Le point de vue du Socialist
Le mouvement an et
Par
Alex Callinicos* eattle a été la croisée des chemins », selon le diagnostic de Ralph
Nader (1). Depuis les manifestations qui ont provoqué l'échec de la conférence ministérielle de l'OMC fin novembre 1999, on a vu se cristalliser dans les pays capitalistes avancés une minorité politiquement active qui identifie le capitalisme mondial comme la source de tous les maux de la planète. C'est cette approche globale du système lui-même considéré comme responsable qui différencie ce nouveau mouvement anticapitaliste des diverses campagnes focalisées sur des revendications et des problèmes particuliers. (...)
La naissance d'une nouvelle gauche
Le mouvement anticapitaliste se manıfeste dans quatre dimensions : les manifestations de protestation, un changement plus large dans le climat politique, l'émergence de nouveaux milieux politiques, et un tournant intellectuel
• Un nouveau cycle de protestation :
Depuis le 30 novembre 1999 à Seattle, on a assisté à de grandes mobilisations contre le capitalisme international : à Washington (16 avril 2000), à Millau (30 juin 2000), à
Melbourne (11 septembre 2000), à Prague
(26 septembre 2000), à Séoul Y10 octobre
2000), à Nice (6-7 décembre 2000) et à nouveau à Washington (20 janvier 2001). Avec,
* Alex Callinicos, professeur de sciences politiques à l'Université de York, fait partie de la direction du Socialist Workers Party
(Parti socialiste ouvrier, SWP), la principale organisation de l'extrême gauche britannique et de la
Tendance
Socialiste
Internationale (TSI), une organisation révolutionnaire internapar Tony Cliff tionale fondée
(1917-2000). Nous publions ici, avec l'accord de l'auteur, de larges extraits de l'article d'Alex
: la gauche révo
SOCIALIST
ALLIANC B en outre, les manifestations contre le Forum
Économique Mondial de Davos, qui se réunit tous les ans en janvier, aussi bien en 2000 qu'en 2001. Parmi les objectifs des protestations à venir cette année il y a le Sommet
Européen de Göteborg (14-16 juin) et la conférence du G-8 à Gênes (20-22 juillet). Le caractère et la composition de ces manifestations ont été et demeurent très variable.
Ainsi, la participation de la classe ouvrière organisée était forte à Seattle, faible dans les deux manifestations de Washington, importante à Millau, faible (bien que loin d'être inexistante) à Prague, et dominante aussi bien à Séoul qu'à Nice. En dépit de ces varia-
Callinicos (dont la version intécions les camarades
Socialisme par en bas qui ont grale — en anglais — est disponible sur le site web du SWP :
bien voulu nous fournir la trawww.swp.org.uk), qui nous duction française de cet article, paraît utile pour présenter les traduit de l'anglais par J.-M.
Guerlin.
analyses actuelles et les conceptions organisationnelles du SWP.
Bien évidemment les analyses
1. Candidat écologiste à l'élecet les opinions présentées dans tion présidentielle américaine, cet article n'engagent pas la
Ralph Nader a aussi été soutenu par certaines organisations d'exrédaction d'Inprecor. Sauf inditrême gauche. Il a obtenu près cation contraire (mentionnée :
de deux millions de voix, soit
"ndlr"), les notes de bas de page plus de 4 % des suffrages (ndlr).
sont de l'auteur. Nous remer-
Workers Party b ticapitali lutionnaire tions, il ne subsiste aucun doute sur l'échelle réelle du mouvement. Comme l'a dit Susan George, « il n'y a pas eu une telle résurgence d'énergie militante depuis la guerre du Viêt-nam » (2). • Un sentiment anticapitaliste : Le changement le plus important est sans doute celui intervenu dans le climat politique. La portée des manifestations réside partiellement dans ce qu'elles ont réalisé dans les taits - celles de Seattle ont précipité l'échec de la contérence de l'OMC, tandis que celles de Prague ont provoqué l'interruption brutale de la réunion annuelle du FMI. Mais elles ont également joué un rôle symbolique dont l'importance ne saurait être sous-estimée.
Il y a eu, aux Etats-Unis, des manifestations plus importantes que celle de Seattle, y compris ces dernières années. Il y a eu les premières protestations contre la mondialisation capitaliste comme, par exemple, celles sur la dette du tiers monde lors du sommet du G-8 à Birmingham en juillet 1998 et à Cologne un an plus tard, et les émeutes anticapitalistes à Londres en juin 1999. Mais Seattle - peut-être parce que les travailleurs, les étudiants et les ONG s'y sont retrouvés ensemble au cœur même de la bête, en fait dans la capitale de la "nouvelle économie" — a cristallisé un sentiment, une humeur globale. (...) A un moindre degré, mais également remarquable, les manifestations de Prague ont joué un rôle tout aussi symbolique, même s'il y a eu, ailleurs, des protestations plus importantes et de composition plus ouvrière. (...)
Seattle et Prague représentent le retour de l'idée qu'il est possible de résister collectivement au système. Il est important de comprendre que cela ne revient pas à dire que toutes les luttes qui se produisent dans le monde sont l'expression de ce sentiment anticapitaliste. L'Intifada d'Al Aqsa, par exemple, est déterminée par la colère des Palestiniens contre l'oppression qu'ils subissent de la part de l'État sioniste, et en particulier la manière dont le "processus de paix" a servi à légitimer l'annexion par Israël de gros morceaux de la Cisjordanie et de Gaza. Il y a, bien sûr, une connexion entre l'opritannique ste pression des Palestiniens et le capitalisme mondial sous la forme de l'impérialisme américain, mais le système en lui-même n'est pas au centre de leur conscience lorsqu'ils luttent contre l'État israélien. Malgré tout, le mouvement anticapitaliste est en train de devenir un point de référence politique, y compris pour des luttes dont les forces motrices immédiates résident ailleurs. Edward Said écrit à ce sujet : « Un tournant a été atteint, cependant, et l'Intifada palestinienne en est un indice significatif. En effet, elle n'est pas seulement une rébellion anticoloniale du type qui s'est manifesté périodiquement à Sétif, Sharpeville, Soweto et ailleurs. Elle est un autre exemple du mécontentement général envers l'ordre (économique et politique) issu de l'après-guerre froide, qui a été mis en évidence par les événements de Seattle et de Prague » (3). • La formation de nouveaux milieux politiques. Le sentiment anticapitaliste trouve une expression concrète dans l'émergence de milieux politiques plus ou moins organisés, dans lesquels une nouvelle gauche commence à prendre forme. Ce processus a commencé après les grèves de 1995 en France, lorsque Le Monde diplomatique et ATTAC ont fourni un point de focalisation à l'opposition au néolibéralisme (4). Ces initiatives ont eu un impact à l'échelle européenne : il existe désormais des éditions anglaise, allemande et grecque du Monde diplomatique, et en même temps ATTAC s'est constitué en Norvège, au Danemark, en Suède et en Suisse.
Aux États-Unis aussi, quantité de coalitions et de campagnes ont vu le jour, qui tentent d'articuler la nouvelle conscience anticapitaliste. La campagne présidentielle de Ralph Nader a permis de fournir un point de ralliement à ces mouvements. Comme l'a dit un de ses partisans, « voter pour Nader était comme un petit pas pour entrer dans un mouvement plus large, un acte qui me reliait aux manifestants de Seattle et de Prague » (5). Thomas Harrison a résumé les principaux thèmes politiques de la campagne comme suit : « "Ploutocratie", "oligarchie" — ce sont les mots utilisés par Nader.
