de notre correspondant John Tully* John Howard d'autoriser le débarque- e retus du Premier ministre australier ment de 450 réfugiés sur l'Île de Christmas a déclenché la colère ici et dans le monde entier. Les réfugiés, en majorité afghans, avaient été sauvés de leur embarcation en perdition dans l'Océan indien par le cargo norvégien MS Tampa. On a établi des parallèles évidents entre l'affaire MS Tampa et le cas du SS St-Louis. Le SS St-Louis, parti du port de Hambourg en 1939, n'avait pas obtenu l'autorisation de débarquer sa cargaison de réfugiés juifs allemands à Cuba, aux États-Unis, ni dans aucun pays du continent américain (1). Les réfugiés ont dû faire le chemin du retour à Anvers (2) et beaucoup furent déportés par la suite dans des camps de la mort nazis. L'affaire MS Tampa rappelle la pratique de tout gouvernement xénophobe pour sauvegarder la « pureté raciale ».
Les garde-côtes australiens furent les premiers à mettre en garde contre l'arrivée du MS Tampa. Après avoir secouru les réfugiés, au moment où leur embarcation surchargée était sur le point de couler, le navire norvégien a mis le cap sur l'île de Christmas — un territoire australien situé dans l'Océan indien au large de Java. Le gouvernement a refusé l'autorisation aux réfugiés de débarquer et a ordonné au MS Tampa de quitter les eaux australiennes. Le capitaine a refusé de partir, en soulignant qu'il n'était pas en mesure de transporter un si grand nombre de passagers. Pour toute réponse, Howard a envoyé des troupes SAS (3) s'emparer du navire, ce qui constitue un véritable acte de piraterie.
Finalement un accord entre la Nouvelle-Zélande et Nauru (ce dernier est un pays dépendant de l'impérialisme australien) a résolu l'impasse pour sauver la face de John Howard. Au moment où nous écrivons ces lignes, les réfugiés sont en route vers le Port
Les réfugiés du MS Tampa
ou la croisade raciste du
gouvernement
Moresby sur un navire de guerre australien, en attente de « traitement ». Les associations de défense des droits humains, les partis politiques de gauche et les syndicats d'Australie ont manifesté leur colère face à cet incident. La grande majorité des habitants de l'Île de Christmas a manifesté son soutien aux réfugiés. Paddy Crumlin, porte-parole de l'Union maritime australienne, a souligné que le geste de
PREE THE REFUGE
FUNDING FOI SETTLEM NOT DETENTION RESISTANCE Howard risquait de conduire à ce que les capitaines ne respectent plus la loi de la mer et laissent les réfugiés se noyer. Le sénateur Bob Brown, des Verts australiens, a déploré l'inhumanité du gouvernement. L'Alliance
50S
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socialiste, qui présentera une liste aux élections fédérales prévues cette année, a également conspué le racisme et l'hypocrisie de Howard. Après avoir été traité de « traître » par le député conservateur Peter Slipper et les animateurs de « lignes ouvertes » à la radio, Brown a écopé de menaces de mort Cependant, Kim Beasley, dirigeant du parti d'opposition principal, le parti travaillis-
te australien, s'est précipité pour soutenir le Premier ministre. De ce fait, le gouvernement jouit d'une grande popularité, selon les sondages. Un sondage digne de foi a indiqué que 77 % de la population soutient l'orientation du gouvernement ; il n'y aurait que 20 % contre et 3 % d'indécis. La cote de popularité du Premier ministre a grimpé et il est même possible qu'il remporte les élections prévues pour décembre. Si c'est le cas, ce serait un retour inespéré, car le bilan déplorable du gouvernement à ce jour l'avait laissé loin derrière le Parti travailliste (ALP) Howard est un homme politique rusé et c'est un secret de polichinelle qu'il a profité de la crise du MS Tampa pour faire une campagne raciste dans le but de redorer son blason.
Cette année marque le centenaire de la Fédération australienne. En 1901, les six colonies britanniques du continent australien ont décidé de se réunir dans le Commonwealth d'Australie. La première loi votée par le nouveau gouvernement fédéral avait pour but la poursuite de la politique de l'Australie blanche, en bloquant l'immigration des « Non-blancs » en Australie Ironiquement, au moment où le MS Tampa était au large de l'ile de Christmas, le Premier ministre assistait à une cérémonie pour commémorer l'apparition du drapeau australien, au siège du premier Parlement fédéral, à Melbourne. Tout doute sur la continuité de la politique de l'Australie blanche serait infirmé par l'affaire du MS Tampa. La vague d'hystérie publique fomentée par Howard et ses alliés sur les émissions « lignes ouvertes » rappelle les jours les plus sombres, quand les Australiens blancs vivaient dans la peur mortelle du « péril jaune » asiatique.
