Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ÉCOSSE

A la lumière de l'expérience du SSP, quel internationalisme...?

Inprecor n° 459-460, juin-juillet 2001 · p. 22-27 · 4 692 mots

Grande-Bretagne IVe Internationale

du Mouvement socialiste international

À la lumière de l'expé

Quel internationalisme,

Le point de vue Entretien avec Alan McCombes

Alan

MeCombes C du Parti socialiste écossais (1), ertains dirigeants de premier plan comme Tommy Sheridan, Alan McCombes ou Frances Curran sont également membres du Mouvement socialiste international (ISM, International Socialist Movement), un courant marxiste organisé au sein du SSP. L'ISM a récemment quitté le Comité pour une Internationale ouvrière (CWI), une structure internationale dominée par le Parti socialiste (SP, ex-Militant) de Grande-Bretagne. L'ISM joue un rôle important dans la recomposition de la gauche radicale britannique et, du fait de nombreux liens tissés par cette dernière de par le influence internationale.

Dans Inprecor n° 458 de mai 2001 nous avions reproduit de larges extraits d'un article d'Alex Callinicos, dirigeant du Parti socialiste ouvrier (SWP) britannique et du courant international connu sous le nom de Tendance socialiste internationale, présentant le point de vue du SWP sur la situation internationale et les tâches de la gauche révolutionnaire. Nous reproduisons ci-dessous une interview d'Alan McCombes, dirigeant du SSP et du Mouvement socialiste international paru dans la revue britannique Red Shift n° 2 de mai 2001. A L'heure de la mondialisation capitaliste nous pensons utile de faire connaître la diversité des points de vue des divers courants de la gauche révolutionnaire internationale et de contribuer ainsi modestement à l'échange d'opinions et d'expériences entre eux. Red Shift: Des membres du mouvement socialiste international (ISM) sont également des dirigeants du Parti socialiste écossais (SSP). Pourquoi avez vous besoin d'une structure particulière au sein du SSP? Alan McCombes : Le SSP est sensiblement différent des Alliances socialistes en Angleterre et dans le Pays de Galles et même de son prédécesseur, l'Alliance socialiste écossaise. Ce n'est pas une fédération d'organisations et de partis séparés, qui se sont rassemblés sur une plate-forme limitée en vue d'une campagne électorale ou d'une action commune spécifique, c'est un parti politique cohérent. L'immense majorité de ses membres en fait partie individuellement et non en tant que militants d'une organisation affiliée. Le SSP a son appareil propre, ses locaux publics à Glasgow et à Edinburgh, son journal bimensuel sur 12 pages qui va bientôt devenir un hebdomadaire de 16 pages. Les structures d'un parti unifié sont moins fluides, moins ad hoc que les structures lâches d'une coalition ou d'un pacte électoral.

La majorité des membres du SSP qui ont connu précédemment l'Alliance socialiste écossaise reconnaissent que la fusion de ses composantes en une identité partisane (et l'addition de leurs moyens matériels) a constitué un décisif point d'inflexion pour le développement d'une force socialiste efficace en Écosse.

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quelle Internationale...?

(ISM)

rience du SSP :

D'autre part il était important de ne pas trop tordre le bâton. En plus des milliers d'individus qui ont rejoint le nouveau parti, il y a aussi en son sein des groupes qui ont leur propre tradition et une spécificité idéologique. Dans les jours à venir ce sera aussi le cas des militants du SWP écossais (2).

Il y aura toujours des tendances d'opinion dans tout grand parti socialiste qui se développe. Forcément ces courants s'organiseront d'une manière ou d'une autre. Plutôt que de vouloir imposer une uniformité artificielle, le SSP préfère reconnaître le pluralisme au sein du parti et, ce qui en découle, permettre que des regroupements idéologiques - définis dans les statuts du parti comme des "plates-formes" — non seulement puissent exister en son sein, mais y jouissent aussi de certains droits (par exemple une représentation aux réunions du Conseil national).

