Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Jeunes communistes in movimento

· Inprecor n° 459-460, juin-juillet 2001 · p. 8-10 · 2 503 mots

Italie Économie mondiale

Par Flavia D'Angeli* A pregre, et encore Naples et Quebec, le Prague, Nice, Porto mouvement contre la mondialisation capitaliste représente désormais une réalité, un événement politique et social des plus important et le milieu où nous devons intervenir de façon prioritaire.

Pour la première fois après 10 ans d'absence quasi totale de forts mouvements de la jeunesse, depuis le « lointain » - du moins pour les jeunes qui animent les luttes d'aujourd'hui — mouvement contre la guerre du Golfe en 1991 où celui de la Pantera (1) en 1990, on assiste à la mobilisation et à l'engagement d'un secteur significatif des nouvelles générations. Et le mouvement des mois passés dans l'Université de Rome, en témoigne à sa façon. Il y a deux ou trois ans, cette lutte, ayant eu lieu dans la seule université romaine, aurait été perçue par ses protagonistes comme « isolée », en partie « battue » et seulement de résistance. Aujourd'hui, grâce à la présence concrète du mouvement contre la mondialisation capitaliste, grâce à la manifestation de Naples et à la préparation de celle de Gènes, la même lutte et les mêmes étudiants se sont sentis plus forts, faisant partie d'un mouvement plus large, qui maintenant attire leurs efforts militants.

La présence de nouvelles générations de militants représente un élément particulière* Flavia D'Angeli est membre du Secrétariat national de Giovani Comunisti (GC, jeunesse communiste), organisation de jeunesse du Parti de la refondation communiste. L'article reproduit ci-dessus a été publié dans le mensuel Bandiera Rossa n° 9, de juin 2001, dans le cadre du débat préparatoire à la coordination nationale des GC. 1. Mouvement étudiant qui a réalisé l'occupation de plus de 150 université italienne pendant trois mois. 2. Ya Basta est l'association qui regroupe une partie des Centres Sociaux italiens, surtout du nord du pays (Leonkavallo de Milan, Venise...), qui ont « rompu » avec la tradition de l'Autonomie Ouvrière. Ya Basta organise en tant que telles les Tute Bianche (ou invisibles).

Jeunes communistes

in movimento

ment important, à analyser d'une façon approfondie et à vérifier dans les prochains évènements.

La forte présence de jeunes dans tous les rendez-vous de la dernière année a été très visible — même si cela n'est pas encore noté dans tous les pays — et sans doute beaucoup plus ample que dans le passé, même si elle concerne surtout des « avant-gardes ». Et, sans tenir compte seulement du nombre, le fait même de n'être plus engagés dans des luttes tragmentées, isolées, seulement conçues en termes défensifs, et de se sentir partie prenante d'un mouvement plus ample, international, donne aux mêmes acteurs, aux protagonistes des différentes manifestations, un nouveau sentiment. Ils perçoivent maintenant de nouvelles possibilités de résistance, ils se sentent plus qu'avant en syntonie avec les préoccupations et les sentiments d'une grande partie de la population.

Dans le passé aussi la radicalisation de la jeunesse passait par l'identification avec d'autres luttes, dans des pays lointains, comme les révolutions anticoloniales des années 1960. Aujourd'hui, dans un contexte international tout à fait différent, à l'époque de la mondialisation et d'internet, ce schéma semble se répéter. L'idée de faire partie d'un mouvement qui va des paysans sans terre du Brésil aux travailleurs sud-coréens, en passant par les chômeurs français et les Indiens du Chiapas, permet une prise de conscience et une radicalisation d'un nombre trés large de jeunes

Si on doit continuer à s'interroger et à analyser les caractéristiques de ce mouvement, sa capacité à mobiliser les acteurs sociaux, à en capter les exigences, on ne peut en sous-estimer l'importance et les possibilités ultérieures de développement et de radicalisation.

Le mouvement existe donc. En son sein commencent à se dessiner et à s'organiser différents « courants » politiques et sociaux, souvent avec des perspectives stratégiques diverses. Depuis le « pôle » qu'on pourrait nommer plus «modéré », qui propose des mots d'ordre justes, mais partiels, et qui demande des réformes et des modifications des organismes internationaux - comme par exemple une grande partie des ONG ou la campagne Sdebitarsi — jusqu'au « pôle » plus radical, qui lui aussi, s'articule avec des mots d'ordre et des pratiques différentes selon les acteurs sociaux et politiques représentés. Voilà ce qui est en train de se passer maintenant, à l'occasion de la préparation des manifestations de Gènes, avec les tentatives d'occuper le devant de la scène d'une façon pas toujours acceptable par les différentes organisations au sein du Genoa Social Forum, notamment par Ya Basta (2). Le rôle des Giovani Comunisti

Les GC ont eu le mérite incontestable de saisir depuis le début l'importance et les potentialités des mobilisations contre la mondialisation capitaliste, déjà avec la forte participation aux euro-marches d'Amsterdam en 1997 et de Cologne en 1999. Le fait que, d'une façon presque spontanée au niveau local et d'une façon déterminée au niveau national par les organismes de direction, les GC se soient investis, pendant toute l'année passée, quasi exclusivement dans la préparation des rendez-vous internationaux, représente un élément sûrement positif, qui démontre encore une fois les grandes potentialités de notre organisation de jeunesse, pour laquelle, à la différence du PRC, il n'a pas été difficile d'impliquer quelques milliers de jeunes dans les mobilisations.

