. En place ceux qui prétendent poursuivre les recettes du FMI, de l'OMC et de la Banque

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Mondiale, et dans l'opposition démocratique et populaire ceux et celles qui croient qu'un autre monde est possible. L'affrontement entre ces directions pour le pays est située par les alternatives politiques qui se présentent. La force sociale et politique que nous organisons consiste principalement dans les luttes et les mobilisations de notre peuple. Mais elle ne se constituera comme force hégémonique qu'à travers la confrontation politique et pour cette confrontation le PT est le principal et le plus valable des instruments. La « démocratie » électorale

Lors des élections municipales, l'abus du pouvoir économique, l'usage des biens publics pour le profit particulier, le monopole des moyens de communication et les versions et manipulations de sondages ont créé une atmosphère de débat très défavorable au PT et aux autres partis du camp démocratique et populaire. Pour compléter ce tableau de démocratie imparfaite il s'ajoute la présence d'innombrables partis qui ne sont l'expression d'aucune plate-forme politique, rien d'autre que de minuscules intérêts privés. Par exemple la candidature de Fernando Collor de Mello à la mairie de São Paulo, qui a eu son moment de gloire quand lors d'un débat télévisé le candidat Romeu Tuma (PFL-PMDB) l'a appelé « Monsieur le Président ». Outre qu'il n'était que candidat à ce moment-là, son ancien collaborateur lui avait rendu pour 10 secondes le titre que les énormes mobilisations du début des années 90 lui avaient retiré.

C'est une tâche urgente pour le PT et les partis alliés de mettre en place le débat national avec des initiatives législatives pour une réforme politique qui mette fin à la réélection, crée le financement public des campagnes, institue la fidélité partidaire. Il est nécessaire aussi de contrôler l'usage indu des sondages et des moyens de communication. Mais ces mesures et d'autres qui auraient pour but de perfectionner le processus électoral sont insuffisantes face à l'énorme tâche d'aider à consolider une conscience démocratique dans les vastes secteurs sociaux que le PT prétend représenter. C'est à travers la participation politique active que des millions peuvent conquérir la citoyenneté et rompre les amarres de l'exclusion et de la misère qui les lient aux systèmes pervers de domination. A travers les institutions municipales le PT a stimulé la participation populaire. Le budget participatif et autres initiatives sont des écoles de conscientisation politique et d'affirmation de la démocratie.

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