Entre insurrection de masse et blindage impérialiste
La gauche latino-américaine à la recherche d'un modèle
Par Ernesto Herrera* éfis programmatiques et dilemmes stratégiques ont de nouveau été au cœur de la réunion du Groupe de Travail du Forum de São Paulo (FSP), qui s'est tenue les 18 et 19 août 2001 à Montevideo, Uruguay (1). Dans la conjoncture socio-économique explosive propre à l'Amérique latine, la gouvernance néolibérale ne repose plus que sur un double blindage : celui, économique, des institutions internationales comme le FMI, la Banque Mondiale l'OMC, et celui, politico-militaire, du pouvoir impérial des États-Unis. Une situation d'insurrection sociale ingouvernable
Plus aucun discours sur la « modernisation », plus aucune promesse de « combattre la pauvreté », plus aucune fiction de « l'équité » ne peut désormais contenir le rejet populaire des programmes d'ajustement et de contre-réformes. Le panorama politique latino-américain revêt aujourd'hui la couleur des résistances paysannes, indigènes, syndicales, urbaines et populaires, des sans-emploi, des sans-toit, des réseaux alternatifs de femmes et de jeunes, des mouvements contre l'impunité en matière de droits de l'homme. Celles-ci, de plus en plus larges et polarisées, ont partie liée avec un mouvement de désobéissance civile radical qui met en échec la mondialisation capitaliste.
La crise néolibérale n'alimente plus seulement, comme il y a une dizaine d'années, le désespoir. C'est là la raison de son échec et la preuve qu'une nouvelle période de la lutte des classes s'est ouverte, certes transitoire, mais indiquant des tendances à l'œuvre très claires. Le vent a changé de sens. Comme l'affirme le document élaboré par le Groupe de Travail, un des éléments les plus marquants de cette période est « l'échec du "paradigme néolibéral", en termes de force internationale, de capacité de cohésion politique et de légitimité sociale, qui se traduit ouvertement par une crise du discours hégéunique » (2).
convulsion politique majeur et d'insurrection populaire des plus aigu. Simultanément, la combinaison de trois processus (protestation sociale, récession et rigueur, répression) « a déclenché une série de crises des régimes ingouvernables et en outre de graves régressions démocratiques. Cela indique à la fois faire les besoins sociaux de base et la délégitimation progressive des élites gouvernantes » (3). En effet, cette protestation sociale, et sa radicalisation dans de nombreux pays,
« se développe dans un contexte d'aggrava-
* Ernesto Herrera, membre du
Secrétariat unifié de la IVe
Internationale, est responsable de la coordination latino-américaine.
1. Le Forum de São Paulo regroupe les principales forces politiques de la gauche latinoaméricaine et des Caraïbes. Sa
10ème Rencontre aura lieu en décembre 2001 à La Havane. Le
Groupe de Travail (GT) est son alternatif monique conservateur et de la dite pensée
Le continent traverse un moment de politiques et institutionnels, des situations les incapacités du système en vigueur à satis-
TOMAT/NORS instance de coordination, qui réunit le Parti des Travailleurs
(PT,
Brésil, le
Communiste (PCC, Cuba), le
Front Large (Frente Amplio,
Uruguay), le Front Sandiniste de
Libération Nationale
(FSLN,
Nicaragua), le Parti de la
Révolution Démocratique (PRD,
Mexique), le Front Farabundo
Marti la Libération pour
Nationale (FMLN, Salvador) et une représentation des organisations colombiennes partie tion de la crise sociale et économique, qui se traduit dans la plupart des pays par la récession, les plans d'ajustement, le ralentissement de la croissance, l'endettement externe, et par les tentatives d'approfondissement des politiques libérales : privatisations, dérégulations, flexibilité du travail, etc. Cette situation s'accompagne d'une recrudescence des mesures répressives, de contrôle social et de "criminalisation" de la pauvreté et des actions de protestation » (4).
On peut tirer deux enseignements de cette description. Les années de tromperie et de « conquête pacifique » par le néolibéralisme sont dépassées. Dans la mesure où la crise acquiert une dimension brutale, la protestation sociale s'amplifie et l'instabilité politique devient un trait distinctif de la région. Partout sur le continent, certes de façon inégale, le modèle s'écroule, tandis que croissent les luttes et les résistances.