Grâce à leur disponibilité à saisir la radicalisation de la jeunesse, grâce à leur participation aux mobilisations internationales -en plus des euro-marches, il faut rappeler toute l'activité de solidarité avec les zapatistes, y compris la participation à la marche de l'EZLN au mois de mars, mais aussi l'engagement dans les manifestions contre la guerre aux Balkans — les GC ont démontré qu'ils sont une structure capable de communiquer avec l'extérieur, perméable aux sollicitations du monde de la jeunesse plus politisée, capable d'assumer un rôle important dans la construction et dans le développement du mouvement en tant que tel.

Cet élément positif n'élimine pas quelques considérations critiques, et sur les potentialités jusqu'ici inexprimées, et sur des choix politiques qui doivent nous amener à la réflexion et aux débats les plus larges Débats qui ne peuvent qu'avoir des effets positifs, étant donné la conviction unanime que le mouvement contre la mondialisation capitaliste représente le terrain privilégié de notre initiative politique.

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Jeunesse-italie & Contre la mondialisation capitaliste

1901 TO RECEIVE RELIEF INDUSTRIALISATION L'équivoque des « tute bianche »

Depuis à peu près deux années, les GC ont établi un rapport privilégié avec l'association Ya Basta et avec son projet des « tute bianche », dans les mobilisations communes à Prague, Nice-Vintimille, pendant la marche zapatiste, en mettant de côté leur propre visibilité en tant qu'organisation. L'idée qui était, plus ou moins explicitement, à la base de ce choix se fondait sur trois convictions : • que les GC doivent se lier à l'une des structures parmi les plus radicales et aux dynamiques du mouvement; 2 que la Tuta bianca peut devenir le symbole de l'ensemble du mouvement ; 3 et que les GC, forts de la crédibilité du parti (3), n'ont pas besoin de renforcer leur propre visibilité.

En réalité, si l'hypothèse de travailler avec les composantes les plus radicales du mouvement, dont les Tute Bianche et Ya basta représentent un secteur fondamental, était juste, les GC ont laissé toute la visibilité à une organisation qui se définit comme « sociale » mais qui, en réalité, est une force « politique ». Et les GC ont eu tendance à délaisser les rapports, aussi importants, avec d'autres structures — elles aussi différentes de nous — comme les Centres Sociaux de Sud et les COBAS, qui ont fait la preuve qu'ils ont au moins autant de capacité de mobilisation sociale, y compris de la jeunesse.

En alimentant l'équivoque qui identifiait les Tute Bianche au mouvement contre la mondialisation capitaliste, on a ainsi limité notre propre visibilité, notre rôle, nos potentialités, qui pouvaient être impulsés sans nier le caractère unitaire de notre initiative

En tant que GC on aurait pu renforcer une dynamique unitaire et pas un affrontement stérile sur l'hégémonie, ce qui risque de se produire pour la préparation de Gênes, justement en étant capables non seulement « d'être » dans le mouvement, mais aussi d'y jouer un rôle capital pour y

2001 Attendez ici pour Taide aux plus démunis NAIT HERE TO RECEIVE POVERT RELIEF GLOBALISATION introduire du contenu et aussi d'être capables de penser à notre propre construction en tant qu'organisation politique. Comme, d'ailleurs, les autres protagonistes semblent le faire avec une capacité non négligeable. Si, dans un moment aussi important que le « dégel » social dont parle Fausto Bertinotti (4), nous ne sommes pas en état de rendre évidente « l'utilité » et la crédibilité d'une organisation de jeunesse comme la nôtre, on risque aussi de perdre le sens de la construction d'un autre outil, celui du parti (adulte) en tant que tel. Un mouvement moins précaire

Dans ce contexte, donc, la préparation de l'anti-G8, déjà en marche depuis longtemps, doit représenter un moment de passage et de renforcement significatif de notre rôle et aussi de notre visibilité.

A Gènes les GC doivent représenter un « segment » visible de ce mouvement, en termes d'image avec des symboles et des modalités propres, même dans la gestion de la rue, mais aussi et surtout en termes politiques, en construisant une réelle campagne sociale qui nous amène à Gènes et qui puisse se poursuivre en automne en se liant à l'opposition sociale et politique au gouvernement de droite.

Au sein des structures unitaires du mouvement, du Genoa Social Forum et des réseaux locaux on risque en effet de discuter (et de se disputer) quasi exclusivement sur les « formes » des manifestations, qui représentent le terrain préféré par d'autres acteurs politiques, comme Ya Basta ou le Réseau des Droits Globaux (5) afin de mesurer leur propre poids et se présenter comme un point de repère face à un sentiment radical, très répandu parmi la jeunesse. Les GC, s'ils doivent aussi ne pas négliger cette pratique sans toujours laisser à d'autres la gestion des manifestations, ont pour mission de proposer une confrontation sur le contenu et sur les mots d'ordre à revendiquer.