Malgré la démagogie de Howard — des « hordes de boat people illégaux » seraient selon lui « sur le point d'envahir l'Australie » — ce pays est tout simplement trop éloigné des régions du monde productrices de réfugiés. Quatre cent cinquante êtres humains traumatisés sur l'Île de Christmas ne constituent qu'un pourcentage infime des quelque 2,6 millions de réfugiés afghans, dont la plupart languissent dans des camps sordides en Iran et au Pakistan. L'Australie accepte environ 10 000 réfugiés par an, la plupart en vertu d'un programme d'établissement d'outre-mer ; très peu accèdent à l'asile après une arrivée par avion ou bateau Le grand fardeau de l'accueil des réfugiés incombe à des pays du Tiers-Monde. Le racisme de Howard est le miroir de celui des autres gouvernements occidentaux, dont plusieurs ont réduit leur cotisation au Haut-Commissariat pour les réfugiés de l'ONU
(l'année passée, le HCR a enregistré un déficit de 100 millions de dollars US pour ses projets en cours).
Le racisme de Howard est souligné par son silence sur la présence en Australie d'environs 55 000 Britanniques, Américains et autres dont le visa de visiteur est échu. Aucun d'entre eux ne croupit dans les « centres de détention » des services de l'immigration du pays, mais ils ont le privilège d'être nés avec la peau blanche. Howard ne tarit pas sur les activités scélérates des « contrebandiers d'humains » qui passent les réfugiés en mer, en laissant entendre qu'ils sont à la racine du problème. En réalité, il y a environ 40 millions de réfugiés et autres « personnes déplacées » dans le monde, et même la suppression des activités des contrebandiers ne ferait rien pour soulager ce problème.
Howard veut bien faire oublier que l'Australie est un pays signataire de la Convention de 1951 et du protocole de 1967. Comme signataire, elle a le devoir d'accueillir comme réfugié toute personne qui arrive sur le territoire par crainte de persécution dans son pays d'origine, peu importe si elle arrive sans passeport ou autres documents. Howard prétend que les arrivants « illégaux » resquillent, mais il n'y a aucune file d'attente pour les demandeurs d'asile.
Par ailleurs, l'Australie est le seul pays du monde développé avec une politique de « détention obligatoire » des demandeurs d'asile qui arrivent sans papiers. Ces personnes — y compris les enfants — sont enfermés à clé dans des prisons de sécurité moyenne, souvent dans des régions éloignées et inhospitalières. Parfois ils passent des années derrière les barbelés pendant le traitement de leur demande. Depuis quelque temps, les détenus protestent et recourent à des grèves de la faim pour faire connaître leur triste sort. L'ancien Premier ministre, Malcom Fraser, a décrit les centres de détention comme « lieux infernaux » et l'Évêque anglican de Perth les a qualifiés de « camps de concentration ». Des incidents ont fait connaître au public le sort réservé aux demandeurs d'asile : un enfant de trois ans a été mis aux fers, un cadre supérieur de la société privée qui gère les centres a menotté un homme à un rebord de lit et l'a frappé à coups de matraque.... Les centres
TAKE NO
PRISONERS NISTRALIAN Le service australien d'immigration : « Ne faites pas de prisonniers ! » sont surpeuplés et souvent insalubres, et pourtant h Australian Corrections Management - une filiale de la société américaine de gestion carcérale Wackenhutt - tire un beau profit de cette souffrance humaine. On estime que l'hébergement des détenus coûte 170 dollars australiens par nuit : assez pour les loger dans le luxe au Hilton.
En 1937, l'ancêtre politique de John Howard, Bob Menzies, a mérité le sobriquet de « Pig Iron Bob » (4) grâce à sa tentative d'obliger les travailleurs portuaires de charger le Dalfram de ferraille pour le Japon. Les dockers s'y sont refusés parce qu'ils craignaient que ce métal ne soit destiné à la fabrication de bombes et obus pour l'invasion japonaise de la Chine. Howard, quant à lui, a déployé les navires de guerre australiens comme « bouclier de fer » à travers l'Océan indien. Comme Menzies, il passera à la postérité comme un raciste réactionnaire cuirassé d'ignorance redoutable. Les combattants pour les droits des réfugiés sont plus déterminés que jamais à effacer cette tache honteuse sur le visage de l'humanité et sont confiants qu'une fois les faits véritables connus, le soutien à Howard s'éclipsera 1. Tous les pays de la côte Est du continent américain, depuis l'Argentine et l'Uruguay jusqu'au Canada, avaient refusé le refuge aux passagers du SS St-Louis. 2. À l'arrivée à Anvers certains des réfugiés ont été accueillis en France, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne. Mais nombre d'entre eux furent déportés et périrent après l'invasion nazie du continent. 3. Spécial Air Service, commandos parachutistes, est un corps d'élite 4. « Pig iron » signifie fonte brute et l'on doit naturellement évoquer l'homme de fer et également le gros porc (pig)... (ndt)