La situation d'antagonisme est exacerbée par les conséquences socio-économiques désastreuses de la mondialisation capitaliste et le renforcement du statut semi-colonial des pays latino-américains. Elle provoque une accélération des temporalités politiques, des affrontements
(souvent violents), du recouvrement d'une conscience de classe, d'un anticapitalisme concret et d'un anti-impérialisme militant. Le programme de ces luttes pourrait se résumer prenante du FSP (FARC, PC,
Presentes
ELN, el por
Parti
Socialismo). Le GT a élaboré un texte qui servira de base à la
10ème Rencontre, dont la rédaction finale sera approuvée lors de la prochaine réunion du GT à Managua, en septembre.
2. Document préparatoire à la
1Oeme
Rencontre du
FSP.
Commission de rédaction,
Montevideo, 18 et 19 août 2001.
3. Ibidem.
4. Ibidem.
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D
ainsi : solder l'énorme dette sociale en mettant un frein à la spoliation de droits acquis
(économiques, sociaux, démocratiques).
Dans ces conditions il est juste d'affirmer que la nouvelle période permet à la gauche et au mouvement populaire d'examiner d'autres propositions et d'avancer vers « le dépassement de la dispersion organisationnelle et programmatique qui continue à caractériser le stade actuel de la résistance
Opération
« Cabañas 2001 »
Qui est l'ennemi?
Sur le teriloie de la province argentine de Salta, jusqu'au 11 septembre, se sont déroulées des manœuvres militaires sous le nom de code Opération « Cabañas 2001 ». Y ont participé : 700 militaires argentins, 240 des Etats Unis, 45 du
Brésil, autant du Chili et de l'Uruguay et 40 Boliviens, Équatoriens et Paraguayens. Ces manœuvres militaires s'inscrivent dans le cadre d'une stratégie de Guerre de
Faible Intensité
Mais tout simulacre a un propos.
un objectif, un éventuel ennemi. Qui est donc l'ennemi pour cette opération ? Il est difficile d'avancer une réponse. D'abord parce que ni le gouvernement argentin ni le commandement militaire ne semblent être enthousiasmés par l'idée de donner des informations sur ces mancuvres et moins encore d'en expliciter les détails. En effet, bien qu'en théorie beaucoup étaient au courant de ces manœuvres, il aura fallu que le prix Nobel Adolfo Pérez Esquivel les dénonce publiquement pour que l'on en connaisse ensuite les détails.
Pérez Esquivel a dévoilé la demande d'autorisation formulé par le
Président De la Rúa au Congrès afin de permettre l'entrée dans le territoire argentin de troupes étrangères dans le but de participer à ces manœuvres.
L'information officielle indiquait que l'exercice sert à « simuler une opération de maintien de la paix commandée par les Nations Unies ».
L'objectif était celui d'entraîner les forces armées de la région sur « un champ de bataille sur lequel il y aurait des civils, des ONG et des agresseurs potentiels », selon le journaliste
Horacio
Argentin
Verbitsky.
Le peu d'information dont on dispose permet de penser que le cadre prévu initialement pour cette au néolibéralisme » (5). Un projet de recolonisation ... blindée nomique ont à voir avec les quatre transformations enregistrées dans la région : • l'approfondissement de l'endettement extérieur à partir des années 1980 (6) ; opération n'était autre que la province de Salta : la Mésopotamie argentine dans la province de Misiones. Le changement de cadre situe ces manœuvres sur un des épicentres des conflits sociaux qui ont secoué l'Argentine ces derniers mois : des zones comme Tartagal ou General Mosconi ont vu se succéder les manifestations des « piqueteros » (chômeurs et salariés menacés de licenciement), de Yacimientos Petrolíferos Fiscales (YPF, société pétrolière) avec des barrages sur les routes et d'autres formes de protestation. Ces zones, naguère prospères, ont subi les conséquences de la privatisation de l'entreprise pétrolière de l'État argentin (YPF) achetée par la transnationale espagnole Repsol et sont un funeste exemple des ajustements successifs. Les manifestations ont été réprimées en juin dernier par la Gendarmerie argentine, entraînant la mort de deux personnes, provoquant de nombreux blessés ainsi que la détention et le procès des dirigeants naturels des révoltes. Cependant, le commandant de la Vene Division mécanisée, le général argentin Jorge Alberto Olivera, explique « qu'il ne faut pas dénaturer l'essence de cet exercice ». « La lutte contre les trafiquants de drogue ainsi que contre les 'piqueteros' ne fait pas partie de notre doctrine », en ajoutant « qu'il ne faut pas chercher des fantômes là où il n'y en a point » car « il est absolument erroné de vouloir associer cet exercice militaire au trafic de drogues ou bien aux conflits sociaux ».
