Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ÉTUDE - ÉCOLOGIE - DÉBAT

Spécificités techniques de la production capitaliste

· Inprecor n° 461-462, août-septembre 2001 · p. 45-52 · 7 704 mots

Écologie

Par François Iselin*

Processus technique

1. de production

L'approvisionnement des êtres humains en biens nécessaires à leur existence procède de la transformation des ressources naturelles.

L'expression "processus de production" désigne l'ensemble des procédés de transformation. Ils dépendent, entre autres, de l'état des connaissances scientifiques et techniques, des savoir-faire, des traditions, de la nature des ressources disponibles et des besoins spécifiques à une société donnée.

Le Petit Larousse rappelle que processus vient du mot latin signifiant "progrès" et "progression" et le définit comme la « suite continue d'opérations constituant la manière de fabriquer, de faire quelque chose ». L'Encyclopœdia Universalis précise : « Du point de vue technique, la production est l'ensemble des opérations qui permettent d'obtenir, par la combinaison et la transformation de biens existants, mais imparfaitement utilisables, des biens nouveaux, mieux adaptés à la satisfaction des besoins ».

Un processus permettant de produire un bien d'usage donné - une "utilité" - est d'autant plus fonctionnel que sont épargnées les ressources qu'il engage et transforme. De plus, pour répondre au renouvellement constant des besoins, la plupart des processus doivent pouvoir être répétés indéfiniment, condition qui cesse d'être remplie lorsqu'ils épuisent les matières, les énergies ou le travail mis en œuvre.

Au cours de son histoire, l'espèce humaine a amélioré la productivité des processus en utilisant de nouvelles ressources naturelles, en exploitant la force de travail d'autres espèces, en perfectionnant ses outils et machines, bref, en cherchant à faire travailler la nature à sa place.

Les façons de produire une utilité quelconque à une époque donnée (aliments, habitations, vêtements, médicaments, etc.)

Renouvelables * Énergies Photos Éolienne Force animale

Marémotric

Solaire direet Géothermique sont multiples. Aujourd'hui même, de nombreuses façons permettent de produire le même pain. Les céréales peuvent être cultivées localement ou provenir de contrées lointaines ; la pâte peut être fraîche ou dégelée ; cuite dans des fours électriques à gaz ou à bois ; à domicile, artisanalement ou industriellement...

Chacun des aspects du processus présente des avantages et des inconvénients mais l'efficacité productive ne peut être évaluée qu'en faisant le bilan global de l'ensemble des ressources transformées au cours du processus. Tel procès pourra exiger plus de travail, tel autre plus d'énergie ou de matière. Aujourd'hui par exemple, la fabrication industrialisée du pain demande plusieurs fois plus d'énergie qu'au siècle passé. Ce surcoût provient de l'énergie nécessaire à transporter les céréales et les produits finis, à fabriquer les machines, à conditionner et distribuer le pain...

Mais le choix d'un processus de production peut dépendre davantage du rapport de forces sociales que de son efficacité. Ainsi, dans les sociétés divisées en classes, où les

Non-renouvelables (PCP)

Hydraulique

Charbor Nu cleatre Pétrole et gaz naturel Schéma 1. Le soleil est la source quasi exclusive de toutes les formes d'énergie disponibles sur la terre. Guide de la technique, Presses polytechniques et universitaires romandes, 1993. ressources et l'appareil de production sont contrôlés par une minorité dominante, la majorité peut se voir imposer des processus médiocres, voir contre-productifs qui épuisent les ressources naturelles, accroissent inutilement le travail humain et ne répondent que partiellement à la demande de biens. 2. de production (PCP) Processus capitaliste

Le capitalisme a choisi un mode de production spécifique, issu des révolutions industrielles, et l'a imposé progressivement à l'ensemble de l'humanité alors que son efficacité productive s'avérait progressivement désastreuse.

Le PCP, fondé sur l'exploitation de ressources pour la plupart non renouvelables, * François Iselin, architecte, enseigne les techniques de construction à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), Suisse. Chercheur, il s'est spécialisé sur l'habitat d'urgence, l'habitat écologique, les matériaux de construction à risque et alternatifs.

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Les pays capitalistes industrialisés consomment plus de la moitié de l'énergie alors que leur population ne représenen épuise les réserves, accroît la part du travail humain dans la production au lieu de l'en libérer, produit quantité de marchandises sans pour autant satisfaire les besoins vitaux. Il entrave de fait le développement des forces productives et compromet ainsi dangereusement l'épanouissement et la survie des êtres humains dont les besoins et le nombre ne cessent de croître.

Le nombre de personnes dans le monde, privées d'utilités vitales est alarmant : 1,2 milliards n'ont pas accès à l'eau potable ; 1.5 milliards ne disposent pas de logements équipés ; 2 milliards n'ont pas d'approvisionnement en électricité ; 3 milliards n'ont pas accès aux installations sanitaires ; 3 milliards ne consomment pas de calories et protéines en suffisance (1).

La principale caractéristique du PCP est le recours progressif, massif, sans précédent historique, aux ressources énergétiques d'origine fossile extraites de la Terre (cf. schéma 1). Tirées de stocks constitués aux cours d'ères géologiques par l'énergie solaire — et non du flux solaire - elles ne sont pas renouvelables et donc en voie d'épuisement après deux siècles d'exploitation à peine : « Malgré les ressources considérables de combustibles fossiles liquides et gazeux, on s'achemine vers l'épuisement de ces ressources, y compris de l'uranium » (2).