02/7 OnSOrs
NO TO PF stop tho privers NO TO PFI Nader n'est pas socialiste — il n'est même pas opposé au capitalisme et au marché en tant que tels. Sa rhétorique est très semblable à celle des vieux populisme et progressisme américains. Mais la campagne de Nader a attiré l'attention de façon constante sur le problème de la domination de classe. Jamais, depuis Norman Thomas dans les années 1930, un candidat de premier plan à la présidence n'avait fait de cela un de ses thèmes, de nature à forcer les gens à y réfléchir » (6)
(...) Howie Hawkins, un militant du Green Party (Parti Vert, qui a soutenu Nader), écrit : « Quatre cent soixante trois mille signatures ont été recueillies pour poser la candidature de Nader dans quarante trois Etats et le District de Columbia (...) 150 000 volontaires figurent sur les listes de la campagne nationale et des organisations d'État et locales, ainsi que du Green Party. 25 000 étudiants volontaires ont fait inscrire des dizaines de milliers de nouveaux électeurs sur les listes. Les chiffres finaux indiquent que la campagne a fait apparaître près d'un million de votants qui autrement se seraient abstenus. Une centaine d'organisateurs de la campagne ont été recrutés pour deux bureaux dans le District de Columbia et 19 bureaux de terrain dans de 2. Susan George, "Que faire à présent ?", Texte pour le Forum social mondial de Porto Alegre, 15 janvier 2001. 3. E. Said, " Palestinians under Siege ", London Review of Books, 14 décembre 2000. 4. Cf. J. Wolfreys, " Class Struggles in France ", 2.84 (1999). 5. The Guardian, 7 novembre 2000. 6. T. Harrison, " Election 2000 : Infamy and Hope", New Politics, VIII :2.
OUR
WORLD
IS NOT
FOR
SALE nombreux États, chaque État ayant au moins un coordinateur de terrain rémunéré. Avec l'aide de cette équipe, plus de 500 groupes locaux du Green Party et 900 groupes d'université ont organisé et distribué 8 millions de tracts, un million de badges, d'autocollants et de panneaux.
Deux syndicats - l'Association des Infirmières de Californie et es travailleurs de United Electrical - ont carrément soutenu Nader. Les dirigeants de l'UAW (United Auto Workers) et des
Teamsters (les chauffeurs routiers) ont publiquement courtisé Nader, ne serait-ce que pour envoyer à Gore un message fort sur les problèmes syndicaux. Nader a été le seul candidat à faire campagne dans chacun des cinquante États. Ses meetings de campagne ont été, de loin, les plus importants de tous
7. H. Hawkins, " The Nader
Campaign and the Future of
Perry the Greens ".
8. F. Fukuyama, The End of
(2000).
History and the Last Man (New
York, 1992) et P. Anderson,
"The Ends of History ", A Zone of Engagement
(Londres,
1992). Pour une vision très différente du débat, voir A.
Callinicos,
Theories and
Narratives (Cambridge, 1995), chapitre 1
9. P. Anderson, " Renewals ",
New Left Review, janvier 2000.
10.
Voir
B.
notamment
Kagarlitsky, " The Suicide of
New Left Review", et G. Achcar,
STAR
WARS MCND asays
P
IN SPACE R les candidats, avec 15 000 personnes au
Madison Square Garden à New York, 14 000 au Target Center de Minneapolis, 12 000 au
Fleet Center de Boston, et 10 000 au
Pavilion à Chicago, autant au Coliseum de
Portland et
Washington » (7).
rences de Socialist Alliances et Globalize
Resistance en Grande-Bretagne ont réuni deux composantes interpénétrées - ceux qui sont inspirés par le mouvement antimondialisation et les supporters du Parti
Travailliste déçus par le gouvernement Blair.
Cela met en évidence le fait que, en Europe
Occidentale au moins, la crise du réformisme, intensifiée par le bilan des gouvernements sociaux-démocrates élus dans la
Pessimism of américaine. Mais les deux côtés
"The Historical
Anderson
International Socialism, 2.88
11. Comme exemple de cette dernière tendance, voir cette suggestion de Walden Bello :
des
La motivation
Républicains dans leur critique du FMI et de la Banque
Mondiale réside dans leur taliste, croyance dans des solutions de libre marché au développement pratique et à la croissance. Cela peut ne celle, pas coïncider avec celle des progressistes, qui voient le FMI et la Banque Mondiale comme des instruments de l'hégémonie
NO
STAR
WARS lobalise Resistance
IS POSSIBLE
78 6 au MC Center
A une échelle plus modeste, les confépeuvent s'unir autour d'un agenda commun sur un point :
la réduction drastique, sinon le démantèlement, des jumeaux
"Is Bush de Bretton Woods »,
Bad News for the World Bank ",
Focus on the Global South, janvier 2001. Pour une analyse critique du mouvement anticapivoir C.
Harman,
" Anticapitalisme : Théorie et
", Publications l'Etin-
Paris 2001, traduction d'un article paru sous le même titre dans le numéro 88 de la revue International Socialism.
deuxième moitié des années 1990, a été l'une des sources principales du sentiment anticapitaliste montant. • La réapparition des contestataires du capitalisme. Pour mesurer la dimension du revirement intellectuel en cours, il nous faut nous rappeler la scène de dévastation qui régnait après l'effondrement des régimes staliniens en 1989-91. C'est alors, évidemment, que Francis Fukuyama annonçait la fin de l'Histoire : le capitalisme libéral avait triomphé de toutes les alternatives systémiques et, à moins d'une imprévisible rechute dans la barbarie, devait régner pour l'éternité. Dans une réplique remarquablement respectueuse de la part de la gauche intellectuelle, Perry Anderson admettait que Fukuyama avait sans doute raison (8). Anderson, qui a repris récemment la direction de New Left Review, a réaffirmé cette perspective après Seattle, déclarant que l'hégémonie du néolibéralisme était désormais si incontestable que, « pour la première fois depuis la Réforme, il n'existe plus d'oppositions significatives - c'est-à-dire des visions systématiques rivales — à l'intérieur du monde de pensée occidental, et très peu d'ailleurs à l'échelle mondiale, si nous écartons les doctrines religieuses comme des archaïsmes généralement sans intérêt » (9). Mais cette fois-ci il fut immédiatement contesté (10).
Aujourd'hui le pessimisme d'Anderson fait contraste avec l'ensemble de ces silhouettes nouvelles qui sont apparues porteuses de critiques systématiques du capitalisme, comme Walden Bello, Pierre Bourdieu, Susan George, Naomi Klein et George Monbiot. Il est facile pour des marxistes de mettre en évidence les limites de ces critiques — par exemple leur ambiguité sur le point de savoir si l'ennemi est le capitalisme mondial ou simplement le néolibéralisme, les illusions qu'ils entretiennent ainsi sur le capitalisme petit-bourgeois comme alternative aux multinationales, ou leurs tentations occasionnelles de s'allier avec la droite conservatrice contre les institutions capitalistes internationales (11).