Dans l'avenir ces diverses tendances pourront être moins enracinées et plus épisodiques, d'un caractère plus fluide, lorsque les membres du parti vont se coaliser autour de débats ou de problèmes spécifiques, plutôt que d'opérer au sein de groupements permanents. Pour le moment l'ISM existe pour maintenir les meilleures traditions de l'ancienne organisation Scottish Militant Labour (3), qui a été à l'initiative de la constitution de l'Alliance socialiste écossaise, puis du SSP. L'ISM est aussi un forum d'éducation, permettant une discussion politique, théorique et idéologique plus approfondie que celle des branches du parti, nécessairement concentrées sur les questions politiques immédiates auxquelles est confrontée la classe ouvrière écossaise. L'ISM ne se conçoit pas comme un rival du SSP, mais plutôt comme une plate-forme dont le but est de renforcer politiquement le parti. Red Shift : Pourquoi l'ISM, qui faisait partie du Comité pour une Internationale ouvrière (CWI), s'en est-il séparé ? Alan McCombes : Il est de notoriété publique dans la gauche que depuis trois ans il y avait un débat politique intense entre le CWI et son organisation écossaise.

Les divergences sont apparues lorsque nous avions proposé de transformer l'Alliance socialiste écossaise en parti. Le CWI a exprimé sa totale hostilité à cette proposition, bien que par la suite il ait mitigé son attitude en suggérant deux options alternatives : la première — qu'il préférait — devait consister à relancer SML comme un nouveau parti large, appelé SSP, en gardant le programme et le statut précédents (c'est comme si aujourd'hui en Angleterre le SWP voulait se transformer en un parti large, en absorbant les militants des Alliances socialistes, tout en prétendant garder son ancien programme et ses statuts) ; la seconde — une option pour le cas où la première ne puisse être réalisée — était de maintenir la structure partisane séparée du SML, avec son journal, ses permanents propres, son état-major et ses structures de base, tout en changeant le nom de l'Alliance socialiste écossaise en Parti socialiste écossais. En fait cette proposition aurait conduit à modifier l'emballage de l'Alliance plus qu'à fonder un nouveau parti et, si nous l'avions accepté, nous serions passé à côté de l'impact que nous avons eu.

En fait notre projet en Écosse a été formulé au moment même où le Parti socialiste en Angleterre et dans le Pays de Galles et le CWI — la part dominante du CWI - étaient en train de commencer à modérer leur enthousiasme envers l'idée du regroupement des socialistes.

Rétrospectivement il apparaît clairement que les divergences politiques sont apparues plusieurs années avant le débat sur le lancement du nouveau parti en Écosse. Le SML (comme se nommait alors l'organisation qui a été à l'origine de l'ISM) s'est engagé dans le regroupement des forces socialistes au milieu de la décennie 1990. L'idée de lancer l'Alliance socialiste écossaise a été formulée par le SML en 1995. Six mois plus tard l'Alliance écossaise était lancée — ce fut la première Alliance socialiste formée en Grande Bretagne et elle devint le modèle pour les Alliances en Angleterre et dans le Pays de Galles.

Cependant l'Alliance écossaise a connu un succès plus grand, ce qui à notre avis tient au fait que le SML était prêt à engager dans ce projet plus d'efforts que les deux principales organisations de la gauche radicale anglaise. A ce moment le SWP était hostile à l'idée des alliances socialistes. Le Parti socialiste semblait y être favorable au début, mais peu de mois plus tard il se rétractait et revenait à sa stratégie de construction d'un petit parti marxiste de masse et son rapport avec les Alliances devenait en de nombreux endroits de plus en plus platonique. A notre avis la stratégie à long terme que nous avions alors adoptée a été couronnée en de succès. Des organisations comme le SWP, qui y étaient opposées, en ont tiré des leçons. Néanmoins le CWI, au lieu de reconnaître ses erreurs, est resté hostile envers le projet du Parti socialiste écossais et

Le SSP en campagne électorale plus particulièrement envers le SML/ISM qui joue un rôle clé dans la direction du nouveau parti. 1. Le Scottish Socialist Party (SSP) est issu du regroupement de la gauche radicale écossaise au sein de l'Alliance socialiste écossaise. Le terme "socialiste" n'ayant pas été identifié dans la tradition anglophone avec le réformisme socialdémocrate, il est employé par la gauche radicale britannique (et aussi américaine, australienne...) dans son acception originelle de militants pour une société socialiste. 2. La branche écossaise du SWP britannique a rejoint le SSP le 1 mai 2001, peu de temps après la réalisation de l'interview que nous reproduisons ici. 3. Littéralement : "Travaillisme militant écossais". A l'origine le courant dont est issu l'ISM faisait partie d'une tendance au sein du Parti travailliste, regroupée autour de l'hebdomadaire Militant, qui fut exclue du Labour Party.

