Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CHINE

Violation des droits des travailleurs et résistance ouvrière

· Inprecor n° 455, février 2001 · p. 13-14 · 1 385 mots

Chine Syndicalisme

des travailleur Par Zhang Kai*

Dans une Chine qui s'est lancée dans l'économie de marché, des entreprises de toute sorte, notamment celles du secteur privé, cherchent sans vergogne à réaliser des profits en saignant les travailleurs par tous les moyens. Les violations des droits du travail sont de plus en plus répandues et des journaux comme Workers Daily ou South Workers Newspaper ont donné à plusieurs reprises des informations sur des pétitions adressées aux autorités et même sur des actions des ouvriers. C'est de ces informations que nous tirons ce qui suit. Violations des droits des travailleurs

Les violations des droits des travailleurs se manifestent le plus souvent sous les formes suivantes. • Irrégularités dans l'embauche. Les lois

's et résistance ouvrière du travail stipulent que les contrats de travail doivent être rédigés entre l'employeur et les employés en incluant des clauses claires concernant le cadre de l'emploi, la nature du travail, les sauvegardes et les conditions garantissant les travailleurs, les rétributions et les conditions de la fin de l'emploi. Néanmoins, à l'heure actuelle, de nombreuses entreprises licencient un grand nombre d'ouvriers en embauchant en même temps des travailleurs qui proviennent des campagnes ou des travailleurs précaires. Rarement, elles formulent des contrats avec ces travailleurs et, si des désaccords se produisent, les ouvriers n'ont aucun moyen de faire valoir leurs droits légitimes. Même dans le cas où des contrats existent, des entreprises refusent d'en respecter les clauses • Suppression du droit à l'emploi pour un grand nombre de travailleurs. Sous la * Zhang Kai est rédacteur d'October Review paraissant à Hong Kong. Nous avons repris cet article du n° 5/6, vol. 27 d'October Review.

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Chine réforme, la "boule de fer" d'antan est devenue une "boule d'argile". Au nom d'une efficacité croissante, les directeurs ont le pouvoir d'imposer aux travailleurs de démissionner ou de partir à la retraite. Les entreprises du secteur d'Etat ne font pas exception. Par exemple, l'Institut des explorations géophysiques, subsidiaire du Bureau géologique de la province de Heilongjiang, a ordonné une "démission collective" de 260 employés. Chacun a reçu une compensation de 20 000 yuans (environ 2 500 dollars), en vertu de laquelle la direction se considère dégagée de toute responsabilité. En fait, l'Institut avait obtenu des profits de centaines de milliers de yuans, voire d'un million, entre 1995 et 1998. Après les licenciements, d'autres employés ont été embauchés. • Aucune garantie en matière de salaires. Le Workers Daily du 1er novembre 1999 écrivait : « C'est désormais une nouvelle lorsqu'on apprend que des ouvriers reçoivent régulièrement leur salaire tous les mois. Qu'il s'agisse d'entreprises d'État ou d'entreprises privées, le phénomène prévalent est que les salaires sont payés en retard. Le nombre d'entreprises concernées est ahurissant ». Des enquêtes menées par le même journal démontrent que les entreprises retardent le paiement des salaires et utilisent des fonds à d'autres fins, même si elles ne sont pas déficitaires. Certaines entreprises paient des salaires en nature, quels que soient les stocks dans leurs magasins, de sorte que les ouvriers sont payés en vêtements ou en charbon. Certains ouvriers reçoivent une simple pièce de papier avec des promesses de compensation. Des entreprises, sous prétexte de soumettre les ouvriers a l'essai, embauchent des ouvriers bon marché pendant un certain temps et les renvoient après la fin de la période probatoire. • Prolongement arbitraire des heures de travail sans compensation. De nombreuses entreprises forcent les ouvriers à faire des heures supplémentaires au delà de la limite fixée par la loi du travail. Par exemple, dans une grande usine de chaussures de Zhongshan, dans le Guangdong, qui est une joint venture à capital chinois et étranger, pendant six mois les ouvriers ont été obligés de faire des heures supplémentaires jusqu'à minuit, sans même pouvoir fêter le 1er mai. Toujours dans la même province, à Panyu, une autre joint venture, Xingtai Shoe Factory, a obligé des ouvriers à un minimum de quatre heures supplémentaires par jour, tout au long de six mois. Des entreprises paient leurs ouvriers non à l'heure mais aux pièces, et les standards fixés sont tels qu'ils sont obligés de faire des heures supplémentaires. • Dépôts, actions ou emprunts obligatoires. Beaucoup d'entreprises obligent les ouvriers à payer des milliers de yuans à titre de dépôts ou pour des actions ; s'ils ne paient pas, ils ne sont pas embauchés ou ils ne sont pas rétribués. Dans la seule année 1999, dans la province de Jilin, le Département du Travail, par ses inspections et interventions, a pu récupérer 200 000 dépôts illégaux imposés aux ouvriers pour un montant de 55 millions de yuans. Selon des informations fournies par la presse, un tel phénomène était fréquent et généralisé En réalité, les entreprises utilisaient de tels moyens pour accumuler du capital et les travailleurs acceptaient de peur de perdre leur travail. • Risques au travail et absence de mesures de sécurité. Les accidents du travail sont très nombreux puisque les directeurs négligent les mesures de sécurité et les ouvriers sont plus facilement victimes d'accidents après de longues heures de travail à des cadences infernales. Tout en y étant obligées par la loi, la plupart des entreprises rechignent à payer des assurances pour les travailleurs. A la fin de 1999, seulement 37,5 % des travailleurs étaient assurés. • Violation de la sécurité personnelle des travailleurs. Il y a des rapports ponctuels qui prouvent que des travailleurs subissent des fouilles illégales et des violences. A Guangzhou, une entreprise a gardé prisonnier un ouvrier blessé pour éviter qu'il ne porte plainte à cause d'un accident du travail. Résistances ouvrières