Mais déjà en 1869, Augustin Mouchot (1825-1911), inventeur et expérimentateur de machines solaires, écrivait : « Si dans nos climats l'industrie peut se passer de l'emploi direct de la chaleur solaire, il arrivera nécessairement un jour où, faute de combustible, elle sera bien forcée de revenir au travail des agents naturels. Que les dépôts de houille et de pétrole lui fournissent longtemps encore leur énorme puissance calorifique, nous n'en doutons pas. Mais ces dépôts s'épuiseront sans aucun doute : le bois qui, lui, cependant, se renouvelle n'est-il pas devenu plus rare qu'autrefois ? 1. PNUD, Rapport sur le développement humain, 1998, DeBoeck 1998 ; L.R. Brown et al. L'état de la planète 1998, Economica, 1998. 2. EPFL, Guide de la technique, L'énergie, Presses polytechniques et universitaires romandes, 1993. De nombreux articles scientifiques récents confirment l'avènement d'une pénurie, du renchérissement ou de l'épuisement des combustibles fossiles. Voir par exemple "La fin du pétrole bon marché", C. Champbell, J. Laherrère, Pour la science, n° 247, mai 1998. 3. Augustin Mouchot, La chaleur solaire et ses applications industrielles, Gauthier, 1869, (je souligne). 4. K. Marx, F. Engels, Le manifeste communiste, qui date de 1848, cf. Manifeste du Parti communiste, Ed sociales 1976. 5. Lewis Mumford, Technique et civilisation, Seuil, 1950.

Pourquoi n'en serait-il pas de même un jour d'une provision de combustible où l'on puise s'empêcher de conclure qu'il est prudent et sage de ne pas s'endormir à cet égard sur une sécurité trompeuse » (3).

L'espérance de vie de stocks fossiles est relativement longue mais si le PCP était étendu à l'ensemble des régions de la Planète, ces durabilités devraient être revues à la baisse (voir graphique 1). Si le PCP était généralisé à toutes les régions du globe, les réserves en combustible fossile seraient épuisées en quelques années et la dégradation de l'atmosphère terrestre par les déchets de combustion deviendrait vite encore plus catastrophique.

23.2% Asie 5.5% Afrique

5.2% Amérique Latine 10.2% Europe de l'Est

3.7% Moyen Orient

De plus, il est fort probable que le PCP entrera en crise non pas lors de la combustion de la dernière goutte de pétrole mais bien avant, dès l'annonce de l'imminence d'une proche pénurie. Ainsi, la chute tendancielle du taux de profit se combinera à celle du taux de production. La bourgeoisie retarde par tous les moyens l'annonce de cette échéance en propageant moultes illusions sur l'efficacité de ses programmes d'économie d'énergie, de développement d'alternatives énergétiques ou de réduction de l'émission de gaz à effet de serre.

L'impasse énergétique de ce système fondé sur les combustibles fossiles est accrue par les effets de leur combustion ou de leur fusion : la pollution de l'environnement par la concentration de déchets chimiques ou radioactifs. Ces résidus sont inévitables dans tout processus incomplet et inachevé de transformation de ressources fossiles en énergie thermique, mécanique ou autre. Ainsi le PCP ne révèle pas seulement des contradictions en amont du procès, par la destruction de ressources rares, mais aussi en aval, par la pollution des eaux, de l'air et de l'atmosphère terrestre.

A ces contradictions s'ajoutent celle (privilégiée par l'analyse marxiste), qui en cours de production découle du recours croissant au travail humain nécessaire à assurer la production d'utilités à partir de charbon, de gaz, de pétrole ou d'uranium.

La relation entre ressources fossiles et ressources en travail humain n'a pas été vue par le courant marxiste fasciné par les potentialités du PCP : « Classe au pouvoir depuis un siècle à peine, la bourgeoisie a créé des forces productives plus nombreuses et plus gigantesques que ne l'avaient fait toutes les générations passées prises ensemble [...] Quel siècle antérieur aurait soupçonné que de pareilles forces productives sommeillaient au sein du travail social ? » (4)

Or le rendement productif du PCP, soit la minimalisation des entrants (économie d'énergie, de matière et de travail) et la maxi-

52.2% OCDE Graphique 1 te que le sixième de la population mondiale Part de la consommation finale d'énergie en 1998 dans les régions du monde, selon les statistiques de l'agence internationale de l'énergie (IEA) malisation des utilités (abondance et excellence des biens produits) s'avère désastreux. L'épuisement des ressources, la pollution de l'environnement et l'intensification du travail provoqueront inévitablement, à brève échéance, la faillite de ce procès et la nécessité politique de lui opposer une alternative

Déjà au lendemain de la dernière guerre mondiale Lewis Mumford annonçait « Il est tout à fait douteux que nous puissions conserver la société capitaliste elle-même tant les dissonances sont profondes, les frictions inévitables. Humainement parlant, elle a épuisé ses promesses. Nous avons besoin d'un système plus sûr, plus souple, plus facilement adaptable, enfin plus favorable à la vie que celui qu'a établi notre économie financière étroite et tournée d'un seul côté. Son rendement ne fut que l'ombre d'un rendement réel, sa puissance gaspillée ne fut qu'un faible substitut à l'ordre, sa productivité fiévreuse et ses effondrements bruyants ses gaspillages et sa confusion ne furent que les mauvaises contrefaçons d'une économie fonctionnelle qui pouvait réellement profiter de la technique moderne » (5)

Le processus de production fossile n'était ni une fatalité ni la panacée, mais au contraire une entrave au développement des

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forces productives : « De toute évidence, la révolution industrielle moderne se serait produite et aurait continué régulièrement, même si l'on n'avait pas extrait une tonne de charbon en Angleterre et si aucune nouvelle mine de fer n'avait été ouverte » (6). 3. du choix fossile Raisons

Indiquons tout d'abord les raisons souvent invoquées - mais tausses - qui auraient incité le capital à adopter et imposer son choix fossile : • Le processus fossile permettrait enfin de satisfaire les besoins croissants des êtres humains dont les exigences et le nombre iraient en s'accroissant et d'assurer ainsi « le plus grand bonheur pour le plus grand nombre » (Encyclopodia Universalis). • Le fossile rendrait la production plus facile : les machines à vapeur, les moteurs à explosion ou les réacteurs nucléaires permettraient de satisfaire plus sûrement et plus vite les besoins de l'espèce humaine que ne le faisaient les moulins à vent, les roues à aube mues au solaire ou les bêtes de somme. • Si le capital a exploité le fossile c'est parce que son avènement correspondrait à la découverte d'énormes gisements de charbon, de pétrole dont l'existence était jusqu'alors inconnue. • Le PCP aurait abandonné l'énergie solaire parce que les découvertes scientifiques et techniques permettaient enfin de maîtriser les conversions complexes d'énergie thermique en mécanique, électrique ou chimique. • Ces conversions énergétiques n'auraient été possibles qu'au moyen de machines dont la construction impliquait la production industrielle de matériaux nouveaux tels que la fonte, l'acier ou le ciment plus performants que le fer, le bois ou la chaux.