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The weekly paper of the Scottish Socialist Porty 5 Tommy Sheridan 6, 7, 8 & 9 Election analysis scottish socialist voice day 15th - Thurscay 2 Ist june, 200 The paper that's NOT owned by multi-millionaires SCOTTISH The real story of the

LABOUR

SOCIALISTS

MARCH ON TORY

LIB DEM SCOTTISH SOCIAUSTS 63,061 L'hebdomadaire du SSP annonce le succès électoral : en juin 2001 le

SSP a obtenu plus de 63 000 voix de plus par rapport à l'élection générale de 1997!

Nous aurions pu rester au sein du CWI si ce dernier avait été capable de consentir que nous divergions sur la stratégie de construction et acceptait de débattre du bilan en tenant compte de l'expérience et en analysant les faits pour saisir ce qui était juste et ce qui ne l'était pas. Malheureusement la direction du CWI devenait de plus en plus hostile au fur et à mesure que nous obtenions des succès. Mais face au dénigrement continuel de l'ISM et du SSP, un sentiment de déception voire de colère montait dans nos rangs en Écosse. En lieu et place d'un débat honnête, notre politique était dénaturée et falsifiée. Qui plus est, dès le début des divergences la direction du CWI refusait de coopérer avec sa propre section.

L'essence de l'internationalisme, c'est la coopération, la collaboration et la solidarité. La direction du CWI semble au contraire considérer tous ceux qui n'acceptent pas entièrement son programme, sa stratégie et sa tactique détaillée comme des ennemis politiques. C'est triste et on doit espérer que cela changera dans l'avenir, mais il était clair pour nous que nous n'avons pas de place au sein du CWI, à moins d'abjurer et de réécrire l'histoire des trois années passées — ce que bien évidemment nous ne pouvions faire. Red Shift : Est-ce que, bien que vous ayez quitté le CWI, vous considérez toujours qu'il est nécessaire de construire une Internationale révolutionnaire ?

Alan McCombes : Forcément la déception devant le rôle joué par la direction du CWI au cours des trois dernières années conduit à une certaine prudence, voire à la suspicion, envers toutes les forces internationales qui prétendent être les seuls Price: E1 véritables défenseurs de la foi mar-

Existe. Notre expérience nous conduit à remettre en question les structures hiérarchiques du haut vers le bas, ultra-centralisées, qui semblent être la spécificité de nombreuses organisations de gauche et révolutionnaires. Nous pensons que nous pouvons apprendre beaucoup de l'histoire du mouvement marxiste international, mais en même temps l'Europe du XXl siècle n'est plus l'Empire russe du début du XX* siècle ou l'Europe des années 1930, où les formes d'organisation reflétaient les conditions dans lesquelles agissaient les socialistes et les révolutionnaires. A notre époque dans toute organisation nationale ou internationale on doit mettre l'accent sur l'ouverture et la démocratie plus que sur le centralisme du haut vers le bas. Les développements de la technologie, en particulier l'apparition d'internet, permettent aujourd'hui des échanges rapides au-delà des frontières nationales, au moins entre les pays industriels développés. Cela permet à des organisations nationales comme l'ISM et le SSP de rester en contact quotidien avec toutes sortes d'organisations à l'échelle internationale et de préserver une vision internationaliste sans être forcément membres formels d'une Internationale. Par ailleurs, notre séparation d'avec le CWI nous a permis de développer des liens internationaux plus riches, parce que nous sommes capables de communiquer avec des organisations qui sont en dehors du CWI sans être accusés d'infidélité politique.