Il existe, au surplus, un processus de différenciation en cours au sein du mouvement antimondialisation entre les forces désireuses de collaborer avec le FMI et la Banque Mondiale dans leur recherche de "dialogue" — par exemple, les-dits "Congos", ou Coopted Non-governmental Organisations (ONG cooptées) - et ceux qui, à l'inverse, souhaitent, comme le dit Walden Bello, « intensifier la crise de légitimité » de ces institutions. Le Forum social mondial, tenu à
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A
Porto Alegre en janvier 2001 comme alternative à la célébration annuelle des patrons à Davos, a vu de puissants éléments — associés notamment au Monde diplomatique et à la direction d'ATTAC — pousser dans le sens d'une démarche réformiste. (...) Ce serait malgré tout une grave erreur que de considérer de telles remarques comme l'expression d'une position réformiste stable. (...) Les ambiguïtés de la théorie anticapitaliste n'altèrent aucunement l'impact que le mouvement a eu dans le changement des termes du débat intellectuel et politique. (...) Bien sûr, vaincre les patrons en paroles n'est pas la même chose que leur arracher le contrôle de la planète. Malgré tout, ce à quoi nous assistons, c'est à l'émergence d'un groupe d'intellectuels de plus en plus influents qui se considèrent comme engagés dans une lutte politique contre la mondialisation capitaliste. Les écrits récents de Bourdieu révèlent une orientation anticapitaliste de plus en plus ferme. Il écrit (en collaboration avec Loïc Wacquant) : « L'analyse empirique de l'évolution à long terme des économies avancées suggère (...) que la "mondialisation" n'est pas une nouvelle phase du capitalisme, mais une "rhétorique" que les gouvernements invoquent pour justifier leur soumission volontaire aux marchés financiers. Loin d'être, comme on l'entend constamment répéter, la conséquence inévitable de la croissance du commerce international, de la désindustrialisation, l'aggravation des inégalités et la contraction de la politique sociale résultent de décisions politiques nationales qui reflètent l'orientation des rapports de classe en faveur des possesseurs de capitaux » (12).
(...) Tout cela constitue, ni plus ni moins, la naissance d'une nouvelle gauche à l'échelle internationale. A la suite des conférences de Globalize Resistance, George Monbiot écrivait : « Enfin cela arrive. Juste au moment où les néolibéraux des deux côtés de l'Atlantique proclament leur victoire totale, un mouvement composite d'opposition radicale commence à émerger. C'est confus, c'est contradictoire, et ça ne ressemble à rien que nous ayons déjà vu. Mais, pour la première fois en 14 ans d'activité militante, j'ai le sentiment d'être le témoin de quelque chose d'impossible à arrêter » (13). Un défi pour les révolutionnaires
Comme ils disaient en 1968, ce n'est qu'un début. L'anticapitalisme est très largement diffusé à l'échelle internationale en tant que sentiment. Son développement vers la forme d'un mouvement est très variable - très avancé aux USA et en France, beaucoup plus fragmentaire ailleurs. Le succès final dépendra de la capacité de ce qui s'est produit brièvement à Seattle à devenir un mouvement durable : l'unité dans l'action des travailleurs organisés et des militants antimondialisation. Et cela, à son tour, exigera de l'anticapitalisme, toujours en tant qu'idéologie diffuse définie d'abord par ce à quoi elle s'oppose — la politique néolibérale et les sociétés multinationales Socialist Review qu'il se développe dans le sens d'une conscience socialiste beaucoup plus cohérente. Pour les marxistes révolutionnaires, tout ceci est l'ABC. II demeure que nous sommes en présence de l'ouvertu-
PUTTING re la plus impor- HE PROTEST tante depuis les années 1960. POLITICS
The Socialist
Le mouvement Alliance and anticapitaliste est the election néanmoins un énorme défi pour la gauche révolutionnaire. Ils sont très différents l'un de l'autre. Le mouvement anticapitaliste, comme le dit Monbiot, est « composite... confus... contradictoire ». Il s'inspire de toutes sortes de sources idéologiques, embrasse une immense diversité d'organisations différentes, et a pris naissance dans un milieu militant très hétérogène — des partisans chrétiens de l'abolition de la dette, des écologistes, des économistes théoriciens de la dépendance, des militants des droits des animaux, des survivants des années 1960, des guérilleros urbains anarchistes, de respectables membres d'ONG, des militants des divers mouvements de solidarité avec le tiers monde, et un saupoudrage de syndicalistes et de socialistes. La gauche révolutionnaire, à l'inverse, comprend celles des organisations marxistes qui ont réussi à survivre aux défaites des années 1980 - essentiellement, à l'échelle internationale, les membres de la Tendance Socialiste Internationale et les militants de la tradition politique de la IVe Internationale (14).
Il n'y a rien d'inévitable à ce que le mouvement anticapitaliste et la gauche révolutionnaire en viennent à s'unir. Pour que cela ait lieu, il faudra que les révolutionnaires changent. Il faudra qu'ils se débarrassent des habitudes acquises dans les années 1980 et la première moitié des 1990, lorsque les idées de droite étaient ascendantes et qu'il était dès lors essentiel de protéger les idées et les organisations marxistes d'un environnement politique hostile. De nouvelles méthodes de travail militant sont désormais nécessaires. En particulier, l'usage systématique de la stratégie du front unique telle que développée par les bolcheviks et l'Internationale Communiste dans leurs premières années (1918-1923), est absolument crucial pour se relier aux nouveaux milieux politiques. Le SWP (Socialist Workers Party) britannique a trébuché, plus ou moins empiriquement, sur cette question pendant la guerre des Balkans de 1999, alors même que le mouvement anti-guerre se caractérisait par un degré d'unité beaucoup plus élevé que celui atteint lors de la Guerre du Golfe en 1991. L'union de la gauche atteignait un niveau bien plus important dans la London Socialist Alliance, qui présentait une liste aux élections municipales de mai 2000. Elle a su s'appuyer sur le désir d'unité très répandu, qui allait d'une large frange de l'extrême gauche à de nombreux partisans traditionnels de la gauche travailliste. Le succès des conférences de Globalize Resistance en février 2001 a été dû essentiellement à la diversité des sensibilités politiques impliquées à la fois dans les confé12. P. Bourdieu et L. Wacquant, " La nouvelle vulgate planétaire ", Le Monde diplomatique, mai 2000. 13. G. Monbiot, " Dissent is in the Air : Take to the Streets ", Guardian, 7 février 2001. 14. Bien que les partis communistes qui ont survécu aient d'une manière générale rejeté le mouvement anticapitaliste, les plus grands d'Europe (les PC français et grec et Rifondazione Communista en Italie) étaient invisibles à Prague, des organisations plus modestes, comme par exemple l'International Action Centrer aux États-Unis, y ont répondu beaucoup plus favorablement.
rences et dans leur construction (15).
L'orientation vers un travail systématique de front unique n'est qu'un élément, certes important, du changement beaucoup plus large qui doit s'opérer chez les révolutionnaires s'ils veulent se relier au mouvement anticapitaliste. La nécessité de ce changement nous invite à développer une sensibilité aux différents styles et aux regroupements thématiques du mouvement, une familiarité avec ses écrits et les problèmes qu'ils abor-
PFI
TOP
OUR HEALTH IS
NOT FOR
SALLE
TA dent, et un désir d'engager le dialogue. L'expérience de la construction des mobilisations de Prague et de Nice ainsi que celle des conférences de Globalize Resistance a montré de façon répétée que ceux qui sont impliqués dans ces fronts uniques sont extrêmement ouverts aux arguments marxistes - à condition que ceux-ci concernent leur problème et qu'ils ne se sentent pas évangélisés. Tout ceci souligne à quel point il est important de briser avec les tendances au sectarisme encouragées par l'isolement que les socialistes révolutionnaires ont connu ces vingt dernières années.