Ces justifications pourraient être démontées une à une mais il suffit de répondre que c'est le choix du fossile qui a induit ses machines et ses matériaux et que réciproquement, ceux-ci ont induit l'utilisation de combustibles fossiles. Nous avons là une sorte d'emballement d'un cercle vicieux, ressources-production-consommation : les premières machines à vapeur, par exemple, servaient à pomper l'eau des mines de charbon et le charbon extrait servait à les faire tourner. Mais pour produire la fonte nécessaire à les fabriquer, il fallait encore du charbon et du fer dont l'extraction, la fusion et le transport demandaient de nouvelles machines à vapeur...

Il n'y a aucune raison scientifique, technique ou sociale qui justifie le choix bruta consistant à remplacer l'énergie solaire — source dominante dans les procès de production précapitalistes — par de l'énergie tirée de la décomposition du charbon, du pétrole, du gaz ou de l'uranium. Les machines à vapeur chauffées au charbon, au pétrole, au gaz naturel puis au nucléaire pouvaient être mues par de l'énergie solaire sous forme de biomasse ou de rayonnement direct, comme l'avaient suggéré et démontré Augustin Mouchot et autres précurseurs dès la révolution industrielle. Quant aux moteurs électriques actionnés par des turbines fossiles ils pouvaient être mus par la force du vent (énergie éolienne), de l'eau (hydraulique), des marées (marémotrice),

100

90

80

70

60 % 50

40

30

20

10

- Bois

-- Charbons -- Electricité nucléaire soit par l'extraordinaire force des courants de fluides déplacés par la chaleur solaire.

La raison pour laquelle le système capitaliste a choisi, imposé et généralisé l'exploitation des énergies fossiles est à chercher dans la défense de ses intérêts de classe : internaliser les profits de la vente de marchandises produites sans en payer les "externalités", ceci grâce à l'appropriation et au contrôle privé des ressources universelles L'appropriation de l'or noir par le capital fait suite à celle des métaux précieux, des diamants, des terres, de l'eau ou des esclaves par les classes dominantes qui les ont précédées dans le pillage du bien commun. Comme la plupart des guerres de conquête d'antan, les conflits armés actuels visent à assurer les conditions nécessaires à la poursuite du pillage du patrimoine fossile de l'humanite.

Non renouvelables, non reproductibles ou non recyclables après usage, la valeur marchande de ces biens réside soit dans leur rareté, soit dans leur aptitude à pouvoir être détruites. Tel n'est évidemment pas le cas de l'énergie solaire, sûre, abondante, renouvelable et distribuée gratuitement, en temps réel ou différé, aux quatre coins du monde

De plus, sa transformation en utilités énergétiques demande peu de travail

Si le procès de production solaire peut réduire le travail des êtres humains, alors ne faut-il pas dire que la nature peut travailler gratuitement à leur place ? « On ne paie pas

Prévisions de l'ERDA

86000880-00-0095

-0- Electricité hydrau lique -0- Pétrole et gaz

Graphique 2

Dès la révolution industrielle, les énergies fossiles détrônent le bois renouvelable et se généralisent dans les pays capitalistes industrialisés, ici les USA. Les types de combustibles se succèdent par vagues successives.

Les prévisions d'après la crise du pétrole il y a un quart de siècle, indiquent l'intention de les diversifier en intensifiant l'exploitation du nucléaire et de l'hydraulique.

Évolution de la part en pourcentage des ressources énergétiques dans la consommation des États-Unis, et prévisions (sur fond gris) de la Energy Research and Development Administration, après la crise pétrolière.

le travail qu'effectue la nature pour son travail parce qu'elle fait beaucoup, mais parce qu'elle fait peu. L'homme doit travailler plus péniblement à mesure que la nature travaille moins. À mesure que la nature se montre avare de ses dons envers nous, elle exige plus de prix pour son ouvrage. Là où elle est généreuse et libérale, elle travaille toujours gratuitement » (7).

En effet, « "Le soleil n'envoie pas de facture". Le principal problème auquel les piliers de l'économie fossile se heurtent avec les énergies renouvelables, c'est l'impossibi-

6. ibid

7. Karl Marx, Fondements de la critique de l'économie politique, Anthropos, 1968.

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1960

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lité de breveter le soleil et le vent, et de vendre les licences correspondantes à leurs utilisateurs. Les flux qui alimentent la mondialisation économique et la concentration du secteur économique sont nés de la rareté des sources de l'énergie fossile » (8). Ceci dit, s'il "n'envoie pas de facture", le soleil peut produire des dividendes lorsque son énergie est appropriée et exploitée de façon centralisée dans des barrages hydroélectriques, des fermes d'éoliennes ou, à l'avenir, par le captage d'énergie en haute atmosphère pour être distribuée sous forme de marchandise énergétique

Cette source traditionnelle d'approvisionnement - rayonnement direct, hydraulique, éolien, biomasse, force animale, etc. — fut délaissée et remplacée dans la plupart des processus de production industriels (voir graphique 2, page précédente) et y compris agricoles où la part d'énergie fossile par rapport au solaire n'a cessé d'augmenter par la mécanisation des cultures, la fertilisation chimique des sols, le transport, la réfrigération et la distribution des fruits de la nature qui ont ainsi perdu progressivement leur caractère de gratuité. 4. ou contre-révolution Révolution industrielle technique ?