Pourquoi de tels phénomènes sont-ils si répandus ? Voici les raisons qu'on peut indiquer synthétiquement : • Les directions des entreprises ont un pouvoir absolu sur l'embauche et le licenciement des travailleurs et l'existence d'une large "armée de réserve" amène les travailleurs à accepter de dures conditions de travail et de rémunération. • Les lois d'État sont inadéquates et protègent plus les directeurs que les travailleurs. • Beaucoup de fonctionnaires veulent surtout développer leurs économies locales et se méfient des investisseurs. • Beaucoup de syndicats d'entreprise s'adaptent à la situation et les travailleurs ne peuvent pas compter sur leur soutien.

Toutefois, poussés par des conditions qui se détériorent, les ouvriers n'ont d'autre choix que de riposter par des grèves et des protestations ou en portant plainte devant les tribunaux. Par exemple, à Pékin, en 1999, il y a eu 5 234 plaintes avec une augmentation de 64,2 % par rapport à 1998. On a dénombré 242 conflits collectifs (+78,5 % par rapport à l'année précédente). Dans une zone suburbaine du district de Pékin les conflits légaux ont augmenté de 5,7 fois entre1995 et 1999. Le Bureau des statistiques du travail de Shanghai a relevé des tendances similaires : les plaintes augmentaient d'environ 30 % par an. A Pékin aussi il y a eu un signal d'alarme : au cours des premiers six mois de l'année 2000 les plaintes concernant des retards dans le paiement des salaires ont augmenté de 120,37 % et le nombre d'ouvriers plaignants s'est accru de 118,1 % par rapport à la même période de 1999.

A cause de la censure, la presse ne donne que des informations limitées sur les grèves et les actions de protestation. Selon le Bulletin chinois du Travail, depuis 1999 les grèves et les sit-in sont devenus plus nombreux. En juillet 2000, à Chengdu, il y a eu une grève avec sit-in de 1000 ouvriers de l'usine Arsenal 3508 qui demandaient des conditions de licenciement acceptables après la clôture de l'entreprise. Les 5 et 6 août, plus de 1000 ouvriers d'une mine du charbon d'État et leurs familles on bloqué le trafic en demandant des subsides suffisants pour vivre. Le 25 septembre, dans la province de Yunnan, 500 ouvriers d'une usine sidérurgique d'État ont bloqué le trafic ferroviaire entre Chengdu et Kunming pour protester contre des rumeurs de licenciement. Ces vagues de protestation sont déterminées par des conditions qui se détériorent et ne peuvent pas être contrecarrées simplement par des mesures autoritaires.

25 novembre 2000 Prix . 100 FIBI 30 CHA/ 700 BEF imprecor mprecor

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4000 C4

Collection 1999

numéros 432 a 442

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