Mais il n'existe aucune garantie que les révolutionnaire opéreront la rupture nécessaire. L'histoire du mouvement socialiste a montré à de nombreuses reprises que tout changement important de la situation objective crée une crise dans l'organisation révo15. Pour en savoir plus, voir J. Rees, " Anti-capitalism, Reformism and Socialism ", International Socialism, 2.90. 16. L. Trotsky, " The Lessons of October " (cf. L. Trotsky, Les leçons d'Octobre, in Staline contre Trotsky, F. Maspéro 1965.) 17. T. Cliff, Lenin, I (Londres, 1975), page 171.
lutionnaire. Même lorsque cette organisation tente de s'ajuster à la nouvelle situation, elle est tirée en arrière par son propre conservatisme. Une méthode particulière de travail militant, si elle s'est avérée efficace, tend à s'incruster dans l'organisation. Les camarades en viennent à considérer ce qui était essentiellement une tactique adaptée aux circonstances comme une question de principe. Faire prendre un tournant à une organisation pour faire face à des circons-
Stances différentes rencontre une résistance qui reflète l'inertie créée par une démarche qui était pertinente dans le passé Réfléchissant à l'expérience des bolcheviks, Trotsky écrivait en 1924 : « D'une manière générale, des crises se produisent dans le parti à chaque tournant sérieux, que ce soit comme prélude ou comme conséquence de ce tournant. L'explication réside dans le fait que chacune des périodes du développement du parti comporte des traits particuliers et exige des habitudes et des méthodes de travail spécifiques. Un tournant tactique implique une rupture plus ou moins importante avec ces habitudes et ces méthodes. C'est là que se trouve la racine directe et la plus immédiate des frictions et des crises dans le parti. "Il est arrivé trop souvent", écrivait Lénine en juillet 1917, "que, lorsque l'Histoire prenait un brusque tournant, les partis progressistes eux-mêmes étaient pendant un certain temps incapables de s'adapter à la nouvelle situation et répétaient des slogans qui étaient auparavant corrects mais avaient désormais perdu toute signification — l'avaient perdu aussi soudainement que le tournant historique avait été soudain". Dès lors le danger existe que, si le tournant est trop abrupt ou trop soudain, et si dans la période précédente trop d'éléments d'inertie se sont accumulés dans les organes dirigeants du parti, celui-ci s'avérera incapable de remplir son rôle de direction au moment critique pour lequel il s'est préparé pendant des décennies. Le parti est ravagé par une crise, et le mouvement se développe en dehors du parti — pour aller vers la défaite » (16).
Lénine a été confronté à ce danger à diverses reprises. Dans le cas le plus célèbre, en réponse à la Révolution russe de 1905, il se battit, comme disait Tony Cliff, « pour ouvrir les portes du parti » — c'est-à-dire pour le recrutement massif de travailleurs radicalisés par l'expérience de la montée des luttes. Il rencontra alors une âpre résistance de la part des "comitards" — les révolutionnaires professionnels qui, avec Lénine à leur tête, avaient construit une organisation clandestine fortement centralisée pendant les années de répression antérieures à 1905. (17).
(...) La pratique de Lénine qui consistait à « tordre le bâton » - à se concentrer sur les tâches essentielles dans la situation courante à l'exclusion de tous les facteurs secondaires, et ce jusqu'au point d'exagération - découlait en partie de la nécessité de surmonter une résistance conservatrice dans le parti aux changements dictés par un « brusque tournant de l'Histoire ». (...) Le SWP américain et le rendez-vous manqué des années soixante
Il existe des exemples récents d'organisations révolutionnaires qui ont eu du mal à opérer le tournant - ou qui ont totalement échoué à le faire. Le Socialist Workers Party américain était l'organisation la plus importante du mouvement trotskiste dans son enfance pendant les années 1930 et 1940. James P. Cannon et d'autres dirigeants du SWP (US) avaient travaillé en étroite collaboration avec Trotsky et ils pouvaient se proclamer ses héritiers légitimes. Malgré des scissions internes et les persécutions de l'État, le SWP avait été capable de tenir le coup dans les années 1950, l'une des périodes les plus difficiles qu'aient eu à affronter les révolutionnaires américains, alors que la guerre froide, le maccarthysme et le long boom contribuaient à présenter la politique authentiquement marxiste comme complètement coupée des réalités. Pourtant la préservation de l'organisation ne put se faire qu'au prix d'une ossification. (...)
Au début des années 1960, la situation commença à changer (...). Mais c'est l'opposition à la guerre du Viêt-nam, due à l'escalade opérée par L.B. Johnson de l'engagement militaire américain en 1964-65, qui déclencha de vastes mobilisations. (...) || produisit aussi une énorme poussée à gauche, notamment parmi les millions de jeunes gens qui participaient aux grandes manifestations contre la guerre. L'organisation de la nouvelle gauche dans les universités, Students for a Democratic Society (SDS), grandit comme un champignon dans le cours de la décennie. (...) La tragédie du SWP (US) fut qu'il ne réussit pas à saisir l'opportunité offerte par cette radicalisation. (...) Le problème était que le SWP (US) avait fait un fétiche de la tactique unique des manifestations de masse légales. (...) Le schibbo-
leth du SWP (US), son fétichisme pour les manifestations légales de masse impliquait qu'il était extrêmement hostile aux forces, puissantes dans le mouvement anti-guerre, qui défendaient la désobéissance civile de masse. (...)
L'absence de toute organisation marxiste sérieuse cherchant à se relier à la radicalisation contribua à créer une situation dans laquelle les militants entrèrent dans un cycle où d'énormes mobilisations de masse étaient suivies de périodes de démoralisation causées par le fait que la guerre continuait en dépit des manifestations : la frustration qui en résulta conduisit des opposants à la guerre vers des formes d'activité - faire campagne pour les démocrates anti-guerre ou s'orienter vers le terrorisme — qui avaient en commun de tenter de se substituer à l'action de masse (18). (...) Une tragédie américaine : l'International Socialist Organisation (19)
Les racines de l'échec du SWP(US) peuvent être trouvées dans la démarche erronée qu'il a, en même temps que le reste de la IVe Internationale, empruntée après la Deuxième Guerre Mondiale, lorsque l'analyse par Trotsky de la Russie comme Etat ouvrier dégénéré s'est trouvée transformée en dogme sacré. La Tendance Socialiste Internationale est née à cette époque de crise, en particulier dans la critique de Trotsky par Tony Cliff et le développement de la théorie du capitalisme d'État. Cela nous a permis de maintenir la conception marxiste classique du socialisme comme l'auto-émancipation de la classe ouvrière et de développer une approche de la construction du parti qui partait des réalités de la vie 18. Ce cycle est particulièrement bien mis en évidence par l'excellente étude réalisée par Tom Well du mouvement anti-guerre (bien qu'écrite d'un point de vue hostile à la gauche révolutionnaire) : voir T. Wells, The War Within (New York, 1996). 19. L'ISO est née d'une scission des International Socialists (IS), une organisation venant du mouvement schachtmaniste. Max Schachtman, l'un des dirigeants historiques du trotskisme américain, a rompu avec la IV° Internationale en 1940. Il était l'un des principaux défenseurs de la théorie selon laquelle l'URSS représentait une forme de société de classe nouvelle, le "collectivisme bureaucratique ", et dériva progressivement vers la droite, finissant par soutenir l'intervention américaine matiques trotskistes orthodoxes. (20)
conséquence du trotskisme orthodoxe. Une analyse théorique formellement correcte ne suffit pas à lui conférer l'immunité. Le défi te a polarisé l'extrême gauche d'une façon qui recoupe les lignes traditionnelles. Les participé aux manifestations en solidarité nationalistes de gauche et de gaullistes de droite, et a dénoncé
OMC dans son ensemble
« Aujourd'hui l'internationalisation de l'économie, sous l'égide des États capitalistes, est un fait. Vouloir s'y opposer au nom d'idées protectionnistes pourries, du nationalisme, c'est risquer de dériver des vers objectifs ouvertement réactionnaires. De plus ce n'est pas un accident si, à Seattle, on a pu trouver unifiés sur ce terrain des nationalistes du tiers monde aussi bien que les dirigeants du syndicat américain des travailleurs de l'automobile, l'UAW, qui n'a pas hésité à organiser des opérations punitives contre les possesseurs américains de voitures japonaises dans les années 1980. Et cela parce que, pour tous deux, leur opposition à dans la Baie des Cochons à Cuba en
1961 et la guerre du Viêt-nam : voir en particulier P. Drucker, Max
Schachtman and His Left (Atlantic
Highlands, NJ, 1994). IS se développa à partir de partisans de
Schachtman qui résistaient à sa dérive droitière. Mais au milieu des années 1970 la direction d'IS développa sa propre version d'une politique substitutionniste, en particulier en poursuivant la politique de " prolétarisation
" commune à l'extrême gauche américaine à l'époque. Cette tactique de raccourci se proposait de construire dans la classe ouvrière en envoyant d'anciens étudiants dans les usines. L'expérience a montré que les ex-étudiants industrialisés qui ont survécu dans les usines tendent à devenir les éléments les plus conservateurs des organisations, prolétarienne et non des fantaisies program-
Mais le sectarisme n'est pas seulement la nationale » (21).