A l'aube de la révolution industrielle, l'humanité comptait dix fois moins de bouches à nourrir, de corps à soigner et de gens à loger... La production était assurée essentiellement par l'énergie solaire (hydraulique, éolienne, biomasse) et l'appareil de production était construit avec des matériaux recyclables (métalliques), renouvelables (bois et fibres ligneuses) ou abondants (roches et argiles). Ces processus vernaculaires, améliorés sans cesse au cours des siècles, étaient efficaces car appropriés aux ressources locales et aux besoins spécifiques qu'ils devaient satisfaire. Cependant, y compris en faisant abstraction des destructions massives de biens par les guerres, la pénurie chronique d'approvisionnement frappait périodiquement des populations isolées manquant de ressources ou de réserves.

Si la maîtrise intuitive de la production était médiocre, les découvertes scientifiques et techniques des derniers siècles permettaient de doper les processus traditionnels dont le potentie de développement était déjà très élevé à l'aube de la révolution industrielle. La révolution industrielle au 8. Hermann Sheer, Le solaire et l'économie mondiale, Solin 2001. 9. Charles Gide, Cours d'économie politique.

contraire a provoqué une rupture de continuité du développement des forces productives. Elle a dilapidé les acquis, nié les savoir-faire, bouleversé les pratiques de production en imposant le fossile non pas comme complément énergétique à utiliser avec parcimonie mais comme alternative au solaire.

Les avancées scientifiques et techniques couplées aux découvertes des gisements fossiles permettaient de poursuivre le perfectionnement de l'appareil de production solaire en construisant des machines (moulins, turbines, pompes, générateurs) bien plus productives que celles que nous connaissons aujourd'hui. Le développement de l'industrie des métaux et du verre permettait de résoudre enfin les problèmes tels que l'irrigation des champs, la culture sous serre, le dessalement de l'eau de mer ou le chauffage des bâtiments. Ces avancées auraient constitué alors de réels progrès dans la production de biens d'usage, progrès qui de plus pouvaient bénéficier à toutes les populations de la planète.

À la fin du XIX* et au début du XX* siècle, la technologie solaire, bien que marginalisée, multipliait les recherches, inventions et applications. Voici à titre d'exemple quelques réalisations qui démontrent que la vole solaire était toute tracée : • Station de pompage solaire pour l'irrigation des cultures à Méadi, Égypte, en 1912, 1500 m2 de capteurs cylindriques. À ce propos la revue La science et la vie n° 14, titrait en 1914 : « En captant la chaleur solaire, nous pourrions nous passer du charbon ». • Production industrielle de chauffe-eau solaires domestiques aux États-Unis. En 1897, 30 % des maisons de Pasadena en étaient pourvus.

• Installation de dessalement de l'eau de mer à Las Salinas au Chili. Construite en 1872, elle a fonctionné pendant 40 ans. Elle produisait en moyenne 3 000 litres d'eau douce par jour. • Maison chauffée exclusivement par de l'énergie solaire présentée à l'exposition sur l'habitat à Berlin en 1931...

L'histoire des occasions perdues et des espoirs déçus suite aux entraves des charbonniers, pétroliers, gaziers et autres nucléocrates dressés contre le développement du solaire reste à faire mais est déjà ébauchée dans de nombreux ouvrages et articles. 5- processus de production Productivité des

La productivité a été définie comme « le rapport d'une production sur la quantité de travail nécessaire à cette production » (Encyclopodia Universalis). Cette définition pourrait être retenue si elle supposait que l'énergie et la matière transformée découlaient du travail de la nature comme le précise cette autre approche : la productivité est « le rapport du produit (quantité de biens matériels obtenus, importance du "service" assuré) aux facteurs de production (quantité d'énergie ou de matière première employée, temps de travail dépensé, capital mis en œuvre, etc.) » (Le Robert électronique).

La productivité d'un processus de production considéré comme le rapport entre les entrants et les utilités est un concept indispensable car il permet d'évaluer les processus, d'en comparer l'efficacité et de pouvoir ainsi choisir le plus performant puisqu'il est « dans la nature de toute opération productive de créer plus d'utilités qu'elle n'en détruit » (9).

La productivité des processus de production d'une même utilité doit être déterminée en établissant son bilan global, ce qui permet d'établir le rapport, positif ou négatif, entre les utilités produites et celles qui sont détruites. Ce bilan global doit prendre en considération la totalité des opérations de transformation intervenant dans le processus. Ces opérations sont celles de production, d'usage et de restitution. Il n'est pas question de limiter le bilan aux seules opérations effectuées en amont de la distribution comme le capital le fait en négligeant les "externalités" en aval. C'est précisément sur ce point que la comptabilité capitaliste pèche par omission, seule la "productivité" du capital investi dans un processus étant comptabilisée.

Or, comme on l'a vu, pour que les processus puissent être répétés, les ressources qu'ils engagent doivent demeurer constan-

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Un chauffeur et un passager, mais à l'aise... et combien de litres au 100 km ? tes. Pour qu'ils puissent encore servir aux générations futures, aucun des processus ne doit détruire les ressources qui lui sont nécessaires.

Pour que les voitures aient une utilité, il faut non seulement en fabriquer mais les approvisionner en énergie. De plus, les matériaux utilisés pour les construire doivent être reproduits par recyclage pour pouvoir en fabriquer de nouvelles. Si l'énergie qu'eles consommeront n'est pas reproduite, il pourra y avoir des voitures mais elles ne roueraient plus. C'est bien ce qui risque d'arriver à brève échéance... pour le pire et le meilleur.