Pourquoi donc la province de Salta ? « Parce qu'il s'agit d'une grande garnison, avec une infrastructure appropriée pour héberger tous les participants et parce que le climat est très favorable à cette époque de l'année. » Si nous ne pouvions pas faire appel à notre mémoire, si nous ne nous souvenions pas d'un passé qui n'est pas vraiment lointain, nous pourrions supposer que les 4 000 hectares réservés à cet exercice militaire à Salta n'ont été choisis que pour des raisons logis-
Les causes structurelles de la crise éconales; clusion (7) ; tiques et climatiques. Un simple problème d'hébergement et un peu de soleil. Mais il y a plus qu'assez d'éléments pour que l'on puisse mettre en cause ces explications si simplifiées. 1. L'Argentine vit une situation de conflit social face à l'épuisement des politiques économiques mises en place par les mêmes personnages, bien que sous des gouvernements différents. Les indices de pauvreté et de précarité ne cessent d'augmenter. Pendant ce temps les capitaux s'enfuient, les nouveaux crédits grossissent le dette et s'emparent de l'avenir des Argentins. 2. Cet horizon en ruines, chaque jour plus proche, a converti les protestations et le refus aux ajustements économiques en nécessité de construire des alternatives qui permettraient de freiner le désastre et commencer à récupérer la souveraineté. A partir de là on pourrait mettre en œuvre des politiques de distribution plus justes et équitables ainsi qu'arrêter la corruption institutionnalisée. 3. Ce développement de la conscience sociale et de la capacité de s'organiser se traduit par la mise en question des mesures politiques, économiques et sociales. Il se traduit aussi par l'unité de secteurs qui échappent au contrôle des structures politiques traditionnelles. 4. Le gouvernement cautionne la fuite en avant que propose Cavallo, ce qui implique de sacrifier les obligations élémentaires de l'État vis-àvis de la population afin de sacraliser la saignée perpétuelle provoquée par le paiement des intérêts d'une dette extérieure impayable. 5. Ces politiques officielles n'impliquent pas seulement des baisses des salaires, des pensions et des retraites, mais aussi l'abandon pur et simple de la santé et de l'éducation publiques. 6. Des dizaines de milliers de jeunes gens de 18 à 25 ans n'ont pas accès à l'éducation et au travail. Devant une augmentation constante de toutes les formes de délinquance le gouvernement, les nostalgiques de la dictature
® la dislocation du tissu industriel dans plusieurs pays, avec le recul de branches industrielles liées au développement (stratégie de substitution des importations) dans les années 1930 à 1960, et avec l'implantation de secteurs étroitement liés à la stratégie exportatrice des grandes firmes transnatio-
® l'augmentation de la pauvreté et de l'exet leurs porte-paroles prônent la répression violente dans des médias monopolisés. Aucun responsable officiel n'ose considérer que la marginalisation sociale, la pauvreté et l'absence absolue d'opportunités nourrit « l'insécurité ».
7. Il faut aussi tenir compte d'un autre élément assez singulier et plus récent : le projet de créer une seule et unique force de sécurité capable d'intervenir lors d'éventuels conflits où les polices locales seraient débordées. Ce projet a été élaboré secrètement et finalement, les autorités ont dû reconnaître son existence une fois que l'information est devenue publique. De cette façon, la gendarmerie, la marine, la police aéronautique et une partie de la police fédérale se retrouveraient groupés sous un commandement unique.