posé par le nouveau sentiment anticapitalistrotskistes orthodoxes ont été divisés dans leurs réponses. La réaction sans doute la plus sectaire, celle qui est venue de l'organisation trotskiste française Lutte Ouvrière (LO), fournit un exemple de cette réponse. LO n'a pas avec Seattle, les rejetant comme un bloc de le mouvement anti-
D
Group Hospitals unison
UNISON
. UNISON
LUNISON
KEEP OUR
NO JOB
NO JOB
JOBS
TRANSFERS TRANSFERS
WHERE THEY
IN DUDLEY IN DUDLEY
BELONG-
IN THE NHS
No privalisation da arivatisation
No privatisats et d'échange cherchant à démontrer leur nature authentiquement " prolétarienne " en se concentrant sur des questions étroitement syndicales. La prolétarisation est une approche substitutionniste qui cherche à court-circuiter la nécessité de se relier directement aux travailleurs et de les gagner politiquement. Un groupe de militants d'IS qui résistaient à ce cours profondément erroné avec le soutien du
SWP britannique fut exclu et forma
ISO. Ironiquement, le conservatisme des IS industrialisés amena finalement le principal auteur de cette stratégie, Joel Geier, à rejoindre ISO, où il est l'un des plus ardents supporters de la direction actuelle.
20. Cf. Tony Cliff, Le Trotskysme après Trotsky, publications l'Étincelle, et A. Callinicos,
Trotskyism
(Milton Keynes, 1990). La rédaction l'internationalisation cherche à mettre en place une convergence des intérêts des populations avec ceux de leur bourgeoisie
Plus récemment, LO a attaqué le dirigeant paysan José Bové pour ses actions directes contre l'introduction d'OGM dans l'agriculture, l'accusant d'alliance objective avec Chirac et la droite gaulliste pour bloquer la recherche scientifique (22). La LCR, l'autre organisation trotskiste française importante et la principale survivante des affiliées à la IVe Internationale, a pris une position de principe bien plus positive.
Certains de ses membres jouent un rôle de premier plan dans ATTAC. Les militants de la tradition de la IVe Internationale ont cherché à profiler une analyse distinctement socialis-
UNISON
UNISON
NO JOB
KEEP OUR
TRANSFERS
JOBS
WHERE THEY
IN DUDLE
BELONG-
/ IN THE NHS te en proclamant que « le mouvement antimondialisation » doit cesser de traiter « la question des formes de propriété des moyens de production, de communication comme une question taboue », et doit remettre sur le tapis la question de la propriété sociale (23). Mais la
LCR s'est abstenue de mobiliser sérieused'Inprecor tient à signaler qu'au sein de la IVe Internationale on trouve également depuis des décennies des militants qui ont remis en cause l'actualité de l'analyse de Trotsky, de telles divergences d'analyse ne conduisant pas nécessairement à des divergences sur les tâches (ndlr).
21. F. Rouleau, " L'ennemi, est-ce la
"mondialisation " ou le capitalisme? ", Lutte Ouvrière, 03.12.1999.
22. " Un curieux front commun pour entraver la recherche scientifique ",
Lutte Ouvrière, 16.02.2001.
23. F. Chesnais, C. Serfati et C.A
Udry, " l'avenir du mouvement antimondialiste ", p. 6 ; voir aussi B
Kagarlistsky,
The
Twilight of
Globalization (Londres, 2000), ch. 1 et 2, qui contient des arguments similaires.
ment pour Prague ou même - ce qui est plus grave - pour Nice.
D'une façon regrettable, la montée du mouvement anticapitaliste a aussi divisé la Tendance Socialiste Internationale, comme le montre le cas de l'International Socialist Organisation (ISO), qui a été affiliée à la Tendance depuis sa fondation en 1977. (...)
En dépit de ces difficultés initiales, l'ISO a été capable de mettre en œuvre une politique ouvertement socialiste pendant l'ère Reagan, alors que la plus grande partie de la gauche américaine se désintégrait dans le Parti Démocrate. (...) A la fin de la décennie l'ISO revendiquait environ un millier de membres. Elle semblait bien mieux préparée, politiquement et organisationnellement, que le SWP(US) ne l'avait été dans les années 1960.
Pourtant, une fois de plus, les méthodes développées pour construire pendant le long recul des luttes se sont finalement avérées un obstacle fatal à la capacité de l'ISO de se relier au mouvement qui a explosé à Seattle. Cela commença à apparaître pendant la Guerre des Balkans de 1999, à l'occasion de laquelle la direction de l'ISO entra en débat avec le Comité Central du SWP britannique, critiquant la manière dont celui-ci conduisait l'opposition à la guerre. Le Comité de Direction (Steering Committee) de l'ISO prétendait que c'était le « devoir » des révolutionnaires, lorsqu'ils construisent des coalitions anti-guerre, de souligner les désaccords qui les séparent des autres opposants aux bombardements de l'OTAN. En particulier, ils devaient attaquer les illusions sur les Nations Unies comme alternative à l'OTAN, la sympathie pour le nationalisme serbe, et l'opposition à l'autodétermination du Kosovo. « Ce serait - concluait-il — faire montre d'une absence de principes que d'ignorer ces questionnements à l'intérieur du mouvement anti-guerre » (24). Ceci contribue à expliquer pourquoi l'ISO — particulièrement à Chicago, où le centre du groupe 24. " Letter from ISO Steering Committee to SWP Central Committe ", 7 mai 1999, SWP Internal Bulletin, printemps 2000, pp. 3 et 4. 25. Voir pour une idée de ce processus en Europe de l'Ouest, A. Callinicos, "Reformism and Class Polarization in Europe ", International Socialism, 2, 85 (1999). 26. Lénine, Euvres Complètes, XXXI (Moscou, 1966). 27. Dans son examen détaillé du 16 avril, cependant, la direction de l'ISO se consacrait à attaquer les faiblesses de la manifestation - l'absence des travailleurs organisés et des Noirs, et le meeting protectionniste tenu par des dirigeants syndicaux avec le démagogue droitier Pat Buchanan : ISO Notes, 4 mai 2000. 28. "Letter from Alex Callinicos and Tony Cliff to ISO Steering Committee", 29 mars 2000, p. 43.
est basé - était beaucoup moins efficace dans son opposition à la Guerre des Balkans qu'elle ne l'avait été pendant la Guerre du Golfe près de dix ans auparavant.
La démarche de l'ISO contrastait dramatiquement avec celle de ses organisations-sœurs européennes, qui se concentrait sur la construction du mouvement le plus large possible d'opposition à la guerre. Ceci détermina le Comité Central du SWP à communiquer officieusement notre désaccord. (...) Nous étions malgré tout ébranlés par la discussion. Déjà, à ce stade primitif du débat, nous pouvons voir l'ISO manifester l'attitude par laquelle Marx définit une secte, à savoir qu'elle « voit la justification de son existence et son point d'honneur non pas dans ce qu'elle a en commun avec le mouvement de la classe, mais dans le schibboleth particulier qui la distingue du mouvement ». La différenciation est essentielle lorsqu'une organisation révolutionnaire veut survivre dans un environnement politique défavorable. (...) Mais une telle attitude défensive n'était plus nécessaire, la longue période de recul de la lutte des classes ayant touché à sa fin dans la deuxième moitié des années 1990 (25).