Le bilan global de la production d'un bien quelconque doit donc prendre en compte les opérations en amont, en cours et en aval de son usage pour ainsi boucler la boucle du processus. En fin de cycle productif toutes les forces de travail mises en jeu doivent être reproduites, toutes les énergies utilisées doivent être régénérées et tous les matériaux empruntés doivent être restitués à l'identique : T => T, E => E et M => M.

Le bilan global de la production d'une voiture indiquera la quantité de matières à transformer, d'énergie à consommer et de travail à exécuter pour boucler la boucle. On pourra alors en calculer le coût réel de production et le comparer au prix de vente. Celui-ci s'avérera probablement de plusieurs ordres de grandeur supérieur au prix réel. Encore faut-t-il que les trois types de ressources mises en œuvre dans le processus de production d'une utilité : travail, énergie et matière (U=T+E+M) puissent être quantifiées à l'aide d'une unité de mesure commune Prenons comme unité le temps de travail humain (tt) nécessaire à extraire, transformer et reproduire ces trois catégories de ressources utilisées. Le coût réel d'une utilité calculée en tt sera donc (Utt = Ttt +Ett +Mtt).

Le temps de travail humain est choisi comme unité de mesure considérant qu'il est la seule ressource que l'espèce humaine puisse mettre en œuvre consciemment pour reproduire les autres ressources, dont le travail lui-même. Cette unité semble, de plus, cohérente considérant que l'objectif de toute production est de réduire au maximum le temps de travail humain.

Dans le procès de production d'une boîte de boisson, par exemple, la matière — l'aluminium - peut être quantifiée par le temps de travail (tt) nécessaire à extraire la bauxite, la transformer et recycler l'aluminium. L'énergie électrique utilisée au cours de ces opérations peut également être mesurée en tt nécessaire à la produire et la restituer et le travail humain peut également être mesuré en tt nécessaire à le reproduire. La boîte vaudra alors la somme de ces divers temps de travail. 6. du pp Bilan productif

L'estimation du coût — calculé en temps de travail (tt) - du processus capitaliste de production (PCP) considéré dans toute l'étendue de son cycle permet d'émettre plusieurs hypothèses : 1. Le temps de travail humain — soit la part des ressources engagées rétribuées par un salaire — nécessaire à produire une utilité ne représente qu'une fraction pouvant être négligeable par rapport au tt nécessaire à boucler le cycle productif En reprenant l'exemple de la boîte, la décontamination des sols excavés pour l'extraction de la bauxite, la neutralisation chimique des gangues stériles, le reboisement des sites d'extraction, les soins à donner aux travailleurs victimes des polluants (fluor, monoxyde de carbone, hydrocarbures polycycliques aromatiques, etc.) peuvent "coûter" beaucoup plus de tt que la fabrication des boîtes elle-même. Faute d'effectuer ces opérations, soit d'en payer le prix, le processus engendrera une "dette productive" sur laquelle nous reviendrons. 2. Plus la durée d'usage de l'utilité est longue et plus le tt nécessaire à la produire sera proportionnellement réduit.

Le coût relatif en temps de travail (tt) d'une boîte à usages multiples est d'autant plus bas que sa durée de service sera prolongée puisqu'il faudra produire moins de boîtes pour satisfaire les mêmes besoins. 3. Le tt nécessaire à reproduire certaines opérations de restitution est si long qu'elles deviennent irréalisables dans la temporalité humaine et ne sont concevables qu'au cours d'ères géologiques. C'est le cas notamment des opérations de restitution d'aluminium qui aurait été souillé, mêlé à des déchets, enfoui dans des décharges ou qui aurait contaminé des nappes phréatiques. Si la production de cet aluminium engendrait des déchets radioactifs, des déforestations, des pollutions de l'air par émission de gaz à effet de serre, l'éradication d'espèces vivantes ou des catastrophes écologiques majeures, la dette productive serait impayable malgré tous les efforts pouvant humainement être consentis. 4. Autant le tt nécessaire à reconstituer les ressources énergétiques fossiles tend vers l'infini, autant celui qui est nécessaire à restituer les énergies solaires tend vers zéro car celles-ci sont reproduites naturellement, en temps réel, par le travail de la nature. Ce serait le cas notamment si l'électricité d'origine hydraulique - donc solaire — était utilisée pour l'électrolyse et la fusion de l'aluminium. Si cette électricité était produite dans une centrale thermique fonctionnant au pétrole, sa reproduction par le travail humain serait extrêmement longue et coûteuse et quasiment impossible s'il s'agissait de reproduire l'uranium des centrales nucléaires transformé en déchets hautement radioactifs. 5. Les marchandises sont vendues actuellement au prix de production n'incluant pas le prix de reproduction des entrants, ce qui crée l'illusion trompeuse que les utilités issues du PCP sont abondantes et bon marché.

Considérée dans sa globalité, la productivité du processus de production capitaliste fondé sur la non-reconstitution des ressources est catastrophique. Elle engendre une dette productive croissante dont l'humanité ne peut plus s'acquitter. Cette dette a pour nom "pollution de l'environnement", "raréfaction des ressources naturelles" "dégradation de la couche d'ozone", "appauvrisse-

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ment de la biodiversité", "épuisement physique et moral des salariés". Ce sont là des désastres que les courants écologistes réformistes se gardent d'attribuer au système capitaliste.

En ce qui concerne la production et l'utilisation d'énergie et les transports en Suisse il est utile de lister les opérations non comptabilisées. Leur coût s'élève « annuellement entre 11 et 16 milliards de francs [suisses (10)] qui ne sont pas payés par les consommateurs et producteurs et qui sont donc externes. Ces effets se produisent de façons très diverses : Émission de polluants résultant de la combustion de matières tossiles (maladies, pertes de production dans l'agriculture et la sylviculture, dégâts aux forêts et aux bâtiments, changements climatiques) ; Pannes et risques majeurs (naufrages de pétroliers, accidents majeurs de centrales nucléaires) ; Occupation de l'espace (routes, aéroports, barrages, disparition des zones riches en faune et flore) ; Intrastructure (frais non couverts concernant la construction et l'entretien des réseaux routiers et ferroviaires ainsi que des aéroports); Accidents dans les transports (pertes macro-économiques imputables aux accidents non couverts par les assurances individuelles) ; Nuisances sonores. » (11).