La révolution des moyens de communication forcera toutes les organisations internationales à réexaminer leurs propres structures. L'idée que toute l'information doit passer par un petit groupe de papes ou de cardinaux — où elle est interprétée et, soyons honnêtes, à l'occasion adaptée — avant d'être communiquée d'en haut aux sections nationales, cette idée-là a vécu. Nous croyons que nous entrons maintenant dans une période qui verra fleurir les débats et prospérer les discussions à l'échelle internationale, qu'il y aura plus qu'il n'y en a jamais eu d'informations au sujet des développements internationaux à la disposition des socialistes et que ces informations circuleront horizontalement plus que verticalement.

Cela ne signifie pas que nous rejetions les moyens d'organisation traditionnels, tels les conférences, les réunions, les comités élus. Il y a place pour tout cela. Mais à l'échelle internationale ils tendent à être l'affaire de spécialistes, ne serait-ce qu'à cause des frais de voyage ,etc. Au travers de notre histoire seule une minuscule proportion des membres du SML a eu l'occasion de prendre part à une conférence internationale ou de s'investir directement dans la politique du CWI. Ainsi les informations internationales reçues par les militants en Écosse l'étaient en général de seconde ou de troisième main et non directement. Les nouvelles technologies de communication conduiront vraisemblablement à moins de hiérarchie et à plus d'accès aux niveaux actifs, ce qui devra se refléter dans les structures de toute nouvelle Internationale révolutionnaire qui pourrait apparaître dans le futur.

Notre expérience du CWI nous a aussi enseigné à attacher une importance particulière et de respecter spécialement le point de vue de ceux qui sont sur le terrain. Des gens en Angleterre, au Japon ou en Australie peuvent bien évidemment avoir des désaccords avec notre stratégie et notre programme en Écosse. Mais souvent ce désaccord peut être le fruit de l'ignorance, du manque d'informations ou de préjugés et non d'une réelle connaissance du terrain. Vous ne pouvez imposer une ligne politique à une organisation nationale contre le point de vue de cette organisation ; pas plus que vous ne pouvez en général persuader les gens qu'ils ont tort en les dénonçant. Keith Baldassara, candidat du SSP à Glasgow, a obtenu

9,98 % des suffrages

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Toute nouvelle Internationale doit être unie sur des grandes questions internationales (par exemple : l'opposition au capitalisme, la mondialisation, l'impérialisme, les guerres capitalistes, les armes nucléaires, le racisme, le fascisme; et la solidarité avec les travailleurs en lutte, le soutien aux mouvements sociaux progressistes, la défense du droit à l'autodétermination des minorités nationales, le développement de l'unité de la classe ouvrière et des autres secteurs opprimés contre les exploiteurs, la défense des droits démocratiques, l'accord avec une vision socialiste alternative, etc.). Mais elle devra combiner cela avec le respect de l'autonomie nationale sur les questions du programme, de la politique, de la tactique et de la stratégie pertinents pour le pays concerné Une telle Internationale serait donc pluraliste par sa nature même et inclurait en son sein des opinions assez diverses. Elle serait aussi démocratique et permettrait à divers regroupements idéologiques de s'organiser à l'échelle internationale en son sein. Dans une telle Internationale — et le SSP est prêt à jouer son rôle pour aider à l'émergence d'un tel mouvement lorsqu'elle sera à l'ordre du jour — une organisation comme l'ISM chercherait probablement à tisser des liens supplémentaires, d'une façon non sectaire, avec ceux qui lui seront idéologiquement les plus proches. Red Shift : Votre conception de la nature d'une future Internationale révolutionnaire a-t-elle changé ? Par exemple, de plus en plus de groupes marxistes émergeant de par le monde ne se revendiquent pas du "trotskisme". Est-ce de cela qu'il s'agit ? Autrement dit, doit-on encore être trotskiste pour être marxiste révolutionnaire aujourd'hui ? Alan McCombes : Il y a deux dimensions dans cette question. L'une est une question de présentation, l'autre de substance. En ce qui concerne le premier point, les étiquettes utilisées par les gens pour définir leur identité sont pour nous moins importantes que la politique pour laquelle ils luttent. La contribution de Trotsky à notre compréhension du stalinisme et du capitalisme fut immense. Son analyse a été confirmée par les événements et serait maintenant acceptée par beaucoup de ceux qui, à gauche, ne se définiraient pas forcément comme trotskistes.