Le coût d'une telle démarche devint clair lors de l'explosion des manifestations de Seattle à la fin de novembre 1999. Seule une poignée des militants de l'ISO y étaient présents. (...) L'ISO argua de raisons pratiques — en particulier la distance séparant Seattle de ses districts importants les plus proches dans la région de San Francisco — pour justifier son échec à mobiliser pour Seattle. (...) La vérité, c'est que les dirigeants de l'ISO ne considéraient pas Seattle comme une priorité importante. Ils s'attendaient à être dominés par des dirigeants syndicaux protectionnistes et préféraient concentrer leurs efforts sur ce qui s'est avéré une manifestation beaucoup plus petite et dans laquelle ils pensaient avoir plus d'influence. (...)
Ces arguments sont la preuve d'une mentalité sectaire profondément enracinée, qui juge les manifestations par la politique de leurs dirigeants et réduit mécaniquement les changements de la conscience à des changements dans la lutte de classe économique. Néanmoins, si manquer Seattle était une erreur grave, elle n'était pas nécessairement fatale. Cela prend du temps aux révolutionnaires pour s'ajuster à un changement dans la situation objective. Les difficultés qu'a eues le parti bolchevik à réagir à la Révolution de 1905 en sont un exemple, même s'il se situe à une échelle plus élevée. Sur la base de cette expérience, Lénine écrivait : « L'attitude d'un parti politique à l'égard de ses propres erreurs est l'un des moyens les plus importants et les plus sûrs de juger du sérieux de ce parti, comment il remplit en pratique ses obligations envers sa classe et les travailleurs. Reconnaître franchement une erreur, en déceler les raisons, analyser les conditions qui y ont mené, et mettre en œuvre les moyens de les rectifier — c'est là la marque d'un parti sérieux; c'est ainsi qu'il remplit ses devoirs et éduque et entraîne sa classe, puis les masses » (26).
Si la direction de l'ISO avait reconnu ses erreurs et combattu la mentalité sectaire qui s'était développée dans le groupe, les choses auraient pu tourner autrement. Hélas, elle n'a pas pris ce chemin. En même temps que se développait l'année tumultueuse inaugurée par Seattle, elle a paru aller tantôt de l'avant, tantôt en arrière — se dirigeant parfois vers le mouvement anticapitaliste, mais corrigeant toujours cette impulsion initiale et se retranchant dans le bunker sectaire. (...)
La direction de l'ISO mobilisa effectivement ses militants pour le 16 avril 2000 -peut-être pour éviter d'être accusée d'avoir, après Seattle, manqué Washington (27). Mais elle nia que les manifestations représentaient l'émergence d'une nouvelle minorité anticapitaliste, préférant les décrire comme le symptôme d'un sentiment « réformiste » ou « antimultinationales ». Comme Cliff et moi l'avons dit, ce genre de formulation « sous-estime la fluidité de la conscience en développement » dans les mouvements contre la mondialisation néolibérale, qui, en même temps qu'elle ne représentait pas une vision révolutionnaire cohérente, était allée au-delà de la simple recherche de réformes d'aspects particuliers du système (28).
La vision de la direction d'ISO de ce qu'elle se refusait à décrire comme mouvement anticapitaliste est peut-être la mieux exprimée dans le passage suivant : « A l'intérieur de ces mouvements naissants, reliés de façon informelle, il existe une couche d'anticapitalistes affirmés. La radicalisation de cette minorité, composée surtout de jeunes étudiants, essentiellement blancs et de la classe moyenne, a les mêmes racines que la radicalisation de couches bien plus larges de gens qui commencent à lutter. La radicalisation de toutes ces couches se produit comme réponse à la polarisation des rapports de classe aux USA et à l'échelle mondiale. Nous considérons l'émergence de cette minorité anticapitaliste affirmée comme un développement passionnant -mais seulement comme un développement parmi beaucoup d'autres. Les anticapitalistes ne sont pas le fer de lance des mouvements qui se développent, et ils n'en sont certainement pas la cause (...). Lorsque nous faisons cette distinction, nous ne "sous-esti-
mons" d'aucune manière la signification de cette radicalisation. Bien au contraire, notre objectif est centré sur comment identifier le climat politique et nous relier aux divers mouvements.» (29)
Une fois de plus, cette argumentation révèle le besoin qu'éprouve la direction d'ISO de différencier — son rejet implicite des militants anticapitalistes comme étudiants blancs de la classe moyenne rappelle les pires aberrations sectaires des années 1960, comme par exemple le refus des partisans trotskistes orthodoxes de Gerry Healy et Pierre Lambert de participer aux mouvements étudiants anti-guerre à cause de leur caractère « petit-bourgeois ». Cette attitude reposait sur une incompréhension de la radicalisation qui se développait aux USA Comme nous l'avons dit, « la direction d'ISO voit le mouvement anticapitaliste comme un parmi d'autres, sans importance particulière. Les camarades ne se rendent pas compte de l'importance stratégique que revêt l'émergence d'une minorité qui commence à généraliser et à s'attaquer au système lui-même plutôt qu'à ses aspects spécifiques. En se reliant systématiquement à cette minorité, les camarades pourraient faire une avancée qualitative - en recrutant à une échelle suffisamment large pour pouvoir sauter par-dessus les autres organisations et se constituer comme la tendance dominante de l'extrême gauche américaine. » (30)
Dans le débat qui s'est développé entre l'ISO et le reste de la Tendance au cours de l'année 2000, la direction américaine s'en est également prise à l'analyse qu'impliquait la remarque de Cliff selon laquelle observer l'Europe dans les années 1990 était comme regarder le film des années trente au ralenti. Cette analyse, d'abord développée au début des années 1990, se proposait de mettre en évidence la présence des mêmes forces -instabilité économique et politique, polarisation de classe, possibilité d'orientations brusques vers la gauche et l'extrême droite - qui avaient été déterminantes dans les grands soulèvements des années 1930 Nous étions cependant très soucieux de souligner les différences entre les années 1930 et les années 1990 — en particulier, le fait que les crises économiques des années 1990 étaient évidemment moins sévères (tout au moins dans les pays capitalistes avancés) que la Grande Dépression des années 1930, et que la démocratie bourgeoise était bien plus fermement établie qu'elle ne l'avait été dans la période de l'entre-deux-guerres (31).
La direction de l'ISO balaya ces observations d'un revers de main et caricatura notre analyse comme une prophétie de catastrophe économique. La distorsion arriva au
ALMAX Once socialist Alliance
First Biwaters
then Sterling
Tubes & Coalite, now Dema Glass Stop the massacre o anufactu Jobs Rient point extrême lorsque Joel Geier (parlant au nom de l'ISO dans une réunion de la Tendance le 8 mai 2000) nous accusa de penser que le monde était confronté à des « décennies de crise majeure du capitalisme » ! De telles absurdités dissimulaient l'absence de toute analyse alternative cohérente de la part de la direction de l'ISO Elles désignaient le boom américain des années 1990 comme un contre-exemple décisif de l'analyse des « années trente au ralenti », mais puisque leur propre description en soulignait les racines fragiles et le caractère contradictoire, il devenait difficile de savoir exactement de quoi ils parlaient. Ils prétendaient que « l'insistance du Comité Central sur le parallèle avec les années trente a conduit le SWP à s'orienter comme si une crise économique était en permanence sur le point de se produire et de provoquer une explosion soudaine de la lutte » (32). Mais les premiers signes, fin 2000, que la période de prospérité américaine touchait à sa fin amena la direction de l'ISO à se tourner brusquement vers une perspective catastrophiste complète, avec la prédiction de villes fantômes et d'autres formes de paupérisation (33).