Le PCP est donc un processus de luxe, extrêmement coûteux, inapplicable à l'ensemble des populations de la Terre et ne pouvant être poursuivi durablement là où il est en vigueur. Il conduit l'humanité vers une triple impasse : 1. Échec du processus de production doublé de l'opposition politico-économique à toute recherche et tout développement d'alternatives. Si des alternatives poudre-aux-yeux du genre "développement durable" étaient appliquées par le système capitaliste, elles ne pourraient l'être qu'à dose homéopathique et dans le seul but de ménager les profits. 2. Raréfaction des ressources essentielles du PCP telles que le sol, l'eau et les combustibles fossiles. Là encore les alternatives proposées par le système capitaliste à grand renfort d'optimisme forcé ne font pas illusion. Les futures piles à combustible, par exemple, nous sont annoncées comme l'alternative au pétrole quand bien même les médias se gardent bien de dire quelle énergie serait utilisée pour en produire l'hydrogène! 10. Soit entre 7,25 et 10,54 milliards d'euros ou entre 47,56 et 69,14 milliards de francs français. 11. J-L. Juvet, Journée sur la physique du bâtiment, 2.11.1999, Yverdon, Suisse. 12. K. Marx, Œuvres, Gallimard (souligné par Marx). 13. Charles Gide, op.cit.

3. Accroissement alarmant de la dette productive dont la réparation dans l'urgence s'impose comme une nouvelle tâche indispensable mais improductive. Ces tâches de reproduction - dépollution, prévention des catastrophes, soins aux victimes des désastres, etc. — viennent s'ajouter aux tâches de production, chargeant l'humanité déjà épuisée d'un surtravail sans précédent dans l'histoire.

7. impayee Dette productive

La formation de cette dette productive, que certains appellent "écologique", s'explique par le fait que le processus de production capitaliste interrompt toute opération de transformation dès que les utilités produites ont acquis une valeur marchande et sont distribuées en vue de l'accumulation. Si cela était vérifié, les profits capitalistes proviendraient du non-paiement de la restitution des ressources mises en œuvre, soit • de leur non-reproduction. Le montant des profits du capital pourrait correspondre à celui de la dette productive : les profits privés ne seraient que des déficits publics à l'échelle de la Planète.

On aurait alors affaire à une exploitation non plus seulement des ressources en travail humain — dont le paiement de la reproduction n'est que partiellement payé par les salaires — mais tout autant des ressources énergétiques et matérielles empruntées dans le processus. Cet emprunt non ou partiellement restitué s'apparenterait à l'appropriation de ce qu'on pourrait nommer une plus-value généralisée constituée par une double ponction sur le travail et la nature.

Car comme le note Marx, « le travail n'est pas la source de toute richesse. La nature est tout autant la source des valeurs d'usage (et c'est bien en cela que consiste la richesse matérielle !) que le travail, qui n'est lui-même que la manifestation d'une force matérielle, de la force de travail humaine. » (12). Ou encore : « Le capital n'est autre chose que la richesse envisagée sous un certain aspect (...) qu'un produit du travail et de la nature. » (13)

Si cette hypothèse est vraie, la conséquence en est que si les travailleurs en tant que ressource sont dépossédés d'une part du produit de leur travail, l'ensemble des êtres humains dominés par le capital sont dépossédés de leurs moyens de survie.

Cependant, à la différence de l'exploitation par la restitution partielle du travail, l'exploitation par la non-restitution des ressources communes est beaucoup moins perceptible. Ce n'est plus à la lecture de fiches de salaire mais qu'après plusieurs décennies, voire un siècle de pillage de la nature que les exploités pourront découvrir l'escroquerie Cela explique probablement pourquoi le marxisme aurait sous-estimé l'exploitation conjointe des deux seules richesses que les opprimés possèdent : leur force de travail et les forces de travail de leur nature.

Si tel est le cas, le prolétariat ne serait plus seul au premier rang de la lutte de classe, mais parmi une armée d'êtres humains tous autant exploités les uns que les autres. Ainsi, mouvements ouvriers et mouvements sociaux ne faisant qu'un dans la lutte, les organisations révolutionnaires verraient leurs objectifs clarifiés.

Pour revenir au choix fossile, si l'accumulation peut être plus avantageuse en appliquant le principe de l'emprunt non remboursé, cela expliquerait pourquoi le capitalisme a orienté progressivement son processus de production vers les ressources non renouvelables. Pour pouvoir tirer de la valeur par le non-paiement de la dette productive, il lui fallait créer cette dette, et pour ce faire, n'exploiter que les ressources devant être restituées, massifier leur exploitation et négliger toute ressource spontanément renouvelable.

Le recours progressif et massif au charbon puis au pétrole, au gaz naturel, au nucléaire et l'abandon progressif des énergies solaires tels que la biomasse, l'hydraulique ou l'éolienne trouveraient alors une explication cohérente (voir graphique 3).

8. solaires Énergies

Bien que cela puisse paraître contradictoire, le recours aux énergies solaires a toujours été dominant dans tous les processus de production, y compris capitaliste, où les combustibles fossiles ne représentent de fait qu'un appoint énergétique. Affirmer que les combustibles fossiles sont indispensables est tout aussi faux que de dire que l'usage de l'énergie solaire devrait être accru : il doit devenir exclusif.