Explosion de joie à Glasgow à l'annonce des résultats du SSP (photo du bas : Tommy Sheridan, député du SSP au Parlement écossais) Pour certains vieux syndicalistes, le terme "trotskiste" a des connotations négatives, étant identifié au sectarisme, du fait du rôle joué par certains groupes, tels le Workers Revolutionary Party (4). Beaucoup de jeunes militants n'aiment pas les étiquettes formées à partir du nom d'un individu, car ils rejettent à juste titre le culte de personnalité et l'idée qu'un individu pourrait être considéré comme la source de toute connaissance ou sagesse. Enfin — bien que je ne sois pas prêt à endosser entièrement cette opinion - le sentiment dans l'air aujourd'hui est qu'il est plus important de regarder vers l'avenir que de s'encombrer du passé. Bien sûr, nous devons faire les deux. ; mais l'étiquette "trotskiste" — et même jusqu'à un certain point celle de "marxiste", bien qu'elle soit plus générique — peut gêner beaucoup de jeunes qui pourraient être d'accord avec l'essentiel de ce que Trotsky avait dit s'ils avait eu l'occasion de le lire, mais qui ne comprennent pas pourquoi ils devraient se définir avec cette étiquette.

Mais la question est plus substantielle, car il y a des individus et des organisations qui se distancent consciemment de Trotsky parce qu'ils ou elles n'acceptent pas certains aspects de sa politique. Est-ce que cela disqualifie ces individus ou organisations en tant que marxistes révolutionnaires ? Mon opinion est un non définitif. Par exemple Che Guevara ne s'est jamais défini comme trotskiste. Il a accepté nombre d'idées de Trotsky — en particulier la nécessité de socialisme international - mais en a rejeté d'autres. Certains ont dit que Che Guevara était révolutionnaire, mais non marxiste... On entre là sur le terrain de la sémantique : qu'est-ce qu'un "marxiste" ? Est-ce quelqu'un qui a lu tous les livres et qui peut réciter tous les passages, mais qui n'a jamais dirigé ou même participé à une lutte durant sa vie ? Ou est-ce quelqu'un qui a conduit une révolution et qui se considère comme marxiste sans être peut-être orthodoxe à

100 % dans ses écrits ou discours ? Je sais pour ma part quellle sorte de marxistes je voudrais avoir à mes côtés !

Il y a aujourd'hui des organisations, comme le Parti socialiste démocratique

(DSP) d'Australie ou le Parti socialiste ouvrier (SWP) de GrandeBretagne, qui pour diverses raisons rejettent l'étiquette de "trotskiste". Il y a des débats entre les révolutionnaires et les socialistes sur la question de la révolution permanente ou du capitalisme d'État. Nous pouvons mener ces débats calmement, à l'intérieur de partis plus larges et d'organisations internationales plus larges, plutôt que de manière sectaire entre organisations rivales. Red Shift : Quelles sont les enseignements que les marxistes hors de l'Écosse peuvent tirer de l'expérience du SSP ? Que signifie en pratique le pluralisme au sein du parti et quels ajustements ont-ils été nécessaires par rapport à la culture organisationnelles et les méthodes passées ? Alan McCombes : Le principal enseignement, c'est qu'il est possible de construire un parti large, capable d'attirer des secteurs significatifs de la classe ouvrière qui rompent avec leurs allégeances partisanes traditionnelles. Mais je dois immédiatement avertir que l'expérience écossaise ne peut être copiée automatiquement, par exemple en Angleterre. Certains facteurs spécifiques doivent être mentionnés (5) : • Le rôle du SML (depuis la fin des années 1980) et de l'Alliance socialiste écossaise (depuis ses débuts en 1996). Ces organisations ont participé et dirigé une série de luttes importantes : contre la poll tax (6), cont4. WRP (Parti ouvrier révolutionnaire), dirigé par Gerry Healy, longtemps lié au courant "lambertiste" en France, a sombré au cours des années 1980. 5. Inprecor n° 447 de mai 2000 a publié un article de Frances Curran et Murray Smith, responsables des relations internationales du SSP, qui retrace l'histoire de ce parti. 6. En 1989 le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher a tenté d'imposer un nouvel impôt local, que les plus démunis auraient dû payer au même taux que les plus riches. Cette tentative a provoqué un mouvement de masse qui a obtenu le retrait du projet et a puissamment contribué à la chute de Thatcher.