Le second développement qui mit à l'épreuve ces divergences fut la campagne présidentielle de Ralph Nader. Après avoir hésité, la direction de l'ISO s'engagea brusquement dans la construction de sa campagne. Dans l'une des analyses les plus positives du mouvement anticapitaliste écrites par un membre dirigeant de l'ISO, Geier salua « l'émergence d'une nouvelle gauche et l'apparition soudaine d'une campagne électorale dirigée contre les grandes sociétés » (34). Peut-être la participation de l'ISO aux grandes manifestations devant les Conventions Républicaine et Démocrate en juillet et août 2000 lui permitelle de voir que Nader offrait un point de ralliement politique aux mouvements de base. Sa campagne mit encore plus en relief le débat en cours dans la gauche américaine sur le point Ken Coates, ancien de savoir si le Parti député européen de
Démocrate, particulièrela gauche travailliste en campagne avec ment sous la direction Jeannie Robinson,
Clinton-Gore, pouvait candidate de l'Alliance être considéré comme
Run "moindre mal" que les Républicains. La taille et l'ambiance enthousiaste des supermeetings tenus par Nader à travers les USA en automne confirma que la décision de construire sa campagne avait été correcte.
Malgré tout, une fois de plus, ce fut pour l'ISO un pas en avant et deux pas en arrière. Le besoin de se différencier prit le dessus sur la décision initiale de s'impliquer dans la campagne de Nader. Le Steering Committee de l'ISO déclara : « Nous aurons besoin de commencer à proposer une alternative politique à long terme aux gens qui commencent à se radicaliser dans ces comités et qui ont une attitude critique vis-à-vis de Nader sur beaucoup de questions ». Chaque cellule ou district de l'ISO reçut pour instruction de tenir une réunion publique sur « les idées révolutionnaires de Karl Marx » pour « les contacts qui sont autour de nous dans la campagne de Nader et d'autres acti29. ISO Steering Committee, "Reply to the International Report ", 9 novembre 2000, SWP International Bulletin, janvier 2001, p. 8 30. SWP Central Committe, "Comments on the ISO Reply to the International Report ", p.13. 31. A. Callinicos, " Crisis and Class Struggle in Europe Today ", International Socialism, 2.63 (1994) et " Reformism and Class Polarization in Europe ". 32. ISO Steering Committe, " Reply to the International Report ", p. 10. 33. M. Bowler et A. Callinicos, " Report on the ISO Convention, Ist-3rd December in Chicago SWP Internal Bulletin, janvier 2001. Comparez avec l'argumentation développée dans C. Harman, "Beyond the Boom ", International Socialism, 2.90 (2001). 34. J. Geier, "Nader 2000 : Challenging the Parties of Corporate America ", International Socialist Review, août-septembre 2000, p. 17.
vités » avant les élections du 7 novembre, au moment où l'activité de campagne était à son maximum (35). (...)
L'approche de l'ISO montrait le peu de conscience qu'elle avait de la dynamique d'un mouvement en train de grossir et de se radicaliser, et dont les membres étaient liés entre eux par leur activité commune. Dans un tel mouvement, les révolutionnaires s'établissent d'abord par leur efficacité dans cette activité. Bien sûr, la discussion politique est importante, mais elle est beaucoup plus susceptible d'émerger organiquement du travail militant du mouvement que de sujets abstraits introduits artificiellement par les révolutionnaires. A l'inverse, l'ISO voyait la campagne pour Nader comme quelque chose à conquérir, où des militants pouvaient être gagnés en les extrayant de leurs activités et de leurs discussions. (...) Donner la priorité au recrutement pour l'ISO sur la construction de la campagne pour Nader (en particulier au plus haut point de cette campagne) reflète une démarche essentiellement sectaire en direction d'un mouvement qui développait sa radicalisation indépendamment de tout ce que des révolutionnaires marxistes puissent dire ou faire. Il n'est donc pas surprenant qu'aussitôt l'élection présidentielle terminée, l'ISO laissa tomber les Comités Nader comme une patate chaude, préférant se relier à la protestation des Démocrates libéraux contre la victoire contestable de George W. Bush. C'est un bon exemple du genre de logique sectaire dans laquelle les membres de l'ISO ont été formés : puisque la minorité anticapitaliste n'est pas composée de socialistes révolutionnaires, ils ne peuvent être que réformistes, puisqu'ils sont issus de la classe moyenne (à part les travailleurs amenés à la campagne pour Nader par l'ISO), ils ne sont pas aussi 35. ISO Notes, 13 octobre 2000. 36. Bowler et Callinicos, " Report on the ISO Convention", p. 57. 37. ISO Steering Committee, "Reply to the International Report ", p. 12.
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HOUSES SALE
intéressants politiquement que les Noirs et les travailleurs réformistes qui ont voté pour Gore. Toute notion de la différence créée par l'émergence d'une minorité qui, quelle que soit son extraction de classe, commence à généraliser son rejet du système dans son ensemble est absente. L'ISO se mit de plus en plus à considérer le monde à travers son prisme sectaire. Dans un extraordinaire discours à la convention de l'ISO en décembre 2000, l'organisatrice nationale du groupe, Sharon Smith, récusa l'idée que l'ISO pouvait, par un travail systématique en direction de cette minorité, « sauter par-dessus » le reste de la gauche, proclamant avec insistance que les méthodes de construction du parti forgées dans la période de recul n'avaient pas à s'adapter au changement des conditions objectives. « Les cellules sont aujourd'hui et seront toujours la mesure de la taille de l'organisation », s'exclama-telle (36).
Sharon Smith fait ici précisément l'erreur contre laquelle Trotsky mettait en garde - à savoir l'élévation d'une méthode spécifique de construction en une question de principe. Le SWP et ses organisations-sœurs (y compris l'ISO) ont développé dans les années 1980 une routine fondée sur de grandes cellules basées géographiquement et se réunissant toutes les semaines autour de discussions politiques générales. Cela convenait à une situation dans laquelle le niveau de la lutte des classes était bas, et où il était nécessaire de se concentrer sur le développement de la compréhension par les membres individuels de la tradition marxiste dans le but de survivre à un environnement politiquement hostile. Cependant cette structure devait devenir dans les années 1990 un obstacle à la construction du parti, au moment où la remontée des luttes généralement lente et la radicalisation politique bien plus rapide exigeaient des cellules plus petites, plus militantes, qui pouvaient commencer à s'enraciner dans les communautés ouvrières. L'échec de l'ISO à suivre l'exemple notamment des SWP britannique et grec dans la réalisation de ce tournant contribue à expliquer sa trajectoire de plus en plus sectaire. L'entité organisationnelle sectaire commença à prendre le pas sur la conscience politique marxiste
En tous cas, la convention de l'ISO de décembre 2000 marqua un pas qualitatif de plus dans le sens de la dégénérescence sectaire du groupe. Dans une atmosphère quasi-hystérique, la minorité de l'ISO qui défendait l'analyse du sentiment anticapitaliste partagée par le reste de Tendance fut sujette au mépris et à l'intimidation. Après la convention le Steering Committee prit des mesures disciplinaires à l'encontre de la minorité, excluant six de ses membres en janvier 2001. C'était là une mesure extraordinaire dans la mesure où la direction de l'ISO avait toujours proclamé qu'il « n'y avait pas de divergences de principe » entre elle et le SWP, et que les désaccords avec le reste de la Tendance n'étaient que des « divergences secondaires » (37). Il y avait cependant une certaine logique sectaire derrière l'escamotage du débat au sein de l'ISO. La direction avait décidé d'ignorer la façon dont le monde extérieur était en train de changer : il n'y avait plus qu'un petit pas à faire pour tenter de réduire au silence tous ceux qui, à l'intérieur du groupe, s'avisaient d'apporter la nouvelle indésirable qu'elle avait tort. (...) Conclusion
La dégénérescence sectaire de l'ISO est incontestablement une tragédie. Trotsky avait décrit le danger que « si dans la période précédente de trop nombreux éléments d'inertie se sont accumulés dans les organes dirigeants du parti, alors le parti se trouvera incapable de remplir sa mission de direction au moment suprême et critique pour lequel il se préparait depuis des décennies ». Dans le cas de l'ISO, de sincères révolutionnaires, qui dans certains cas étaient actifs depuis le milieu des années 1970, ou même avant,
étaient devenus si ossifiés qu'ils étaient incapables de se relier à ce renouveau de la gauche qu'ils attendaient depuis des dizaines d'années.