Cette énorme quantité d'énergie, dispensée en permanence sur toutes les régions de la terre, assure les apports thermiques et photoniques nécessaires à la vie humaine et aux processus vitaux de production végétale et animale indispensables à l'alimentation des êtres humains. Le rayonnement solaire produit quantité de matériaux ligneux et fibreux utilisés dans la production d'habitations et d'habillements

De plus, le soleil constitue en permanence des ressources énergétiques dynamiques en déplaçant des flux terrestres en créant

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Au cours du siècle passé, la consommation mondiale d'énergies fossiles a augmenté plus vite que la population, ceci malgré le fait que les populations appauvries et qui sont majoritaires en soient privées. Évolution de la consommation annuelle mondiale des diverses énergies primaires, bois exclus (EJ/an. D'après : le "Guide de la technique, Energie", Presses polytechniques et universitaires romandes, 1993 et les statistiques de l'agence internationale de l'énergie (IEA) pour les données postérieures à 1980 ainsi de puissants courants aériens et marins capables d'actionner moulins et turbines propres à produire de l'électricité sans la moindre pollution.

Enfin, l'énergie solaire accumule des stocks d'énergie par la production ininterrompue de combustibles ligneux et sous la forme de gigantesques masses d'eau qu'elle évapore des mers et précipite en altitude.

Comparées aux énergies solaires, les réserves de pétrole ne représentent que l'équivalent de cinq jours de rayonnement solaire sur la terre et toutes les réserves fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel), que quinze jours (14). Les apports en énergie solaire potentiellement exploitables en Suisse équivalent à 200 fois la consommation actuelle. A l'échelle de la Planète ce rapport entre solaire et fossile est estimé à un millier de fois. Ainsi, même en tenant compte des importantes pertes dues au captage de l'énergie solaire, notre approvisionnement énergétique pourrait être multiplié par 200 (15). Qu'il faille encore en 2001 décrire les potentialités de l'énergie solaire et démontrer que l'humanité n'a pas d'autre choix que de l'exploiter en exclusivité relève du mystère pour tout scientifique.

Plusieurs raisons peuvent expliquer nos craintes face à l'abandon du fossile et à son remplacement par le solaire que l'on croit dilué, intermittent et insuffisant pour satisfaire nos besoins en énergie : 1. Si les milliards d'êtres humains exploités ont intégré le PCP comme étant le nec plus ultra de l'approvisionnement en énergie et la condition sine qua non de l'accroissement de la productivité, c'est qu'il nous est imposé sans que nous en ayons été informés ni

Ensemble, sans le bois Gaz naturel Electricité hydraulique et nucléaire

Pétrole •16 Population. mondiale (Mrd) consultés. En effet, « il n'y a, dans aucun pays au monde, de tribune politique où se débattent les questions fondamentales soulevées par les choix techniques » (16). Ainsi, nous pensons naivement qu'aucun autre processus de production, aucune autre économie, aucun autre monde ne semblent possibles ; c'est le nucléaire ou la bougie ! 2. L'appareil de production capitaliste (agriculture, élevage, industrie, services) et son infrastructure (usines, bâtiments, moyens de transport) sont conçus et construits depuis plus d'un siècle de sorte à ce qu'ils soient dépendants des énergies fossiles. Leur reconversion au solaire entraînerait des bouleversements qui nous semblent irréalisables donc impensables. 3. Le recours au solaire apparaît comme un repli technologique, un regret du passé, un retour en arrière vers les privations préindustrielles. Cette croyance bloque tout débat public sur l'avenir énergétique de l'espèce humaine. Pourtant « une civilisation soutenable ne signifie pas une société primitive, mais au contraire, il peut s'agir d'une société technologiquement très avancée (...). La technologie, cependant, ne pourra nous libérer que si elle est dirigée par une éthique qui fasse du Soleil, en dernière instance, la seule source énergétiquement admissible » (17). 4. Proposées comme des rajouts bricolés et non pas comme des alternatives crédibles au fossile, les rares installations solaires actuelles apparaissent comme des plaisanteries, des gadgets de luxe réservés à ceux qui ont les moyens de les exhiber. De plus, certaines installations solaires telles les barrages monumentaux (Trois Gorges) ou les fermes d'éoliennes (Nord de la Corse) qui déparent les paysages, détruisent des villages, occasionnent des nuisances ou accroîssent les risques de catastrophes suscitent des oppositions légitimes. C'est que la marchandisation de l'électricité que ces monstres fournissent conduit à concentrer les installations de production au lieu de les disperser en petites unités proches des lieux de consommation. 5. Les ordres moralisateurs tels qu'économiser l'énergie, recycler des déchets, protéger la nature... créent l'illusion qu'il suffit que chacun se donne un peu de peine pour que la crise énergétique soit écartée. « Renoncer au fossile et abuser tant et plus du solaire ! » voilà le seul mot d'ordre réaliste. « Présenter la question du changement climatique comme le principal problème de la dégradation écologique et environnementale de la Planète à résoudre, ne peut s'expliquer que comme une stratégie dissuasive servant à distraire l'attention des dégradations qui quotidiennement sont infligées au sol, à l'eau, à la végétation et aux écosystèmes locaux, dégradations qui seraient-elles plus faciles à prévenir [que les changements climatiques] » (18).

Les blocages des maîtres actuels de la production, le scepticisme conservateur des uns ou l'indifférence des autres face à la question bassement matérielle qu'est l'usage des matières terrestres, ne pourront cacher longtemps les énormes potentialités que recèle l'application des techniques contemporaines à l'exploitation de l'énergie solaire pour la satisfaction des besoins de l'ensemble des êtres humains. D'innombrables inventions, prototypes, réalisations de capteurs d'énergie, bâtiments ou machines, démontrent qu'un autre mode de produire est possible. Reste aux producteurs associés à se réapproprier leurs moyens de production pour ainsi en avoir les produits. « En saisissant la main invisible du solaire et en gérant l'économie avec des ressources renouvelables, la société mondiale gardera les pieds sur terre, et ses membres vivront dans un environnement plus libre et plus juste. La richesse de quelques-uns — individus, entreprises ou sociétés — deviendra progressivement une richesse pour tous, 14. José Manuel Naredo et Antonio Valero, Desarrollo económico y deterioro ecológico, Argentaria, 1999. Ouvrage résumé dans Cuantificando et capital natural. Más allá del valor. 15. B. Commoner, En paz con el planeta, Crítica, 1992 16. C. DeBresson, Comprendre le changement technique, Les Presses de l'Université d'Ottawa & Editions de l'Université de Bruxelles, 1993. 17. Naredo et Valero, op. cit. 18. ibid.

