Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AUSTRALIE

Le congrès historique de l'Alliance socialiste

· Inprecor n° 461-462, août-septembre 2001 · p. 39-40 · 1 479 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme

Par John Tully* a Gauche australienne sort d'une longue période de fragmentation : une variété de petits groupes, dont aucun ne dépassait les 500 membres actifs, investissant souvent plus d'énergie dans les chamailleries sectaires que dans la recherche de voies permettant de rassembler ses forces contre l'ennemi capitaliste commun. Il y a six mois nous avons assisté à un retournement spectaculaire, lorsque neuf organisations socialistes (1) ont décidé de former ensemble l'Alliance socialiste. C'est ce retournement qui a été consolidé lors du 1er Congrès national de l'Alliance socialiste, tenu les 4-5 août à Melbourne

Nous ne prenons qu'un faible risque en qualifiant ce congrès d'historique, car c'est la première fois depuis la formation du Parti communiste d'Australie (2) au début des années 1920 qu'un tel rassemblement unitaire a pu être réalisé. Cent quatorze délégués de vingt-neuf groupes locaux venant

Premier essai électoral L'Alliance socialiste a présentée trois candidats à l'occasion des élections générales du Territoire du Nord (Northern Territory, une des composantes de la fédération australienne) le 18 août 2001. Les résultats sont encourageants : Gary Meyerhoff a obtenu 4,2 % dans la circonscription de Nighteliff, Peter Johnston 4% à Fanny Bay et Meredith de Landelles 3 % à Wanguri. Dans ce territoire dirigé par le Country Liberal Party (CLP Parti libéral paysan), qui est un parti raciste récemment éclaboussé par des scandales concernant les abus de pouvoir et la manipulation de la justice, faisant partie de la coalition conservatrice qui gouverne l'Australie, l'Alliance socialiste a centré sa campagne électorale contre les nouvelles lois répressives (Public Order Act) et antisociales (Social Conduct Act), tout en dénonçant l'alignement des deux principaux partis, le CLP et le Parti travailliste (ALP), sur les exigences de la bourgeoisie. Notons que pour la première fois depuis 26 ans, le CLP a perdu le contrôle du Territoire à l'issue de ces élections.

de chaque État et territoire d'Australie ont travaillé ensemble dans un esprit constructif et non sectaire, ce qui aurait été impensable il y a seulement douze mois. Le Congrès a adopté une plate-forme électorale combative en vue des élections fédérales (3) et a adopté des statuts plus démocratiques et plus respectueux des minorités que ceux de toutes les autres organisations politiques dans le pays (un amendement garantissant le droit de tendance, proposé par Socialist Democracy, a été adopté par une écrasante majorité). Les délégués ont également décidé de construire en commun des mobilisations de masse autour de diverses questions, en particulier une campagne contre la mondialisation capitaliste à l'occasion de la réunion du Commonwealth Business Forum (4).

Les deux sujets principaux que l'Alliance a décidé de mettre en avant dans sa campagne électorale seront la lutte contre le racisme et la lutte contre le « rationalisme économique » (nom accaparé ici par le néolibéralisme). Bien que l'Alliance reste dominée * John Tully, partisan de la IVe Internationale, est membre de l'organisation Démocratie socialiste (Socialist Democracy) et de l'Exécutif national de l'Alliance socialiste. 1. Les neuf organisations fondatrices sont : le Parti socialiste démocratique (DSP, ancienne section australienne de la IVe Internationale qui a pris la décision de s'en séparer en 1985) ; l'Organisation socialiste internationale (ISO, qui adhère à la Tendance socialiste internationale dont la composante la plus connue est le Parti socialiste ouvrier - SWP - de Grande-Bretagne) ; Workers Liberty et Workers Power (Liberté ouvrière et Pouvoir ouvrier, deux organisations liées aux organisations du même nom en GrandeBretagne) ; Freedom Socialist Party (Parti de la liberté socialiste, lié à l'organisation du même nom aux États-Unis) ; la Ligue ouvrière (Workers League) ; le Parti communiste ouvrier d'Iraq (section en exil en Australie) ; l'Alternative socialiste ; et Démocratie socialiste. 2. Le PC d'Australie (PCA) s'est auto-dissous au début des années 1990. 3. En Australie il y a trois niveaux d'élections : les élections locales, étatiques et fédérales (nationales). Les élections fédérales doivent avoir lieu avant la fin de cette année, le choix de la date étant, comme en Grande-Bretagne, une prérogative du Premier ministre sortant. Tout indique que la coalition conservatrice sortante perdra ces élecpar les neuf organisations qui ont appelé au regroupement des forces à l'origine, un nombre significatif d'inorganisés l'ont d'ores et déjà rejointe. Parmi eux on remarque le militant environnementaliste et ancien dirigeant du syndicat de la construction, Jack

Mundey (5), Annie Delaney (6) du syndicat du textile, Ken Fry, ancien parlementaire et ancien ministre travailliste et Craig Johnston, secrétaire de 'Amalgamated

Manufacturing Workers Union de l'État de

Victoria.