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re la privatisation de l'eau, contre la fermeture des écoles et des centres communautaires, contre la loi renforçant la répression (Criminal Justice Act), contre la construction d'autoroutes, en soutien aux luttes des dockers de Liverpool, des ouvriers de Glacier et de ceux de Timex. Ils ont également mené une bataille de propagande socialiste dans une série de campagnes électorales, présentant notamment des candidats dans un tiers des circonscriptions écossaises lors des législatives de 1997. • Notre camarade Tommy Sheridan est apparu comme un dirigeant de masse lors de la lutte contre la poll tax et dans d'autres campagnes. Il a été élu comme conseiller municipal à Glasgow alors qu'il était emprisonné à la suite de la lutte contre la poll tax. • Le Parti travailliste a été durant des décennies un parti de l'establishment écossais, tant au niveau local qu'au niveau national, marginalisant les conservateurs. Il existe de plus un parti nationaliste de gauche, qui, bien qu'il ait connu une évolution droitière en particulier sur le terrain de la politique économique, continue à attaquer les travaillistes sur leur gauche sur les terrains tels l'armement nucléaire, le salaire minimum, les privatisations et les lois antisyndicales. Tout cela fait que le centre de gravité du débat politique écossais est plus à gauche qu'il ne l'est dans la majeure partie de l'Angleterre, par exemple. • L'existence d'un système électoral partiellement proportionnel nous a de plus permis d'ouvrir une première brèche lors de la première élection du parlement écossais, donnant au SSP la possibilité de populariser le socialisme à partir d'une plate-forme mémorable.

L'expérience écossaise a directement conduit à la reconstruction de la gauche radicale en Angleterre. Soit dit entre parenthèse, ce fait met en lumière le dogmatisme des groupuscules qui, en Angleterre, ont attaqué le SSP lui reprochant de ne pas être un parti pour toute la Grande-Bretagne. La véri7. Tony Benn est un dirigeant historique de la gauche travailliste.

té finit par s'imposer. Le SSP n'est devenu un parti viable que parce que les membres de l'Alliance socialiste écossaise et en particulier du SML - la plus grande composante de l'alliance - ont décidé de le fonder malgré l'opposition des socialistes en

Angleterre. Par exemple le Parti socialiste, auquel le SSP était lié, a voté massivement contre l'idée du lancement du SSP. L'autre organisation socialiste majeure en

Angleterre, le SWP, a violemment dénoncé d'abord l'Alliance puis le

SSP.

Si les socialistes en Écosse n'étaient pas partis seuls, s'ils n'avaient pas formé leur propre organisation et pris leurs propres décisions, la gauche écossaise n'aurait pas connu les succès qu'elle a connus, car le SSP n'aurait pas été lancé. En conséquence la gauche en Angleterre et dans le Pays de

Galles serait aussi plus faible, parce que c'est seulement le succès du SSP — malgré la défiance de la majorité de la gauche en

Angleterre — qui a pavé la voie permettant l'important pas en avant auquel nous assistons aujourd'hui en Angleterre et dans le

Pays de Galles.

Red Shift : Quelle est votre expérience du SWP en Écosse au cours des deux dernières décennies ?

Alan McCombes : Le SWP a joué un rôle positif sur certains terrains. Par exemple il a mené une campagne vigoureuse contre la guerre du Golfe et contre la guerre dans les Balkans. Il a également investi ses forces dans l'activité antiraciste et dans les luttes étudiantes. Ils savent ramasser des fonds et construire le soutien aux luttes ouvrières

Mais il serait malhonnête de prétendre que tout le passé a été lumineux. Le SWP au cours des années passées a commis une série de sérieuses erreurs politiques, qui l'ont affaibli en Ecosse, le rendant moins influent que ce qu'il a été capable de devenir ailleurs.