Cette triste affaire invite à deux réflexions générales. La première concerne la façon dont les divergences sont conduites dans une tendance révolutionnaire internationale. Le SWP et ses organisations-sœurs se sont toujours refusés à répéter les erreurs de Trotsky et de ses partisans en créant une organisation internationale, avec sa propre direction et sa propre discipline, avant le développement du genre de radicalisation ouvrière massive qui a permis aux Bolcheviks de faire de l'Internationale Communiste un pôle d'attraction majeur dans le mouvement ouvrier mondial. Nous avons conçu la Tendance Socialiste Internationale comme un courant révolutionnaire international composé d'organisations autonomes unies par une même tradition politique.
La direction de l'ISO a tenté de représenter le comportement du SWP INTE dans le débat en cours comme constituant une rupture avec cette approche. Se livrant à des comparaisons fantaisistes nombreuses et variées avec la Ille Internationale sous Lénine et la IVe Internationale sous Trotsky, ils proclament que le SWP « agit de plus en plus comme un contremaître peu enclin à tolérer les critiques, même les plus infimes » (38). C'est là une caricature de la situation réelle. La Tendance s'est développée en grande partie grâce aux âpres débats politiques qui se sont tenus parmi ses organisations dirigeantes. En 1987-88, les directions du SWP et de l'OSE (39) se sont affrontées durement sur l'attitude que devaient adopter les révolutionnaires face à l'intervention américaine en faveur de l'Irak contre l'Iran dans la phase finale de la Première Guerre du Golfe. A nouveau, en 1993-94, le SWP et l'OSE ont polémiqué vigoureusement sur les mesures à prendre pour aider notre groupe-frère en Allemagne à surmonter la crise où l'avait mené son échec à répondre efficacement à la polarisation sociale et politique qui s'était développée en Allemagne après la réunification : l'orientation qui en est résultée a mené à l'émergence de Linksrück comme une des plus fortes organisations de la Tendance.
Dans les deux cas, une discussion politique âpre a été nécessaire pour parvenir à la clarification dont dépendait une action efficace. Comme ces deux débats ont été conduits sur une base politique, ils n'ont aucunement altéré la relation étroite de travail qui continue à exister entre les directions du SWP et du SEK. L'émergence du mouvement anticapitaliste a représenté un tournant encore plus important dans la situation, qui nécessitait un débat pour clarifier les tâches des révolutionnaires. En se plaignant de la décision du SWP de poursuivre cette discussion, le Steering Committee de l'ISO semblait concevoir les relations entre les diverses organisation à l'intérieur d'une même tendance internationale comme une espèce d'association d'admiration mutuelle entre des directions qui étaient d'accord pour ne pas se critiquer entre elles. En rejetant ce modèle, nous ne proclamons pas le droit du SWP d'imposer sa volonté au reste de la Tendance. Chaque organisation est autonome et doit donc prendre ses propres décisions politiques. Mais cela ne change rien à la centralité de la discussion politique dans le développement du mouvement révolutionnaire, internationalement aussi bien que nationalement. SOCIALIS RODNIMU MENOVE NTIC SOCIALISM*86 INTERNATIONAL anti capitalist
For ans pracs • INPEG
En tout état de cause, la discussion entre l'ISO et la Tendance Socialiste Internationale était plus qu'une divergence sur les perspectives politiques de l'espèce qui se produit en permanence. C'était un symptôme de la dégénérescence de l'ISO, de son ossification sous forme de secte. Continuer à coexister avec l'ISO aurait réduit la Tendance à une hypocrisie organisée, comme la IVe Internationale dans les années 1970, alors que, derrière une façade unitaire, deux fractions - la Tendance Majoritaire Internationale (basée en Europe) et la Fraction Léniniste Trotskiste (dominée, de façon assez ironique, par le SWP américain) — se livraient une guerre impitoyable dans toutes les sections de l'Internationale. Une telle situation aurait détruit la Tendance, soit en produisant des scissions plus sérieuses que celles qui viennent d'avoir lieu, ou en y créant un tel climat fractionnel qu'elle cesserait d'être un forum politique adapté à la discussion et à la coopération politique internationale.
Deuxièmement, le sort de l'ISO ne doit pas être une raison de se féliciter pour ceux qui l'ont évité cette fois-ci. Comme j'ai essayé de le montrer, la tentation du repli sectaire est permanente pour les organisations révolutionnaires, particulièrement lorsque se produit ce que Lénine a appelé « un tournant brusque dans l'Histoire ». Même la grande majorité de la Tendance qui a évité l'erreur fondamentale de l'ISO, a reconnu et tenté de se lier au mouvement anticapitaliste fait face à un énorme défi dans sa mise en œuvre pratique. La transtormation de l'ISO en secte est le cas extrême d'une tendance omniprésente dans nos organisations. Nous devrons combattre pour la surmonter et nous transformer en composante efficace du mouvement qui bourgeonne devant nous.
Ce processus a commencé. Les mobilisations concertées de la Tendance pour Prague et Nice ont eu un impact sur la gauche à travers l'Europe. Nos organisations-sœurs au Danemark, en Norvège, en Finlande (celle-ci est une acquisition récente de la tendance), ont été impliquées activement dans la création de nouvelles sections d'ATTAC et dans la construction des protestations pour le sommet européen de Göterborg. Gênes verra une autre mobilisation européenne de la Tendance.
Ces activités ne sont pas seulement importantes parce qu'elles permettent aux groupes de la Tendance de grandir en taille et en influence. Il est clair qu'une recomposition internationale de la gauche est en cours. Comme nous l'avons vu, la réaction de l'extrême gauche à l'émergence du mouvement anticapitaliste a dépassé les allégeances théoriques et organisationnelles. La façon dont les Socialist Alliances en GrandeBretagne ont vu se réunir des révolutionnaires issus de courants trotskistes jusque là opposés en même temps que des réformistes de gauche de tradition travailliste dans une activité commune très efficace est une indication du type de réalignement qui est en cours. Ceci fait partie du flux plus large caractéristique du mouvement anticapitaliste lui-même. Pour ceux qui ont la capacité d'abandonner de vieux préjugés, de changer et d'apprendre, il y a la possibilité de gagner une nouvelle génération au marxisme révolutionnaire.
7 mars 2001 38. ISO Steering Committee, " Reply to the International Report ", p. 13. 39. OSE (Organisation Révolution socialiste) est le prédécesseur du SEK (Parti socialiste ouvrier - c'est aussi un nom historique, porté par le premier parti ouvrier grec), l'organisation grecque de la TSI. Le SEK vient de connaître une scission, qui a donnée naissance à un nouveau groupe, la Gauche internationaliste ouvrière (DEA). (ndlr)