Les débats du congrès furent vifs mais fraternels, ce qui est un signe du caractère sain et mature de l'Alliance. On ne percevait pas trop de relents de la vieille mentalité d'écrasement des minoritaires, qui a si tréquemment terni les rapports entre les organisations de gauche. Il y eut pourtant de sérieuses divergences, dont la plus importante concernait la nature de l'Alliance. Une minorité des délégués aspirait à ce que l'Alliance adopte un programme maximaliste et devienne à court terme un parti révolutionnaire. Une majorité significative des délégués a rejeté cette position, se prononçant en faveur d'une formation large, capable de recruter bien au-delà des membres des organisations constituantes. Le point de vue de la majorité fut que l'Alliance doit être capable de mobiliser largement dans les luttes. Si elle se donne pour but de croître au-delà de l'actuel ghetto de l'extrême-gauche, elle ne doit pas accumuler des obstacles devant ceux qui sont prêts à se joindre à elle.

Aussi longtemps que les gens voudront tions au profit du Parti travailliste, dirigé par Kim Beazley, un disciple australien de Tony Blair. 4. Les organisations constitutives de l'Alliance socialiste avaient été actives dans les mobilisations contre le Forum économique mondial, tenu à Melbourne le 11 septembre 2000, appelé couramment S11. La Coalition S11 (qui regroupe notamment des organisations membres de l'Alliance et des mouvements sociaux) prépare une mobilisation à l'occasion de la réunion du Commonwealth Business Forum à Melbourne du 3 au 5 octobre 2001 et de la réunion des chefs des gouvernement du Commonwealth (une structure des États issus de l'Empire britannique, dont la reine d'Angleterre reste à la tête) à Brisbane le 6 octobre. 5. Jack Munday a été un des principaux dirigeants du syndicat combatif Builders Labourers Federation (BLF) à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Ancien membre du PCA, Munday devint une figure légendaire après que son syndicat ait imposé "l'embargo vert", sauvant ainsi une bonne part de l'héritage architectural et environnemental de Sydney des appétits des promoteurs immobiliers 6. Annie Delaney est l'organisatrice de la campagne "Fai'rwear" ("Prêt-à-porter Juste"), dirigée contre la surexploitation de la main-d'œuvre en Australie et dans la région par les fabriquants de l'habillement et en particulier les grandes multinationales.

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combattre le néolibéralisme et le racisme, ils doivent pouvoir trouver leur place politique au sein de l'Alliance socialiste. Parler à ce stade de soviets, de milices ouvrières ou d'autres sujets similaires n'a pas de sens. L'autre danger — celui d'émousser la pointe socialiste et anticapitaliste de l'Alliance — a également été évité

L'Alliance socialiste n'est pas parfaite. Nous avons un long chemin avant de devenir un pôle d'attraction capable d'attirer de manière significative ceux qui avaient fait confiance au Parti travailliste. Nous avons également des difficultés a assurer la parité hommes-femmes au sein de l'Exécutif national nouvellement élu. Néanmoins, ayant été capables de consolider durant ce congrès l'unité et une ouverture d'esprit sans précé-

Les axes de campagne e congrès de l Alliance socialiste a décid

→ de mettre l'accent au cours de la campa gne électorale sur les thèmes suivants :

— suppression de la taxe sur les biens et services et son remplacement par un impôt sur la richesse ;

- lutte contre la pauvreté qui doit commencer par une augmentation immédiate de 25 % de toutes les retraites et allocations :

- refinancement de l'instruction publique et suppression des aides de l'État aux écoles privées :

arrêt des privatisations ;

signature immédiate d'un traité permettant de garantir la justice et le rapprochement authentique avec la population originelle ;

annulation des dettes du Tiers Monde envers l'Australie ;

— arrêt de l'extraction de l'uranium et protection des forêts :

- maintien et développement du système public de Santé et suppression des subsides aux entreprises privées de Santé ;

- retrait de l'Australie de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) :

- abrogation de toutes les lois antisyndicales ; - fermeture des centres de détention des immigrés, défense des demandeurs d'asile :

— halte à la précarisation et au travail à domicile ; semaine de 25 heures pour développer l'emploi :

- aucun programme "Guerre des étoiles" de développement des missiles, réduction des dépenses militaires : - arrêt de toutes les formes de discrimination, non au racisme, au sexisme et à l'homophobie. dent, nous pouvons travailler ensemble pour surmonter nos difficultés internes tout en engageant l'Alliance au service des mobilisations populaires.

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