L'élément central de cette bataille c'est celui, qui a occupé jusqu'ici le centre de notre analyse, c'est-à-dire la précarité de la jeunesse. Le noyau des politiques néolibérales qui se cache derrière les brouillards de la mondialisation capitaliste, comporte une attaque frontale contre les conditions de vie et de travail, mais aussi contre les perspectives « existentielles »de la jeunesse. Tout jeune d'aujourd'hui, sait qu'il vivra moins bien que ses parents, qu'il devra faire face à une insertion « sauvage » dans le monde du travail, que sa vie est destinée à être une tortueuse gymkhana pour atteindre un revenu décent. Tout jeune sait, donc, que la précarité, masquée idéologiquement derrière le concept dangereux de « flexibilité », va constituer une composante durable et stable de sa vie. Cette caractéristique n'est pas seulement italienne, elle est internationale. Ce n'est pas par hasard si aux États-Unis le mouvement Jobs with Justice — né de l'initiative syndicale pour organiser les précaires et les chômeurs — ou en France le réseau des Marches, jouent un rôle important dans la lutte contre la mondialisation capitaliste.

Les GC peuvent être un élément propulseur de ce thème, être ceux qui avancent une proposition concrète d'organisation autour de ces questions. Pour cela ils ne doivent pas se limiter a « aller » a Gènes, mais au contraire ils doivent essayer de construire un réel parcours politique, une campagne sociale, visant l'implications de secteurs sociaux qui puissent indiquer un projet politique et une direction de marche. Il faudrait, par exemple, impliquer dans le parcours pour Gènes les travailleurs précaires de Mc Donald de Florence, ceux des Call center de la Tim de Bologne, les jeunes des LSU, les étudiants de Rome ou des Lycées de Milan (6).

Une plate-forme sociale qui puisse répondre aux demandes exprimées par ces différentes expériences de lutte peut représenter un outil important pour rendre plus « politique » et donc moins épisodique ce parcours, à partir de la proposition d'un salaire social pour chômeurs et précaires et d'une charte des droits sociaux.

Ce serait très utile pour donner un peu de « substance » à un projet crédible d'engagement social, qui reste le chaînon indispensable pour influencer positivement 3. Parti de la refondation communiste (PRC). 4. Fausto Bertinotti est secrétaire du Parti de la refondation communiste. 5. Le Réseau des Droits Globaux a été créé récemment par les COBAS, les SIN-COBAS, et les Centres Sociaux qui ne sont pas dans l'association Ya Basta et les Tute Bianche. 6. Ces sont tous des exemples des luttes de ces derniers mois.

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ce climat de reprise des luttes. Cette tâche, évidemment, ne peut se terminer avec Gènes, et peut-être ne pourra seulement qu'être esquissée d'ici juillet. Mais il est aussi vrai que Gènes peut constituer un passage important pour essayer de connecter les revendications du « mouvement global » avec les luttes partielles autour de revendications concrètes, sur le plan « local », contre les politiques néolibérales.

Gènes, dans ce sens, peut représenter une première tentative, un laboratoire pour expérimenter des parcours qui puissent aller dans cette direction, s'il est vrai que, par exemple chez les étudiants, les mobilisations des mois derniers à Rome ont maintenant fait place, non à la démoralisation, mais au contraire à la préparation dans les facs de la participation aux manifestations de juillet avec une plate-forme qui parle des conditions d'étude.

On devrait, en outre, commencer à aborder le thème de l'organisation des travailleurs précaires, du renforcement des expériences locales, alors que souvent nous étions parmi les animateurs des luttes, de eur coordination nationale et, en même temps, de leur « reproduction ».

Il s'agit donc de commencer à pratiquer la campagne sur la précarité dont nous discutons depuis longtemps, au moins depuis la manifestations des « inflexibles » de Santa Margherita Ligure (7), et depuis toutes les « petites » expériences locales que les camarades sont en train de mettre en place. En ce sens il faudrait valoriser la réflexion sur ces thèmes qui est en train de se développer dans des secteurs importants du syndicalisme, depuis la gauche de la FIOM aux néoCOBAS, qui se posent désormais explicitement la question de l'organisation spécifique des travailleurs précaires, avec des outils adaptés à leurs conditions de travail et de vie.

Enfin on devrait valoriser davantage les « relations » internationales que, pendant ces années, nous avons tissées avec un grand nombre d'organisations et de collectifs de jeunes européens, qui seront à Gènes, pour manifester avec nous, sur les mêmes mots d'ordre, depuis la lutte contre la précarité jusqu'à la défense de l'éducation nationale. En particulier on devrait former, le samedi 21 juillet, un cortège international de la jeunesse dans la manifestions européenne contre le G8. 7. le 10 juin 2000 un millier de Jeunes Communistes ont manifesté à Santa Margherita Ligure, pendant le sommet des « jeunes industriels », les assiégeant avec les slogans « inflexibles ». Cette manifestation a eu un fort écho dans la presse.

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