Les circonstances propres à l'Argentine et une vision plus large, qui tienne compte de la réalité du continent, ajoutent d'autres éléments qui permettent de supposer que les intentions de l'Opération Cabañas ne correspondent pas au discours officiel : les voies traditionnelles d'expression politique sont mises en cause et rejetées parce qu'elles « font partie du système ». Les protestations sociales acquièrent donc de nouvelles formes d'organisation qui échappent aux « contrôles » politiques habituels. C'est pour cette raison-là qu'elles deviennent créatives, novatrices, imprévisibles et porteuses d'une dynamique et d'une force sociale propre; qu'elles soient menées par des zapatistes, des « sans terre » au Brésil, des piqueteros, des
Indiens équatoriens ou paraguavens, des sans-logis. Ils sont capables de pressentir, et ils cherchent, les alliances avec tous les secteurs touchés par le modèle néo-libéral. Ce sont des mouvements « dangereux », tout comme les insurgés en armes de la
Colombie. Une fois de plus, la résistance sociale sera « l'ennemi ».
Sources : Página /12, Buenos Aires:
La Tornada, Mexico: Servicio de
Prensa Alternativa (SERPAL).
Buenos Aires.
• la détérioration des termes de l'échange, ou dit autrement, de la valeur respective des exportations de ces pays par rapport à ses importations.
A ces causes structurelles (8), on peut en adjoindre une autre, comme le fait Claudio Katz : le déficit de la balance commerciale
La vulnérabilité de l'économie latinoaméricaine et la dépendance politique et militaire sont donc intimement liées. Quelques exemples récents le mettent en évidence : les accords récents du Brésil et de l'Argentine avec le FMI et la Banque Mondiale (15 milliards de dollars pour le Brésil, 8 milliards pour l'Argentine) ; la décision du gouvernement Pastrana (Colombie) de transférer le pouvoir judiciaire aux militaires dans les zones de conflit armé, la rupture du dialogue avec l'ELN, l'offensive contre les FARC dans le cadre de l'"Operación 7 de agosto" ; la mise en œuvre de l'opération " Cabañas 2001 " dans la province argentine de Salta (voir l'encadré) ; la justification, par le ministère de la "Sécurité Institutionnelle" du Brésil, de l'opération "Pescado" dédiée à l'espionnage du MST ; sans oublier que des officiers de l'armée mexicaine s'entraînent avec les criminels "kaibiles", le corps d'élite anti-insurrectionnel guatémaltèque, responsable de massacres atroces... Tous ces événements ne peuvent être dissociés des nouvelles modalités mises en place par les États-Unis et les institutions internationales pour dépasser la crise de direction politique de la bourgeoisie et la perte de légitimité des gouvernements latino-américains dans le cadre de la crise économique : l'"aide" et l'autorisation à s'intégrer à la "mondialisation" sont conditionnées par l'acceptation de la militarisation du conflit et de la protestation sociale. Ainsi, le mécanisme du blindage se compose de trois éléments : économique, politique et militaire.
La ZLÉA (Zone de Libre-Échange des Amériques), par exemple, en plus d'être un 5. Avant-projet de Résolution nationale. Gème Conférence nationale de la tendance Démocratie socialiste du Parti des travailleurs. Brésil, août 2001. 6. Le Sommet de la Dette Sociale et de l'Intégration Latino-américaine, qui s'est tenu à Carácas en juillet, le confirme : le poids de la dette extérieure est une des principales sources de pauvreté et d'inégalité. " En naissant, chaque habitant de notre région doit en moyenne 1550 dollars étasuniens " déclare Otto Boye, secrétaire permanent du Service Économique Latino-américain (SELA).En projet impérialiste de recolonisation (9), est aussi un "verrou de sécurité" aux contre- réformes, car elle empêche toute réversibilité par des gouvernements de gauche, en consacrant plusieurs éléments-clés comme
QUI DECIDE DE NOTRE
AVENIR ?
RASSEMBLEMENT DE SOLIDARITÉ 6 AVRIL 1.6H0O
AVECCES MANIFESTATIONS DE
BUENOS AIRES PLACE D'YOUVILLE
NON À LA ZLÉA
Le Monde n'est pas une marchandise www.noalalca.net www.oqp2001.org
OOP 200 1
INFO:524-5225 normes "commerciales" de l'hémisphère. Le
Plan Colombie, aujourd'hui rebaptisé
"Initiative Régionale Andine" (10), est quant à lui une synthèse de la stratégie rénovée de la contre-insurrection, inaugurée avec le Plan
Dignidad en Bolivie, et qui inclut la reconstruction des bases militaires et d'espionnage dans toute l'Amérique latine et les Caraïbes, avec une attention spéciale au "triangle bolivarien" (Venezuela, Colombie, Équateur)
et à l'île de Vieques, au large de Porto-Rico.