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plus équitable et mieux répartie ; elle sera le produit d'un développement économique lancé par l'homme et non par des bureaucraties, d'une croissance qui, avec les ressources solaires repartira sur de nouvelles bases. » (19) 9. révolution technique Révolution sociale,

La prise de conscience des contradictions , politiques et sociales du capitalisme doit être enrichie par la prise de conscience de ses contradictions techniques. Notre projet de société doit être épaulé par un projet de production. Telle est la conclusion que l'analyse de la crise humaine et matérielle actuelle du capitalisme nous autorise à tirer.

Fasciné par le productivisme, le mouvement révolutionnaire s'est fixé sur les acteurs de la production : le prolétariat. Or, il apparaît que les prolétaires et les "consommateurs" sont autant exploités les uns que les autres. Les uns par l'appropriation de leur force de travail, les autres par l'appropriation des forces de travail de la nature qui leur appartiennent tout autant. S'il en est ainsi, la lutte de classe se double de la lutte de masse de milliards d'êtres humains dont les ressources vitales leur sont dérobées et dilapidées. Le renforcement des mouvements anti-mondialistes en est l'expression.

Crises économiques, révoltes ouvrières, luttes syndicales pour la défense des intérets immédiats des travailleurs... le scénario classique de la révolution pourrait être bousculé par la multitude d'acteurs émergents sur la scène mondiale. Ces exploités-là ne réclament plus seulement des salaires pour vivre mais les moyens et le droit de survivre. Ils revendiquent la terre pour cultiver, la paix pour travailler, la nourriture, l'eau, des combustibles, des médicaments, de meilleures protections contre les catastrophes, des droits, le respect de leur culture.

Alors se pose la question de savoir comment fusionner ces revendications pour que les luttes éparses convergent. Une vision commune du monde que nous voulons est nécessaire mais elle ne ne peut être concrè te qu'une fois acquise la certitude qu'il n'y a 19. H. Scheer, Le solaire et l'économie mondiale, Solin 2001. 20. C. DeBresson, op. cit. 21. Samuel Johsua, Le marxisme, le progrès, les sciences : nouveaux regards sur la démocratie. Colloque Regards Critiques, janvier 1999. 22. Auguste Blanqui (cité par Michael Löwy, Walter Benjamin : Avertissement incendie, PUF, 2001). 23. I-M. Harribey, Introduction aux relations entre économie et écologie. Université d'ATTAC 2000.

pas de fatalité technique. Comme l'écrit Christian DeBresson : « Il fallut vaincre la perception animiste de la terre avant de commencer à extraire des mineraux du sous-sol. De même faudrait-il aujourd'hui développer une nouvelle vision du monde pour amorcer la réorientation du changement technologique (...). Peut-être pourrions-nous réorienter radicalement la technique si nous commencions par nous débarrasser de la religion moderne de la fatalité technique et si nous reprenions la maitrise de nos choix techniques.» (20)

Se pose alors une autre question : les exploités bernés et mis à l'écart des enjeux et des savoirs ont-ils les compétences nécessaires à « réorienter radicalement la technique » ? La réponse est simple : il n'y a pas d'autres compétences que celles des exploités. « Quand les questions scientifiques sont constituées en questions sociales - ce qui arrivera de plus en plus souvent dans l'avenir — la responsabilité du choix doit être remise à des čitoyens incompétents dans le domaine précis où doit s'exercer leur choix, avec le risque permanent de se tromper » (21).

Le problème du processus de production doit être posé urgemment. Il l'est déjà indirectement par les courants écologistes, féministes, urbanistiques, artistiques, scientifiques, paysans, tiers-mondistes... mais la finalité du travail l'est trop peu par le prolétariat et trop mal par leurs syndicats. Le productivisme n'est plus de mise et les risques d'échecs par manque d'alternatives au procès capitaliste de production sont grands.

Alors construire d'ores et déjà des alternatives utopiques au PCP ? «Non ! Personne ne sait ni ne détient le secret de l'avenir. À peine des pressentiments, des échappées de vue, un coup d'œil fugitif et vague, sont-ils possibles aux plus clairvoyants. La révolution seule, en déblayant le terrain, éclairera l'horizon, lèvera peu à peu les voiles, ouvrira les routes ou plutôt les sentiers multiples qui conduisent à l'ordre nouveau. Ceux qui prétendent avoir, dans leur poche, le plan complet de cette terre inconnue, ceux-là sont des insensés » (22).

Donc point d'illusions technicistes ni de fausses promesses pour un autre monde de production plus respectueux de la nature et des êtres humains. « S'il n'y avait pas eu exploitation de la force de travail, l'exploitation de la nature n'aurait pas pu se généraliser, et à l'inverse, s'il n'y avait pas eu exploitation de la nature, celle de la force de travail n'aurait pas eu de support matériel (...). La transformation de nos rapports à la nature est inséparable de la transformation des rapports sociaux ». (23)

Le système capitaliste a conduit l'humanité vers une crise majeure de sa production Toutes les solutions techniques à cette crise sont là mais faute de les connaître, l'espoir des exploités sera brisé par le découragement et le fatalisme que cette grise engendre. Un autre monde est certes possible mais pour que cette affirmation volontariste devienne un projet politique, toutes es potentialités techniques de l'humanité doivent être révélées.

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