L'hyper-centralisme de leur organisation a été une faiblesse du SWP en Ecosse, car les

New Labour décisions étaient prises à Londres et appliquées de manière uniforme à travers la Grande-Bretagne. Par exemple le SWP a sous-estimé l'impact de la poll tax et, au lieu de s'unir avec ceux qui construisaient une campagne de masse dans les communautés, il a commencé par s'opposer à la campagne massive pour le refus de payement de l'impôt et à lui opposer la campagne officielle du mouvement travailliste, dont le but n'était pas de lutter contre la poll tax, mais d'attirer ailleurs ceux qui étaient opposés à cet impôt. Le SWP a corrigé cette erreur plus tard en Angleterre, mais en Écosse, où la poll tax avait été appliquée un an plus tôt, il a été isolé durant une période. Il a également fait l'erreur d'opposer sa propre campagne contre le Criminal Justice Act, centralisée à Londres, à celle organisée à la base en Écosse, unifiant toute une gamme de socialistes, de syndicalistes, d'écologistes, d'anarchistes et de militants en faveur des droits des animaux.

L'autre problème fut, à mon avis, l'attitude du SWP sur la question nationale. Le socialisme et l'internationalisme sont inséparables, mais le SWP est allé trop loin dans le passé, en opposant l'unité ouvrière aux droits nationaux du peuple écossais. En Écosse la question nationale a une dimension sociale très forte et la lutte de classes également. Cela dit le SWP a aussi une vision critique du passé du SML/ISM. Nous avons décidé en commun de tenter de mettre de côté nos conflits passés et de nous concentrer sur l'avenir. Je trouve la trajectoire du SWP au cours de l'année passée très encourageante, que ce soit son engagement dans les Alliances socialistes, son attitude positive envers le SSP, ou encore sa volonté d'adopter une attitude plus sensible envers la question nationale. Le fait que le SWP écossais se prépare à rejoindre le SSP pour former un parti socialiste unifié avec un seul journal constitue potentiellement un grand pas en avant.

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Il ne sera pas facile de surmonter les décennies de conflits et de suspicion mutuelle. Il faudra s'armer de patience et faire preuve de tolérance, non seulement au niveau des directions du SSP et du SWP, mais surtout au niveau des militants issus des deux traditions. La bonne volonté dont font preuve les membres du SWP et leur volonté de s'engager dans l'activité est une de ses grandes forces. S'ils parviennent à la canaliser de manière à éviter les conflits entre les membres historiques du SSP et ceux du SWP qui les rejoignent, le mouvement socialiste en Écosse sera considérablement renforcé. Red Shift : Tony Benn (7) a dit récemment que « les socialistes ne sont plus sur la défensive ». Est-tu d'accord ? Alan McCombes : C'est vrai que le socialisme était sur la défensive au cours de la majeure partie de la décennie 1990, bien qu'il serait erroné de se limiter à cette formule. En Écosse, par exemple, les idées de redistribution de richesses étaient massives, comme l'était l'attachement au service public et à la propriété publique au moins des secteurs touchés par la privatisation. II en était de même en ce qui concerne l'opposition à l'armement nucléaire.

Le SSP a été lancé en 1998, plus d'une année avant Seattle et la généralisation des mouvements contre la mondialisation capitaliste. Notre première année fut celle des succès importants : le SSP a gagné un siège au Parlement écossais, puis a obtenu 4 % lors des élections européennes et allait devenir la cinquième force politique... En France également la gauche radicale a eu un impact avant l'émergence du mouvement contre la mondialisation capitaliste. Aujourd'hui nous luttons sur un terrain qui est certes plus favorable. Au lieu de penser que notre socialisme écossais est isolé, nous voyons croître le sentiment anticapitaliste de par le monde, ce qui en retour renforcera notre situation en Écosse. Il est significatif que l'opposition anticapitaliste se soit renforcée alors que l'économie britannique va mieux que jamais depuis deux décennies. Si la crise financière actuelle précipite une récession des économies américaine, européenne et britannique, nous verrons les partis socialistes croître de concert avec la politisation massive de la jeunesse et de la classe ouvrière en général.

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Ecosse & France

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