Dans le domaine strictement économique, il faut le souligner, ce blindage ne se limite pas à une assistance financière censée empêcher banqueroutes et chaos, et ainsi dix ans, la dette a presque doublé :
vers les créanciers extérieurs.
430 milliards de dollars en 1990 et
7. Passées les années d'orgie libéra-
750 milliards en 2000. La poursuite le, même la CEPAL (Commission du paiement du service de la dette
Économique pour l'Amérique latine)
compromet d'abord l'avenir de ces reconnaît qu'il faudrait une croissanpays, si on considère qu'elle équice annuelle de 6% pour s'affronter vaut à 39 % du PIB et à 201 % des aux " problèmes sociaux ", abaisser exportations de la région ; mais aussi
"le niveau de pauvreté " et " amointoute idée de programme alternatif, drir le retard technologique " par car l'endettement extérieur agit rapport aux pays industrialisés comme une masse de capital valori-
(Panorama social 1999-2000).
sable par les grands groupes écono-
Pourtant, toutes les prévisions s'acmiques et les entreprises transnatiocordent sur un taux de croissance nales qui concentrent la majeure pard'environ 2 %. Même les indicateurs tie de la dette privée, et comme macro-économiques ne sont plus satisfaisants : de 1997 à 1999, le taux mécanisme de transfert des revenus permettre le payement de la dette extérieure. Il inclut un conditionnement des gouvernements (rigueur fiscale, diminution des financements sociaux, privatisations, flexibilité du travail), des initiatives politiques à l'é chelle continentale (introduction d'une
"charte démocratique" à l'OEA ou d'une
"clause démocratique" au MERCOSUR), des accords régionaux permettant de tisser une toile de protection. Ainsi se construit un projet de domination continentale et régionale (par les États-Unis pour l'essentiel) et de stabilisation-reproduction de l'actuel modèle du bloc dominant, excluant et anti-démocratique
Il s'agit d'un processus combiné qui comprend la dollarisation et des accords de commerce régionaux s'inspirant du modèle de l'ALENA (Accord de libre- échange nord-américain, rassemblant
Canada, Mexique et États-Unis) comme des propositions de l'OMC. Là encore, les exemples sont nombreux et concordants :
dollarisation en Équateur et au Salvador ;
libre circulation du dollar au Guatemala ;
entrée en vigueur d'un accord commercia entre Mexique, Guatemala, Salvador et
Nicaragua ; signature d'un traité similaire entre la région centraméricaine et la
République dominicaine ; Plan Puebla-
Panama (lancé en juin par Vincente Fox, le président mexicain, après l'approbation au Mexique d'une loi indigène rejetée par les communautés zapatistes et l'EZLN) qui tend à étendre vers le sud la frontière des États-Unis et qui ouvre la porte à une exploitation intensive des ressources naturelles par les firmes multinationales dans des territoires revendiqués par les communautés indigènes ; enfin, vœu émis par les gouvernements du MERCOSUR afin de mettre en pratique l'accord 4+1, c'est-à-dire avec les États-Unis (jusque là en sommeil).
Évidemment, la situation est loin d'être homogène. Sur le continent, la crise néolibérale, le degré de décomposition politique et les résistances populaires s'enracinent dans des scenarii différents. On peut en cerde variation du PIB par habitant est passé de 3,7 % à 1,6 %. Pendant ce temps, 220 millions de personnes sont pauvres (dont 93 millions vivent dans la misère) et la scolarisation moyenne n'atteint que 5,2 ans (alors que selon la CEPAL, "10 ans d'éducation sont nécessaires pour ne pas devenir pauvre "). 8. Cf. C.Katz, " Les nouvelles turbulences de l'économie latino-américaine ", Inprecor n° 457 d'avril 2001. 9. Cf.l'article de Claudio Katz dans ce numéro, en p.... 10. Cf. Inprecor n° 451, octobre 2000.